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La Journée du Guichet est du 25 septembre

struments de justice qu'elles n'en avoient rencontré précédemment dans quelques ecclésiastiques chargés de les vexer. » Un trait qu'on a négligé dans notre Relation , mais qui doit être vrai parce qu'il est dans l'esprit de Port-Royal, c'est qu'au moment où les sœurs se virent près de se quitter et où l'on allait monter dans les carrosses, quelques-unes s'approchèrent delà prieure et lui demandèrent « si elles sortiroient ainsi sans protester et sans faire aucun Acte? » Elle leur répondit que comme tout se faisait par lettres de cachet, il n'y avait point de protestation à faire, et que le seul parti à prendre était d'obéir avec soumission. Ce mot des sœurs me ' paraît avoir dû être dit, parce qu'il marque l'habitude de Port-Royal , préoccupé jusqu'au dernier soupir de son droit et de la légalité. — Cinquante ans après la ruine, les historiens de Port-Royal soutenaient encore que tout ce qu'on avait fait contre lui était nul de toute nullité.

Cet abbé Madot qui vint le soir pour tout inspecter, et qui y revint encore, espérait mettre la main sur quelques-uns des grands secrets du parti. On s'était peut-être , flatté de prendre du même coup de filet le conseiller de ( Port-Royal, M. Eustace ou tout autre, qu'on supposait! caché dans le petit hôtel deLongueville. Mais les oiseaux étaient depuis longtemps envolés; les papiers (s'il y en i avait eu de trop instructifs) étaient à couvert ; et l'abbé Madot, à bout de recherches, ne put que dire : « Ils sont plus fins que nous ^. »

1, Les manuscrits et joumaux que Ton trouva à Port-Royal, et \ qui restèrent aux mains de M. d*Argenson, ne furent pas livrés aux Jésuites, comme on l'aurait pu craindre: loin de là, ce magistrat, qui avait de l'estime pour mademoiselle de Joncoux et de qui elle s'était fait bien venir, les confia et môme les donna à cette zélée demoiselle qui en fit prendre des copies, et qui légua par testament les originaux à la Bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés , d'où ils ont passé à la Bibliothèque du Roi.

Le gnmd souei de M. d^Arganson^ on l'a vu, avait été d'ëviter l'ëdat, de brasquer le départ, de prévenir l'attroupement tnmultuaax des paysans et des pauvres des environs. Gomme cependant le monastère était dominé de partout, et que l'intérieur de la cour et les abordu se voyaient des hauteurs d'alentour, il n'avait putoutempè^ cher. Il avait fait occuper les positions militairement, et l'on raconte qu'un grand seigneur qu'on disait être le oomte de Toulouse, étant à la chasse ce jour«-là dans les bois voisins de Port-Royal, rencontra plusieurs corps ou troupes d'archers qui en gardaient les avenues jusqu'à près d'une demi-lieue; il n^y en avait pas moins de trois eents sur pied. Ayant demandé le sujet pour lequel ils étaient commandés, il ne put retenir les marques de son étonnement; tout fils du roi qu'il était, il haussa les épaules de pitié, et s'en alla.

On sut tout à Paris le jour et ï l'heure même. Dès le moment de l'arrivée de M. d'Argenson, la sœur Issali^ cellérière, avait eu le temps et la présence d'esprit de faire sortir un homme du pays, qui travaillait dans le jardin, par une porte de derrière qui donnait sur la levée de l'étang, et de le dépêcher à Paris pour avertir de ce qui se passait. L'impression fut pénible, et ne se ren^iferma point dans le cercle des amis. On perdit de vue la secte; on ne vit plus que le triomphe dWe faction. La conscience publique se sentit blessée. L'humanité eut son cri ; l'opposition eut ses risées et ses épigrammes. On se demanda si M. de Noailles avait bien pu autoriser une telle expédition contre une poignée de filles qui lui étaient plus particulièrement confiées? Avait-il tout ignoré? c'était impossible à croire. Avait-il donné d'avance son consentement? c'était difficile à admettre. Avait-il délivré les obédiences nécessaires pour la translation d'un couvent dans un autre? il parut vouloir s'en laver les mains. Gomme ces obédiences, dont on parla de

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vive voix, ne farent jamais montrées, il est h. supposer C[u'il n'en ï^vait donné que trois ou quatre, et qu'il n'avait cru dès lors qu'à l'enlèvement de trois ou quatre sœurs; ce fut du moins la version de Tarchevêché. Ce fut la réponse qu'on fit de sa part au Père de Sainte- Marthe, ténédictin, et qu'il fit lui-m&me à MM, Robert et Benoise, conseillers au Parlement, qui venaient demander des nouvelles de leurs sœurs. Quoi qu'il en aoitj il vérifia trop bien, par toute sa conduite envers Port- Royal, ce mot de M. de Saint-Cyran : « Les foibles sont plus à craindre que les méchants. » — Il mérita qu'un JQur, et bie^itôt, dans les démêlés avant-couroïirs de la Bulle, comme il se plaigi^ait de ce qu*îl avait à souffrir de quelques-uns de ses collègues dans Tépiacopat, mademoiselle de Joncoux présente lui dît en riant ce mot terrible : « Que voulez-vous? Dieu est juste, Monseigneur : ce sont les pierres de PortrB.oy2U qui vous re-; tombent sur la tète. :^

Saint-Simon, c|ans une p^ge brûlante, a exhalé le sentiment de scandale des honnêtes gens religieux et qui n'étaient point d'ailleurs particulièrement jansénistes. Fénelon, si hoi^tile au parti, ce mèipe Fénelon qui, à Rome et à Versailles, n'avait cessé d'ii^sinuer dps con-^ seijs vigilants *, qui en donnait çn ce moment de trèsvifs sur le fond même des doctrines et qui ne voulait poiut qu'on biaisât, écrivait le 24 novembre au duc de

1. n y à, aux Archives de Rome, nn Mémoire adressé par P^nelou au eardinal Gabrielli, peu après la Bulle VineamBom^if il y dit| en p^rUnt 4u «Taiiséiiisme ;

P ^Qiiquam eerte CalviDi.secta , dnm adolAçoer^t , lot taniisque iautoribug usa est. Qaamobrem , ni si petulantem et sabdolam factionem quamprimnm deleas , nihil est quod Ecclesiœ non immineat. — De samma re« niOI agitur. QpamobFsm optandum arbitrarer ut SancUssimus Pontifex regem adhortetur ne quisquam sectœ fautor ulla gratia apu4 eum poUeat ad fovendam faetionem , imo omnibus pateat singulos optimates sibi fore sospacto9 etomru auetoritate Bpolj^tos iri, çimul atqua ^naerit eos tuen4« factioni clam studere. »

Chevreuse, cet ancien élève de Port-Royal, mus élève bien guéri : <r Pendant que ces Théologies (la Théologie de M. Habert) mettent de si dangereux préjugés dans les esprits, un coup d'autorité comme celui qu'on vient de faire à Port-Royal ne peut qu'exciter la compassion publique pour ces filles et l'indignation contre leurs persécuteurs. » S'il y a quelque contradiction entre ceci et les autres paroles de Fénelon , c'est une contradiction , une inconséquence que nous sommes heureux de rencontrer et de faire ressortir ; ou plutôt il n'y a pas contradiction , et , malgré la vivacité des paroles , malgré l'opposition déclarée des doctrines, la charité de Fénelon en ce qui concerne les personnes, on peut en être sûr, n'aurait jamais été en défaut. Elle ne le fut jamais. Sous cet ennemi déplume^ ses adversaires, trèsnombreux dans son diocèse, retrouvèrent constamment l'homme de paix. Ce n'est jamais lui, archevêque, qui aurait àomié les mains à ce qu'on fît enlever de pauvres filles par des archers. La religion ne lui ôta jamais de son humanité ; la théologie ne lui fit jamais perdre de sa délicatesse.

En ce qui est des bonnes sœurs enlevées, je serai court. On a vu dans la Relation que j'ai donnée toutes les marques d'une siiûplicité extrême. C'est qu'en efTet elles étaient fort simples, à l'exception de trois ou quatre. La Mère prieure avait eu raison de craindre pour elles, si elles étaient exposées au moindre choc. Elles ne tar- I dèrent pas à signer toutes (sauf ensuite à se rétracter), excepté deux que rien n'ébranla, la sœur Du Valois re- , léguée à Chartres, et la Mère prieure. Celle-ci fut digne dans toute sa conduite et dans toutes ses paroles. Nous l'avons vue, le jour de l'épreuve, pareille au capitaine de vaisseau qui , dans un naufrage, pourvoit à tout, pense à tous les autres, et n'abandonne son navire que le dernier. Dans une captivité de plus de six ans, la

mère Ânastasie Du Mesnil ne se démentit pas un seul jour. « Son esprit étoit .doux et ferme ; elle paroissoit sensible et tendre pour ses amis, et pour elle d'une grande tranquillité d'esprit et de cœur. » Quand ses sœurs eurent cédé la plupart , on ne manqua pas de lui opposer cet exemple et de la presser de nouveau plus fortement. Dans la réponse qu'elle fit aux instances de M. de NoailleSy elle disait :

c Les signatures de mes Sœurs peuvent bien m'affliger, mais elles ne sont pas capables de m'ébranler, parce que de tels exemples ne détruisent point le principe qui me fait agir. Et puis, Monseigneur, quand ces signatures seroient aussi réelles que vous les supposez, de quelle autorité peuvent-elles être, étant extorquées par des menaces et une importunité de raisonnements captieux et d'entretiens sans fin qui seroient capables de faire devenir folles de pauvres filles simples, infirmes, quelques-unes môme dangereusement malades, privées de toutes personnes et retenues dans une très-dure captivité? car on me permettra de juger de i la conduite qu'on tient à l'égard de mes Sœurs par celle l qu'on tient avec moi. Un Acte dans une matière civile, arra- I cbé de cette manière d'un captif ou d'un mourant, ne seroit d'aucune valeur, et celui qui l'auroit passé seroit fondé à revenir contre, en prouvant la captivité et la suggestion. »

Je ne discute plus le fond ; je ne vois que le caractère, la tenue, la constance, et la mère Du Mesnil, par toutes ! ces qualités, honora sa disgrâce : elle resta jusqu'au I bout la digne fille de la mère Du Fargis et de la mère Angélique de Saint-Jean. Elle mourut à Blois chez les Ursulines, le 18 mars 1716, en grande paix, bien que j toujours privée des sacrements. Elle fut enterrée enterre ' sainte, dans un lieu séparé des autres religieuses, et on fit les funérailles sans chant ni son de cloche : « seulement les religieuses récitèrent les Vêpres des morts autour de son cercueil, et le prêtre chanta un Libéra. » Lorsqu'elle mourut, l'ordre était donné pour la faire

i9k PORT-ROYAU

«ortir de Blois. IDUe avait été très-seoBiblemem touchée i» voir, à la mort de Loui3 Xiy> que quand tous les exilés et les prisonuier^ recevaient l'annonce dp leur délivrance, les religieuses de Port-Royal fussent les seules qu'on eût oubliées et qui n'eussent point été admises à jouir de la faveur commune. Néanmoins elle ne voulut jamais faire aucune démarche; elle attendait patiemment les moments de Dieu. Sa sœur cependant avait agi à son insu; mais Tordre arriva trop tard. — Elle était ftgée de près- de 67 ans. Elle avait hit profession le 24 février 1675; madame de Longueville avait tenu eipressémen^ ^ assister à la cérémonie ^

1. Bile était de bonne maison.^ Je lis dans les manusorite de Troyes, parmi les propos de M. d'Étemare» «que M. de Pontchai^train (le futur Chancelier) avoit voulu épouser la sœur Pu MesnU avant qu'elle fût religieuse à Port-Royal , dont elle étoit supérieure lors de la destruction, et qui étoit une grande sainte et pleine d'esprit. » — Quant à la sœur Gertrude Du Valois, la seule, avec la Mère prieure, qui ^oit restée inébranlable, elle mérite aussi un souvenir. Elle avait pris l'habit de novice en 1677, à Tâge de vingt- 4eux ans, et avait fait profession l'année suivante : elle était un fruit de la mère Angélique de Saint-Jean. Elle avait été guérie, en 1689, d'une piqûre de lancette au nerf du pied gauehe, par Tinter^ cesiion, à ce qu'on crut, de la première mère Angélique, à qui elle eut ridée de faire une neuvaine. Sa ferveur ascétique se maintînt tpujours à la hauteur de ce miracU dont elle avait été l'objet. Exilée et conduite d'abord aux Filles-Dieu de Chartres, transférée de là aux Ursulines dç Mantes en 1712, elle resta privée des sacrements pendant sept années. Elle s'était prémunie à l'avance contre un moment de faiblesse et contre toute signature qu^elle pourrait donner, par un Acte de protestation qu'elle fit passer en mains sûres. Enfin sa captivité s'adoucit. La protection de la princesse douairière de Gondé, qu'une amie lui procura , vint chercher et couvrir la vertueuse fille, sur qui ce grand nom de Port-Royal, qu'elle soutenait si bien, projetait une sorte de rayon. Transférée, par ordre de M. de Noailles, à Tabbaye de l'Estrée au diocèse d'Évreux, en 1716, et rétablie dans la participation aux sacrements, elle eut les bunneurs de sa constance et fut citée comme un modèle unique, comme le dernier débris, resté debout, du Port-Royal spirituel. C'était, en effet, le seul brave survivant de cette généreuse armée

Port-Royal âéfwrt , la grande questio» fut : Qu'm féra-Umf On diseutait dans le public à ce sujet : et Ton formait des conjectures en divers sens* Gomme on s'exagérait la magnificence des édifices , on imagina nn moment qu'cm le donnerait , pour y loger, aux damas de Saint-Gyr. De son côté y le cardinal de Noailles coU'tinuait d'insister pour la translation des religieuses de Paris aux Gbamps. Ge n'était pas le compte de cette Gommunauté un peu amollie^ ni de son abbesse» Madame de Ghâteau-Renaud y était allée faire un voyage le 27 novembre, et y était restée quelques jours pour prendre idée de sa conquête et en rapporter les dépouilles; elle prétendit en être revenue avec une enflure aux jambes ^ D'autres considérations vinrent en aide à sa répugnance. Getle translation des religieuses eût laissé libre leur bâtiment de Paris : le bruit courut que les Jésuites le voulaient acheter et y établir un séminaire. Ici les amis de Port-Royal s'agitèrent trop. Ils i espéraient toujours qu'un temps prochain viendrait où ^ l'on pourrait réintégrer les captives dans leur monastère, et où Sion, comme on disait, reverrait sa tribu fidèle. Pour cela ils désiraient que la maison fût conservée libre et vacante; et, croyant mieux parer à cette migration des sœurs de Paris aux Ghamps , ils eurent l'idée d'alarmer et de mettre en mouvement Messieurs de 8aint- Sulpice, qui, naturellement, n'auraient pas vu avec plaisir un séminaire rival s'élever dans le faubourg Saint-Jacques sous la direction des Jésuites. Mademoi-

des AngéUqueSjet qui, tous les autres morts ou tombés, continuait de dire: Je ne me rendt pae/«- Elle mourut le 7 novembre 1722, dans sa soixante-huitième année.

\, Cette bonne dame ne jouit pas longtemps de son accroissement de revenus et de domaine : elle mourut moins d*un an après, le 25 août 1710. Je laisse à penser si nos dévots amis virent dans cette mort subite un coup de la vengeance divine.

selle de Joncoux fut l'âme de cette intrigue. Or Mes- ' sieurs de Saint-Sulpice ne virent qu'un moyen direct de rendre vain tout projet pareil et de le saper par la base : ils employèrent le crédit de madame de Maintenon qui se conduisait par eux, pour obtenir du roi la destruction des bâtiments de Port-Royal des Champs. U leur fut aisé de faire entendre que les Jansénistes ne cesseraient d'espérer en Port-Royal tant qu'ils le verraient debout. Mademoiselle de Joncoux se trouva donc avoir travaillé précisément contre son but et avoir produit un mal plus grand que celai qu'elle cherchait à éviter. Je donne ce récit , sans y attacher d'ailleurs plus d'importance qu'il ne faut : bien des raisons concouraient à ce qu'on rasât Port-Royal et qu'on cherchât à en abolir le souvenir. Le nom en était malsonnant, la vue en était importune ; elle était trop chère aux amis pour ne pas être insupportable aux ennemis. Quelques Estampes, dans lesquelles la fille d'un libraire , mademoiselle Hortemels , avait représenté l'intérieur du Cloître , de l'Église , du Chapitre, de l'Infirmerie , du Réfectoire et l'aspect du dehors, furent saisies par la police avec les planches : c'était un reproche parlant et presque un pamphlet , dans les circonstances présentes, que ces simples Estampes ayant pour sujets des lieux condamnés. On eut beau représenter au magistrat qu'il y avait déjà quelque temps qu'elles étaient faites et gravées : « Est-ce que l'on souffriroit qu'il se fît des Estampes du temple de Charenton depuis que le roi l'a fait abattre? » Ce fut la réponse qu'opposa M. d'Argenson. Le roi venait de prononcer en effet que rien ne devait plus subsister de Port-Royal : un Arrêt du Conseil, à la date du 22 janvier 1710, se fondant sur ce que ces bâtiments étaient devenus non-seulement inutiles, mais d'un entretien dispendieux, en ordonnait la démolition. L'église pourtant d'abord était censée exceptée. En conséquence de

cet Arrêt, M. d'Argenson rendit le 8 février une Ordonnance pour procéder à l'adjudication des matériaux faite à l'enchère. On y mit Je marteau dans les premiers jours de juin. Insensiblement on en vint à Tidée de démolir aussi Téglise, qui s'était transformée en une sorte de magasin. C'était rendre nécessaires les exhumations et ouvrir un théâtre k d'horribles scènes.

Le premier qui eut le tort de parler d'exhumation fut le marquis de Pomponne , fils du ministre (août 1710) ; prévenu par le cardinal de Noailles, il eut la pensée de faire exhumer et transporter en lieu plus sûr les corps de la famille Amauld. Il ne craignit pas de donner / pour motif, dans son placet au roi, et d'alléguer qu'il ( demandait cette translation , « afin que sa postérité per- i dît la mémoire que ces corps avoient été enterrés dans un lieu qui avoit eu le malheur de déplaire à Sa Morjesté. » Ce dernier rejeton de la branche de cour des Amauld, et qui ne comptait pas survivre, comme il fit, à toute sa postérité , parlait là aussi platement qu'un La Feuillade. L'abbesse de Malnoue fit transporter de même le corps de mademoiselle de Vertus , sa sœur. On commençait par mettre à l'abri les morts de qualité : l'exhumation des autres devait se faire avec d'autant moins de respect et de décence.

Qu'on se rappelle ce qui s'était passé depuis tant d'années que nous étudions Port-Royal et que nous y habitons, la quantité de corps, d'entrailles, de cœurs, que la piété des fidèles y avait envoyés reposer comme en une terre plus sainte. On a évalué à plus de trois mille les corps qui , 'déposés dans la suite des généra- ' tions, durent être ainsi exhumés inhumainement. Pour quelques-uns que la religion des héritiers ou des amis vint revendiquer et choisir ^, combien de hasard et de

1. Le corps de M. de Tillemont fut porté à Saint-André-des-Arcs;

péle-mèle! qu'attendre des hommes grossiers chargés de déterrer oonfosément ces corps , et de les porter en tas dans des tombereaux au cimetière voisin de Saint- ^ Lambert î II y avait bien un prêtre, M* 'Le Doux, de Saint-Nicolas du Ghardonnet , chargé par le cardinal de Noailles de veiller à ce que les choses se passassent convenablement; mais que pouvait-il seul, souvent absent, et eût- il été présent ^ sur des hommes brutaux et qui s'enhardissaient par l'ivresse à leur dégoûtante besognât Ainsi ce qui avait été la Vallée saiiite par excellence et la cité des tombeaux n'offrit plus , durant ces mois de novembre et de décembre 1711, que la vue d'uli immense charnier livré à la pioche et aux quolibets des fossoyeurs.

Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange D'os et de chair meurtris et traînés dans la fange, Des lambeaux pleins de sang, et des membres affreux Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.

Cette fin du songe d'Athalie se vérifia à la lettre. Des chasseurs, qui traversèrent alors le vallon, ont raconté qu'ils furent obligés d'écarter avec le bout de leurs fusils des chiens acharnés à des lambeaux K Gomment s'éton-

le .cœur de madame de Longueville, à Saint-Jacqués-du-Haut-l*as; les entrailles de madame la princesse dé Gont!^ à Saint-Ândré-des- Arcs. Les corps de M. et mademoiselle de Bagnols furent portée au Tillage des Trous ; ceux de M. Le Maître, de M. de Saci et de Ra* cine, à Saint-Étienne-du-Mont. Le cœur de Al. Le Tourneui fut retiré par un ecclésistique qui en obtint la permission. Le curé de Magny ouvrit un asile dans son égUse au corps de M. dô Ponfcbâ^ teau, de M. le chevalier de Goialin, son neveu, et à tous les autres corps qui se trouvèrent dans des cercueils de plomb et qui ne furent point réclamés. Les autres corps, d'une sépulture plus vulgaire, demeurèrent confondus.

1. Voici une autre version du même fait, avec quelques circonstances de plus : je la tire du Supplément au Nécrologe : « Des chasseurs de Versailles, se trouvant proche de Port-Royal, eurent la Curiosité d*y entrer pour voir ce saint lieu dans sa plus grande

ner, après cela, que k réaction morale causée par ces i horreufô suscite des fanatiques , et que le gémissement i d'abord y le sanglot, puis la convulsion saisisse ceux qui sont trop violemment indignés ! Grâce à une incurie sans nom succédant à de longues suggestions iniques , il y eut sous Louis XIV, à deux pas de Versailles , des actes qui rappellent ceux de 1793. On le lui tendit trop bien à ce superbe monarque, et à toute sa race, le jout ; de la violation des tombes royales à S&int-Denis !

Dernier trait de profanation : plusieurs des tombes des religieuses, qui étaient des losanges fort larges de niarbre noir ou de pierre de liais, furent trouvées dans des cabarets et des auberges, à quelques lieues auï endésolation, et ce qu'onyfkiisoit. Us y trouYôrent plusieurs hommes f qulls prirent pour des fossoyeurs, qui déterroient les corps des ci*- 1 metières, et qui, s' étant enivrés ce jour-là, procédoient à cette action avec toutes soï^tes d*indécences et proférant des paroles libres ; et malfaonnôtés, en arrachant de la terre des corps de religieuses j. tout entiers, et quelques-unes encore dans leurs habits. Ils en firent ; réprimande à ces insolents, et, voulant savoir ce qu'on faisoit de ) ces corps, ils entrèrent dans Téglise où ils étoient jetés en un mon- > ceau, autour duquel ils trouvèrent plusieurs chiens qui dévoroient . les chairs encore entières et rougeoient les os. Ils en eurent tant d*horreur qu'ils redoublèrent leurs réprimandes contre ces sortes de gens, qui n'étoient retenus par la présence d'aucun ecclésiastique, et ils en conçurent tant d'indignation, qu'ils ne purent s'empêcher de la faire éclater à leur retour à Versailles. Le récit de ce détail a été fait par le frère d'un de ces chasseurs à M. Y. (l'un des amis), ce qui se confirma bientôt après ; et on ajouta qu'on avoit | trouvé des corps tout entiers et reconnoissables au visage, entre au- | très celui du frère Laisné, domestique de la maison, décédé le 13 > février 1709, et que ces hommes brutaux avoient dit en le déter'^ i iulX i Ahl te voilà donCf Laisné / » — Dans im exemplaire du Né^ crolog» qui appartient à la Bibliothèque de la Sorbonne, et sur les marges duquel se trouvent des notes manuscrites de M. de Montempuis, on lit au si4|3t de ce Jean Laisné : « Lorsqu'eîi 1711 on exhuma les corps pour les porter à Saint-Lambert, on le trouva tout entier sans aucune corrupUon, quoiqu'il fût enterré sous une gouttière dans le cimetière. Celui qui le déterra voyant que sa chemise étoit bonne, la lui ôta pour s'en servir. » — Le cœur se soulève.

virons , y servant de pavés ou même de tables à boire dans la cour. Des passants scandalisés en rachetèrent quelques-unes^.

C'en est assez. J'aurais eu plaisir à insister sur les Gémissements et les chants pieux qui se succédèrent les années suivantes autour de ces ruines» si quelque talent y servait d'interprète à l'âme , si du moins une superstition aveugle ou une vision systématique ne les gâtait pas. c Les pierres de cette sainte maison ont été chères à vos serviteurs, et la terre a été précieuse à leur tendre piété ^I » voilà les sentiments que volontiers on partage y voilà les accents qu'on aime dans la bouche des visiteurs émus. Mais à entendre , pour la plupart , ces pèlerins du lendemain y ces disciples , nouveaux prophètes, qui prennent trop à la lettre l'antique Psaume, la destruction de Port-Royal n'est pas seulement une calamité déplorable et célèbre : elle fait époque , s'écrient-ils, c elle semble avoir changélaface des choses,... Une multitude de témoins semblent être nés du sein de Port-Royal, comme autrefois les Chrétiens naissoient du sang des martyrs. • En un mot , ils croient que Port-Royal est un commsncemsrU , tandis que c'était trop manifestement une fin. — Honnêtes gens de l'avenir» attendez, pour faire le pèlerinage à votre tour, que le flot des sectaires soit écoulé '.

t. Ceci n'est qu'âne singularité : les pierres du cloître démoU furent numérotées et transportées à Pontchartrain, à quelques lieues de là, non pas à titre de reliques ; mais on en bâtit des écuries et des communs pour le château, et la forme du cloître s'y retrouve, ou s'y retrouvait -, car je ne sais si ce qui existait hier existe encore.

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