‹ Port-RoyalChapitre 20 sur 40 · Verset 14, Psaume CI · texte numérisé non relu

Verset 14, Psaume CI

3. Les années 1732, 1733, furent l'époq&e du plus haut paroxysme des convulsions. Interdites à Saint-Médard, eUes refluèrent dans le vallon des Champs. Les deux lettres suivantes de M. de Maurepas indiquent un double moment : l'autorité crut d'abord que c'était fini et qu'elle pouvait se relâcher ; mais, dès qu'il y

Tout ce qui a vécu et brillé ici-bas est sujet à la corruption. Ce qui a été chair devient sujet aux vers. Ce qui a été grandeur plus ou moins véritable, devient matière à déclamation, sert de prétexte à la phrase, cet autre ver qui enfle et qui ronge. Ce qui a été croyance et foi au sein de la persécution , devient aisément k' la longue endurcissement, rétrécissement, opiniâtreté, fa- , natisme, féticBisme. U vient un moment où l'esprit qui ' avait animé les choses et les personnes quitte sa dé- ^ pouille et remonte : suivons-le , et ne le laissons pas pour ce qui en est la défroque ou l'idole.

L'esprit de Port-Royal ne me semble véritablement plus , sauf quelques humbles et bien estimables excep-

avait jour, la fièvre reprenait de plus belle et redoublait. M. de Maurepas écrivait au sieur Vallier, à la date du 26 mai 1733 :

« Puisqu'il n'y a plus personne, Monsieur, dans l'endroit où étoit autrefois la maison de Port-Royal ni dans le cimetière de Saint-Lambert, vous pouvez cesser d'y établir une garde ; mais vous aurez soin de vous informer exactement, lorsqu'elle sera retirée, si on n'y retourne point. »

On y retourna vite, et deux mois après, le 28 juillet, M. de Maurepas se voyait obligé d'écrire à M. de Harlai, intendant de Paris :

« J'ai, Monsieur, parlé à M. le cardinal de Fleuri et à M. le Garde des sceaux de ce que vous me marquez au sujet du nouveau concours qui s'est renouvelé à Port-Royal : ils ont approuvé l'un et l'autre les ordres que vous avez donnés de faire arrêter et conduire dans les prisons de Versailles les personnes qui iront, et qui ne voudront pas se nommer, ou qui voudront forcer le meunier de leur ouvrir.

« Ils ont pareillement approuvé les ordres que vous avez donnés aux officiers de maréchaussée de faire établir une garde tant à Port-Royal qu'au cimetière de Saint-Lambert ; il faudra même qu'il l'augmente, afin qu'il puisse y en avoir une nuit et jour.

« Supposé qu'on soit obligé d'arrêter et conduire quelques personnes dans les prisons de Versailles, vous voudrez bien vous y transporter pour les interroger, après en avoir fait une honnêteté à M. le duc de Noailles si c'étoit gens d'une certaine espèce, vous jugerez bien qu'on ne pourroit longtemps les laisser dans les prisons de Versailles : on seroit toujours en état, dès qu'ils seroient connus, de donner par rapport à eux les ordres que Sa Majesté jugeroit à propos ; mais il y a lieu de croire que lorsqu'on verra une garde continuelle, on ne sera pas obligé d'en venir à cet éclat. » ^Archives de V Empire, — Dû à l'obligeance de M. le marquis de Laborde.)

tioDS ^y dans le Jansénisme qui a suivi : il ne s'y ^oave du moins qu'amaigri, séché , et comme un bras de Qeuve détourné dans les sables et perdu dans des pier^ res : plus on avance, et plus il s'encombre, U se rfi-* t trouve encore moins dans le Jansénisme tout politiqot

3 ui fut ou qui parut si considérable à un moment du iz-huitiëme siècle , et qui permettait h bien des gens d'être du parti sans être du dogme ni même de la religion. Le véritable , l'humble et grand esprit chrétien de Port-Royal, nous avons tâché de le définir dans son principe, de le dépeindre dans ses modèles vivants, dans ses œuvres originales, de le suivre dans son dernier progrès spirituel jusqu'au sein de la décadence visible ; et cette Histoire , telle que je l'ai conçue et que j'ai essayé de la construire, modestement commencée à la Journée du Guichet, agrandie avec Saint-Gyran , ^e re^ posant k son milieu sur Pascal , se variant jusqu'à la fin de plusieurs figures singulières , se soutenant à toute force par la seule présence d'Amauld^ s'épanouit idéalement et se couronne dans Athalie,

1. UéB&ngujj M. Collard, etc. — Je regrette cependant de n'avoir pu joindre ce pgtit nombre de Fort-Bx>yali$te$ atta/rdés au groupe de leurs aînés et de leurs pères ; mais on peut dire que leur portrait, sauf de légères nuances de détail, a déjà été fait dans quelqu'un de ceux qu'on a vus précédemment, tant il y a de ressem- Uaaoe dans les physionomies et d'ui^iformité dans la teinte.

Wm PU UVRS SOliSME ST DERNIER.

(Gibbon raconte que le jour ou plutOt ia nuit de juin où, dans 90ià jardin à Lauganna, il écrivit les demièrelï lignes de la dernière page de son grand ouvrage, après avoir posé la plume, il fit plusieurs tours sous un berceau d'acacias d'où la vue dominait et s'étendait sur la campagne, le lac et les montagnes : la lune éclairait ce spectacle, et il éprouva une première émotion de joie, suivie bientôt d'un sentiment de mélancolie et de tristesse. L'au^ teur de Port'Hoyalf au moment où il achevait la dernière page du manuscrit de son livre, de grand matin, un jour du mois . d'aoflt 1857, était dans une disposition analogue, bien moins douce î pourtant ; il se sentait délivré, mais triste, et la pensée grave ga- ' gnant de plus en plus, il reprit la plume pour écrire en manière ' de conclusion les pages suivantes : )

J'ai terminé cette Histoire commencée depuis si longtemps, Qt dont je ne me suis jamais sépairé au milieu même des distractions en apparence les p}us contraires, cette description fidèle d'une tribu^ d'une race sainte.

Qu'ai-je voulu? qu'ai-je fait? qu'y ai-je gagné?

Jemie, ipquiet, malade, amoureu^^ et curieux des liem'g le$ plu3 cachées, je voulais surtout à l'ori^ne, en pénétrant le mystère de ces âmpspieuses^de c^sexistence3 intérieures, y recueillir la poésie intin^e et prqfonde qui s'en e^^l^tt Mais à. peii^e avais-je fait quelques pas, qu^ cette ppés;e s'eçt évanouie ou a fait place à des 40pects pli)s sévères : la rp^igion seule s'est montrée dans sa rigueur, Qt le Gbristi^çme dans sa nudité.

Cette religion, il m'ft été imppsçible d'y entrer autre- ' ment que pour lapowpTeudre, pour l'exposer. J'ai plaidé pour elle devaut les incrédules et les railleurs; j'ai plaidé

la Grdcej j'ai plaidé la Pénitence; j'en ai dit le côté élevé, austèrement vénérable, ou même tendrement aimable; j'ai cherché à en mesurer les degrés, — j'ai compté les

I degrés de l'Échelle de Jacob. Là s'est borné mon rôle,

\ là mon fruit.

Directeurs redoutés et savants, illustres solitaires, parfaits confesseurs et prêtres, vertueux laïques qui seriez prêtres ailleurs et qui n'osiez prétendre à l'autel, vous tous, hommes de bien et de vérité, quelque respect que je vous aie voué, quelque attention que j'aie mise à

I suivre et à marquer vos moindres vestiges, je n'ai pu me ranger à être des vôtres. Si vous étiez vivants, si vous reveniez sur la terre, est-ce k vous que je courrais d'a-

' bord? J'irais une ou deux fois peut-être pour vous saluer et comme par devoir, et aussi pour vérifier en vous Texactitude de mes tableaux, mais je ne serais pas votre

î disciple. J'ai été votre biographe, je n'ose dire votre

; peintre; hors de là, je ne suis point à vous.

Ce que je voudrais avoir fait du moins, c'est d'amener les autres, à votre égard, au point oîi je suis moi-même : concevoir l'idée de vos vertus et de vos mérites en même temps que de vos singularités, sentir vos grandeurs et vos

1 misères, le côté sain et le côté malade (c^r, vous aussi,

j vous êtes malades); — en un mot, à force de contempler vos physionomies, donner et sentir l'étincelle, (^lle même qu'on appelle divine, mais une étincelle toujours passagère, et qui laisse l'esprit aussi libre, aussi serein dans sa froideur, aussi impartial après que devant.

Il y aurait eu un profit plus grand peut-être à tirer de votre commerce, un profit pratique et tout applicable aux mœurs. Pendant que je vous étudiais, j'ai souffert ,

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