‹ Port-RoyalChapitre 27 sur 40 · M. Boileau, chanoine de la Sainte-Chapelle · texte numérisé non relu

M. Boileau, chanoine de la Sainte-Chapelle

'i. Saint-Denis-du-Pa«« c'est-à-dire de pasiu^ oa patiionet parce que

yement lui vint d'adresser à Dieu, sous Pinvocation de ce saint apôtre des Parisiens, une prière à l'intention de l'archevôque son successeur, le cardinal de Noailles, afin que le prélat se montrât ferme et Taillant à son exemple, et qu'au lieu de mollir, il fût comme un mur d'airain pour le soutien de la bonne cause et de la vérité (9 octobre 1700) :

c J'allois, dit-il, cbez le cher Despréaux, et c'étoit ma route, car cette petite église est derrière le chœur de la cathédrale, et Despréaux est logé près du Terrain. Je ne sais, Monsieur, si je vous ai mandé qu'il a été malade, et l'a été grièvement. £n une nuit, on lui donna trois fois l'émétique, qui Tarracha des mains de la mort. Celui qui le lui avoit donné s'est trouvé là ce matin avec moi, et m'a dit que le remède avoit heureusement opéré.... Il est en bonne convalescence et compte de s'aller rétablir à sa jolie maison d'Auteuil durant l'été Saint-Denis ^ et les autres petits étés qui pourront se multiplier cette année, comme on a quelque lieu de l'espérer. C'est un bon cœur d'homme, plein de candeur, de sincérité, d'amour du vrai, de haine du faux. Il est généreux et fidèle .ami. 11 aime fort l'Ëcriture, et surtout les Psaumes. »

Boileau resta donc davantage lui-même jusqu'à la fin; il était une nature plus fixe que Racine.

On ne saurait se le dissimuler en effet, il y avait quelque faiblesse de caractère cru de tempérament dans Racine. Le chrétien étant donné, cette faiblesse, de sa part, consistait, sur la fin, à rester courtisan un peu malgré lui, à n'oser se séparer de la faveur, à vouloir mener de front deux choses inconciliables, la Cour et la dévotion, à vouloir pousser celle-ci jusqu'^ la pénitence et à ne jamais passer outre. Boileau était un caractère plus simple, plus uni. Nullement insensible ni indifférent à ses succès d'esprit en ' haut lieu, dès qu'il s'était senti souffrant ou aflaibli dans ses organes, il avait pris bravement son parti etavait quitté Versailles ; pour n'y plus remettre les pieds. Racine ne put jamais s*y décider ; ; il se donnait pour excuse de conscience qu'en restant sur ce terrain ' glissant il pouvait mieux servir à l'occasion les religieuses de Port- Royal ; mais au fond il ne pouvait se résoudre à se sevrer de ces douceurs enchanteresses : il était atteint de la môme faiblesse que Bossuet qui, lui aussi, se montra aussi longtemps qu'il put à .

U tradition était oue le saint y avait reçu quelque sooffraoce. >- Je donne cette étymologie d'après M. Vuiliart qui, en tant qu*aini intime de M. de Tillemont, devait savoir là-dessus le dernier mot de l'érudition chrétienne. 1. L'été de la Saint-Denis tombait en octobre, de même que l'été de la Saint-Martin tombe en novembre. On ne se souvient plus que de ce dernier. Du temps qu'on croyait dévotieusement aux saints, on*n'oabliait rien, et M. Vuiliart, qui adressait une prière à Dieu par les mérites de saint Denis, ne manqua pas sans doute de demander pour cette année-là un petit été de grâce en faveur de son ami Despréaux.

Versailles et qui même à la fin, et à bout de force, s'y traînait;

, il était affecté de la môme faiblesse encore que M. de Pomponne,

- le plus aimable des Arnauld, mus un Arnauld amolli qui, tout octogénaire et tout pieux qu'il était, ne pouvait se décidera résigner le ministère et qui, apprenant la retraite chrétienne de M. Le Peletier (1697), disait au roi qui lui en donnait la première uquvelle: «Cette retraite, Sire, rend M. Le Peletier aussi louable que je dois être honteux de n'avoir pas, à mon âge, le courage de l'imiter. >» Racine était de cette famille d'esprits distingués et de cœurs tendres, que se disputaient, on Ta dit, l'amour du roi et l'amour de Dieu ; il se le reprodiait lui-même. Boileau n'avait pas de ces doubles amours; il allait tout droit. Il est vrai qu'ayant

. moins de cordes à l'âme, il avait à cela moins de peine et moins de mérite.

Et maintenant ai-je à m'excuser * d'avoir si longuement reparlé de deux poètes célèbres, chers à la France, mais sur lesquels il semble que tout , depuis longtemps , soit dit et qu'il n'y ait plus qu'à se répéter avec de bien légères variantes? Je me le demande en me relisant : n'ai-je pas commis une impertinence en plein journal? N'ai-je pas fait au moins un anachronisme? N^est-ce pas un hors d'oeuvre que je suis venu offrir devant des générations ailleurs occupées, et dont la faculté d'admiration est engagée dans des voies toutes différentes? Nos idées sur les poètes ont, en effet, chaîné presque entièrement depuis quelques années. Ce n'est plus la question classique ou romantique, si vous Ife voulez jil s'agit de bien autre chose que d'une cocarde, que des coupes et des unités, — des fonnes et des couleurs : il s'agit du fond même et de la substance de nos jugements, des dispositions et des principes habituels en vertu desquels on sent et l'on est affecté. Pourrai-je réussir à Wen rendre cet état nouveau, cette direction devenue presque générale des esprits? Autrefois, durant la période littéraire régulière, dite classique, on estimait le meilleur poète celui qui avait composé l'œuvre la plus parfaite, le plus beau poème, le plus

' clair , le plus agréable à lire, le plus accompli de tout point, V Enéide, la J^rus(Uemj une belle tragédie. Aujourd'hui on veut autre chose. Le plus grand poète pour nous est celui qui, dans ses œuvres, a donné le plus à imaginer et à rêver à son lecteur, qui Ta le plus

1. Cette fin se rapportait au lieu où ces articles avaient d'abord été publiés ; j'avais cru qu'il était besoin d'une excuse ou d'une sorte de précaution oratoire. Ici, dans Port-Royal^ je suis chez moi : dans un journal quotidien, on est chez les autres, et l'on n'a droit de s'étendre sur le passé même le plus illustre qu'à la condition de le rattacher par un bout, et ne fût-ce qu'avec contraste, à ce qui est actuel et présent. Au reste ces deux modes d'écrire ont tour à tour et chacun leur avantage : il est bon quelquefois, il est nécessaire de pouvoir être tout à fait soi-même; il est utile aussi d'avoir à compter à chaque instant avtc le goût d'autmi.

APPENDICE. Ml

excité à poétiser lui-même. Le plus grand poète n*est pas celai a qui a le mieux fait : c'est celui qui suggère le plus, celui dont on | ne sait pas bien d'abord tout ce qu'il a voulu dire et exprimer, et j qui vous laisse beaucoup à désirer, à expliquer, à étudier, beaucoup à achever à votre tour. Il n'est rien de tel, pour exalter et nourrir l'admiration, que ces poètes inachevés et inépuisables ; car on veut dorénavant que la poésie soit dans le lecteur presque autant que dans l'auteur. Depuis que la critique est née et a grandi, qu'elle envahit tout, qu'elle renchérit sur tout, elle n'aime guère les œuvres de poésie entourées d'une parfaite lumière et définitives; elle n'en a que faire. Le vague, l'obscur, le difficile, s'ils se combinent avec quelque grandeur, sont plutôt son fait. U lui faut matière à construction et à travail pour elle-même. Elle n'est pas du tout fâchée, pour son compte, d'avoir son écheveau à démêler, n et qu'on lui donne de temps en temps, si je puis dire, un peu de \ fil à retordre. Il ne lui déplaît pas de sentir qu'elle entre pour sa » part dans une création. Quand une fois je les ai vues et admirées dans leur pureté de dessin et dans leur contour, qu'ai-jetantàdire de Didon etd'Armide, de Brâdamante oudeClorinde, d'Angélique bu d'Herminie? Parlez-moi de Faust, de Béatrix, de Mignon, de j- Don Juan, d'Hamlet, de ces types à double et à triple sens, sujets à discussion, mystérieux par un coin, indéfinis, indéterminés, extensibles en quelque sorte, perpétuellement changeants et | muables: parlez-moi de ce qui donne motif et prétexte aux raisonnements h perte de vue et aux considérations sans fin. Quand où ] a lu ie lutrin ou Athaliej l'esprit s'est récréé ou s'est élevé, on a i goûté un noble ou un fin plaisir ; mais tout est dit, c'est parfait, i c'est fini, c'est définitif ; et après.... Il n'y a pas là de canevas ; cela parait bien court. Il semble même que les habiles et parfaits auteurs de ces chef^-d 'œuvre l'aient compris tout les premiers; car, leur œuvre achevée, ils détendaient leurs esprits, ils baissaient le ton, ils n'étaient plus les mêmes. Leur pensée n'était plus à la hauteur de leur talent. Leur conversation ne portait pas au delà d'un cercle borné. Leur tous-les-jours était assezordinaire. — Non, il ne l'était pas autant qu'on le croirait, et cette simplicité, cette vertu, cette prud'homie touchante de Racine^ couronnée d'une belle et douce mort, est-ce chose si ordinaire?

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