‹ Port-RoyalChapitre 28 sur 40 · SAISI DANS LES PAPIERS DU PÈRB QUESNEL · texte numérisé non relu

SAISI DANS LES PAPIERS DU PÈRB QUESNEL

(Se rapporte à la page 178.)

Voici cette pièce singulière, qui est censée adressée au comte d'Avaux :

« Monseigneur,

c Le pouvoir si ample que le Roi vous a donné de recevoir à la ' Trêve de vingt années généralement tous ceux qui voudront bien l'accepter, a porté les Disciples de saint Augustin à vous faire connoître, par cette lettre, qu'ils sont résolus d'embrasser encore ce moyen qui se présente de se procurer un repos, qui ait au moins plus de durée que celui que la Paix sous le pape Clément IX leur avoit si heureusement rendue. Ils ne sauroient se persuader, Monseigneur, qu'après que Sa Majesté a bien voulu accorder sa grâce à des Pirates insolents et impies qui l'avoient grièvement ofTen* sée, et qu'après vous avoir ordonné de déclarer de sa part qu'elle vouloit bien mépriser, en quelque sorte, ses avantages et oublier ses propres intérêts pour rétablir le repos dans toute l'Europe par une Trêve générale, il n'y ait que les Disciples de saint Augustin qui soient exclus d'une grâce qu'on offre à toutes sortes de nations, sans distinction de religion ou de mérite. On ne sauroit soup< çonner Sa Majesté d'une si étrange acception de personnes, que l'Écriture défend si sévèrement en plusieurs endroits, sans faire tort à son équité naturelle et sans donner des bornes à sa bonté, contre l'intention qu'elle fait paroître de vouloir qu'elle soit générale, et qu'il ne tient point à elle qu'on n'en ressente partout les effets.

flc Tout cela. Monseigneur, a fait juger à ceux au nom desquels je prends la liberté de vous écrire, qu'il ne faut que vouloir la Trêve pour l'avoir, et j'ai ordre de vous déclarer de leur part qu'ils la veulent et qu'ils la souhaitent de tout leur cœur.

K II vous sera aisé, Monseigneur, de juger de la sincérité et de la droiture de leurs intentions par les conditions mêmes qu'ils ont cru devoir proposer, pour ne point paroître singuliers, et pour ne rien faire contre les formes ordinaires de ces sortes de contrats publics : c'est pour cela que je les appelle conditions, quoique ce ne soient en effet que des offres très- avantageuses, capables d'aplaair toutes les difficultés s'il s'en rencontroit, et incapables même

d'en faire naître de nouvelles. J'ose même dire quMl est de la grandeur et de la gloire de Sa Majesté de les écouter favorablement et de ne les point rejeter.

« La première est que tous ceux qui ont eu le malheur de déplaire à Sa Majesté par quelque endroit, seront obligés de se justifier par de bonnes Apologies, dans lesquelles ils rendront raison de leur conduite et répondront à tout ce qu'on aura pu objecter contre leur vie et contre leur doctrine ; et s'ils ne font pas voir manifestement l'innocence de l'une et de l'autre, ils seront punis à la discrétion de Sa Majesté.

a 2" Que Sa Majesté sera très-humblement et très-respectueusement suppliée de faire cesser les voies de fait et Tusage des lettres de cachet, parce qu'étant employées le plus souvent contre des personnes dont la piété et Tinnocence sont connues du peuple, cela ne peut faire qu'un fort méchant effet au préjudice de la gloire et de la réputation de Sa Majesté*. 11 est vrai qu'elle ne se porté pas d'elle-même à ces sortes de voies odieuses, et qu'il y a tout sujet de croire qu'on ne les arrache d'elle qu'en surprenant sa religion ; mais c'est un des plus grands services qu'on lui puisse rendre que de lui faire connoître qu'on la surprend ; car quoique les plus grands princes puissent être surpris, l'être si souvent, ce pourroit être une tache à sa gloire, qui dureroit dans la postérité, et qu'il ne seroit pas aisé d'effacer.

« S** Que Sa Majesté sera encore très-humblement et très-respectueusement suppliée d'accorder la liberté à ceux que la rigueur de ces voies, ou la nécessité qu'ils ont eue de les prévenir, renferme dans des prisons ou oblige de vivre qii exil dans des pays étrangers ou incommodes, sans avoir égard ni à leur âge ni à leurs infirmités, ni à leur pauvreté, et sans qu'on puisse leur reprocher aucun crime que d'avoir toujours mieux aimé obéir à Dieu qu'aux hommes, et de n'avoir jamais voulu trahir leur conscience par de Iftches complaisances ou par de basses flatteries.

« 4'* Qu'ils s'obligeront de n'importuner jamais Sa Majesté pour des bénéfices, mais que ceux à qui on aura donné quelque emploi ecclésiastique auront toute la liberté d'en faire les fonctions pour la plus grande gloire de Dieu et l'édification du prochain.

« 5<> Qu'ils s'obligeront de seconder Sa Majesté dans le dessein qu'elle a de ramener à l'Ëglise ceux qui s'en sont malheureusement séparés, et qu'ils continueront à faire des livres et des écrits pour convaincre leurs esprits, pendant que Sa Majesté fera des ordonnances pour les faire rentrer en eux-mêmes et les faire profiter de la vérité qu'on leur présentera.

1. c'est ce qui faisait dire, sar la fin de Louis XIV, au docteur Boilean, frère du satirique, « que les lettres de cachet étoient des lettres de noblesse, n

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« ô*" Outils soutiendront toujours aveo vigueur les' vérités de la Grâce de Jésus-Ohrist précfaées par saint Paul et expliquées par saint Augustin, contre les nouvelles opinions qui sont nées dans le cerveau d*un seul homme; qu'ils répandront leur sang pour elles, s'il est nécessaire, et qu'ils s'exposeront avec joie à toutes les incommodités de la vie, plutôt que de consentir qu'on les affoi- Misse en aucune manière.

« 7** Qu'ils veilleront toujours avec grand soin sur les corrup* teurs de la morale de Jésus-Christ, et qu'ils auront une attention toute particulière à s'opposer à la doctrine parricide des r«to et à l'opinion séditieuse de leur déposition, sans s'endormir sous prétexte que Tune et l'autre ont déjà été terrassées et que ceux qui les enseignoient autrefois n'en font plus mention dans le royaume, sachant qu'il leur est très-àisé, tant que leur doctrine pernicieuse de la prohabilité subsistera, de réveiller toutes sortes d'opinions et de les rendre sûres dans la pratique.

« 8° Gomme il est très-difficile de n'avoir point d'ennemis et d'être entièrement à couvert de la calomnie, quelque sage et irréprochable que l'on soit dans sa conduite, Sa Majesté sera trèshumblement et très^respectueusement suppliée de ne point tellement privilégier ceux qui se rendront les accusateurs des Disciples de saint Augustitif qu'on les dispense de prouver dans les formes et devant les tribunaux ordinaires ce qu'ils auront avancé contre eux, que les accusés auront aussi toute liberté de se défendre, et que les lois contre les calomniateurs seront mises en vigueur sans que personne puisse s'exempter de subir des peines qui y sont portées, lorsqu'ils l'auront mérité.

« Quoiqu'on n'ait dû faire ici mention que des Disciples de saint Augustin; sujets de la France, on peut être assuré que ceux que la Providence a fait naître dans d'autres provinces ne sont pas moins jaloux de leur repos, et qu'ils seront très-contents de l'obtenir aux conditions proposées ; mais ils n'ont pas cru qu'il fût nécessaire de se faire comprendre nommément dans le Traité, parce qu'ils sont persuadés que, comme on se pique partout d'imiter la France, ils ne manqueront pas d'avoir le même sort, ou à peu près, qu'il plaira à Sa Majesté Très-Chrétienne d'accorder à ceux qui m'ont donné ordre de parler pour eux.

« Je ne crois pas, Monseigneur, qu'il soit nécessaire maintenant de prouver que ces conditions ne sont nullement onéreuses, et qu'elles sont au contraire bien plus capables d'avancer la Trêve que de l'empêcher. Vous aurez vu tout d'un coup qu'elles ne tendent qu'à procurer à Sa Majesté une gloire solide devant Dieu e^ devant les hommes.

€ Une partie de ces conditions élojgne ce qui est contraire à cette gloire, et l'autre a pour but de'^l'afîermir de plus en plus, et de la rendre plus éclatante ; n'y ayant rien qui affermisse davan-

tage le trône des rois, comme 4it l'Écriture, que la miséricorde et la justice, ni qui les fesse régner avec plus de sécurité, de paix et de bonheur, que les soins qu'ils ont de faire régner Jésus-Christ parmi leurs sujets et de les assujettir à Dieu par la grâce et Pobservation de l'Évangile -, à quoi on s'engage par ces conditions de travailler.

c Nous espérons. Monseigneur, que vous voudrez bien représenter ceci à Sa Majesté et l'appuyer de tout le crédit que vous avez auprès d'elle. Pardonnez-moi si je prends la liberté de vous dire que ce n'est pas l'affaire la moins importante qui vous occupe. Le succès vous en sera glorieux; et s'il ne réussit pas, vous aurez la gloire de vous y être employé : et pour nous, nous croirions que le moment n'est pas encore arrivé, et nous l'attendrons avec patience en redoublant nos vœux et nos prières pour Sa Majesté, et en vous assurant que nous aurons toute la reconnoissance pos^ sible pour les bons offices que vous rendrez en cette occasion à la Vérité enla personne de ceux qui sont avec respect, Monseigneur,

« Vos très-humbles et très-obéissants serviteurs,

« Les Disciples de saint Augustin, »>

— Voltaire a dit que les Jansénistes avaient la phrase longue, mais on peut dire, encore plus certainement, qu'ils avaient la plaisanterie longue.

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