‹ Port-RoyalChapitre 31 sur 40 · Une riche bourgeoise de la rue Qoincampois · texte numérisé non relu

Une riche bourgeoise de la rue Qoincampois

sais ce qui lui vint dans Tesprit , il vonloit que je m'en retooraasse ayee elle. Je dis à M. Ynillart * qnil ne me falloit pas faire venir pour me renvoyer et que je ne m'en retoumerois pas. J'y demeurai donc. G'étoit sur la fin du mois de novembre (1661). »

M. Feydeau, je l'ai dit, nous ouvre un jour sur les défauts de quelques-uns de nos amis ; nous avons surpris un léger tort, à son égard, de M. Singlin, de M. d'Andilly ; ici c'est le tour de M. Le Roi. M. Feydeau l'exhorta fort à aller demeurer à son abbaye de Haute-Fontaine dont il était commendataire. M. Le Roi s'y rendit sur son conseil et travailla à y établir une règle sévère. M. Fey* deau l'y accompagna; mais là^ comme à Mérentais, l'abbé parait avoir conçu quelque crainte de garder auprès de lui un homme qui avait deux lettres de cachet sur la corps; c'est, du moins, ce qui semble ressortir du récit de M. Feydeau ; celui-ci n'était pas entièrement remis des suites de sa maladie :

« Cet état entre la santé et la maladie est fort mélancolique , nous dit-il, et ne rend pas les personnes fort agréables. Aussi M. Tabbé se lassa de moi : il me parla d'aller demeurer à son abbaye de Verdun. Je lui dis qu'après Pâques, je le déchargerois de ma personne , et que jusque là je lui voulois payer ma pension. Je mandai à madame Gorge qu'elle m'envoyât lOO francs, qu'elle m'envoya à cet effet : ce qu'elle fit avec grande répugnance , ne pouvant comprendre la conduite de M. l'abbé.

« Il me fit voir une lettre de M. de Préfontaine son fière qui lui faisoit entendre que mon séjour à Haute-Fontaine pourroit lui rendre quelque mauvais office. Je m'aperçus bien que cette lettre étoit mendiée, et je demeurai ferme à ne m'en vouloir aller qu'après Pâques.

« Pendant ce temps je m'occupois à traduire le prophète jérémie. J'en conférai avec M. l'abbé, et je le suppliai de me vouloir marquer mes fautes. Cela lui gagna tellement le cœur qu'il me fit des excuses de tout ce qui s'étoit passé : il me pria de ne point penser à m'en aller. Cette prière que je lui avois faite dans la simplicité sans aucune vue m'attira cette douceur qui m'étoit assez nécessaire dans l'amertume de cœur que je ressentois du traitement que l'on me faisoit. »

Son humilité avait désarmé M. Le Roi, dont l'amour-propre se trouva très-flatté de voir un homme plus savant que lui se soumettre à lui.

Dans les années qui suivirent, de 1662 jusqu'en 1665, M. Feydeau vécut dans une assez grande irrésolution , caché tantôt à Paris où il craignait toujours de s'établir entre MM. de Saint-Sulpice d'un côté et M. Âmiot de l'autre', tantôt chez des amis, en province, à la ville ou aux champs. En 1665, il lui fut proposé de se rendre dans le diocèse d'Aleth pour remplir la théologale de Saint-Paul

. 1. Le secrétaire de M. Le Roi et qui nous est maintenant si connu, celui qui sera le voisin et l'ami de Racine.

'2. M. Amiot mourut en juin 1663. Persécuteur et mauvais homme comme il était , il mérite bien un dernier souvenir qui achèvera de donner idée de

»4 PORT-ROTAL.

de FenottillèdMy et^ sur le conMil de M. Arnantd, ît crat qoe^ Dieu Yy appelait. Il se mit en route en compagnie de M. Ûu Vauoel, alors jeune avocat de 2B ans et bien connu depuis comme ecclésiastique de négociation ou de conseil, dans rafTaire de la Régale et par la Correspondance de M. Arnauld. Ils firent le voyage par Lyon et Avignon sur le Rb^ne. On voit^ à un endroit d« récit, combien il était vrai qu'à cette date être un homme de mérite ea matière ecclésiastique et passer pour un des Messieurs de Port- Royal, c'était presque la môme chose. Les deux idées s'associaient et se confondaient volontiers :

« Nous trouvâmes i Carcassonne MM. les Évéqnes de Comminges et de Riem. S'étant on pea entretenus avec M. Da Vancel, ils me tirèrent à part, et M. de Comminges (M. de Choiseal) me dit qu'il ne falloit point Inl dis»maler que ce monsieur qu'ils venoient d'entretenir ne fût quelqu'un de ce» Messieurs de Port-Hoyal, ce qu'ils disoient à cause de l'idée qu'ils avoîent conçue en un moment de son mérite ; et, quelque chose que je leur disse, ils ébrent bien de la peine à croire qa'il n'en fût pas *. »

loi. Il finit d'une manière assez étrange et qu'on a dissimulée le pins qu'on a pn ; mais nous allons écouter dans le tête-à-téte des contemporains bien informés. Le docteur Des Lions , qui tient registre dans ses Journaux des principales conversations qu'il a eues, rapporte , entre autres , celle-ci : « Le 18 décembre (1667), j'ai vu M. de Sainte-Beuve de qui j'ai appris que.... que (suivent plusieurs nouvelles)...; qui a fait cette remarque que tous ceux qui ont choqué la vérité pour faire fortune ont perdu l'esprit , le bon sens et l'honneur : témoin M. Hallier qui est devenu imbécile de sens, sitôt qu'il est devenn évéque ; témoin M. Le Moine qui... etc.; qui a été, après sa mort, déclaré confidentiaire par un arrêt du Grand Conseil...; témoin M. Amiot , à qui il a entendu dire à la table de Sorbonne qu'il aimoit mieux un quart d'écu dans sa poche que de lire Jansénius qu'il ne laissoit pas pourtant de proscrire , et il est mort dans l'opprobre de la pédérastie , la reine-mère ayant , à la sollicitation de son neveu Amiot , fait enlever un jeune homme d'auprès de lui dont il étoit comme fol et possédé , et il est mort d'une maladie qui l'avoit rendu muet et paralytique.» {Journauw de Des Lions, Bibliothèque du Roi, 1258, page 592.) C'est ainsi que s'exprimait le grave docteur de Sainte-Beuve dans le téte-i-téte avec une liberté de Suétone chrétien. Je laisse de côté sa théorie vengeresse , et ne prends que le fait qui est avéré. On sait d'autres détails : le neveu jaloux non-seulement obtint qu'on enfermât le beau jeune homme à Saint-Lazare , mais encore , comme il le savait idolâtre de sa chevelure, à la manière de ces sortes de jeunes gens (xa).ôv l6eipâl^ovTe<;), il fit tondre et raser le mignon. L'oncle fut quelque temps sans savoir ce qu'était devenu son ami; mais, ayant appris la manière dont on l'avait enlevé, il entra dans nne si étrange colère contre son iieveu qu'il le chassa de sa maison et jura de ne lui jamais donner sa cure. Comme la famille pourtant ne voulait pas laisser perdre nne si belle place, on lui conseilla de prendre chez lui un autre neveu, à qui l'on fit même quitter pour cela Tétat militaire. Le Père Rapin^ qui a calomnié M. Du Hamel à l'article des femmes et comme étant l'idole de ses paroissiennes, se tait complètement sur ce vice de M. Amiot, — un péché, il est vrai, auquel les Jésuites n'ont jamais été, dit-on, bien sévères. Quant â M. Feydeau, il se tait par esprit de eharité*

1. Si, à cette date, les personnes du monde et les préhits avisés soupçonnnentet flasiraient un des Messieurs de Port-Royal dans toat homme de mérite et dedoctrlM eetlésiaftiqae qui ne se donnait pas à connaître, les

APPSIDIGE. 296

A knt arrivée à AletJi ^ ils forent reçus par t'éréque , M. Psk vilton , avec beancoop de bonté , et M. Feydean put tout d*afeof(ï apprécier tme des originalités chrétiennes du saiirt prélat :

« Aptèê lé Moper , eonme on ptria de M. TtAcm , a? oeat génl^at , «ptl avoit déclamé publiquement contre M. d'Aleth (je ne m» sovricme pM maintenant en quelle occasion) , je blâmai en cela M. Talon. Je fus bien ét(rtiné de voir que M. d'Aleth prit fort fe parti de M. Talon, ne pouvant souffrir qu'ofi lai domiftf !e moindre blftme. Mai» j'ai appris depuis que o'étoit sa edutmney et qu'il soutenoTt toiôo«rs le parti de t'abeent et de ceex méiM f|«l lui étcnent les ploe opposé», »

Après quatre années de séjour à Saint-Paul, M. Feydeau fut demandé à M. d*Aleth par son confrère, Pévêque de Cbâions (M. Vialart), pour être curé à Vitry. La Paix de ITÊglise était faite : les exilés pouvaient reparaître et se montrer. Les amis de M. Feydeau étaient dans le sentiment qu'il rendrait là plus de services à l^glise et que c'était proprement son talent. Il se décida à obéir , sur le conseil de M. d*Aleth lui-môme , et d'autant plus qu'il était dans un pays où presque personne n'entend le français; il s'en revint à Paris en plein hiver par Toulouse et Bordeaux. Faisant le voyage par eau sur la Garonne , il rencontra dans le bateau l'abbé de Cambiac, un sulpicien qui s'était retiré de la Communauté :

« Il m'étoit venu voir autrefois à Saint-Merry dans la pensée de te retirer de Saint-Sulpice et de faire une très-grande et très-longue retraite. Je ne l'avois pas vu depuis la proposition qu'il m'en fit , ne sachant quel parti il auroit pris depuis. Non» eûmes toat le loisir de nom eetretenir parée qu'on passe cette seconde nuit dans le bateau même qui va toujenr» , cette rivière n'étant point périlleuse. Il me raconta comme M. Olier, e«ré de Saint-Solpice , étoit persuadé d'avoir des lumière» extraordinaire» et des espèces de révélations, et qu'on n'étoit guère b&a» catholique» et bien superbes i Saint-Sulpice , quand on n'y eroyoii pas. Je lui parlai de Bf. de La Haye qui avoit tant de mérite et qai néanmoia» avoii quitté cette Communauté. Il me dit que c'étoit poar cette raieon-là , parée que e'étoit ub

gens du oommm et qui ne jugMiefit que sur l'apparetiee avaient ime manière à eux, et tout à fait jKroesière, de définir le janêémste etde le sigiialer : « Le Prieur des Bénédictin» réformés de Saint-Martin de Ponteise diaoit 4 mon frère, écrit M. Des Lions dans son Journal (9 juin 1661) qu'étant ces jours passés à une de leurs abbayes à Caen et voulant se promener dans le jardin d'une ferme, il aperçut un ecclésiastique qui s'y promenoit, et ayant demandé au fermier qui il étoit, celui-ci repartit: « Mon Pire, c'est le plus grand janséniste que je connoisse j'ai défendu i mes enfants et i me»

SeD»de le hanter. » Lor», le religieex pensant en apprendre guelqne choee avantage, et lui ayant demandé comment il savoH que ce prêtre étoH janséniste, il loi dit : « Mon Père, ie Fai prié, je ne sais combien de foi», de collationner et de boire avec moi : jamais je n'ai pa lui persuader. Yoyezvoos pas comme il tient son bréviaire tous son bras ? H ne vient jamais ici qu'il ne l'ait. » Le bénédictin se mit à rire et en a kit rire les autre». M. Poneet m'a dit, à ce propos, qm quatre petites pensionnaires de Port- Royal étant entrées aux Ursulines dn (aubourg Saint-Jacques, les enfants et quelqnee religieuses les ont appelées jai^êéniii$s'ftrce qu'elles ne vooloient pas étrebrares eoniM les autres et qu'elles alloiefti leeyeax baissés. »

de ceux qui ayment moins de foi anx révélationi de M. Olier, qui s'y fortifioit par l'appui d'une veuTe dévote qui se regardoit en quelque façon comme la Vierge, M. Olier comme Notre Seigneur, et ses ecclésiastiques comme les Apôtres ; que c'est pourquoi M. Olier prononçoit souverainement sur les matières de la Orftee sans avoir jamais lu ni saint Augustin ni Molina. m

L'abbé Faillon , un sulpîcien respectable , a écrit la Vie •de M, Olier : il y pallie et y couvre de son mieux ces travers du fondateur de Saint- Sulpice. Reporton&-nous aux inimitiés du temps : il y avait eu rivalité ardente, émulation de zèle en sens contraire entre Saint-Sulpice et Saint-Merry; aussi, d'une part, on calomniait M. DuHamel, de l'autre on ridiculisait M. Olier. Il est juste d'entendre les deux sons >.

Arrivé à Paris. sur la fin de janvier 1669, M. Feydeau reçut l'hospitalité chez madame de BéUsi, une de ses pénitentes, une personne de charité, de bonté, et qui lui montra un constant attachement. 11 crut devoir consulter encore sur la cure de Vitry M. de Sainte-Beuve, son ancien confesseur, lequel n'était pas tout à fait "d'avis qu'il acceptât. Il paraît que Vitry était une cure difficile ; les cœurs y étaient durs , et il y avait d'ailleurs bon nombre de Protestants. Bref, malgré le partage des avis , M. Feydeau crut voir le doigt de Dieu dans la désignation de cette cure. Il y alla donc, non sans avoir fait visite auparavant à l'archevêque de Paris , M. de Péréfixe :

« M. Du damel, qui étoit pour lors chanoine de Notre-Dame, voulut que j'eusse l'honneur de saluer M. l'archevêque de Paris. Ce prélat me demanda d'abord ce^ que vaioit mon bénéfice. Je lui dis que pour le spirituel il me faisoit peur , que pour le temporel je n'en savois rien. Je lui fis ensuite quelques honnêtetés de la part de M. d'AIeth , à qui ce prélat avoit eu autrefois quelque confiance pour son intérieur, et il me parla de M. d'AIeth assez froidement. Si j'eusse eu le temps , je l'eusse fait souvenir qu'en 1643 il m'avoit dit à Richelieu qu'il aimoit tellement le livre de la Fréquente Communion que , si M. Arnauld lui eût demandé son approbation , il la lui auroit donnée , et que si M. le cardinal de Richelieu eût été dans un sentiment contraire , il lui eût demandé permission de le soutenir contre lui : mais le temps n'étoit plus pour lui d'être dans ces sentiments-là. Madame de SaintrLoup l'ayant fait souvenir de ce qu'il

1. Dans la même conversation M. de Cambiac rapporta à M. Feydeau la parole célèbre qu'avait dite feu M. de Solminibac , évêque de Cahors. Ce

Srélat , un saint homme , avait expressément chargé M. du Ferrier frère e M. de Cambiac , de dire à quelques autres évêques ses voisins « qu'étant au lit de mort, il leur mandoit etdéclaroit son sentiment à savoir (jue les Jésuites étoient les plus grands ennemis de l'Église et qu'il n'avoit jamais pu les réduire. » Le mot circula et fut imprimé. On fit tout au monde , on usa tour à tour de menaces et de promesses pour obliger M. du Ferrier à le démentir : il tint bon. Il était pour lors grand vicaire de Narbonne , administrant parfaitement bien le diocèse pendant l'exil de l'arcbevéque , M. Fouauet. Compromis dans l'affaire de la Régale il mourut des années après à la Bastille. L'inimitié des Jésuites n'y nuisit pas.

m'avoit dit , il ne fit que dire en gémissant : • Ah ! j*étois homme de bien en ce temps ! »

Est-ce bien sérieusement que M. de Péréfixe a laissé échapper cette exclamation, ou n'était-ce qu'une légère plaisanterie à l'adresse de madame de Saint-Loup ?^Je n'ai pas à entrer dans le détail de cette cure difficultueuse et orageuse dont M. Feydeau eut la charge durant six années. C'était assurément un curé apostolique; mais eut-il tous les ménagements désirables? Peu soutenu de son évoque , il souleva d'une part des oppositions vives, et de l'autre excita des enthousiasmes non moins violents. Vers la fin la division était au comble. Il avait contre lui les moines du lieu : il avait pis, il avait pour ennemie une femme, madame Nolin, une dévote qui prétendait que Dieu lui parlait, et qui prophétisait en mentant à pleine gorge. D'un autre côté, il avait pour lui le peuple, le menu peuple : c'est au point qu'il faillit y avoir une émeute lorsqu'on sut sa démission. Il fallut user de stratagème pour le faire sortir. Le récit , sous la plume de M. Feydeau , est d'une naïveté incomparable; l'amour-propre y est absent, on ne sent que la peine d'un pasteur qu'on arrache à ses ouailles, d'un chrétien qui se voit contraint de faire retraite devant l'ennemi :

« Le 3« juin (1676) j'écrivis à M. de Chàlons que j'étois bien empêché sur la manière dont je sortirois , car on m'aYoit dit que le peuple ne me laisseroit pas sortir et qu'il pourroit y avoir quelque émotion à la porte par où je sortirois ; qu'il ne me sembloit guère honnête de m'en aller en plein minuit, de peur de donner occasion de dire que je m'en étois fui *. M. de Chàlons envoya dès le lendemain M. l*Évêque d'Aulone avec une commission pour moi d'aller faire la visite de quelques paroisses du côté de Sainte- Menehould.

m M. d'Aulone fut attendri de voir les larmes de tant de monde qui le venoit coi^'urer de s'employer à me retenir dans la cure. Il demanda à tous les religieux s'ils se plalgnoient de moi , et ils lui dirent que non ; et tous les officiers qui le vinrent voir le prioient de me retenir.

M Je partis le lendemain qui étoit le 5« juin à 3 heures du matin, et je pris un chemin détourné pour gagner la porte de Vaux , étant à pied avec un bâton à la main. M. d'Aulone partit sur les six heures ; son carrosse alloit devant, et un grand monde l'accompagnoit. On croyoit que je fusse dans le carrosse, et on vonloit l'empêcher de sortir de la porte. Comme il fut au faubourg de Vaux , il rencontra un bon vigneron qui s'en alloit à sa vigne avec sa bêche sur son épaule, qui lui dit : « Que faites- vous, Monseigneur? Vous êtes comme l'Ange qui tirez Loth de Sodome. Que pouvons-nous attendre sinon de périr et de voir l'embrasement de la ville? » M. d'Aulone étoit encore attendri de cette parole quand il me la dit à Vitry-le- Brûlé où je l'attendois. Il ne me la put dire sans larmes et ne pouvoit

1. Xe m'en étois fui ; pour dire, je m'étois enfui. M. Feydeau, dans son langage un peu suranné , sépare encore les mots que l'usage avait joints et soudés depuis longtemps à cette date de 1676. Le Père Bouhours, ce grammairien à la mode, qui épilogue les locuiions de Port-Royal, aurait eu là de quoi s'égayer.

298 PORT-TOYAL.

assez admiref une parole si bien dite. Sur ce que je loi disois quil n'étoit pas croyable que ce vigneron l'eût dite si bien , il me protesta qu'il n*y ^OHteit rien et tfgtW l»r8pportoit de I* même n«mète. •

A partir de ce jouf de sa sortie de Vitry, M. Feydeaa redevient un persécuté. H en a la marque au front .'On avait dès lors Fidée en haut lieu de poursuivre de nouveau le Jansénisme , et il était un janséniste avéré et noté. La froideur et Tisolement vont se taire autour de lui. Il le sentira et en aura le cœur serré. Seul, M. d'Aulone , un honnête homme *, témoin des faits et qui les avait vus de près , aura le courage d'écrire en sa faveur :

« M. d'ikokme se donna la pein* d'écrire à M^ ée Paris ( M., de Harl^)^ il lui représenta comme j'avois été opprimé et calomnié , la donlear des gens de bien, les larmes du pauvre peuple. U le conjuroit de se rendre mon protecteur contre tant d'eimemis. Mais je n*ai point été trompé dans mon attente que ce prélat n'en feroit rien pour des raisons que je ne puis dire, n en écrivit une autre à M. de Pomponne. »

Lettre également vaine ! M. de Pomponne , cet aimable homme, n^était pas de ceux qui osent se commettre en Cour pour le prochain. Le sentiment de la justice est faible dans la plupart des âmes; il en est peu de généreuses. M. Vialart, évêque de Châlons, dont je lis partout, et chez les nôtres en particulier, tant d'éloges, se conduisit â l'égard de M. Feydeau, dans cette disgrâce, de manière à le navrer. Quoi ( pas im mot de consolation pour le juste sacrifié qui n'avait d'autre tort que d'être trop strictement chrétien :

« Je demeurai dans le séminaire de Cbâions jusqu'au 12* juînet où je m'aperçus qu'on ne me donnoit pas le moindre petit emploi. On ne m'offroit plus de dire la grand'messe comme auparavant ; on ne me prioit plus de me trouver dans les conférences, et on ne parlort plufl de me faire enseigner comme M. de Châlons me l'avoit fait promettre et m'y avoH engagé; et ce prélat me laissoit sans me rien dire ! Enfin je fus prendre congé de lui un dimanche ff* juillet. Il me reçut assez froidement, et il m'offrit du même ton la demeure dans son séminaire tant que Je voudrois. Je ne lui pus rien dire : j'avots le cœttr trop serré. Il s'étonna de mon silence. Cela ne me fit rien dire davantage.... »

C'est dans cette disposition humiliée et contrite que M. Feydeau psrtit de Châlons* Après quelques visites de famille ou d'amitté dans les contrées environnantes , il s'en revint à Paris accompagné d'un vicaire fidèle qui s'était donné à lui , M. Plambart :

« Nous y arrivâmes le 12* août. Nous descendîmes efaez la «baritabie bdtesse, orâdame de Bélisi. Le ménie jour , nous fûmes voir M. de Sainte- Beuve qui nous reçut assez froidement , sans nous prier de nous asseoir.»

Quoi î VOUS aussi , Monsieur de Sainte-Beuve , vous avez peur

l.M. Bertbier t ua des apprebateurs des Pensées de Pascal ( tome Ui , page 458).

de vous cômpttmeUtë, et vous bAftez froid à Tun de vos humbles pénitents et qui a toujours eu tant de déférence pour vos avis!

M. Feydeau se trompa alors en croyant pouvoir accepter impunément là place de théologal que s'empressa de lui offrir Févêque de Beauvais, |f. de Buzanvaî, ancien paroissien de Saint-Merry. Le conseil de M. Arnauld et une lettre de M. Hermant le déterminèrent. Mais, en arrivant à Beauvais, il rencontra de Topposition dans le Chapitre, une résistance absolue de la part du doyen, et il y était depuis un mois à peine qu'une lettre de cachet vint le surprendre, qui l'envoya en exil à Bourges (février 1677).

Il demeura dans cette ville durant six années, inspirant à tous le respect et l'estime. Il y vivait en paix sous des archevêques modérés , M. Poncet et son successetir M. Phélippeauï. C'est ^ qu'il écrivit ses Mémoires ; c'est de là qu'il adressa aux religieuses de Port' Royal une longue , une éloquente lettre de consolation et d'encouragement, datée de la veille de la Toussaint 1680. Il était allé prêcher PAvent à Port-Royal en 1676 , après son retour de Vitry et avant son départ pour Beauvais ; il y avait renouvelé l'alliance spirituelle qu'il n'avait cessé d'entretenir. C'était un ami , un frère en affliction et qui souffrait pour la même cause ^

On ne laissa point M. Feydeau dans cet exil de Bourges devenu

1. On peut lire la lettre de M. f'eydean au tome I (pages 125 et suiv. ) des Vies intéressantes des Religienses de Port-Royal ; elle est admirablement appropriée au sujet et aux circonstances; il avait qualité pour parler de la sorte , et ses accents sortaient d'un cœur pénétré : « Il est vrai , dft-il aux religieuses , il est vrai , il n'y avoit rien de plus beau que votre sainte Communauté, si florissante, si fructifiante et si féconde^ mais elle ne donnoit que des exemples de régularité et d'esprit de piété q[ue nous voyons pratiquer à d'autres. Il est vrai qu'elle éclatoit particulièrement psr le desintéressement; mais la perfection, c'est la souffrance : Patientia opus perfectum habet. C'est elle qui tire les fruits cachés dans le fonds de la vertu chrétienne ; one grappe de raism , quoique très-belle , n'est point utile au vigneron , et il n'en ^uroit tirer du vin , s'il ne la serre, ne la presse et n'en écrase tous les grains. Il fait plus, il la foule et la met sous le pressoir. Voilà sa fin et sa destinée. C'est la nôtre. C'a été celle de Notre Seigneur même , qui a été sous le pressoir toute sa vie et qui l'a finie sur une croix. » M. Feydeau rappelle que la première fois qu'il eut le bonheur de parler à la mère Angélique, elle lui dit cette parole: « Quxrite efgo primum regnum Cœlorum : Cherchez premièrement le royarume de» Cieux/ » Il commente avec onction cette pensée dans le passage suivant qui exprime le sentiment du chrétien brisé sous ri^justic« : «< Quand nous voyons qu'on ne pense à nous que pour nous faire quelque nouveau mal, pendant qu'on ne fait que du bien aux autres qui n'en par oissent pas plus dignes que nous , disons en, nous-mêmes : Notre royaume n'est pas de ce monde. — Quand nous ne vovons pas de fin à nos maux et qu'on tourne en mal le bien que nous voulions faire , pensons que notre royaume n'est pas de ce mande. — Quand nous nous voyons abanaonnés de nos amis , que nous nous voyons enlre les mains et sons la puissance de ceux qui nous baissent , qui nous refusent ce qu'on ne refaseroit pas à des scélérats et à des criminels, consolons-nous dans cette pensée que notre royaume n'est pas de ce monde, » 11 y a encore d'autres ohoses fort belles et fort touchantes dans cette lettre.

trop doux. Ck)mme on vit que rarchevdque Vy trsdtait trop bien , les eunemis obtinrent contre lui une nouvelle lettre de cachet qui l'exilait à Annonay dans le Vivarais (1682). Il y passa ses dernières années et y mourut le 24 juillet 1694, à TAgô de 78 ans. On a une lettre de M. Flambart , son fidèle disciple , sur pette mort. Il finit comme un saint , en outrant les mortifications et en exerçant sur lui-mémô les plus rudes pratiques de la pénitence. Il fut enterré aux Célestins de Colombier, ces bons religieux ayant voulu posséder son corps. On lui fit une belle épitapbe latine : il y était dit par allusion aux trois ou quatre lettre^ de cachet qui ravalent promené d'exil en exil et à Tesprit chrétien dans lequel il avait supporté ces épreuves mNutquam esvly foetus civis Sanetarum et domesticus Dei : uhique exul , nondum auumfftug in Ci^ vitatem sanetam Jérusalem; » c'est-à-dire : «Nulle part il ne se regarde it comme un exilé, puisqu'il appartenoit à la Cité des saints et à la maison de Dieu : partout il se considéroit comme en exil, parce qu'il n'étoit pas encore enlevé et ravi dans la sainte Cité , dans la Jérusalem céleste. » — On pourrait lui appliquer ce mot d'éloge qui a été dit d'un autre de nos honnêtes gens persécutés, mais que nul ne mérite mieux que lui : « CMtait un bon esprit et un grand juste. »

Tel est Tabrégé de la Vie de ce constant et invariable ami de Port* Royal, figure remarquable dans sa ligne secondaire ; un des fidôles de la génération religieuse qui appartenait au mouvement produit par le livre de la Fréquente Communion : car ce livre fut une date.

SDR M. DE PONTCHATEAU.

(Se rapporte aux pages 349 et 609 do tome V.)

Je me suis décidé, après réflexion, à mettre ici en entier et textuellement (sauf de très-légères corrections de détail) la Vie que j'ai recouvrée de M. de Pontchftteau, celle, très-probablement, qui a été écrite par M. de Beaubrun et dont on avait signalé Texistence. Elle m*a été communiquée par mes amis les Catholiques non romains de Hollande, et la copie appartient aux archives de leur maison de Klarenbourg à Utrecht. Bia pensée est que la meilleure réfutation des adversaires est dans la connaissance intime et la production immédiate de la vérité. On perd son temps et sa peine à vouloir désinfecter les sources empoisonnées : on se détourne, on s'écarte, on s'irrite. Au contraire, on n*a jamais qu'à se louer

d'avoir ouvert de nouvelles sources directes et pures. Le mieux est, en tout siget, d'étudier les choses selon Uui esprit, de suivre le suc nourricier et la sève dans la continuité des canaux, de considérer Tarbre dans le sens des fibres et de la tige. Or, il ne se peut rien qui soit plus dans le sens de la pénitence et de la solitude selon Port-Royal que cette Vie de M. de Pontchàteau. La voici donc dans sa naïveté incomparable et dans ses respectueuses longueurs.

LA VIE DE M. l'abbé DE PONTCHATEAU.

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