‹ Port-RoyalChapitre 35 sur 40 · APP^PICE. 3U · texte numérisé non relu

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qu'hors dans las assemblées mondaines, quHl se livra aux plaisirs auxquels la convocation des États lui avoit donné occasion. U y parut avec distinction; il harangua éloquemment MM. des États, parla fortement contre les levées des deniers et se seroit attiré de la Cour quelque méconteptement , si le comte d'Harcourt et le duc d'Épernon, ses beaux-frères, n'eussent répondu au roi de sa droiture et de sa fidélité. 11 se lia d'amitié avec les jeunes seigneurs qu'il trouva en Bretagne , et entre autres avec M. l'abbé d'Espinose et M. de La Granrivière, mais il s'attacha surtout à M. du Boichevel (?) qu'il secourut de tous ses soins et avec tout l'attachement d'un véritable ami dans la maladie dangereuse dont il fut attaqué , et il lui remit généreusement , après sa parfaite guérison , le bénéfice dont il lui avoit fait sa résignation. Les fatigues qu'il se donna pendant la maladie de ce cher ami lui causèrent quelque légère indisposition qui l'obligea à passer l'hiver à Nantes, Enfin, ayant terminé toutes ses affaires, il revint à Paris dans sa maison rue des IJostes, où sur la fin du carême il eut une légère maladie , dont ayant été parfaitement guéri il se résolut de relier la partie qu'il avoit projetée en Bretagne d'aller à Rome. Il écrivit secrètement aux seigneurs qu'il avoit laissés en Bretagne de se rendre incessamment À Paris, donna congé de sa maison , laissa des ordres pour serrer ses meubles, et partit le 30 d'avril 1658, sans dire adieu à M. Singlin, ni à aucun de ses amis de Port-Royal. Il écrivit seulement un billet à M. du Mont Akakia , par lequel il lui apprenoit ce voyage. Il prit sa route par Dijon et arriva le 6 mai à Pagni , terre où étoit alors la comtesse d'Harcourt sa sœur; il y demeura deux jours avec les jeunes seigneurs qui l'accompagnoient ; ensuite ils reprirent leur chemin par Châlons, passèrent à Mâcoo , à Trévoux, et se rendirent à Lyon où ils firent quelque séjour pour donner le temps à M. de Rochebonne de les y venir joindre : c'étoit un jeune comte de Lyon que M. de pontchâteau avoit connu lorsqu'il étoit en cette ville , et ayec lequel il avoit renoué amitié à Paris et projeté le voyage (je Rome» Us partirent enfin de Lyon le 18 mai. L'abbé de Pontchâteau changea de nom , prit un habit séculier et une cravate , et se fit nommer le marquis Ëlie. Ils passèrent à Genève et en sortirent le 22. Le 28 ils arrivèrent à Zurich, et le 4 juin ils s'embarquèren); sur le lac des Grisons ; ils passèrent le U juin à Padoue , le 12 à Venise ; le 11 juillet ils s'embarquèrent et passèrent auprès de ifaiamocco j le 14 fis par^ tirent de Ferrare pour Bologne, où ils arrivèrent Ip 21 , et le 29 ils vinrent à Florence, et le dernier du mois d'août ils partirent pour Lorette et arrivèrent à Rome le 13 septembre 1658. Ils louèrent un palais qu'ils firent meubler par les Juifs , prirent des estafiers. L'abbé de Pontchâteau y reprit son habit et son nom; ils virent tout ce qu'il y avoit de plus remarquable, et y jouirent de tous les plaisirs , et de tous les amusements auxquels les jçymes

seigneurs de France ont coutume de se livrer dans cette Cour. L'abbé de Pontchâteau eut l'avantage de converser avec le Pape, et avec plusieurs cardinaux qui furent charmés de son entretien et de sa politesse , et quoique tous ces applaudissements dussent beaucoup le flatter , ses premiers projets de retraite et de fuite du monde en diminuoient beaucoup la sensibilité , et la riâte qu'il fit des Catacombes ne réveilla pas peu les désirs qu'il conservoit depuis longtemps dans son cœur d'embrasser la vie chrétienne et pénitente de Port-Royal. Il conçut même beaucoup de dégoût pour la vie qu'on menoit à Rome et de l'horreur pour les périls et les dangers auxquels le salut étoit exposé ; il a laissé un Journal de ce voyage où il fait une description assez exacte de tout ce qu'il a vu dans Rome et dans sa routée II revint à Paris le 12 septembre 1659. Ainsi il n'employa qu'un an entier à ce voyage , pendant lequel il conserva toujours quelque liaison avec Dom Etienne, chartreux, MM. d'Autioguies (d'Aubigny?) et Taignier; il ne fut qu'un mois à Paris, et ne vit aucun de ses amis; il partit pour la Bretagne le 12 octobre , et alla visiter le 17 novembre son bbaye de Geneston, le 8 décembre celle de Saint-Gildas-des-Bois, et ensuite il revint à Rennes où il séjourna jusqu'au 13 janvier 1660. 11 vint enfin à son abbaye de La Vieuxville, où il resta malade depuis le

13 septembre jusqu'à son départ pour Paris le 22 octobre de la même année. Cette maladie étoit une fièvre quarte qu'il a gardée

14 ans, qui ne lui laissoit jouir que par intervalle de quelques mois d'une foible santé ; cette maladie ne lui servit pas peu à le dégoûter d'une vie aussi inutile , aussi distraite , et si peu occupée de son salut que celle où l'avoit jeté le goût de ses voyages. Car celui-ci qu'il fit en Bretagne ne fut, pour ainsi dire, qu'un sujet de dissipations et d'amusements. Pendant tout ce temps (qu'il étoit éloigné de M. Singlin , de tous les amis qu'il avoit à Port-Royal , et qu'il affectoit de les oublier ), on ne le perdoit point de vue, on faisoit au Ciel d'instantes prières pour son retour , et pour son salut. La mère Marie-Angélique Arnauld , et la mère Marie-Madeleine du Fargis ne discontinuoient point leurs vœux pour lui au-

1 . Ce Joumalfde voyage ne saurait être donné ici, sans foire par trop hors d'œovre. J'y remarque, entre autres anecdotes, cette gentillesse de la reine Christine : « Dans ce temps (^vers février 1659} l'on a coupé laqaene à six chevaux de carrosse de U pnncesse Rossane , femme du prince Pamphile; les uns ont attribué cela a la reine de Suède , parce qoe la princesse Rossane est sœur de la duchesse Ceri, et qu'elle veut empêcher son mariage avec Sentinelli ; et comme on parloit à cette princesse que la reine y prenoit part , elle témoigna s'en soocier fort peu , parce que la reine est une reine « sans queue »; ce qui devoit avoir aigri la reine et la porter à envoyer des gens masqués dans l'écurie pour lui faire cet affront.~-Les autres ont dit que cela venoit du prince Colonne, etc. » Mais cela a bien l'air, en effet , d'une vengeance de lemme à femme , et d'être la réplique du « sans queue, n

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près de Dieu , surtout la dernière qui se fit une dévotion particulière de prier pour son retour , afin de réparer par un acte de charité envers lui les fautes de ressentiments qu'elle croyoit avoir autrefois commis contre le cardinal de Richelieu qui avoit persécuté et beaucoup fait souffrir sa mère ; elles en parloient souvent avec M. Singlin pour Texhorter de le recevoir en cas de retour. C*est ce qui a fait dire depuis à M. de Pontchâteau ( en se servant des paroles de saint Âmbroise au sujet de saint Augustin ) qu'une conversion demandée avec tant d'instance ne pou voit manquer d'être obtenue.

En efiet ces prières eurent tout le succès que Ton pouvoit souhaiter. M. de Pontch&teau étant de retour à Paris au mois de juin , écrivant à M. de Saint-Gilles d'Asson , lui dit comme en passant : « Je soupire après ma patrie , mais je me suis égaré in regionem longinquam , » s'appliquant à lui-même l'égarement de l'Enfant prodigue; et dans une deuxième lettre il lui avoua qu'il se sentoit à charge à soi-même , qu'il avoit besoin de trouver un lieu de repos pour se guérir et se consoler; qu'il avoit lu dans Fui* bert de Chartres , que les Chrétiens ne trouvoient leur repos que dans la solitude, qui est le lieu où repose véritablement l'âme du Chrétien affligé : Uhirequiescit anima afflicH Christiani. On voyoit par ses sentiments qu'il tâchoit à ménager sa réconciliation avec ceux qui pleuroient son égarement, mais qu'il n'osoit les approcher de près j ne se croyant pas encore en état de les assurer de son entière conversion, ni capable de soutenir ses résolutions. La situation oîi madame la duchesse d'Épemon sa sœur se trouvoit alors l'empêcha de se retirer , et de rompre entièrement avec le monde : elle étoit menacée de perdre bientôt son mari, M. le duc d'Épemon qui étoit retenu au lit par une maladie dangereuse qui diminuoit ses forces de jour en jour , et elle avoit besoin des conseils et des avis de M. de Pontchftteau son frère, en cas que Dieu en disposât, ce qui arriva le 25 juillet 1661. M. de Pontchâteau se chargea du S3in de toutes ses affaires , vint loger avec elle et y demeura jusqu'au 9 novembre 1662 , où il se sépara d'elle en conséquence d'une conversation violente qu'ils eurent ensemble après le souper au sujet de mademoiselle Brice, fille de qualité de Picardie, de la famille des Kaergrek (?) , à laquelle madame d'Épemon sa sœur le soupçonnoit d'avoir trop d'attache ; et n'ayant pu souffrir ce reproche , dès le lendemain à 4 heures du matin il fit emporter ses meubles de l'hôtel, et se retira chez Pabbé de Coislio, son neveu, au Clottre Notre-Dame. Mais ayant appris que madame d'Épemon sa sœur, par emportement, avoit fait mettre cette mademoiselle Brice dans un de ses carrosses avec ^ne de ses femmes et l'avoit fait mener à TAbbaye-aux-Bois, sous prétexte qu'il s'étoit passé quelque chose de scandaleux entre cette demoiselle et lui , il prit la résolution de quitter ses bénéfices» et de réparer le déshon-

Deur que sa sœur faisoit à cette demoiselle pour se venger de quel-» ques avis qu'il lui avoit donnés sur certains bruits qu'on répandoit contre elle dans le monde. Il se proposa donc d'épouser cette demoiselle; mais, comme elle étoit très-sage, elle répondit qu'elle n'acceptoit point cet honneur qu'auparavant elle ne sût quUl s'étoit entiè*rement réconcilié avec le Seigneur. Elle savoit de lui qu'il y avoit cinq ou six ans qu'il n'avoit fait ses p&ques , c'est-à-dire depuis son départ de Paris pour Rome; ainsi Tabbé dePontchâteau, voulant la satisfaire , résolut de s'y disposer pour le Jeudi-Saint 22 mars 1663; mais, comme il n'avoit point été à confesse depuis la Pentecôte de Tannée préoédente , il se sentit effrayé du dérangement de sa vie passée , et rompant une bague qu'il avoit au doigt , il se dit à lui-même : « Que pensez-vous faire , ayant encore des attaches au monde? » et s'adressant à Dieu , il lui dit : « Seigneur, rompez mes liens , comme je viens de rompre celui-ci. » Dieu l'exauça, et entrant dans l'église il sentit que la Grâce éclairoit son esprit et échauffoit son cœur, et dès ce moment il forma le dessein d'embrasser le reste de ses jours une vie entièrement pénitente et éloignée du monde. Il se confessa à un prêtre de sa paroisse , et ensuite il écrivit à M. Singlin l'état où il étoit, et l'embarras où ce changement jetteroit cette demoiselle. Et en effet la nouvelle d'un changement si subit attrista si fort cette demoiselle qu'elle tomba maladeet en mourut, âgée de 22 ans. Ainsi Dieu accorda à M. de Pontchâteau la prière qu'il lui avoit faite de rompre tous ses liens qui l'attachoient au siècle. Depuis^ tous les ans, il en faisoit au même jour une fête d'action de grâces, et disoit le Psaume lxxxviu : Misericordias Domini in xternum cantàbo,

11 alla trouver M. de Saint-Gilles son ancien ami , qu'il pria de le mettre entre les mains de ses premiers directeurs , et d'engager M. Singlin de "se charger de sa conduite. M. Singlin se crut obligé de profiter de cette occasion pour le soutenir par ses avis dans les résolutions que Dieu avoit formées en lui. Ce ne fut pas cependant sans peine que ce digne directeur se chargea de nouveau de sa conduite; il le reçut avec précaution , et doutant fort de sa persévérance , il lui représentoit souvent ses légèretés et ses inconstances. M. de Pontchâteau , tâchant de son côté à renouer les anciennes liaisons qu'il avoit eues avec les amis de Port^Royal afin de se soutenir par leurs exemples dj.ns la piété et la pénitence qu*il vouloit embrasser sérieusement, s'attachoit à leur rendre tous les services dont il étoit capable : et en effet il leur servit beaucoup à la distribution du Journal de Saint^Amour , et ce fut par les liaisons qu'il eut avec ce docteur qu'il prit part pour vingt mille livres à l'acquisition qu'on fît de l'île de Nordstrand dans le duché de Holstein. Cette somme d'argent étoit le fruit d'une transaction qu'il avoit faite avec M. de Coislin son frèr^ a^ sujet da ce

qui pouvoit lui apparteoir des biens da la succession de son père^ et des jouissances qu'il avoit eues , pendant sa jeunesse , du re^ venu de ses abbayes : transaction par laquelle il prétendoit qu'on Tavoit frustré de la moitié de ce qui lui devoit revenir du côté de son père. En plaçant ainsi cet argent, il crut se faire un reyenu plus considérable dans la résolution où il étoit de quitter incessamment tous ses bénéfices; car il s'étoit défait de son abbaye de Geneston, pour faire donner un prieuré au frère de mademoiselle Brice , ne s'étant réservé sur cette abbaye que buit cents livres de pension. Peu de temps après, sans qu'on le sollicitât en aucune façon, il quitta entièrement ses autres abbayes , et se plaignant un jour à M. de Sainte-Martbe de ce qu'on ne lui avoit pas conseillé de le faire plut tôt , ce saint prêtre lui répondit qu'il y avoit des choses que Ton ne conseilloit pas, mais que l'on devoit faire de soi-même. Enfin, sa résolution prise, il n'hésita plus que sur le choix de ceux^ en faveur desquels il s'en démettroit , gémissant beaucoup sur la démission qu'il avoit faite de celle de Geneston en faveur du jeune Brice , et désirant autant qu'il seroit en lui de choisir des personnes qui en pussent faire un iK>n usage. Il donna l'abbaye de Saint-Gildas à M. de Çoislin son neveu, évêque d'Orléans, afin d'employer les revenus à son séminaire ; et celle de La Vieuxville, il en fit sa démission au prieur régulier de cette abbaye, qui étoit un très-bon religieux, et qui, se voyant par son grand ^ge près de sa mort , ne crut devoir l'accepter qu'en accordant sur cette abbaye deux mille livres de pension qui pussent , en un besoin, servir à M. l'abbé de Pontchftteau comme de pension alimentaire, persuadé que cet abbé, ayant quitté tous ses bénéfices, trouveroit à peine son nécessaire dans ce qui pourroit lui revenir des biens de sa famille. M. de Pontchâteau le laissa faire , mais il n'en a jamais rien voulu toucher, et tous les ans il en envoyoit une quittance à ce prieur. Jusqu'alors M. de Pontchâteau Uemeuroit au Glottre Notre-Dame chez M. de Coislin son neveu, où il avoit un appartement bien meublé , une belle et magnifique bibliothèque de livres proprement reliés et marqués de ses armes. Il y avoit conservé ses domestiques et «on équipage, et, hors des visites nécessaires , il alloit entendre tous l^s jours l'office de l'Église derrière le chcour de Notre-Dame , pour n'être pas vu ni ne voir personne. Mais ayant quitté ses bénéfices qui pouvoient fournir à la dépense proportionnée à sa condition , il jugea à propos , pour éviter l'éclat d'un si subit changement , d'aller faire un voyage ; il se servit pour c^ de l'occasion de eelui que M. de Saint-Amour alloit faire en Hollande au sujet de l'tle de Nordstrand dont il avoit acheté une demi-portion, et suivit en quelque sorte sur cela l'avis de M. de Liancourt. Avant que de partir, il se réconcilia avec madame d'Épernon sa sœur ; leur entrevue se fit au Val-de-Grâce par l'entremise de la mère Marie de Saint'Boilfilt 4^ Bprgês leur

taote. Ensuite il congédia tous ses gens^ et ne garda que son va,let de chambre qu'il meaa avec lui. Il fit porter sa bibliothèque chez M. Amauld , et une partie de ses meubles , et donna le reste de ses biens aux pauvres , sans se réservet qu'une pension de deux cents écus qu'il se fit à fonds perdu sur TUÔtel-Dieu. Il partit avec un valet de chambre le 7 mai 1664 , accompagné de M. de Saint- Amour ^ et de M. Massin qui avoit connaissance des affaires de rtle de Norstrand.

Le 3 juillet il dîna avec M. le duc d'Holstein et lui recommanda llle de Nordstrand qui étoit de son duché, et, après avoir visité toutes les villes de Flandre et de Hollande, ils arrivèrent le 2 septembre 1664, à Strasbourg, où MM. de Saint-Amour et Massin le quittèrent; il y resta qudques jours. Le 7 il reçut des nouvelles de Paris, par lesquelles on lui mandoit que le 26 août on avoit enlevé à Paris et aux Champs plusieurs religieuses de Port-Royal et qu'on les persécutoit avec la dernière rigueur pour les obliger à signer le Formulaire. Il eut une sainte joie de leur constance, et de ce qu'elles s'étoient trouvées dignes de souffrir pour le nom de Jésus- Christ. Et ayant quitté Strasbourg le 9, il vint à Saint-Dizier où M. Vuillart vint le trouver, et le 15 septembre ils arrivèrent à Haute -Fontaine, près Ch&lons en Champagne, où il trouva Tabbé Le Roi. M. de Pontchftteau séjourna un mois entier avec cet illustre abbé q^'il avoit connu pendant qu'il demeuroit dans le Cloître Notre-Dame, et avoit été aux conférences qui se faisoient chez lui à Paris, et à sa maison de campagne nommée Mérentais ou Merency, située assez près de Port-Royal des Champs. 11 quitta Haute- Fontaine le 15 octobre 1664, après avoir donné congé à son valet de chambre, bien résolu de n'en avoir jamais; il emprunta un cheval à M. Le Roi , et partit à sept heures du matin. 11 passa à Provins, où, après avoir séjourné quelque temps, il se rendit à Paris le 26 octobre, et alla loger avec M. Amauld qui demeuroit dans l'Ile. Ce docteur avoit été obligé de se retirer pour se cacher et se mettre à l'abri de toutes les persécutions qu'on lui susdtoit. M. de Pontcbâteau fit tout ce voyage sous un habit très-commun avec une grande perruque, et se faisoit appeler de Monfrein, Il ne demeura pas longtemps chez M. Angran*, mais il alla loger avec MM. de Sainte-Marthe et de Saint-Gilles dans la vieille rue du Temple, chez un maréchal, et c'est ce qui lui donna occasion de se mettre sous la direction du P. (le nom est en hlane) au défaut de M. Singlin qui étoit mort le 17 avril 1664. Ils ne demeurèrent pas longtemps dans cette maison parce qu'elle n'étoit pas commode ni décente, et

1. Il semblerait résulter de ce récit que M. Arnaold était caché chez M. Angran dans l'Ile Saint- Louis. J'ai discuté ailleurs <tome IV, page 5S6) ce point des retraites cachées de M. Arnaald : le présent passage n'est guère propre & les éolaircir.

comme M. de Sainte-Marthe et M. de Saint-Gilles étoient obligés de se cacher, M. de Pontcbâteau changea de nom, et loua pour eux et pour lui une maison au faubourg Saint-Antoine, sous le nom de M. de La Noue; elle étoitfort logeable, et avoit un assez grand jardin, et une porte cochère. Elle éioit située dans la rue de Basfroi. Cette situation avantageuse servit beaucoup à y recevoir un grand nombre de Messieui-s qui, pour la défense de la vérité, étoient obligés de disparoitre. Ils vi voient dans une grande pénitence, ne mangeant point de chair, à moins que quelque ami ne les vînt voir ; ils ne vivoient presque que de légumes, ne buvant point de vin, et observant exactement dans tout le reste la même vie que la plupart des solitaires de Port-Royal menoient. M. de Pontchâteau s'étoit chargé de la culture du jardin, et de soulager la bonne sœur Marcelle qui avoit soin du ménage. Gomme M. de Pontchâteau et M. de Saint-Gilles passoient dans le quartier pour de bons gentilshommes ou officiers, et qu'on étoit édifié de leur assiduité à la paroisse, qui étoit Sainte-Marguerite, on fit l'honneur à M. de Pontchâteau de lui faire porter le dais le jour de la Fête-Dieu. Ils demeurèrent ainsi cachés quatre années sur cette paroisse, et y rendirent le pain bénit ; et M. de Pontchâteau disoit souvent en riant que, s'il y eût demeuré plus longtemps, ilcroyoit qu'on l'anroit fait marguillier.

Dans cette retraite M. de Pontchâteau ne s'occupoit pas seulement au jardin, mais il s'appiiquoit à copier les écrits que ces Me^^sieurs y composoient ; il donnoit ses avis, et lesaidoit de ses conseils, il leur foumissoit des mémoires, ihstruisoit des nouvelles, et faiâoit les courses nécessaires; il avoit soin des impressions et contribuoit aux moyens de les faire entrer à Paris et dans le royaume, par ses correspondances, se sacrifiant tout entier aux intérêts de la vente et de la bonne cause.

l/)rsqu'on prit la résolution de donner au public la traduction du Nouveau-Testament j à laquelle on avoit travaillé il y avoit dix ans, MM. Arnauld, de Saci, Nicole et de Pontchâteau firent quelque séjour chez madame de Longueville qui avoit acheté l'hôtel d'Épernon, rUe Saint-Thomas du Louvre; ils y tirent plusieurs conférences pour revoir cet ouvrage. M . de Pontchâteau lisoit et tenoit la plume pour les corrections.

Ceci se passoit dans le temps de la plus grande persécution; car dès le 26 août 1664, on avoit enlevé de Port-Royal de Paris la Mère abbesse, et onze autres religieuses, au sujet de la signature. Cependant M. de Pontchâteau ne laissoit pas de se prêter encore à tous les docteurs fugitifs ou exilés pour leur donner des avis et leur apprendre les nouvelles. Le 3 juillet 1665, les religieuses de Port- Royal dispersées en divers monastères ayant été renvoyées à Port- Royal des Champs, et y étant gardées par des soldats et des exempts jusqu'au 18 février 1669, il crut qu'il ne devoit pas les abandonner;

ainsi il y alloit souvent seul, et y accompagnoit quelqu^ois M. de Sainte-Marthe pour tâcher de leur donner quelques eonsolations.

Le 4 juin 1667, il partit de Paris pour la Hollande, et fit faire à ses dépens par Elzevir la première édition du Kouteau-Testament de Mens ; de là il alla k Hle de Nordstraild pour compter des travaux qu'on y faisoit. A son retour de (à) Paris il fit entrer par la porte Saint-Antoine une charrette pleine de ces Nouveaux-Testaments, etd^autres livres sur les matières du temps qui étoient alors en dispute. Il lui servit d'escorte, et par sa prudence il évita tous les dangers où d'autres que lui se seroient trouvés indiscrètement exposés.

Le 30 septembre 1667, il écrivit une grîfnde lettre à M. de Péréfixe archevêque de Paris, pour lui demander la liberté de H. de Saci et des religieuses de Port-Royal. Cette lettre est très-forte, et très -vive et très-touchante.

On commençoit, lorsqu'il arriva à Paris, à parler d'accommodement au sujet des disputes qui avoient jusqu'alors agité l'Église de France, et comme nul autre que lui, entre ceux qu'on appeloit Messieurs de Port-Rgyal, n'étoit plus propre à négocier cette affaire, soit par sa politesse, soit par sa droiture, soit parce qu'il étoit laïque et qu'il étoit considéré dans le monde par ses alliances et ses amis, on l'engagea à se charger de cette négociation. Il fit pour cela plusieurs voyages à Angers, à Pamiers, à Aleth et à Beauvais, pour convenir de toutes choses avec les quatre évoques qui avolent plus de part à ces projets de paix. Il vit souvent M. le Nonce et les évoques qui étoient pour lors à Paris. Pendant ces négociations M. de Pontchâteau fUt fort affligé par la perte qu'il fit de M. Antoine Baudri d'Asson de Saint-Gilles avec qui il avoit été très-intimement uni. Ce gentilhomme tomba malade sur la fin de Tannée 1668; il reçut tous ses sacrements par le ministère du vicaire de la paroisse de Sainte-Marguerite, et mourut le 30 décembre de la même année. 11 le fit enterrer sous la chaire du prédicateur, qui depuis a changé de place.

Enfin la Paix de TËglise, à laquelle M. de Pontchâteau avoit eu tant de part, fut entièrement conclue au commencement de l'année suivante 1669, et en conséquence tous les docteurs et toutes les religieuses qui avoient été inquiétés, au sujet des contestations de la Grâce et du Formulaire, furent rétablis dans leur entière liberté. Les religieuses de Port-Royal eurent permission défaire des religieuses, de prendre des pensionnaires, de choisir tel confesseur qu'il leur plairoit, et de retirer chez elles tous ceux qui, comme auparavant, voudroient vivre dans la retraite et dans la pénilence. Le 18 février de cette même année, M. de Pontchâteau crut devoir profiter de cette occasion pour satisfaire le désir qu'il avoii eu jusqu'alors pour la vie solitaire et retirée. Il jeta pour cet effet les yeux sur

une petite maison qui est bâtie sur la montagne des Granges, auprès de.la ferme qui est de la juridiction du monastère de Port-Royal des Champs. Cette résolution fut combattue par plusieurs de ses amis, qui le croyoient propre à toute autre chose pour le bien même de l'Église ; mais il surmonta toutes les difficultés, et passa sur tous les obstacles qu'on y forma, et le 1" mars 1669 il s'établit dans cette petite maison des Granges, qui n'étoit composée que d'une grande chambre accompagnée d'un palier pour y entrer, et d'un petit escalier pour monter au grenier qui étoit au-dessus ; la chambre étoit tapissée d'une simple natte, et l'on y avoit fait un retranchement pour faire un petit cabinet à cette maison. On y avoit joint un petit jardin qui avoit une sortie pour descendre à l'abbaye. M. de Pontchâteau fit mettre* dans sa chambre quelques tablettes pour y placer ses livres, une table de bois, des chaises de paille, et composa son lit sur deux tréteaux d'une paillasse piquée, sur quoi il ajoutoit une claie d'osier, et un blanchet qui lui servoit de drap ; il avoit pour oreiller un chevet de paille, et pour ciel de lit un châssis couvert de toile verte auquel il attacha des tringles pour porter des rideaux de serge verte qui seryoient à cacher son lit pendant le jour ; il couvrit le mur de sa chambre d'une tapisserie de natte de l'image de saint Arsène auquel il avoit une dévotion particulière par rapport à son état ; et il mit dans le liçu principal de sa chambre une grande croix de bois, et dans tout le reste diverses sentences tirées de l'Écriture sainte , et quelques cartes de géographie, quelques portraits gravés de ses amis, et une Grande-Chartreuse.

Dans cette solitude il choisit pour son occupation ordinaire l'agriculture, c'est-à-dire le soin du petit jardin et du grand jardin des Granges, et, en conséquence, il prit le nom de jardinier des Granges, et lorsqu'il avoit du temps de reste, il travailloit à la vigne qui est plantée le long de la montagne des Granges. Il fit une étroite liaison avec celui qui gouvernoit alors la ferme de l'abbaye. C'étoit un homme extraordinaire qui avoit aussi pris le parti de la retraite, et le nom simple de Charles (son véritable nom était Charles du Chemin) ; qui, ayant compris .que son entrée au sacerdoce avoit été précipitée et sans vocation, se réduisoit le reste de ses jours à la communion laïque pour n'être point connu. M. de Pontchâteau joignoit à son travail la prière et la lecture de l'Ecriture sainte. Il disoit exactement le Bréviaire de Paris, aux mêmes heures que les religieuses, la nuit et le jour; il ajoutoit à cela plusieurs autres prières pour ses besoins particuliers et ceux de l'Église ; il couchoit tout habillé, et ses habits étoienl conformes à l'état où il s'éloit réduit, c'est-à-àire à ceux d'un laboureur. Ils étoient faits de serge de Londres, d'Aumale la plus forte ; son linge étoit aussi proportionné à cet état qu'il avoit embrassé, et souvent il portoit un cilice auquel il ajoutoit d'autres instruments de pénitence, dans les temps

que TÊglise a?oit destinés à la pénitence. Sa santé ne lui permettant pas de faire une abstinence de viande toute Tannée, il s'appliquoit à ne donner à son appétit que le simple nécessaire. C'est dans cet esprit qu'il s'étoit retranché le souper, qu'il se contentoit d'une très -frugale collation, et qu'il usoit pour sa boisson du cidre tel qu'on le donnoit aux valets. Il mangeoit ordinairement à midi, mais l'Avent, et tout le Carême, il ne falsoit qu'un seul repas à cinq heures du soir, et la dernière quinzaine il ne mangeoit que des fruits secs.

Tous les dimanches et les fêtes , il venoit à matines à l'abbaye à une ou deux heures après minuit, selon qu'on avançoit l'office ou qu'on le reculoit. Il trouvoit une singulière consolation de joindre ses prières et sa voix à celles d& cette sainte Communauté de religieuses qu'il regardoit toutes comme ses sœurs ; il ne sortoit point de l'église après matines, mais y demeuroit jusqu'après sexte, c'est-À-dire jusqu'à onze heures ou midi , s'il y avoit sermon. Il ne considéra jamais le péril où il s'exposoit de descendre en hiver la nuit la montagne sans lumière , et ne crut pas qu'aucun temps pût le dispenser de se réunir à la prière commune de ses frères, car c'est ainsi -qu'il appeloit les domestiques mêmes qui demeuroient dans l'abbaye.

Après la messe il remontoit aux Granges pour dtner; entre les différents offices auxquels il assistoit , il s'entretenoit quelque temps avec M. Charles : ensuite il s'occupoit à quelque lecture , ou transcrivoit pour son édification et son utilité quelques écrits spirituels de M. de Saint-Cyran et de M. Hamon qui n'avoient point encore été imprimés, ou à extraire des pensées spirituelles et des sentences des Pères qu'il avoit lus , en sorte que peu à peu il s'en servoit lui-même pour s'occuper dans l'église entre les offices de la matinée. Les jours de fêtes qui n'étoient pas solennelles il alloit après vêpres rendre visite à ses frères et à MM. de Saci et de Sainte- Marthe et autres ; il voyoit aussi quelquefois la mère du Fargis avec laquelle il avoit eu une liaison particulière , et ils s'entretenoient de tout ce qui pouvoit contribuer à les porter à Dieu , et souvent il proposoit aux Messieurs des questions de piété et de morale , afin de s'instruire et de s'édifier.

Tous les jeudis, autant que ses occupations et son travail le pouvoient permettre , il venoit à l'adoratiort du Saint-Sacrement, et lorsqu'il ne pouvoit pas descendre à Tabbaye, il ne laissoit pas de faire dans son cabinet une detni-heure d'assistance du Saint-Sacrement , suivant les intentions marquées par les religieuses. Il ne se contentoit pas de l'occupation que lui donooient les jardins dont il avoit soin, il s'appliquoit encore à rendre tous les services les plus bas et les plus humiliants ; il apportoit les fruits des Granges dans de grands paniers ; il venoit aider à cueillir et à ramasser ceux du jardin de l'abbaye.

Quond il falloit enterrer quelqu'un, c'étoit lui qui s'étoit destiné à faire la fosse ; il aidoit à les ensevelir et à les enterrer ; il veilloit les malades; il cueilloit les fruits , et quand on faisoit la pêche de Tétang, ou les vendanges du vin , ou du cidre , il venoit comme un homme de journée faire tout ce qu'on lui ordonnoit. Il alloit au marché acheter les provisions , et vendre celles qu'on avoit de trop dans la maison, et pendant le chemin /lorsqu'il étoit seul, il s'occupoit à réciter quelques Psaumes sur lesquels ensuite il foisoit de pieuses réflexions.

On Ta vu souvent en travaillant au jardin , tout brûlé de l'ardeur du soleil et sa chemise pénétrée de sueur , ne pas discontinuer pour cela son travail , et répondre en style de jardinier au chevalier de Goislin son neveu qui l'étoit venu voir et qui lui crioit de la fenêtre de sa chambre de se ménager : ^ Celui qui nous mouille nous séchera. » En effet i) ne changeoit de linge que tous les huit jours. Une vie si dure , si pénitente et si extraordinaire dans une personne de sa qualité, faisoit l'étonnement de tous ceux qui l'avoient connu dans le monde. Quelques paysans des environs qui l'avoient vu plusieurs fois passer à Port-Royal en équipage d'abbé en allant à Mérentais chez M. l'abbé Le Roi, disoient, tout étonnés de le voir vêtu en jardinier : « Vraiment c'est M. l'abbé de Pontchâteau ! nous le connoissons bien. »

M. Benoise qui alloit souvent voir ses filles à Port-Royal et qui avoit connu M. l'abbé de Pontchâteau dans le monde , l'ayant vu passer et l'ayant reconnu , fit tout son possible pour lui parler, mais il ne put y parvenir, non plus que bien d'autres.

Madame de Longueville, qui venoit souvent à Port-Royal, avoit une extrême curiosité de voir ce fameux jardinier des Granges, et comme on ne pouvoit rien refuser à cette princesse, on fit consentir M. de Pontchâteau à l'aller voir ; mais ce ne fut pas sans peine, parce qu'il vouloit demeurer entièrement inconnu; il y consentit enfin , et cette princesse l'ayant prié de s'asseoir , il lui dit agréablement : «Que diroit-on, Madame, si l'on voyoit un jardinier s'entretenir avec vous, et être assis en votre présence ? >» et elle répondit : « On diroit que je suis bien humble. »

Au mois de novembre 1674, M. de Pontchâteau ayant appris que madame la duchesse d'Épernon, sa sœur, s'étoit retirée au Val-de- Grâce auprès de la mère de Saint- Benoît sa tante , il en eut une extrême consolation , d'autant que , depuis qu'il savoit qu'elle en avoit formé le dessein , il n'avoit cessé de demander à Dieu par ses prières qu'il voulût bien en soutenir l'exécution ; il lui écrivit aussitôt pour lui en marquer sa joie.

Madame d'Épernon, de son côté, désirant devoir son frère et l'entretenir dans la situation où il étoit, fit amitié avec mademoiselle de Vertus qui étoit auprès de madame de Longueville, et obtint par son moyen de le voir à Port-Royal une fois tous les ans. M. dePont-

ch&teau ne v«noit que trè»-rtremeat à Paris , parce quHl n'eqtreprenoit ce voyage que pour quelques besoins considérables de 1*Êglise , et pour le service des amis de la Vérité et de la bonne doctrine ; et lorsqu'il y venait , il quittoit son habit de jardinier pour en prendre un qui ne le pût pas faire connoître ni remarquer. Il fàisoit ordinairement le voyage à pied et à jeun , et se retiroit chez M. Ârnauld qui logeoit au faubourg Saint-Jacques, vis-à-vis la paroisse, chez madame de Saint-Loup, et par cette occasion il allpit au Val-de-Orftoe rendre quelque visite à madame sa sœur avec laquelle H avoit quelque commerce de leUres. La mère du Fargis qui étoit abbesse pour lors à Port-Royal, ayant appris que le cardinal de K^tz son oncle avoit témoigné, en quittant l*archevéché de Paris , qu'il étoit dans la disposition de se séparer absolument du monde et de renvoyer à Rome son chapeau , chargea M. de Pontchâteau d'aller trouver son Éminence à Commercy où elle étoit, pour le faire souvenir de ce bon mouvement qu'il avoit eu ; mais fl s'étolt évanoui , et M. de Pontchâteau n'y put réutssir.

Les affaires de l'Ëglise prenant une disposition avantageuse sous le pontificat d'Innocent XI y madame de Longuevitle, M* Tévêque d'Aleth , et plusieurs autres amis jugére^it à propos d'envoyer à Rome le Père Poisson, de TOratoire; mais n'ayant pas réussi dans sa négociation , et s'étant même attiré quelques affaires, on détermina M. de Pontchâteau à partir incessamment pour Rome. Quelque répugnance qu'il eût à retourner dans un pays qu'il ne pouvoit regarder qu'avec beaucoup de larmes , il se soumit à l'autorité de ceux qui avoient soin de ta conduite \ il crut même que Dieu le vouloit ainsi, afin qu'il pût réparer ses fautes dans les lieux mêmes où il les avoit commises.

Il partit donc de Paris l'a veille de la Saint-Jean 1677 , accompagné d'un jeune ecclésiastique Liégeois qui s'étolt retiré à Port- Royal depuis quelques années. Quelques jours après qu'il fut arrivé à Rome , il fit demander audience au Pape qui la lui accorda volontiers, et qui lui donna des marques de sa bienveillance pour Messieurs de Port-Royal. Ce fut par ^es sollicitations qu'il empêcha la condamnatlçn du Catéchisme d'Angers que les Jésuites avoient déféré à Rome ; et il obtint une réponse du Pape 4 la lettre que M. l'évêque d'Angers lui avoit écrite. Il eut pendant ce temps des liaisons étroites avec M. Favoriti , secrétaire des chifft'es de Sa Sainteté ; mais enfin, s'apercevant que toutes les bonnes dispositions ne p-oduisoient rien parles lenteurs, il se résolut de revenir en France , et après avoir fait ses adieux , visité quelques églises auxquelles il avoit.quelque dévotion particulière , il se rendit Jtsa chère solitude vers la fin du mois de décembre de la même année, n'ayant été en tout que six mois à son voyage. Ce fut depuis son retour de Rome à Port-Royal qu'il se résolut d'aller voir M. d'Aleth, pour le consulter et recevoir ses avis sur le désir qu'il avoit

APPËNDIGB. 8Bd

dô 86 reti^r abêdlument daâs uû eloltre et de s*y «tigaget ^ar des vœux : mais oe siint prélat ne lui oonsellla pas de prendm ce parti ; il l'engagea de suivre le genre de vie dans lequel Dieu sembloit ravoir appelé, if. de ^ontohàteau revint doue à Port-Roval en 1678, oTi il se propoiioit de finir seM jours, avec madame la duchesse d'Épemon, sa sœur, qui ftvoit pris la résolution d'y venir aussi finir les siens , ne s'acûommodant pas fort alors du Valide* Grâce. Elle avoit employé le crédit de mademoiselle de Vertus pour lui procurer ce bonheur. Mais tous ces projets fifrent renversés par la mort de madame de Longueville, protectrice de Port-Royal, qui arriva le 16 avril 1679 \ car un mois après , le 17 mai suivant, M. rarehevfique de Paris vint lui*m6fflê en cette abbaye donner ordre à tous les confesseurs et ecclésiastiques et autres d'en sortir, aux religieuses de renvoyer leurs pensionnaires et leurs postulantes ) et leur défendit de faire aucune religieuse. On ne douta point que ce coup imprévu ne Mt Teflfet de. la vengeance des Je* iuites qui avoient eu 65 Propositions de leur morale condatnnées à Rome le 4 mars précédent.

Lorsque M. l'archevêque arriva. II. de Pontohateau étoît au Tour, qui, ne jugeant pas à propos tie paroitre devant ce prélat, alla passer la journée dans quelque lieu retiré , et y revint sur le soir. Ensuite il prit la résolution de retourner ft Rome pour chercher les moyens de rétablir la tranquillité dans cette maison désolée , et pour faire approuver les Constitutions de Port*Royal que les religieuses avoient eu permission de faire imprimer. Il se chargea aussi d'une lettre de la Mère abbesse pour le Pape, et il partit le mardi de la Pentecôte » le 33 mai suivant , avec un ecclésiastique nommé M. Métayer j ils arrivèrent à Rome le l*'' juillet, et ils prirent un logement ehe2 de très-honnêtes gens. L'ecclésias*» tique qu'il avoit avec lui, n'étant pas accoutumé aux mesures que l'on doit garder dans Rome, fut reconnu pour ecclésiastique fran* çois, et l'ambassadeur de France en ayant été averti , donna ordre à cet ecclésiastique de s'en retourner en France : ainsi M. de Pontchâteau demeura seul. Il y trouva M. Favorlti toujours bien disposé à rendre serviee à la bonne cause ; il lui procura même quelques audiences du Pape. M. de Pontohateau se lia d'amitié avec le Père Purban , procureur des Bénédictins de France , et avec le Père Oouet; proéureur des Chanoines réguliers de Sainte» Geneviève. Il fit traduire en italien les Ôonstitutions de Port' Royal pour les présenter aux cardinaux consulteurs» Mais le chapitre du {tic) dot des religieuses ayant déplu à ces messieurs, ils refusèrent de l'approuver. Il demeura une année entière â Rome sans y être connu que de ceux dont il avoit eu besoin de se faire connoître. Cependant M. le duc d'Estrées, ambassadeur de France, s'étant fait infoirmer quel il étoit , lui fit dire de se donner la peide de passer chez lui. M. de PontChftleau y alla et reçut ordre de s'en

retourner en Franee dans la huitaine. Il prit congé de Sa Sainteté qu'il trouva un peu refroidie, et qui Tinvita aussi de s'en retourner en France; cependant elle lui fit présent de plusieurs reliques considérables, pour lui et pour les religieuses de Port-Royal.

Il partit de Rome sur la fin deijuin 1680, avant là huitaine, après avoir pris congé de M. Favoriti et de ses amis. Peu detemps après son départ, les Pères de l'Oratoire reçurent de la Cour quelques plaintes contre le Père Chappuis, leur procureur général à Rome : on l'accusoit d'avoir été en liaison en cette ville avec M. de Pontchàteau, et en conséquence ses supérieurs lui envoyèrent un ordre de revenir incessamment en France. G'étoit au commencement de l'automne de Tannée 1680. Le Père Ghappuis, qui alors se trouvoit fort incommodé, leur écrivit pour les prier de le laisser à Rome jusqu'au printemps; mais il ne put obtenir cette grâce. Il partit donc, et ses incommodités s'étant augmentées, il mourut en chemin : c'étoit un des plus anciens de l'Oratoire qui avoit eu beaucoup de liaison avec M. le cardinal de Bérulle, et qui étoit fort attaché à la doctrine de saint Augustin sur la Grâce.

M. de Pontchâteau arriva à Paris très-fatigué du chemin et des maladies dont à peine il étoit guéri ; il alla joindre M. de Sainte- Marthe qui étoit à Port-Royal et y demeura deux mois incognito, après lesquels, il partit pour aller en Hollande voir M. Arnauld. Peu- (lantle séjour que M. de Pontchâteau fit en ce pays, il visita les lieux où les bienheureux martyrs de Gorkum avoient souffert. Messire Jean de Neercassel, évêque de Hollande, lui fit présent de quelquesunes des reliques de ces saints martyrs, que M. de Pontchâteau à son retour donna à Port-Royal des Champs. Ce fut dans ce voyage qu'il fit imprimer le Recueil de la Paix^ Il revint à Paris au mois d'avril 1681 , dans le dessein d'y demeurer caché, et ne trouvant point de retraite sûre, il alla loger chez M. Métayer, ce jeune ecclésiastique qui Tavoit accompagné à son dernier voyage de Rome, et qui avoit été obligé de sortir précipitamment par les ordres de M. l'ambassadeur de France. Il occupoit alors une maison dont ilachevoit le terme pour un de ses amis qui l'avoit quittée à Pâques dernier : elle étoit située dans la rue Saint-Jacques, et étoit toute démeublée; on n'y avoit laissé qu'un Ut sans rideaux, une table et quelques chaises. M. de Pontchâteau n'y demeura que dix jours en deux fois et s'en alla à CorbeviUe pour voir M. de Sainte-Marthe , qui n'étoit qu'à six lieues de Paris. Pendant qu'il y demeura, on lui loua une chambre dans la rue Saint- Antoine près les Jésuites chez des dames dévotes (madame Marc, et mademoiselle Barbereau), qui avoient soin de lui apprêter son manger; et au commencement du mois de juin de la môme année il reprit l'habit qu'il avoit aux Granges et

i. C'est-à-dire le Recueil des pièces qui jtutilient la vérité de ce qui se passa dans Vaffaire de la Paix de PBglise.

APPKNDICB. 325

alla avec M. de Sainte-Marthe et M. Ruth d'Ans et M. Métayer, chez M. Ëustace, curé de Frêne-en-Vezin. Mais les habitants de ce lieu n'étant point tournés du côté de la piété, ils soupçonnèrent ce qu'il pouvoit être, et il fallut revenir à Paris après un mois tout au plus de séjour. Par Tinclination que M. de Pontchâteau avoit pour la solitude, et par l'aversion qu'il avoit de rester à Paris où il y avoit toujours nécessité de recevoir des visites et d'en rendre aux amis, il se résolut d*aller passer quelque temps à Haute-Fontaine chez M. l'abbé Le Boi , à 40 ou 50 lieues de Paris ; mais l'expédition qu'il apprit que l'huissier Maçon y avoit été faire (au mois de juin il avoit été à Haute-Fontaine par ordre du roi visiter toute la maison et les papiers) l'en détourna absolument, et M. Amauld, la mère Angélique de Saint-Jean, abbesse de Port- Royal, et plusieurs de ses amis le déterminèrent à revenir à Paris Contre son gré, en lui représentant la nécessité où il étoit de leur rendre des services que nul autre que lui ne pouvoit leur rendre; et comme il savoit parfaitement bien le grec, le latin et l'espagnol, l'italien et l'allemand , on l'occupa à revoir l'édition des Lettres au Provincial en quatre langues, qui furent imprimées l'année suivante. On lui faisoit transcrire des écrits qui pouvoient servir à la bonne cause, et on l'employa aussi à la distribution de la deuxième et troisième Réponse à M. Mallet. Mais ces espèces d^ distractions involontaires ne le détournoient point du désir qu'il avoit pour la solitude, et ilalloit incognito passer quelques jours à celle de Port- Royal qu'il avoit quittée avec tant de douleur. Enfin, lassé d'une vie si distraite, il se retira chez M. Métayer, le même qui i'avoit accompagné à son voyage de Rome, et qui depuis quelque temps étoit en possession d'une des cures de la ville d'Êvreux ; mais n'y ayant pas trouvé ce qu'il espéroit, il se résolut de quitter ce lieu, et d'aller passer quelques jours au séminaire de Valognes; mais ayant reçu des nouvelles de Paris qui l'engageoient d'y revenir, il n'y demeura pas longtemps. Il étoit à Évreux au commencement de janvier 1682, et c'est de ce lieu qu'il écrivit une lettre à M. l'archevêque de Paris pour le prier de consentir qu'il pût retourner à Port-Royal, son ancienne solitude, pour y vivre dans un entier repos; il la lui fit rendre par madame la duchesse d'Ëpemon, mais n'en ayant reçu aucune réponse, il lui récrivit une deuxième fois pour le même sujet, et lui demanda une réponse positive ; cette dernière lettre est du 3 janvier 1682.

M. de Pontchâteau arriva à Paris au commencement de février 1682, et alla loger rue Saint-Antoine chez M. Boue; il y apprit quelques jours après que M. Métayer, chez qui il avoit logé à Évreux, avoit reçu ordre d'aller trouver M. l'intemiant de Rouen, et que cet intendant I'avoit envoyé au Havre comme étant suspect de cabale et d'intrigue. Pendant son séjour à Paris il fit plusieurs voyages incognito à Évreux, à Port-Royal, et à Haute-Fontaine

ehoz M. l'abbé Le Roi , et il étoit en cette dernière abbaye au commenoement de Juin de cette année, et y demeura jusqu'au commencement de mai 1683, qu'il revint faire un tour à Parie pour examiner avec lea amie quel lieu pouvoit lui convenir pour y vivre abeolument en retraite, ne pouvant plui espérer de rentrer dani ta cbère iolitude de Port- Royal. Pendant le séjour qu'il fit à Haute^Pontaine il alloit le matin à la messe, et ne parloit à personne jusqu'à Theure du dîner. L'après^diuée il alloit à véprea et observoit le même silence jusqu'au souper. Lorsqu'il n'avoit point d'occupation nécessaire, il se promenoit dans de grandes allées d'un bois solitaire, ou s'asseyoit au pied d'une croix sur llierbe et regardoit les divers contours de la Marne qui serpente dans une longue étendue de pays; ensuite il s'oeoupoit à lire tout ee qui pouvoit nourrir en lui le désir qu'il avoit pour une retraite entière : et pour lui faire supporter le regret sensible d'être séparé de Port^Royal que nul autre lieu ne pouvoit suppléer, et dont il disoit souvent qu'il en aimoit jusqu'à la poussière; lorsqu'il étoit rentré dans sa chambre, il s'occupoit à traduire quelques ouvrages de Port*Royal ou à en extraire quelques sentences, et aux autres exercices de piété qu'il s'étoit prescrits; car il n'a voit rien diminué de ses austérités et de sa pénitence, et dans une de ses lettres du mois de décembre 1683, il dit qu'il avoit achevé de traduire le mois de janvier du Pain qwUidûn de l'Année ou Exeroicet de piété pour honorer le Saint-Sacrement tous les jours de l'année, et qu'il eommençoit le mois de février. G'étoit un livre italien fait pour tous les jours de l'année par le Père François Ifasquésde rOratoire de Saint>Pbilippe de Néri de Rome, où il avoit trouvé beaucoup de piété, et de quoi s'édifier ; il a depuis continué jusqu'à la fin du mois d'arril. Pendant l'hiver il se passoit absolument de feu, et ne se chauffoit qu'à l'occasion des repas, n'en ayant jamais dans sa chambre. Il s'occupoit souvent dans la journée à cultiver la terre et ù. avoir soin du jardinage , et lorsqu'on lui représentoit qn'il pouveit s'occuper à toute autre chose , il disoit bonnement qu'il n'étoit propre qu'à planter des choux et à remuer la terre ; qu'il appréhendoit beaucoup la vie sédentaire. Il se plaisoit beaueoup au chant de l'office divin et aux exercices réguliers de la vie monastique , et il ne fixt pas peu charmé quand il vit venir à Haute-Fontaine une nouvelle colonie de religieux d'Orval: car dans une de ses lettres datée du 25 février 1683, qu'il écôvoit à un de ses bons amis, il lui disoit : « Nous avons depuis dimanche dernier un nouveau prieur et de nouveaux religieux; si vous les voyiei, vous en seriez charmé : c'est une modestie et un recueillement sans affectation , une gravité dans le chant, une gaieté sur le visage et dans l'entretien, une exactitude aux observances, enfin un composé de tout ce qui peut faire aimer la vie religieuse. Je crois qu'on chantera tous les jours la grand'messe à once heures

APPBNDCCS. 3i7

en carême, et vêpres à trois heures parce qu'ils ne mangent qu'à quatre heures. Je n'en dis pas davantage, parce qu'ayant diverses petites ehoses à faire pour leur acoommodement, je suis souvent occupé, parce que j'entends un peu le petit ménage d'un cloître. » Il ajoute dans la môme lettre que le Père prieur d*Orvalavoit amené trois religieux de ehœur avec un prêtre qui a quitté ses bénéfices pour se faire religieux, et le frère de ce prêtre qui sera convers, pour établir une réforme à Haute^Fontaine, et que de* puis qu'ils y étoient arrivés, ils avoient beaucoup édifié ; que le Mercredi-Saint ils avoient reçu des cendres nus pieds; que c'était une chose charmante que leur modestie et leur recueillement* Durant le séjour que M. de Pontchêteau fit à Haute-Fontaine, ses ftmis le sollicitèrent souvent d'employer ^on crédit pour obtenir la liberté de se retirer k Port*Boyal, où il désiroit si ardemment de retourner ; mais ne se voulant point servir de mauvais moyens, ni de hi voie de la flatterie, ni de 1,'entremisede personnes opposéea à la bonne cause, il te résolut de renoncer à ce dessein, et de re» venir à Paris pour se déterminer sur le choix d'une autre retraite» U y arriva donc au oommencement du mois de mai de l'année 1689, et alla peu de temps après 4 Port- Royal des Champs oa il demeura jusqu'à la fin du mois de juin suivant, sans s'y faire conaoitre que de ses plus intimes amis avec lesquels il oonvint qu'il falloit qu'il prît le parti dô se retirer ailleurs, l'archevêque de Paris ne lui permettant pas d'y rester pour toujours. 11 pard^ donc sur la fin du môme mois pour la Flandre ; il passa à H^t»^ et arriva à Bruxelles le 11 ou 12 juillet; il y demeura jusqu'au 19 novembre 1683. Il vit M. Arnauld et se chargea de ses kttres pofir M.deSaci^ Il ne s'étoitpas proposé d'y faire un aussi longs^'our, smis une maladie en fut la cause ; ainsi il ne irevitit à Haute^FODtaine que vers la fin de décembre 1683, et y demeura jusqu'à U fin de janvier 1684* Il alla ensuite à Port-Royal incognito, et il y r«stA jusqu'au oommencement du mois de mai. U fit un tour à Paris et alla loger chez M. Botté, rue Saint*Antoine ; il y demeura jusqu'au commencement du mois de juin qu'il retourna à Haute-Fontaine. La mort de M. l'abbé Le Roi, qui étoit arrivée le 19 mars précé» dent, l'obligea d'y aller pour prendre quelques mesures avec dos religieui d'Orval qui étoient venus mettre la réforme. Ensuite il alla passer quelques jours à GhàtiUon chea M* Tabbé Oelfer dans le dessein d'aller à Glainaux y fêter ensemble la fête de Notre-Dame, et se consoler avec lui de*la perte qu'ils avoient faite non-seulement d'un bon ami, mais d'une agréable retraite où l'on trouvoit dans le besoin un asile commode et toujours prêt à vous y bien recevoir, M. de Pontchftteau revint ensuite à Paris au commencement de novembre, fit un tour à Port-Royal, ensuite partit au commencement de décembre pour la Flandre, où il demeura jusqu'à la fin de janvier de l'année 1685. Ce fut dans ce voyage qu'il se résolut de renoncer

absolument à tout espoir de retournerjamaisàsachère solitude des Granges, et qu'il se détermina à se retirer à Pabbaye d'Orval (elle est à 55 lieues de Paris, entre la ville de Sedan et celle du Luxembourg), dont il avoit conçu de bautes idées dans les différents Yoyagesqu'ilyavoitfaits, et par Tédification que plusieurs des religieux de cette abbaye lui avoient donnée à Haute-Fontaine où ils étoient venus pour établir une espèce de réforme, dont le projet fut renversé par la mort de cet illustre abbé qui obligea cette nouvelle colonie à se retirer à Orval. M. de Pontchâteau arriva à Orval le 10 février 1685 *, ne se faisant connoître que sous le nom de Jf. Fleuri. 11 demanda d'abord à M. l'abbé d'ôtre reçu dans sa maison dans le dessein d'y prendre dans la suite l'habit de convers, d'avoir soin du jardin, ou d'être admis à tel autre emploi qu'on jugeroit à propos de lui donner. En iatttëndant que M. l'abbé lui eût accordé ce qu'il lui avoitdemandé, il' se rendît assidûment à tout l'oftice du choeur, ne trouvant point de plus grande consolation pour lui en ce monde que celle d'unir- sa voix à plus de soixante religieux qui composoient pour l'ordinaire cette illustre Communauté, dans laquelle il voyoit revivre avec plaisir l'ancienne régularité de la première institution de Giteàux. Mais M. de Pontchâteau ayant écrit diverses fois à M. Arnauld pour le consulter s'il croyoit qu'il dût se lier par des vœux i cette sainte maison, et ce savant docteur lui ayant représenté les inconvénients auxquels il exposoit cette abbaye, les engagements où il étoit de servir l'Ëglise dans la situation où Dieu l'avoit mis, les obligations qui le lioient à Port-Royal , enfin les avis que M. d'Aleth lui avbit donnés de n'entrer dans aucun autre engagement, et M. l'abbé d'Orval lui ayant dit aussi qu'il ne croyoit pas que ce fût la volonté de Dieu qu'il abandonnât l'abbaye de Port-Royal pour prendre l'habit de l'Ordre dans celle d'Orval , il reçut cette réponse avec une extrême douleur, ayant toujours eu toute sa vie le dessein d'embrasser la vie monastique ; mais considérant les divers événements qui l'avoîent jusqu'ici empêché de le faire, il se soumit à la volonté de Dieu qui paroissoit s'y opposer si ouvertement, et il se contenta d'être seulement du nombre des religieux de ce monastère par la disposition de son cœur, et par la pratique fidèle et exacte de toutes les observances régulières qui y ëloient en vigueur. Et quoique dans Orval on tâchât dès lors d'approcher autant qu'on le pût de la régularité du premier siècle de l'Ordre de Cîteaux, comme il s'en

1. Ce qui suit est tiré d'un Mémoire qui se trouve pages 109 et suiv. du Supplément au Nécrologe, et dont il existe copie aux manuscrits de l'Arsenal (Belles-Lettres fr. 375 bis), sur la manière dont M. de Pontchâteau feêt comporté daue l'abbaye d'Orval ; écrit par un religieux de cette maiton. Mais le document original est combiné ici avec les autres circonstances de la vie de M. de Pontchâteau, et avec ses actions au dehors de cette abbaye.

falloit encore beaucoup qu'on suivit Tobservance littérale de la règle de Saint-Benoit , M. de Pontcbâteau qui soubaitoit volontiers de la voir pratiquer dans toute sa régularité, eut dessein de se retirer avec quelques religieux de cette abbaye par la permission de M. l'abbé d'Orvaldans un désert nommé Conques, ancien fonds de l'abbaye, qui n'en est éloigné que de quatre lieues où il y avoit eu autrefois une ancienne abbaye nommée Casa Conchodunum (?), fondée par le roi Sigebert, et donnée à saint Remalde ou Hemacle depuis évêque de Mastricbt, dont néanmoins il ne reste à présent aucun vestige , sinon une grotte au milieu des bois taillée dans le roc, appelée encore aujourd*buI la grotte de saint Remalde. C'est le plus beau désert' et le plus propre pour de véritables religieux de l'Ordre de Cîteaux. M. de Pontcbâteau y alloit quelquefois demeurer avec une demi-douzaine de religieux qui y vivoient dans une grande pauvreté, et dans toutes les anciennes pratiques de l'Ordre de Cîteaux. Il y balayoit la maison, y nettoyoit les écuries, y faisoit la lessive, la cuisine, et avoit soin d'aller cbereher tous les jours de quoi manger pour les vacbes; il alloit avec les autres religieux labourer ou bouyer les terres où la charrue n'avoit pu passer, défricher les bois, faire les foins ; il assistoit à tout l'office divin, alloit à matines, et ne se recouchoit point avant prime ; il couchoit sur une simple paillasse, et porloit toujours un cilice. Il y vécut ainsi durant cinq années.

Au commencement l'abbé lui donna place au réfectoire immédiatement après ld& religieux prêtres. Mais M. de Pontcbâteau ne pou voit supporter cette distinction. Il obtint enfin, vers les dernières années de sou séjour en cette abbaye , d'être le dernier, c'est-àdire après les novices et les postulants ; ce qu'il observoit aussi à l'église ; il alloit aux conférences des novices ; il gardoit exactement le silence comme les religieux ; il ne recevoit des visites que du Père Abbé , du Prieur , et de son confesseur , et rarement des religieux ; il fuyoit la conversation dès étrangers et surtout des personnes de qualité, et souvent il commettoit à leur égard des espèces d'incivilités : un jour accommodant les arbres dans le jardin, M. le marquis deVandy, gouverneur de Montmédy, s'approcha de lui , et après s'être salués Ton l'autre, lui dit : « Monsieur Fleuri , j'ai été hier en votre chambre pour avoir l'honneur de vous y voir , mais vous n'y étiez pas, » M. de Pontcbâteau ne lui répondit point, et, sans le regarder, continua son travail. Ainsi M. de Vandy fut obligé de le quitter sans avoir pu tirer de lui un mot de réponse. Sa chambre n'étoit pas autrement ornée que celle des religieux; il y avoit deux croix, une sans crucifix avec cette devise au bas : Solatium exilii nostrif la consolation de notre exil. Il avoit plusieurs images , l'une de la sainte Vierge , l'autre d'un Jérémie pensif avec ces paroles : « Solus sedebam^ quia comminatione replesti me : Je me suis retiré dans la solitude

parce que vous m'avez rempli de la terreur de vos menaces; » une d'un saint Arsène avec ces paroles : «Ad quid venM? fuge, tace^ quiesce : Dans quelle vue ôtes-vous venu ici? fuyez , taisez-vous et ne vous agitez point. » Outre ces estampes il avoit la Grande- Chartreuse comme l'objet qu'il avait eu en vue dès le commencement de sa conversion; et il avoit fait dessiner le désert de Conques en crayon , qu'il avoit souvent devant ses yeux. Il ne se promenoit jamais dans la maison excepté trois ou quatre fois Vannée qu'il alloit après le repas se promener le long des arbres ; il ne put même se résoudre pendant la guerre à quitter sa chambre pour se mettre à Tabrî des partis qui «l'auroient pu enlever , et sur ce qu'on lui représentoit le péril auquel îL s'exposoit , il disoit en souriant , « qu'on ne pouvoit lui faire plus de mal qu'il s'en vouloit faire , qu'on seroit toujours obligé de lui donner du pain et de l'eau.» Quoiqu'il fût très-frileux, il n'avoit de feu dans son petit appartement qu'autant qu'il en falloit pour allumer une chandelle. Il avoit une grande exactitude à se rendre à l'église avant le dernier coup de chaque office ^ par son exemple^ il édifia toute la Communauté , et l'obligea peu k peu à observer de ne manger les jours déjeune du carême qu'après vêpres, et les jours déjeune de la règle qu'après none. Le mercredi des Cendres et le Vendredi-Saint il assistoit à l'office sans souliers comme les religieux ^ et disoit le Psautier tout entier avec eux le Vendredi-Saint. Vers la fin du mois de juin 1685 , il fit un voyage en Flandre pour tenir compagnie à M. Arnauld qui étoit resté swil à Bruxelles , et pour l'aider à son travail ; il y demeura deux mois , y ayant été retenu par une indisposition assez considérable; il ne revint à. Orval que le 27 août suivant : il reprit alors les pratiques des religieux de cette abbaye , et il dit dans une lettre du 5 septembre : « Nous allâmes hier serrer les avoines avec une partie des religieux, nous n'en revînmes qu'à six heures; nous avons dîné avant que d'y aller, mais nous fîmes une petite collation en silence à l'ombre d'un arbre. Je fus aussi à la dernière conférence, dont je fus bien édifié. Je suis si à mon aise ici que ie crains tout à fait que cela ne dure pas. Je vous écris pendant le réfectoire des infirmes, car nous ne mangerons qu'après none. >t Et dans une autre lettre du 25 du môme mois, il dit : « Si vous saviez comment la journée est remplie, vous verriez que noud n'avons guère de loisir. Nos matines ont fini aujourd'hui un peu après quatre heures, et il en est cinq; mais à la demie il faut retourner à l'église, à six heures et demie au travail jusqu'à huit, à huit heures et demie à tierce, à la grande messe ensuite; le reste jusqu'à dix heures trois quarts est quelquefois assez court , on le passe à l'église; on dit sexte aux trois quarts; après sexte on va au travail jusqu'à une heure ou une heure et demie; on dit none à deux heureS| on va au réfectoire ; à quatre heures on dit

vêpres, à cinq heures et demie on se rafratohit en buvant un coup; aux trois quarts on fait la lecture, ensuite on dit complies, et puis il fkut aller dormir, car à deux heures il n'y a plus d'appel. » Dans une autre lettre il dit « que le 8 octobre M. Tabbé d'Or* val le mena dans le désert de Conques dont on a déjà parlé, et qu'il l'y laissa avec quatre religieux de chœur, et deux frères eonvers; qu'il y avoit passé trois semaines comme trois heures, et que tout ce qui lui faisoit de la peine étoit qu'ils étoient contraints de parler plus qu'ils n'eussent voulu ; qu'ils avoient beaucoup d'ouvrage dont il fallort changer souvent, ce qui ne se pouvoit faire sans dire quelque mot. • Il ajoute : « Nous nous levions à deux heures pour dire matines, qui n'étoient pas si longues qu'à l'abbaye, parce que nous les récitions seulement, quoique avec des pauses; à cinq heures et demie on fait la prière , ensuite on entend la messe, et puis on dit prime; cela dure jusqu'à sept heures, et alors, après avoir mangé un morceau de pain, et bu un coup ou deux, on s'en va au travail qui n'est interrompu jusqu'à deux heures que par tierce et sexte qu'on dit à deux heures : le travail, c'est d'épandre du fumier, de labourer de la terre en friche, d'arracher des souches, couper du bois, et autres choses selon les besoins du ménage, comme faire la lessive et balayer, écurer, travailler un peu à la cuisine ; à deux heures none, et puis dîner ; après le repas la conférence; on disoit ensuite les vêpres, et après avoir bu un coup on alloit à la lecture et à complies. Je vous assure que je m'y trouvois fort bien. » Il y demeura trois semaines et revint après en l'abbaye d'Orval et y demeura jusqu'à la fin d'avril 1686, qu'il partit pour aller à Villers, prieuré de M. Le Tourneux en Normandie, pour le consulter sur quelques rits et cérémonies de l'Église. Ce ne fut pas sans peine qu'il se résolut de quitter sa retraite, et il disoit sur cela à un de ses amis : « Je ne sais où j'en suis quand je pense à un voyage, car le moyen de quitter l'of&ce, la règle, le maigre, la solitude, le silence et le repos, pour tout le contraire ! J'ai grand' peine à m'y résoudre, je vous l'avoue; j'y vois bien quelque nécessité, mais je ne sais si elle est assez grande, n Après avoir demeuré quelque temps chez M. Le Tourneux, il vint à Port-Royal et logea incognito aux Granges où il disposa de quelques livres et de quelques meubles qu'il y avoit laissés; il y étoit avant le 22 mai, et il y demeura environ deux mois. Pendant ce séjour il alla voir M. de Sainte-Marthe à Gorbeville. 11 se rendit à Paris le 19 juillet pour revoir avec M. Angran, madame de Fontpertuis et M. Nicole, quelques comptes de M. de Saint-Amour au sujet de llle de Nordstrand; il vint loger rue Saint-Antoine vis-à-vis la vieille rue du Temple, chez M. Boue, ancien marchand , juge-consul et marguilUer de Saint-Gervais ; c'étoit sa demeure ordinaiie quand il venoit à Paris. Il n'y séjourna pas longtemps, et alla ravoir M. Le tourneux à son prieuré où il

ne fit pour ainsi dire que passer, car il n*y demeura que trois jours entiers, et partit ensuite pour Orval où son cœur s'impatientoit de n'ôtre pas assez tôt retourné. Il y arriva le 16 août, après avoir essuyé une grosse pluie, un tonnerre, et i|ne tempête horrible. Il trouva sa chambre prête, avec de certains accommodements qu'on avoit faits en son absence; ensuite il alla à vêpres, et la nuit à matines ; il recommença comme à Tordinaire sa vie régulière et pénitente, reprenant tous les exercices monastiques. Le 9 de novembre 1686, il reçut la nouvelle de la mort de M. Le Toumeux, qui étoit arrivée le 28 d'octobre précédent; il en fut très-affligé, et dans une lettre qu'il écrivit sur ce sujet, il dit : « J*ai pleuré M. Le. Tourneux par bien des raisons , mais quand Dieu fait une chose^ nous n'avons qu'à baisser la tête, et lui dire : Justtis es, Domine: Seigneur, vous êtes juste. > Et dans une lettre suivante il marque qu'il avoit dit un Psautier pour demander à Dieu l'accomplissement des vues de ses miséricordes sur cet illustre défunt. Cette mort et quelques autres circonstances d'affaires l'obligèrent à faire un voyage incognito à Port-Royal. Il y arriva sur la fin du mois de janvier 1687, et eut la joie d'être, pour ainsi dire, présent à rélection ou la continuation de la même abbesse Henriette-Marie de Sainte-Madeleine du Fargis, ce qu'il avoit ardemment désiré; il en rendit à Dieu des actions de grâces comme d'une protection visible de sa toute-puissance sur cette sainte maison, et dans cet étonnement il disoit : « Qui l'eût cru, il y a quelques années, que nous dussions voir tant d'élections paisibles? En vérité Dieu nous aime et a trop soin de nous. Malheur à nous si nous manquons à ce qu'il demande de nous après tant de grâces I J'avoue que j*en ai une vraie joie, Dieu soit béni! » 11 demeura à Port-Royal tout le mois de février, et une partie de -la première semaine du mois de mars. 11 vint à Paris, mais il n'y fit que passer, car il en partit le 11, et fut le 13 â Reims, et arriva à Orval le 17, non pas sans avoir essuyé beaucoup de pluie et avoir souffert bien du froid; il y demeura jusqu'au 23 avril, car le lendemain il partit pour aller faire un petit voyage en Flandre pour ses amis, et faire quelques affaires en chemin, et s'informer de quelques rits et usages de Tancienne discipline et vie monastique. Il ne demeura en Flandre que jusqu'au 23 juin qu'il se rendit à Orval : pendant ce voyage il visita quelques abbayes d'hommes et de filles de l'Ordre de Citeaux. Deux mois après qu'il fut arrivé, il partit avec M. l'abbé d'Orval pour aller en Allemagne ; ils passèrent à Aix-la-Chapelle le 31 août, et ils y demeurèrent jusqu'à la fin du mois de septembre, et ils y virent les reliques de saint Charlemagne. Au retour de ce voyage M. de Pontchâteau reçut des nouvelles de Paris qui l'obligèrent d'y aller quinze jours après : il partit, en effet, le 19 octobre à cheval; il passa à Reims le 21, à onze heures du matin, et arriva à Paris le 25 du même mois, 1687. Le sujet de son voyage

étoit une contestation que M. de Saint-Amour vouloit lui susciter au sujet de quelques comptes qu'il avoit à faire avec lui pour les revenus de Ttle de Nordstrand. Il alla loger à Paris chez M. Boue, son gîte ordinaire, et se rendit à Port-Royal le 18 décembre, et y demeura jusqu'au 5 janvier 1688, qu'il partit pour aller à Corbeville voir M. de Sainte-Marthe chez qui il ne demeura que trois jours , et se rendit à Paris le 8 janvier entre trois ou quatre heures du soir; il y resta jusque vers la fin de février, et se rendit à Orval le 4 mars, ayant une grande impatience de rentrer dans la solitude; mais il avoue dans une de ses lettres que la consolation qu'il avoit eue en y rentrant l'avoit jeté dans un regret et une tristesse si considérable quMl n'avoit pu s'empêcher de passer dans rabattement la fête de son patron, parce qu'il avoit été si troublé de la dissipation de quatre mois et demi, qu'il ne savoit quand il en seroit remis, et il ajoutoit : « Voyez si je n'ai pas rai« son de craindre Paris et les voyages. » Comme il s'étoit chargé à Paris , de faire quelques traductions de livres espagnols, et même de quelques endroits de Rodriguez, il se résolut, après avoir fait cet ouvrage, de s'en aller en Flandre pour en conférer avec M. Arnauld ; il partit donc le 17 juin pour Bruxelles et y arriva le 23, et y demeura jusqu'au 22 août suivant, qu'il revint à Orval pour assister aux premières vêpres de Saint-Bernard, non p^ sans avoir essuyé toute la rigueur du chaud qu'il faisoit alors ; mais, comme il ajoute dans aa lettre : « Je ne m'en souviens plus; un office fait comme on le fait ici raccommode tout, et surtout quand on y est avec de bons frères qui me témoignent tant de bonté et de charité. » M. de Pontchâteau revenant à Orval espéroit que ce seroit pour toujours, car il le désiroit ainsi, et il étoit harassé et fatigué de ces fréquents voyages et de ces distractions continuelles ; mais il fut fort attristé quand dans le même temps on lui manda de différents lieux qu'on avoit besoin de sa présence ; la nécessité en parut même si pressante que M. l'abbé d'Orval fut obligé de lui dire, mais en riant, qu'il le chasseroit s'il ne vouloitpointy aller. Il se résolut donc d'aller à Paris pour terminer les comptes de Nordstrand. Il partit d'Orval sur la fin de novembre, et fut un mois environ à Paris, et fit un tour à Port-Royal pour y passer les fêtes de Noël en retraite, et par occasion il passa à Corbeville et y vit M. de Sainte-Marthe, et se rendit ensuite à Orval où il demeura jusqu'à la fin du mois de janvier 1689. — Auquel temps on l'engagea de faire encore un voyage en Flandre où il demeura avec M. Arnauld jusqu'au 20 de février, et revint ensuite à Orval le 26, où il lie demeura que jusqu'au 26 décembre suivant qu'il fut obligé d'aller faire un tour à Paris pour rendre quelques services à Port-Royal. Avant que de partir, il avoit souvent marqué dans ses lettres qu'il avoit quelque répugnance à faire ce voyage par des pressentiments qu'il avoit de sa moit

C'est dans ces vues qu'il édriToit à l'un de ses amis : « Je fie sais ce qu'il m'arrivera dans ce voyage ; j'espère que ce ne sera rien de mal, parce que je ne l'entreprends pas pour me divertir, mais parce que je m'y crois obligé.... » Dans une autre lettre il disoit : u II faut penser à mourir et s'y préparer, c'est pourquoi je donne Tordre que je puis à certaines petites choses ; » et en effet il fit son testament et le déposa cacheté entre les mains du Père abbé, et lui écrivit un petit mot en ces termes : « Je suis i la veille d'un voyage de Paris, et peut-être en ferai^Je )in autre, c'est-àdire celui de l'Éternité, avant d'être à demain matin que je dois partir. De quelque manière qu'il plaise à Dieu de disposer de moi, mon très- Révérend et honoré Père, il est à propos que je fasse comme si ce dernier jour devoit arriver : ainsi je laisse ce petit mémoire que je vous prie de faire eiécuter. »* Ce mémoire étoit couvert d'une envel(^pe cachetée sur laquelle il avoit écrit : « Je supplie trèS'humblement le très-Révérend Père abbé de garder ce paquet, et de l'ouvrir si je meurs hors d'ici, et non autrement, t» Ce qui est d'autant plus remarquable qu'il n'avoit jamais pris les mêmes précautions à l'égard de tous les voyages qu'il avoit faits auparavant*

Il vint à Sedan le 17 octobre) à Reims le 30 décembre, et arriva à ^|ris le mardi 3 janvier 1690, avec un rhume et un mal aux yeux. Il alla loger chez H. Boue, marguillier de Saint- Gervais ^ demeurant rue Saint-Antoine vis-à-vfs de la vieille rue du Temple, où il prit un petit appartement au troisième étage sur le derrière , qui lui parut assez commode ; il accom^ moda son lit h sa manière, c'est-à-dire qu'il en ôta le commode 4 en mettant la paillasse entre les deux matelas , afin qu'on ne s'aperçût point de la manière qu'il étoit couché : c'est pourquoi il faisoit lui-même son lit et tout ce qui regardoit sa personne et sa chambre , ne se réservant en cela ni valet ni servante. Là il menoit une vie inconnue atout le monde, hors de quelques amis ; il étoit vêtu en simple bourgeois , ne mangeant qu'une fois le jour et fort frugalement, se contentant le soir tout au plus d'une pomme, d'un verre d'eau, ou d'un petit biscuit de deux liards, assistant à tous les offices de la paroisse avec toute la piété et le recueillement dont il étoit capable.

Le dernier jour de janvier ( M. Nicole dans sit lettre 80, EêstHs de Morale j vol. VllI, dit : « La maladie dont il est mort le prit chez moi, après un entretien de deux heures; j'ai eu le bon* heur de le voir durant sa maladie et même d'assister au sacrifice de sa mort ) , il fut attaqué d'une pleurésie qu'il dissimula le plus qu'il put , et ne se résolut de voir des médecins qu'à la prière de ses amis , et lorsqu'il se sentit fort oppressé; il prift qu'on lui lût de temps en temps quelque chose qui pût l'édifier, né le pouvant faire lui-même* Cette première maladie et le temps.

de sa convalescence dura jusqu'au 21 février , et le douzième jour de carême il reprit le maigre, et le lundi de la Semaine-Sainte il partit pour la campagne ; cependant le fond de son mal n'étoit pas guéri , il lui restoit encore une envie de dormir et un assoupissement involontaire que lui-même disoit à ses amis être un signe de mort, et il s'en réjouissoit néanmoins, n'ayant pas de plus ardent désir que d'être séparé de ce monde, et d*ôtre uni à Jésus- Christ ^ ce qui lui faisoit répéter souvent ces paroles : m Tœdet animam meam vitas meœ : La vie m*est devenue ennuyeuse. » Il fut depuis cette maladie presque toujours languissant , et étant de retour à Paris il fit son jubilé, et le 21 juin il fut derechef attaqué de la maladie dont il mourut. Il fut si terriblement accablé d'abord qu'il ne lui fut pas possible d'exécuter le dessein qu'il avoit toujours eu, s'il se trouvoit dangereusement malade à Paris, de se faire porter aux Frères de la Charité pour y mourir inconnu et avec les pauvres; néanmoins, quelque accablement qu'il ait eu, il récitoit tout bas continuellement des Psaumes , et il ne prenoit rien qu'auparavant il ne fit sa prière. Il avoit une attention continuelle si exacte sur tout lui-même qu'on voyoit bien que son cœur avoit toujours Dieu présent , et qu'il s'en étoit fait lui-même une ancienne habitude. Le quatrième jour de sa maladie, entre une heure et deux après midi , il reçut le Saint-Viatique après s'être confessé à M. Brusseau qu'il avoit envoyé quérir ; la nuit et la moitié du cinquième jour sa maladie fut très-violente , il ne pouvoit à peine parler , son rftle étoit extrême ; les douleurs très-cuisantes qu'il souffroit ne lui laissoient presque pas sa mémoire libre, en sorte qu'il parut plus mal ce jour-là que le 7*, qui fut celui de sa mort. Au commencement de son cinquième il reçut l'extrême-onction , et répondit à toutes les prières. Jusque-là il ne fut connu ni d'aucun prêtre de la paroisse, ni des vicaires, ni de M. le curé ; mais son hôte , le voyant abandonné des médecins et hors d'espérance, se crut obligé d'en avertir MM. ses parents, et n'être plus obligé au secret que M. de Pontohâteau avoit exigé de lui en entrant dans sa maison. Il en fit avertir M. le duo , madame la duchesse, et M. le marquis de Coislin , et plusieurs autres parents et amis. Ils y vinrent plusieurs fbis incognito pour s'informer eux-mêmes de l'état où il étoit , mais sans le voir qu'au travers des rideaux de son lit , M. de Pontchftteau ayant marqué très-précisément qu'il n'étoit pas à propos qu'il vît et qu'il parlât à ses parents ni à ses amis, dans la situation où il étoit; qu'il ne vouloit être occupé que de Dieu, et qu'il lui étoit utile d'oublier toutes les liaisons qu'il pouvoit avoir eues avec le monde ; les ayant même fait prier que, s'ils envoyoient demander de ses nouvelles, ce ne fût pas par des gens de' livrée. Madame d'Épernon sa sœur et madame d'Bpernon la carmélite ne pouvant y venir elles-mêmefl y envoyoient incessamment. M. le curé de Saint-Gervals, ayant

336 PCmT-ROYAL.

appris le trésor qui étoit caché dans sa paroisse , vint le voir lorsqu'il étoit presque à l'agonie , et ne piit Teutretenir qu'un moment; M. de Pontchâteau l'ayant prié de ne point trop marquer ses visites, de crainte de le faire connoîlre , c'est ce qui avoit engagé M. le curé à lui faire porter rextréme-onction par le prêtre qui fait ordinairement cette fonction dans la paroisse. La veille de sa mort, à dix heures du soir, les médecin^ se retirèrent ne voyant plus rien à faire pour eux; alors plusieurs personnes de qualité vinrent le voir, entrèrent dans sa chambre, et y passèrent une partie de la nuit. Les rideaux du pied de son lit avoient été ouverts par son ordre, pour ne pas perdre un instant de vue un crucifix qu'il avoit fait mettre sur la muraille qui étoit en face de son lit : et ce fut par ce moyen que M. le duc et madame de Coislin le virent pour la dernière fois, car il ne perdit connoissance que deux heures avant sa mort, qui arriva à cinq heures et un quart du matin le 27 juin 1690. Voici ce qu'en écrivit M. Boue, son hôte, à l'un de ses amis, le 8 août 1690.

LETTBE DE M. BOUE SUR LES CIRCONSTANCES DE LA MORT DE M. DE PONTCHATEAU >.

« A Paris, ce 8 août 1690.

« Monsieur, je n'ai point eu le temps de vous écrire quelque chose du trésor qui étoit caché dans notre maison , et qu'il a plu à Lieu de découvrir et de manifester au monde avec une grande gloire. Je sab bien que vous rendrez de grandes actions de grâces à Dieu lorsque vous saurez qu'il lui a plu de répandre très-abondamment son amour et sa grâce dans le cœur de défunt M. de Pontchftte&u qui est décédé le mardi 27 juin 1690, à cinq heures et un quart du matin, en grande réputatiop de sainteté, étant âgé de 56 ans. 11 étoit neveu de M. le cardinal de Richelieu et de M. le cardinal de Lyon ; frère de madame la duchesse d'Ëpernon , qui demeure avec les dames religieuses du Val-de-Grftce, et de madame la comtesse d'Harcourt ; oncle de M. l'évêque d'Orléans, de M. le duc de Coislin, de M. le comte d'Armagnac, grand écuyer de France. Il y a trente ans qu'on l'appeloit M. l'abbé de Pontchâteau ; il quitta en ce temps-là les trois abbayes qu'il avoit, et s'est trouvé seulement huit ou neuf cents livres de rentes pour vivre.

« 11 aimoit grandement les dames de l'abbaye de Port-Royaldes Champs, et il leur a rendu tous les services dont il étoit capable.

f . Cette lettre n'est pas fort exacte, mais on peut en tirer quelques circonstances qu'on n'a pas d'ailleurs. L'auteur étoit alors âgé de près de quatre-vingts ans. (I^ote du manuscrit.)

Il a demeuré dans cette abbaye en qualité de jardinier durant dix années. Une personne digne de foi m'a dit l'avoir vu travailler en chemise à labourer la terre : pour moi, je Tai vu dans ladite abbaye avec son habit honnête de jardinier de petite serge grise, et un bas de chausse de toile blanche. Depuis Tannée 1680, auquel temps il a été obligé de sortir de ladite abbaye, il a fait plusieurs voyages qui n'étoient pas inutiles, et s'est retiré plusieurs fois à Tabbaye de Haute-Fontaine près de Ghâlons en diampagne avec feu M. l'abbé Le Roi, qui étoit un homme de grande vertu et trèsdocte : vous savez que, ordinairement, chacun cherche la compagnie de son semblable; M. Tabbé de Pontchâteau étoit aussi une personne de mérite, de )^iété, et très-savant théologien. Étant en cette abbaye de M. Tabbé Le Roi, il fit connoissance avec les religieux Bernardins réformés de Pabbaye d'Orval. Incontinent après le décès arrivé de M. Tabbé Le Roi, notre illustre jardinier alla visiter cette abbaye et offrit ses services à M. l'abbé d'Orval qu'il trouva être un excellent maître, accompagné de soixante bons religieux. Cette abbaye est éloignée de Paris de cinquante-cinq lieues; elle est située entre la ville de Sedan et celle de Luxembourg. Ces religieux ne mangent point de viande, et vivent comme les religieuses de Port-Royal. M. de Pontchâteau n'eut aucune peine à s'accommoder à vivre avec eux, et d'autant qu'il aimoit bien à prier et à. chanter les louanges de Dieu, qu'il avoit im grand esprit, qu'il étoit très- savant, qu'il entendoit bien le ménage des champs et des maisons religieuses, et qu'il avoit beaucoup de connoissances de plusieurs choses, il devint comme le coadjuteur de M. l'abbé d'Orval qui ne voulpit faire aucune chose, aussi bien que ses rehgieux, sans prendre son avis. Depuis l'année 1668, il a visité plusieurs fois M. l'abbé de La Trappe >, M. Le Maître, docteur en théologie , et d'autres personnes de grand mérite et de sainte vie; et, quand il venoit à Paris, il passoit huit ou quinze jours ou trois semaines, quelquefois six, daus une petite chambrette dans la maison où il est mort. Depuis le 1" avril 1689, il trouva occasion d'avoir une chambre plus grande dans la même maison, où il arriva le troisième jour de janvier 1690. Un mois après, il tomba malade, et cette maladie dura six semaines, et depuis il ne se porta pas fort bien jusqu'au 20 juin suivant qu'il fut oUigé^ de se mettre au lit où il est demeuré malade d'une fièvre continue qui ne Fa point quitté. 11 reçut Notre-Seigneur comme viatique le jour de la fête de saint Jean-Baptiste à deux heures après midi, et le lendemain, qui étoit dimanche, à dix heures au matin l'extrôme-ooction ; le lundi 26 juin, il commença à mourir, et au commencement du mardi 27 juin, un peu après minuit, M. Boue lui demanda s'il vouloit qu'on lui lût la Passion : il dit

i. Ceci n*est pas vrai des voyages de La Trappe. (Note du manuscrit.)

338 PORTrROYAL.

quMl to Toulolt blea; Il pria M.. Bnusêau son eonfesseur de la lire, et, après, de lire quelques Psaumes qu'il lut marqua. On dit ensuite les prières des agonisants, et il rendit son esprit à Dieu à cinq beurts et i» quart du matin, en la elequantenseptième année de son âge; il eut de la eonneissanee jusqu'à trois heures du matin. Sur les kuit ou neuf heures du matin il se répandit un Imiit daas tout le quartier qu'il étoit mort un saint ehee M. Boue, ce qui fit qu'il lallut laisser la porte ouverte depuis midi Jusqu'à dix heures du soir) et le lendemain mercredi jusqu'à dix heures du matin, afin que tout le monde lui baieftt les pieds. Eneore qu'U fît ua temps bém chaud il ne sentoit pas mauvais. » — Voilà ce que contenait cette lettre.

Le bruit de cette mort s*étant répandu de tous c/^s, en nn instant on vit u^ infinité de personnes s'empresser pour le voir^ et pour lui rendfi les derniers devoirs, et lui marquer leur estime et leur vénération. Avant que de l'ensevelir, on lui ôta son cœur que Ton destinoit d'abord pour être envoyé à l'abbaye d'Orval; on lui trouva à ftu sur la ehair une ohatae, un crucifix d'argent et un reliquaiie enfermé dans un petit sac d'étoffe avec lequel il avoit déclaré qu'il soahaitoit d'être enterré. Il avoit fait un codieitte eu testament le t& juin 1690, deux jours avant sà mort, par devant notaire, par lequel il confirmoit les deux dispositions testa* mentaiies qu'il avoit faites ^ dont il avoit mis l'une entre les mains de la Révérende Mère abbesse de Port-Royal des Champs, et l'autre entre celles du Révérend Père abbé d'Orval. Ensuite il déelaroit quil vouloit être porté à l'église de la paroisse comme un pauvre, par le convoi de la charité, et qu'il choisissoH pour le Ueu de sa sépulture réglisedudit Port- Royal des Champs; quHl sotthaitoit que le convoi et le service se fît avec toute la modestie et la simplicité chrétienne. 11 instituoit son légataire universel de tous les deniers comptants qui pouvoient lui appartenir, H. Aka» kia du Pleseis, pour être employés par lui en oeuvres de piété et aumènes, suivant qu'il s'en étoit expliqué à lui, sans être obligé d'en rendre aucun compte. Il déclare la môme chose à l'égard de ses habits, hardes et linges qui lu! appartiennent; dédare que tous les livres qui sont dans sa chambre et dans son cabinet appartiennent k le. Amauld, et il souhaite qu'ils lui soient rendus au plus tôt. Il révoque toute autre disposition qu'il auroit pu faire auparavant. Et par son deuxième codicille du même jour il laisse quatre cents livrés à la veuve du sieur Massin, marchand de la Tille de Provins,... pour r^iquat de compte.... (probablement un reste de l'affaire de Nordstrand) .

M. de Coislin souhaltolt le faire porter à Saint- Sauveur pour le faire enterrer dans sa chapelle , et M. le curé de Saint-Gervais prétendoit qu'il devoit demeurer dans le lieu où il étoit mort ; il en parla à M. l'archevêque qui alla, dit-on, en Cour pour saveir la

voloaté du roi qui lui dit qu'il fjilloit exécuter les deruière» yp, lontés du défunt.

On mit son corps dans un cercueil de plomb avec une inscription gravée sur une plaque de cuivre, et le convoi se fit le lendemain sur le midi , à la paroisse de Saint-Gervais où il fut porté. M. le duc de Coislin, pour suivre en tout la volonté de son oncle , se contenta d*y faire assister seulement quinze prêtres plus quMl n'y en auroit eu, n'ordonna qu'un« douziiine de flambeaux pour accompagner le dbnvoi et fit l'bonneur de marcher à la tête du deuil avec son cordon bleu , malgré la simplicité et la pauvreté du convoi. Après la messe, le peuple étant entré dans le chœur, et s'étant aperçu que le cercueil étoit entr'ouvert, acheva de l'ouvrir avec des couteaux et eu tira des morceaux de sa chemise et de sou linceul, ce qui obligea les prêtres de porter le cercueil dans une. chapelle fermée pour le ressouder et Tôter des mains du peuple. L'après-midi, sur les trois heures, deux carrosses le vinrent prendre, dans l'un desquels on mit le corps accompagné du vicaire de Saint-Gervais, de M. Bmsseau son confesseur, et d9 plusieurs amiSi et il fut porté à Port-Royal des Champs où ou.n'arriva qu'à plus de onze heures et demie du soir \ l» corps fut reçu à la porte de l'église par les ecclésiastiques du lieu et par plusieurs autres qui s'y étoient rendus pour honorer }es funérailles de ce serviteur de Die^. M. le vicaire de Saint-Gervais y harangua et assista à la cérémonie de son enterrement, (Son cœur, mis en dépôt h l'intérieur de Port- Royal, l!ut enterré au dedans du chœur des religieuses, mais seulement trois mois plus tard et le même jour qu'on y enterra M. de Sainte -Marthe, rien n'ayant paru plus naturel que de joindre en

1, La Junrnal manuscrit d^ Pori Royal R^ûti ton edté, an Cfmpta-readw cirtOBâtuncB : i Le tsamt^di sv** (^Juin.)^ jc>i^r da ânint-J^sn, nous apprîmes la maUriiri^jiî i/, Sleri'itrjk qui lu it^^vrc avoit ptjft le mardi préeedient an soîp,. L'on Bti7{>yîi Rose (donaesLiqiie) à Piiri;^, pArrïi qqe l'on le demandoit pour servir U maituip., U ii« partit qu'après lu gm/ide messe.,,. La manièri^ dont Ton riïfr>it t^erit faisant £;faindre UiÛn de cott^-j maladie, on jugea qu'il étoit bon que M. Ueasiiux i l'homme de co^ftaneii; y allât aussi pour voir s'il n'-'iVoîL fiâf) à d!Tâ en partieaMer. lU paKireni aone ensemble dans la ehiise. — Le dimancUe ^â«, H, Do«&aax rarjui à U Un de la grande messe; U rapjKrirta TiiKtrqfiiUé et qae L'oa per^lalt presque espérance, mais que l'on demandoit M. Jlîrcquet, qui partit apTéti midï. — Le mardi 27* on apprit tîi moTi, — Le mcrcrfidl '*H' hu «air, nous apfMPlmes que le corf»s ▼eiïoit «1 dËVoU partir 4 k betirfiâ dd Paris. Il ariivar à minuit, e^^nduit par »h Jq Ticaird de bamt-iiervais* IJ y avoit un autre carrosse ou etoient M. Akakici, m^idama de i-aiirpurlDis, mad^iitiK ^ïare fqul avoit (quelquefois logé M. de PonldiâteïiuV madËmoifcllu Gnitier. Ils «lofent partis de Paris à 4 btitiies; m^&, un limon ûu c&rrjss'iâ s'étant rom^n, il fallut venir quérir ici du Aftcours, Ou tit la eas^oiT ^^ on 4it c^risuite matines. Le matin l'on dit la première me^t'r des ApôtrKa et, a pré?, tierce, laudes et la messe de Hfquifm: ^^^h^ nontï qui^l'onaYatiça d'un quart d'neare, ondit vépret de^ morts, 4;t[ïui:^ on fit l'ente rns ruen t : ce fut M. Eustace. Outre les eccl^sijitii^ueà da la maisoti^ il s'y trcura M. Le Noir, M, Bocquillot. On ne ii;Jt point l^i hurseâ, muia ItïH ^i£ cliaatleliera. j^

une même cérémonie deux personnes qui avoient été si fort unies pendant leur vie.) — Voici la harangue :

HARANGUB tiR M. LE VICAIRE DE SAINT-GERVAIS

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