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L'ART ET PORT-ROYAL IX

« marques de la simplicité et de la pauvreté évangélique », et à la modeste église que fit construire la mère Angélique on comparera les « élévations >» du somptueux édifice que Le Pautre avait tout d’abord dessinées. En jetant les yeux sur la charmante série des estampes où sont représentés le site et les dehors de Port- Royal des Champs, l’église, le cloître, les salles conventuelles, on constatera que la règle, là aussi, fut constamment obéie. Au fond de la vallée silencieuse et boisée, au milieu d’un « désert affreux », un mur flanqué de tourelles enferme les bâtiments et les jardins de l’abbaye. Les architectures sont pesantes et communes. Aucune recherche d’élé

sance ne distingue des autres maisons celle que M° de Longueville s’est Dans le réfectoire, dans le chapitre et dans les autres salles, sont accrochées les peintures que tolèrent les Constitutions. Un cloître aux lourdes arcades a remplacé le cloître gothique. Du vieux monastère du xtrr' siècle on a gardé seulement quelques salles voûtées en ogive et l’église. Mais pour défendre cette dernière contre l'invasion des eaux on a dû en relever le sol de douze pieds, et toutes les proportions de l'édifice bâti par Robert de Luzarches en ont été pitoyablement altérées. Les stalles et les boiseries délicatement sculptées qu’une abbesse du xvi° siècle a fait placer dans le chœur n’ont pas été

fait bâtir dans l’enclos du monastèr

détruites; mais, ailleurs, les murs sont nus, les autels sont à peine décorés. « Plusieurs personnes, disait M. Hamon, sont obligées de fermer les yeux lorsqu'elles prient dans des églises qui sont trop belles. » On

pouvait sans distraction prier les yeux ouverts dans l’église de Port-Royal des Champs. Quant aux jardins, on n’y voit ni parterres, ni jets d’eau; plantés d’arbres fruitiers, de simples et de légumes, ce sont les jardins de personnes pénitentes, et il n’y faut chercher d’autres fleurs « que les vertus de ceux qui les cultivent » (Fontaine). Et en tout cela se reconnaît la pure tradition cistercienne.

Par esprit de pauvreté et de mortification Port-Royal tenait déjà les artistes à l’écart. Mais des scrupules d’une autre sorte vont encore augmenter cet éloignement.

Par modestie un chrétien ne peut que répugner à laisser peindre ou sculpter les traits de son visage. Ce sentiment sera d'autant plus vif chez les Jansénis

es du xvi1° siècle qu’il s’y mêle pour eux un certain goût de l’incognito poussé parfois jusqu’au romanesque. Ils aiment l’anonymat et signent rarement leurs écrits: ils S > g 5

semblent n’avoir jamais ou de produire quelque ouvrag:

et en mettant en peine le n persécutés, ils craignent la

Inscium pinxit…., li nous savons en effet que 1 modèle. D'ailleurs, Nicole 1

blié le conseil qu’Arnauld reçut un jour de Saint-Cyran : « Quand le temps même e sera arrivé, il faudra toujours que cela se fasse en observant les règles du silence, aonde d’en savoir les auteurs. » Humbles comme des saints et inquiets comme des célébrité et fuient le portraitiste.

-on au bas des gravures qui reproduisent le portrait de Nicole par Me Chéron, et ’artiste dut profiter d’une rencontre pour saisir à la dérobée la ressemblance du ui-même a traité la question de savoir si l’on doit se laisser peindre. C’est dans sa

quatre-vingt-treizième lettre qu’il donne son sentiment « sur la disposition où doit être une personne qui est toute en Dieu, lorsque ses proches ou ses amis lui demandent son portrait >. La personne dont il s’agit est une femme, et Nicole n’est pas un moraliste intraitable. Cependant, sans aller jusqu’à prononcer une interdiction formelle, il déconseille, sans hésiter, cette inutile vanité. « Il faut donc en ces rencontres, dit-il, faire une attention sérieuse sur cette malignité de se vouloir faire considérer et de se vouloir perpétuer en quelque sorte dans un tableau, de laquelle il est difficile de se défendre quand on se fait peindre. L’amour-propre dit dans le

cœur : après que je serai morte, ce tableau demeurera dans un cabinet; il sera cher aux personnes qui ont désiré lavoir et à ceux à qui ils le laisseront, et les fera penser à moi, comme si j'étais encore moi-même devant leurs yeux. Ces réflexions suscitées par cet amour de soi-même vous paraissent-elles bien conformes à cette pureté de l’amour de Dieu dont nous devons embrasser les maximes et les règles, aux sentiments de cet homme intérieur et nouveau, selon lequel et dans lequel seul les personnes qui sont bien à Dieu doivent être regardées et connues, et qui seul doit faire la satisfaction et la gloire qu’elles recherchent? » Cette lettre pourrait servir d’avant-propos à l’iconographie de Port-Royal, elle en expliquerait les lacunes. Les scrupules exposés par Nicole font comprendre pourquoi les portraits de certains Port-Royalistes sont introuvables.

Parfois, il est vrai, les survivants ont voulu posséder malgré tout l’image refusée à leur amitié ou à leur ; o è vénération. Parmi les portraits du présent recueil, plusieurs n’ont pas té peints ad vivum. Le peintre travaillait alors de souvenir, ou bien d’après un masque mortuaire. Ainsi ont été exécutés le Jansénius ct le Le Maître de Champaigne, le Pascal de Quesnel. D’autres fois les artistes durent user de subterfuge, comme fit M! Chéron S Q ge,

pour Nicole, et ce fut sans doute de cette manière que Champaigne parvint à reproduire les traits de la mère Angélique, car celle-ci déclarait qu'il ne convenait pas à une religieuse de laisser faire son portrait.

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L'esprit d'humilité conspirait donc avec l’esprit de pénitence pour garder Port-Royal des séductions de la beauté. Et, dans l’histoire de l’art français du xvrl' siècle, il est pourtant impossible de passer sous silence le nom de Port-Royal.

Dans les Nécrologes du monastère figurent les noms de deux artistes : Magdeleine de Boulogne et Philippe de Champaigne.

Pour la première, dont nous ne connaissons point les œuvres, nous pouvons nous contenter de transcrire la note du Nécrologe : « M! Magdeleine de Boulogne était fille et sœur de MM. de Boulogne, qui ont tant excellé dans la peinture. Elle réussit tellement dans cet art qu’elle fut jugée digne d’être associée à l’Académie royale de peinture; maïs ce qui la distingua par-dessus tout, ce fut une piété solide et éclairée; ce qui, joint à une véritable charité et à une profonde humilité, la rendit le modèle des vierges qui sans engagement veulent vivre chrétiennement dans le monde. Elle s’était attachée à Port-Royal des Champs, et elle s’y retirait souvent pour s’y renouveler. C’est sur ses dessins qu’on a gravé le plan et les vues de ce saint monastère. (Il s’agit ici, très probablement, des gravures de Magdeleine Hortemels.) Elle mourut à Paris le 30 janvier 1710, âgée de soixante-trois ans et six mois, et fut enterrée dans le cimetière de Saint-Roch. »

De Philippe de Champaigne, le Nécrologe parle à peu près dans les mêmes termes; il l'appelle « un peintre très habile en son art, mais que sa piété rendait encore plus recommandable ». D’où vient, cependant, que l’art de Philippe de Champaigne trouva grâce aux yeux de Port-Royal?

La piété n’eût peut-être pas suffi à le rendre « recommandable »; car bien d’autres peintres du même temps furent, eux aussi, d’excellents chrétiens, et l’on ne voit pas que Port-Royal leur ait montré la même estime. Mais, dans la mêlée, Port-Royal savait reconnaître les siens, et Champaigne lui appartenait par sa vie, son caractère, et même par certaines particularités de sa peinture.

Ce fut un « ami du dehors »; jamais aux Granges ; mais intérêts en toutes rencontres, « même devant les grands du monde ».

Un jour, Hardouin de Beaumont de Péréfixe qui, plus tard, devait devenir archevêque de Paris et jouer un rôle peu glorieux dans l’affaire du Formulaire, fit devant le peintre un grand éloge de la Fréquente Communion d'Arnauld. Ayant appris que l’auteur de cet ouvrage était une des personnes qui « conduisaient Port- Royal », Champaigne n’hésita pas à choisir cette maison pour y mettre ses deux filles en pension. Il est impossible de fixer exactement la date de cet entretien. La Fréquente Communion a paru en 1643; les filles de l'artiste sont entrées à Port-Royal en 1648. Champaigne avait donc passé la quarantaine lorsqu'il fit la connaissance d’Arnauld et des Arnauldistes.

En ce temps-là, il jouissait déjà d’une grande renommée. Venu à Paris à dix-neuf ans, il s'était d’abord distingué en travaillant, à côté de Poussin, à la décoration du palais du Luxembourg, sous les ordres de Duchesne, Puis il avait exécuté de nombreuses peintures pour Richelieu au Palais-Cardinal, à Bois-le-Comte, à Richelieu, à Rueil, dans l’église de la Sorbonne. Ses œuvres ornaient plusieurs maisons religieuses : le Carmel, le Noviciat des Jésuites, la Chartreuse de Gaillon, ete... Il avait reproduit les traits de Louis XIII, de Richelieu et de beaucoup de grands personnages. Il fit partie de l’Académie royale de peinture et de sculpture, dès qu’elle fut fondée, en 1648. C'était un robuste Flamand, grave et modeste, très attaché à sa religion; on l’estimait pour sa droiture et sa franchise; le cardinal de Richelieu avait, disait-on, éprouvé la liberté de son humeur. Son sérieux, sa probité, la sévérité de ses mœurs se reflétaient dans tous ses ouvrages. Il devait trouver bon accueil à Port-Royal, et lui-même devait aimer l’air d’austérité et d’indépendance qu’on y respirait.

il ne se mêla à la vie pénitente des solitaires; jamais il ne se retira il témoigna de mille manières l’affection que lui inspirait le monastère, et il en soutint les

sant

De grandes infortunes traversèrent sa vie : après dix ans de mariage, sa femme était morte, lui lai trois enfants en bas âge; puis son fils Claude mourut à peine adolescent des suites d’une chute; sa fille cadette Françoise lui fut enlevée avant qu’elle n’eût achevé ses études. C Port-Royal. Mais un lien plus fort allait bientôt l’attacher au monastère. Sa fille aînée décida de demeurer comme religieuse dans la maison où elle avait été élevée, et à vingt ans, elle y prit l’habit sous le nom de Sœur Catherine de Sainte-Suzanne. Nous la connaissons, cette charmante Catherine de Champaigne, par les

s épreuves sans doute le rapprochèrent de

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