Mémoires, tome II , page 97 et suiv
f Je sais bien que ce langage ne vous plaira pas, et que TOUS ferez mauvaise mine à ma Lettre : mais, quoi que vous fassiez^ je suis plus ami de la vérité que de votre himieur; et j'ai l'esprit si plein de ce que j*ai vu et de ce que j'ai oui, que je ne sauroisplus retenir ce que j'en pense.
t II faut avouer, Monsieur, que vous êtes le plus grand I^yran qui soit aujourd'hui au monde ; que votre autorité s'en va être redoutable à toutes les âmes, et que, quand vous parlez, il n'y a point moyen de conserver son opinion, si elle n'est pas conforme à la vôtre. Je le dis sérieusement, et du meilleur sens que j'aie. Vous m'avez souvent réduit à une telle extrémité, que, me séparant de vous sans savoir que vous répondre, j'ai été sur le point de m'écrier, dans le ravissement où j'étois : Rendez-moi mon avis que vous m^emportez par force^ et ne nous ôlez pas la liberté de conscience que le Roi nous a donnée '. Mais certes il y a du plaisir de se laisser contraindre d'être heureu;K, et de tomber entre les mains d'un homme qui n'exerce point de violence qui ne soit au profit de ceux qui la souffrent.
c Pour moi, je suis toujours parti d'auprès de vous entièrement persuadé de ce qu'il étoit nécessaire que je crusse. Je ne vous ai point rendu de visite qui ne m'ait guéri de quelque passion. Je n'ai jamais entré en votre chambre si homme de bien que j'en suis sorti*. Combien de fois, avec un petit mot, m'avez-vous élevé au dessus de moi-même, et dépouillé de tout ce que j'avois d'humain et de profane!
1. C'est tout simplement le ridicule de style des Précieuses :