Dans ses Mémoires
2. On lit dans une lettre de M. de Saint-Cyran : < Je dis à ce seigneur (M. d'Ekenfort), à son retour au Bois de Vincennes, que TEmpereur le vouloit mettre en liberté, et que le premier roi du monde le vouloit aussi. — Qui Pa donc empêché ? ajoutai-je : le seul Roi qui est par-dessus eux dans le Ciel et dans le monde. »
3. Mémoires de l'abbé de MaroUes. — Ce que le curieux et naïf
lieu, on dansa le Ballet de la prospérité des Armes de France, où les mêmes machines de la comédie furent employées, avec de nouvelles inventions, pour faire paraître tantôt les campagnes d'Arras et la plaine de Casai; et tantôt les Alpes couvertes de neiges, puis la mer agitée, le gouffre des Enfers, et enfin le Ciel ouvert, d'oii Jupiter yayant paru dans son trône, descendit sur la terre. L'abbé de Marolles, le Dangeau de la chose, qui nous raconte cela de point en point, n'a garde d'oublier certaine civilité que lui fit le Cardinal; « de sorte, ajonte-t-il, que je vis encore ce Ballet commodément, où il y avoit des places pour les Évêques, pour les Abbés, et même pour les Confesseurs et pour les Aumôniers de M. le Cardinal. Les nôtres se trouvèrent à deux loges de celles qui furent occupées par Jean de Wert et Ekenfort que l'on avoit fait venir exprès du Bois de Vincennes, où ils étoient prisonniers.» Le Cardinal les voulait éblouir; on s'inquiétait surtout de l'effet produit sur Jean de Wert, ce général fameux par ses succès d'avant-gai Je, par sa pointe redoutable à Corbie quatre ans auparavant, et dont le nom, souvent chansonné des Parisiens, était devenu populaire comme une espèce de Marlborough du temps. Il était à la veille d'un échange et, plus heureux que d'Ekenfort, il n'avait en effet que quelques jours à rester. Interrogé sur la beauté du spec-
abbé de Marolles ne dit pas et peut-être ne vit pas, c'est ce que Tabbé Arnauld en ses Mémoires nous apprend : « J'eus ma part de ce spectacle et m'étonnai, comme beaucoup d'autres, qu'on eût eu Taudace d'inviter Sa Majesté (la Reine) à être spectatrice d'une intrigue qui ne devoit pas lui plaire et que par respect je n'expliquerai pas. {Citaient des allusions sur Buckingham et a»itres applications politiques.) Mais il lui fallut souffrir cette injure qu'on dit qu'elle s'étoit attirée par le mépris qu'elle avoil fait des recherches du Cardinal. » Richelieu narguant la Reine à Mirame, c'est l'exact vis-à-vis de Saint-Cyran en oraison à Vincennes. (Voir à VAppendice.)
taole, Jean de Wert répondit qu'il tronvaît tout cela trèsbeau, mais que ce qu'il trouvait le plus étonnant, c'était, dans le royaume très-chrétien^ de voir les Évêques à la Comédie, et les Saints en prison. Le mot courut. Le Cardinal lit semblant de ne pas entendre.
Gomme si tout ne devait être que contraste, Fauteur du Ballet représenté était ce Des Marestz qui, plus tard converti, se mit à la chasse des solitaires et des confesseurs de Port-Royal, et, par ses pamphlets comme par ses espions, ne cessa de les relancer.
Mais le plus grand coup de la direction de M. de Saint- Gyran durant sa prison, celui qui tira le plus à consé-
Suence et à éclat presque aussitôt, ce fut la conversion 'Antoine Amauld, qui dès lors postulait le bonnet en Sorbonne. — Antoine Amauld, né le 8 février 1612, était le plus jeune des dix enfants survivants de M. Arnauld l'avocat : il est resté le plus illustre. Maintenant que, par lui, nous tenons la fatuille au complet, récapitulons un peu. C'est le cas d'ailleurs de dénombrer, comme quand le chef arrive, à la veille d'un combat.
n avait six sœurs religieuses :
L'aînée, madame Le Maître, née en 1590;
La mère Angélique, née en 1591 ;
La mère Agnès, née en 1593;
La sœur Anne-Eugénie, née en 1594;
La sœur Marie-Claire, née en 1600;
La sœur Madeleine Sainte-Christine, née en 1607.
Il avait trois frères :
M. d'Andilly, Tainé de toute la famille, né ^n 1588, c'est-à-dire de vingt- quatre ans plus âgé qpi' Antoine;
M. l'abbé de Saint^Nicolas, qui devint évêque d'Angers, né en 1597 ;
Simon Amauld, né en 1603.
Ce dernier, le seul qui n'eut pas le temps de se dégager du monde, était lieutenant de la mestre-de-camp
des Carabins sons son cousin M. Arnanid ; « ne avec beaucoup de bonnes qualités, sans aucun yice considérable, bien fait de sa personne, d'une humeur douce et complaisante, agréable parmi les dames, fier quand il le falloit parmi les hommes*, »» il eut plus d'un secret chagrin, fut toujours poursuivi d'une sorte de fâcheuse étoile qui empêcha son avancement, et périt finalement d'un coup de feu au siège de Verdun dans une sortie, en 1639. Cette mort subite avait été une grande douleur pour sa sainte mère, madame Amauld, qui le chérissait extrêmement ; elle s'y résigna pourtant et en tira même sujet de remerciement à Dieu de ce qu'an moins il avait préservé ce cher fils de mourir en duel ; car c'était sa perpétuelle crainte, en un temps où les duels étaient si fréquents et où la misérable coutume des seconds pouvait y engager les moins querelleurs. La conversion du jeunç Antoine vint à point pour la consoler.
On appelle conversion à Port-Royal (nous y sommes accoutumés déjà) ce qui semblerait un surcroît presque sans motif dans un christianisme moins intérieur. Le jeune Amauld n'avait jamais mené une vie autre que régulière. Il avait été élevé d'abord avec ses neveux Le Maître et Saci, dont le prendier était son aîné. Ayant terminé sa philosophie au Collège de Lisieux, il s'appliqua quelque temps au Droit et y prenait goût ; mais, sa mère l'en détournant, il commença la théologie en Sorbonne sous M. Lescot. Celui-ci, le même qui interrogea M. de Saint-Cyran à Vincennes, était' confesseur du cardinal de Richelieu, par conséquent peu rigoriste ai l'endroit de la pénitence , assez bon scol astique dans sa chaire, mais en tout très-peu augustinien. M. de Saint-Cyran, encore libre, consulté par madame Amauld, mit entre les mains du jeune homme, comme