Mémoires y t. II, page
2. La Bruyère a certainement pensé à eux, et il avait en idée les écrits jansénistes, quand il a dit en son chapitre Des Ouvrages de Vesprit : « L'on a cette incommodité à essuyer dans la lecture des livres faits par des gens de parti et de cabale, que l'on n'y voit pas toujours la vérité. Les faits y sont déguisés...; et ce qui use la plus longue patience, il faut lire un grand nombre de termes durs et injurieux que se disent des hommes graves.... » Mais il md
peu propice à Témulation littéraire ; celui-ci écrivait à Amauld : < Quand le temps même de produire quelque ouvrage sera arrivé, il faudra toujours que cela se fasse en observant les règles du silence et en metta/it en peine le monde d'en savoir les auteurs. » Ce genre d'anonyme, * non pas celui qui est piquant et coquet, qui se dérobe pour être mieux vu, mais celui qui fait obscurité sérieuse, profonde et définitive, devient mortel à la passion d'auteur dont le vœu secret est toujours monstrari digito et dicier hic est. Ce qui est fleur littéraire proprement dite, pour s'épanouir, a tant besoin du rayon, au moins détourné, qui tombe sur elle, de la brise du dehors qui l'excite et la rafraîchit !
Quant au fond, au fruit du style et de la parole écrite, quant à la qualité salubre et bienfaisante qui en sera le principal mérite chez ses disciples, M. de Saint- Gyran y avait d'ailleurs grandement réfléchi, et il nous le prouve dans ses recommandations en disant : < Il se fait une certaine transfusion, sur le papier, de l'esprit et du cœur de celui qui écrit, qui est cause qu'on aperçoit, pour ainsi dire, son image dans le tableau de la chose qu'il représente.... Le moindre nuage qui se trouve dans notre cœur se répandra sur notre papier, comme une mauvaise haleine qui ternit toute la glace d*un miroir, et la moindre indisposition que nous aurons sera comme un verqui passera dans cet écrit, et qui rongera le cœur de ceux qui le liront jusqu'à la fin du monde. » N'est-ce pas là d'avance une assez belle tra-
semble avoir ea principaler.ent en vue Amauld et quelques-uns de ses factums théologiques célèbres, lorsqu'il ajoute : « Ces ouvrages ont cela de particulier, qu'ils ne méritent ni le cours prodigieux qu'ils ont pendant un certain temps, ni le profond oubli où ils tombent lorsque, le feu et la division venant à s'éteindre, ils deviennent des almanachs de l'autre année. » La Bruyè/e était trèsmondain et très-moderne.
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duction et paraphrase morale du mot de Buffon ; « Le etjle est l'homme mème^ ? »
Ce qu'il jugeait de l'emploi de la raillerie dans les écrits contre l'erreur n'est pas moins à noter. Lancelot, qui traite le point général en un petit chapitre où il parle en son propre nom^, ne fait que prolonger, en quelque sorte, la pensée de son mattreà cet endroit et l'appliquer i ce qui était plus récent dans le parti. Jamais, à sa connaissance, assure-t-il, M. de Saint*Gyran n'employa la raillerie; et, si on l'emploie, ce doit être court, ^ toujours accompagné d'une certaine gravité et modération. Si l'on perce et si l'on pique, ce ne doit être que vite et pour i^ider l* enflure : car croit-on, ajoute Lanôelot dans le sens de M. de Saint-Gyran, et en s'armant d'une parole de saint Ambroise, qu'un cœur véritablement touché de l'égarement de ses frères, ou de la profanation des choses saintes, ou du renversement des vérités, puisse s'appliquer à apprêter à rire a^x autres, et souvent à en rire lui-même par avance? Amauld a fait un petit écrit. Réponse à la Lettre d'xme Personne de condition^ pour jn^ tifier M. de Saci des Erilwrninures de VAlmanach des Ji* tuiles^ qui ne sont que de la très-grosse plaisanterie; mais la plus fine, celle des Provinciales^ n'est pas hors de cause dans ce débat : à coup sûr Lancelot y songeait.
Il était conséquent; Port-Royal le fiit moins : s'il n'y •eut qu'une seule infraction bien éclatante, il s'en découvre de près beaucoup d'autres moins plaisantes et moins gracieuses. On peut toutefois maintenir que dans l'ensemble la théorie de M. de Saint-Gyran sur les ou-
1. Le mot, lu à sa place dans Buffon, n'a pas, je le sais, toute la signification qu'on lui donne quand on le cite isolément. Il a moins de généralité qu'on ne lui en prête. Il s'est fait apophthegme en circulant. Je le prends ici dans le sens aJt>solu où il a cours et •où il est beau.