‹ Port-RoyalChapitre 37 sur 94 · Nouvelles Lettres, à Spon, 22 février · texte numérisé non relu

Nouvelles Lettres, à Spon, 22 février

2. Revenant, quarante-cinq ans plus tard, sur ce premier de ses ouvrages, Ârnauld écrivait : « Il n'y avoit presque personne^ en France^ qui fût éclairé sur le délai de l'absolution, avant le livre de la Fréquente Communion, Et c'est ce qui lut cause qu'il fit tant de bruit, les uns condamnant ce qui y étoit dit sur ce sujet^ comme une nouveauté blâmable, et les autres en étant ravis, et y donnant une approbation extraordinaire. 11 ne paroît point que l'utilité de ce délai ait été connue à saint Philippe de Néri; et je pense qu'on doit dire la même cbos3 du cardinal de Bérulle et du Père de Condren. Tout ce qu'ils faisoient au plus, est qu'ils refusoient l'absolution à ceux qui tém jignoient ne vouloir pas quitter leurs péchés; mais pour ceux qui témoignoient les vouloir quitter, je doute fort qu'ils ne leur donnassent pas l'absolution. » (Lettre à M. Du Vaucel, du 30 septembre ] 689.}

contrite pratiquée et accomplie avant la communion. En maintenant les sacrements, et précisément parce qu'on les maintenait plus parfaits et plus saints, il s'agissait de montrer combien il faut être renouvelé intérieurement déjà pour oser les aborder, et combien il est sacrilège d'y venir chercher un remède superstitieux, cérémoniel et comme mécanique, sans être déjà plus ou moins avancé dans la voie de guérison spirituelle^. L'autorité sur laquelle Ârnauld se fondait le plus, dans les temps récents, était celle de saint Charles Borromée qui avait restauré la pénitence. U fait de saint Charles et de saint François de Sales un beau parallèle, montrant qu'ils ont eu chacun la spécialité de don qui convenait à leurs rôles divers, saint François ayant été revêtu de douceur, d'attrait et comme d'angéliques rayons, pour ramener à la Mère-Église des enfants rebelles, et saint Charles au contraire ayant été plutôt armé au dehors de qualités incisives, souveraines, d'autorité sensible et comme de la verge de pénitence, pour convertir et contraindre à l'esprit intérieur des Catholiques semi-idolâtres et dissipés. Je veux citer un coin de

1. Je voudrais faire bien comprendre la différence des doctrines et des pratiques^ par une comparaison matérielle très-exacte, et sans manquer au respect. Les directeurs faciles, qui conseillaient la communion tous les mois aux personnes mêmes qui suivaient . les bals et vivaient de la vie du monde, agissaient tout à fait comme ces médecins d'alors qui permettaient à leurs clients de manger beaucoup, sauf à prendre médecine tous les mois. Le Père de Sesmaisons procédait comme M. Purgon, comme plus tard ce spirituel collègue du Père de La Chaise, M. Fagon. Arnauld et les Jansénistes avaient du sacrement une idée plus haute; ils y voyaient autre chose qu'un remède courant,' un expédient médicinal périodique, pour entretenir vaille que vaille une âme; ils y voyaient une nourriture intègre, qu'il fallait déjà être assez sain pour supporter, le Corps et le Sang tout divins à Tusage des vivants. Je ne voudrais pas nier pourtant qu'il n'y eût de l'excès aussi dans leur point de vue et leur pratique : c'est là, je le sais, l'opinion mûrie de plusieurs Catholiques très-éclairés.

LIVRJg DEUXIÈME. 177

ce parallèle, qtd dément presque^ par la largeur, la fermeté et la propriété des .termes, ce que Je viens d'allégner dn style et de la manière d'Arnauld :

c Dieu donna de grands appuis à saint Charles pour soutenir son grand dessein de la réforme de son di^ocèsQ^ et du rétablissement de la pénitence, qui devoit l'engager dans de grands combats'. 11 l'autorisa, par ses parents et par ses alliés, dans PItalie; par ses amis, dans la Cour de Rome; par son illustre naissance , parmi les honnêtes gens du monde; par sa dignité de Cardinal, de neveu d'un Pape, et de légat du Saint-Siège , parmi les ecclésiastiques et les princes; par ses grandes richesses, instruments de ses grandes charités, parmi les pauvres ; par sa haute piété, parmi les bons; par ses humiliations et ses austérités merveilleuses, parmi les pécheurs. Il lui donna pour cela un visage vénérable, plein de respect et de majesté; une sagesse et une conduite capables de gouverner toute PÉglise conune il avoit fait sous le pontificat de son oncle*; une naagnanimité de grand seigneur et de grand Saint, pour ne point craindre les menaces des gouverneurs violents, les assassinats des moines désespérés, les calomnies des ecclésiastiques rebelles, le refroidissement du Pape et des Cardinaux trompés et surpris ; une force d'esprit extraordinaire pour entreprendre de grandes choses; une constance immobile pour les exécuter et les achever ; une charité ardente et généreuse, pour marcher sans crainte parmi la peste, parmi les tor^ rents; une vigueur de corps infatigable pour visiter inces samment son diocèse et supporter ses mortifications ; ime humilité de Pénitent public pouf confondre Timpénitence publique*...; et enfin toutes les qualités divines et héroïques nécessaires à un Évéque pour réformer les désordres d'une Église, et pour abolir cet abus si déplorable des confessions imparfaites, des absolutions précipitées, des satisfactions vaines et des conununions sacrilèges, s

1. Notons pourtant ce mot grand répété trois fois sans nécessité et sans beauté.

Page 1