Rugieham\ Psaume XXXVII
2. Les Maroni avaient la prétention de descendre du poëte Virgile Maron. Le père du prélat était yenu en France, sous Henri III, à la tête d'une compagnie de gendarmes qu'envoyait le duc de Mantoue.
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par le coBseil de ses directears, de retourner en son diocèse, il pria M. Le Maître de lui faire la traduction du Sacerdoce de saint Jean Ghrysostome, et il s'en voulait servir, pour édi6er les esprits, dans un séminaire qu'il fonda. A son départ de Port-Royal, en septembre 1644, il reçut des mains de M. Singlin, pour aide et coopérateur dans songouyemement spirituel, un saint et savant chanoine de Beauvais, M. Manguelen ^, docteur en Sorbonne, lequel, touché lui-même du livre de la Fréquente (comme l'appelle plus couramment madame de Sévigné),' avait tout rfeigné de son côté pour gagner le désert. Mais M. Manguelen avait le don de directeur y et M. Singlin, d'un coup d'œil, le jugeant tel, Tattadia à cette fin à M. de Ba^as. Le digne prélat, accompagné donc de M. Manguelen et d'un jeune homme de chiHX, M. Walon de Beaupuis (l'un des futurs maîtres aux petites Écoles), se mit en route pour son évéché comme pour une. conquête. On a un récit très-circonstancié de ses derniers actes ^, car il ne vécut plus que huit mois. Il eut le temps de fonder un séminaire et de pousser à la réforme du diocèse, qui pourtant était un peu rebelle et dur : il mourut à la peine le 22 mars 1645, oSrant le premier exemple de ces saints évéques selon Port-Royd, de ces évèques pénitents, comme on aura tout à l'heure l'évéque d'Âleth, Pavillon, con^me le sera bien plus tard l'évëque de Senez, Soanea. i M. Manguelen, affiranchi de son engagement par la
1. On trouve aus^ quelquefois sou nom écrit, Uanguelein; il y a d erincertitude en général sur l'orthographe de ces noms propres, les livres historiques sur Port-Hoyal n'ayant été imprimés qu'un peu tard et d'après des copies de diverses mains. Dans le cas présent, toutefois, nous sommes avertis que le nom de ce vertueux prêtre se prononçait comme si Ton eût écrit UangueUnn, ce qui exclut la terminaison ein.
H. Mémoire de M. Walon de Beaupuis, page 61 du Supplément (in-4^ au Nécrologe,
mort de M. de Bazas, revint à Port-Royal avec M. de Beaupuiset deux autres jeunes gens, ou, dans les termes du bon Fontaine, avec quelques légères dépouilles qu'il remportait de ce pays. Il ne comptait plus vivre qu'en simple pénitent; mais, loin de là, M. Singlin le voulut instituer confesseur de tous les autres, lui rendant ainsi la pareille de M. de Saint-Gyran à son propre égard et se revanchant en quelque sorte sur lui. M. Manguelen, après s'être quelque temps débattu, se trouva pris sous le saint joug. Fontaine nous raconte dans un détail naïvement animé rinstallation du nouveau confesseur et la réception que lui firent les solitaires, dont quelquesuns, s'ils avaient osé, se seraient bien sentis un peu récalcitrants; mais M. Sinçlin avait parlé. Cette gracieuse et affectueuse scène, que semble éclairer je ne sais quel rayon de Le Sueur, nous est due au long pour nous reposer des pénitences terribles :
ff Aussitôt donc que M. Manguelen se fut soumis, M. Singlin quitta toutes ses autres affaires pour le mener avec lui à Port-Royal. Dès qu'ils y furent arrivés, M. Singlin dit à M. Le Maître, qui les alla recevoir, qu'il y avoit longtemps qu'il lui avoit témoigné qu'il lui étoit impossible d'avoir soin de toutes les personnes qui se retireroient dans ce désert, et qu'il cherchoit une personne sur qui il pût se reposer sûrement et s'en décharger; que jusque-là il avoit eu peine à en trouver, mais qu'enfin M. Manguelen s'oflroit heureusement, et que tous les solitaires pourroient avoir autant de confiance en ce Monsieur qx^ en lui-môme : « Ainsi je trouve 0 assez à propos, dit' M. Singlin à M. Le Maître, que vous « voyiez tous vos solitaires qui sont ici, et que demain matin « vous alliez tous ensemble, vous à leur téte^ saluer M. Man* •< guelen dans sa chambre, lui rendre grâces de la bonté ' qu'il veut bien avoir de se charger de votre conduite, et <c lui promettre que vous aurez tous pour lui une déférence «t et une soumission dont il aura tout sujet d'être satisfait. »
c M. Le Maître ne manqua pas de faire ce que M. Singlin lui avoit dit. 11 fit taire tous les ressentiments qu'il pouvoit
aToir de passer ainsi dans des mains nouvelles. Il nous avertit tous, et le lendemain, au sortir de Matines, il nous mena chez M. Manguelen. Je sais bien que M. Le Maître nous conduisoit; M. de Séricourt son frère le suivoit, puis M. de Luzanci. U y avoit aussi M. de Beaupuis, M. de Bascle, M. Visaguet, M. Moreau, M. de La Rivière, M. Fallu, et quelques autres dont les noms ne me reviennent pas maintenant '. J'y étois aussi, mais comme une brebis qui suit une autre brebis, et j'opinois du bonnet, comme on dit d'ordinaire; car j'étois si eniaiit que je ne savois pas ce qui se faisoit. Cependant, quoique je fusse si jeune, cette action fit une si grande impression sur moi, que je n'ai jamais oublié cette journée, et qu'encore aujourd'hui, quoiqu'il y ait plus de cinquante ans, elle m'est aussi présente que si ce n'étoit que d'hier. Il est vrai que je preneis plaisir, dans ce silence de la nuit, d'écouter M. Le Blaitre qui disoit pour nous tous de si belles choses, qu'assurément il n'y avoit personne de la compagnie qui eût jamais pu dire rien qui en approchât....
c M. Manguelen écouta tout cela d'un grand sang-froid; car la froideur étoit proprement son partage, et elle lui étoit très-naturelle. Il répondit à M. Le Maître en nous regardant : il sembloit plus occupé à nous voir qu'à nous parler. Ses mots se suivoient à peine, et, parlant d'un ton si bas qu'à peine nous Tentendions, il nous dit, en un mot, que Dieu et M. Singiin savoient son incapacité pour remploi où on l'engageoit; qu'il avoit fait tout ce qu'il avoit pu pour s'en défendre. Il nous pria par avance de ne nous point scandaliser des f oiblesses que son peu de santé nous pourroit faire
1. L'énumération pour nous est suffisamment précise, nous les comiaissons à peu près tous. — M. Moreau. était le chirurgien ; on n'en dit rien de bien particulier : il ne persévéra qu'à demi, se rengagea dans le monde, et revint toutefois à Port-Royal comme tout exprès pour y mourir, dans une retraite de quinzaine de Pâques qu'il y faisait. ~ M. Visagitet ou de Visaquetj bon homme, dit M. Le Mdtre, bel-esprit pourtant et savant en grec et en latin ; il avait été pendant quinze ans précepteur des enfants chez le président Gobelin, lequel n'eut pas honte de lui refuser la pension promise pour ses bons services, sous prétexte qu'il ne voulait pas contribuer à son établissement en lieu suspect. M. Visaguet souffrit ce refus sans faiblir dans son dessein et sans se plaindre.
remarquer en lui» A ces mots, nous nous jetâmes tous à ses pieds pour recevoir sa bénédiction, et nous nous retirâmes. »
JM. Manguelen, qui répondit admirablement à l'idée de M. Singlin dans la direction de ces Messieurs , ne leur demeura pas longtemps , et il fut emporté par une fièvre, le 24 septembre 1646. M. Singlin dut redevenir directeur jusqu'à ce que M. de Saci^t achevé de prendre les Ordres sacrés.
Fontaine, qui nous a fourni, entre autres pages, cette dernière si charmante , d'après des souvenirs ressaisis de plus de cinquante ans, écrivain tout plein de pittoresque et d'imagination sans s'en douter, qui composait ses Mémoires k plus de soixante-douse ans ^ aivec toute la fraîcheur renaissante de Tenfance, Fcmtaine, fort jeune, était dès lors, on le voit, du bercidl de Port-Royal des Champs. Fils d'un maître écrivain de Paris, il avait pôfdn son père de bonne heure et avait été introduit par sa mère, vente pieuse , auprès de M. Hillerin, ce curé de Saint-Merry , qui lui-même , par M. d'Andilly «on paroissien, était entré sous la conduite de M. de Saint- Gyran prisonnier. M. Hillerin se résolut à quitter sa cure, comme M. de Bazas voulait laisser son évèché, et il réussit mieux que lui à faire agréer son désir. Après bien des négociations pour trouver un juste remplaçant^ il résigna sa charge d'âmes aux mains de M. Du H&meP, et, ayant fiait des adieux publics en chaire, il partit en février 1644 pour un petit prieuré qu'il avait
1. Il était né en 1625, et il les composa depuis 16d6 jusqu*ea 1700.
2 . M. Du Hamel, un curé célèbre et zélé, qui parut longtemps digne de tous les éloges, mais qui, dans la suite, iassé, maté par de longs exils, finit par avoir des faiblesses au sens janséniste, et par donner son blanc-seing pour toutes les signatures. — U a été question de cette démission de IL Hillerin au tome I, p. 465, liv. Il, chap. V. — (Quant à H. Du Hamel, personnage important, sinon dans Thistoire de Port-Royal, du moins dans celle du Jansénisme, voir à VAppendiee,)
en Poitou. H emmenait avec lui le jeune Fontaine qu'il prenait plaisir à former et qu'il avait d^i {ait connaître à M. d'Ândilly. Mai8J>ienl^, voyant q^e Je jeune homme ne pourrait se former dans une vetrâile ai perdue^ iL£t exprès, avant la fin de Taunée^ un vpya^ à Borl^9.oyal des Champs ponr l'y venir placer. Le rôle de Fontaine paiani nos Messieurs fut toujours secondaire, des plus famnbles, et à la fois des plua aclife et des plus utiles. n 86 trouva surtout attaché à H. de Saci «comme secrétaire, comme collaborateur en tous ses travaux ; il eut màm» l'hoimeor de partager sa captivité à la Bastille deprâjmai 1666 jusqu'en octobre 16Q8. Fontaine est le modèle du secrétaire et.du ooUabomteur chr^tiien.: il disparait daaa son m^tljre. Les Figurei^.d^ Ja Bib^j^or k skmr de Royaii/mm^ et attribuées à M* de.g^^ ^oat<^ lui^« Dom Clémencety en «on SUi^e Uttérmre manuscrite, ocaivient qu'lU est difficile de déteiminer ta^3 les écrits auxquels il eut part, à cause des noms supposés sous lasipiels, à l'enyi 4e ses respectables maîjxe;?, il savait se dérober. La traduction des fiomélies de saint JeanChrysoBtome ^lt les ÉpîfereS'de eaint Paul lui appartient et lui valut des chagrins. On Taccusa de renouveler l'hérésie de Nestorius» 4o faire dire à saint Jean Ghrysostome, qu'il y a dew) personnes en Jésus-Christ. Le Père Daniel lança de menus pamphlets contre lui *.
1. Madame de Sévîgné, écrivant de Uvry à sa fille (28 août 1676), «n a dit avec cet intérêt qu'elle donne à tout; « Je lis les Tigures de la Sainte -Écriture qui ju'eonent r,afi[aire dès Adam. J'ai commencé par cette Création du monde ^ue vous aimez tant ; cela coadttit jusqu'à la mort de Notre-^eigneuc C'est ime ihellâ suite^ on 7 voit tout, quoiqu^n abrégé. Le^tyleen est fort beau et vient de ion lieu. Il 7 a des réflexions tles Pères fort bien mêlées; cette lecture est fort attachante. * €es Figures, qui sont encore dans toutes les mains, ont pour titre plus connu, Bistoire du Vieux et du Nouvea/u Testaient,
% BjBcueilde divers Ouvrages»,, , far ie Père Daaidl; in-4% 1724 ; au tome III, p. 533.
Port-Royal, à cette date (1693), était comme en désarroi et en déroute; les Jésuites se jetaient sur ce qui en restait comme sur une arrière-garde affaiblie. On réfutait Pascal après coup; on écrasa le pauvre Fontaine. U se hâta, pour Ifi première fois de sa vie, de revendiquer son ouvrage, afin de le rétracter^. Le fait est qu'il avait commis des contre-sens ; il n'était ni théologien très-sûr, ni helléniste sans appel. Excellent secrétaire, je l'ai dit, une fois M. de Saci mort, l'œil du maître lui manquait '.
Fontaine mourut en 1709, à quatre-vingt-quatre ans, retiré à Melun , et survivant à tous ces grands hommes dans la compagnie desquels il ne cessait de vivre par la plus fidèle et la plus tendre mémoire. La persécution, Thumiliation du moins, vint l'atteindre jusque dans cette retraite de ses derniers jours, et il en rendait grâces. La dévotion du vieillard était d'aller aux Béné-
1. Du Plessis d'Argentré, ColUctio Judieiorum de novis EtrortbWy tome III, partie 2, p. 386.
2. Je trouve dans une lettre de M. de Pontchâteau écrite à M. Ruth d'Ans, vers 1684, une sortie contre Fontaine à qui des libraires, apparemment, avaient demandé de continuer les Explications de la Bible de M. de Saci :
« Je reviens à M.- Fontaine. Seroit-il possible qnll oubliât de telle sorte ce qu'il doit à M. de Saci qQ*il vonlût contribuer à favoriser la passion de ces libraires etsnrtou.t en travaillant sur l'Écriture sainte? Et qui loi a donné vocation pour mettre les mains à un si saint ouvrage ? Vous met consolez que M. Dcwy (M. Amauld) en ait écrit; mais l'aura-t-il fait aussi fortement quille faut? Je ne sais si Josset (libraire) aura entrepris une telle chose contre le sentiment de M. Le Toumeux, et je ne puis croire non plus que M. Le Toumeux l'approuve. En vérité le peu de commerce que j'ai avec le monde m'en dégoûte si fort que je ne pense quasi qu'aux moyens de n'y en plus avoir du tout. Vous avez remarqué le peu d'union qu'il y a entre ce qu'on appelle les amis ; j'en ai reçu des complaintes d'un de nos amis qui en a le cœur percé. Quel remède à tout cela ? Prier et gémir. Dieu nous en fasse la grâce ! »
M. de Pontchâteau, dans sa vivacité, se sera exagéré le tort (si même il en eut) du bon Fontaine. Lui, oublier ce qu'il devait à M. de Saci I
dictîns de Saint-Pierre tous les matins à cinq heures et demie, pour y entendre la lecture de la méditation avec les religieux, et, après la méditation, il entendait la messe de six heures pour rentrer ensuite le reste du jour dans sa solitude. Mais le Prieur, comme la persécution était flagrante alors contre les Jansénistes, jugea prudent de prier le bon Fontaine de s'abstenir de l'abbaye : « Et c'étoit ma seule consolation , depuis que je suis retiré à Melun 1 » nous dit le saint vieillard pour tout murmure.
Les Mémoires de Fontaine, si appréciés aujourd'hui et si aimés de quiconque y jette les yeux, le furent moins au début. On en avait fini alors avec la dernière génération de Port-rRoyal ; on en était aux premiers nés du Père Quesnel, M. Fouillou, mademoiselle de Jonooux, M. Louail. Ce furent les premiers lecteurs des Mémoires j encore manuscrits, de Fontaine. Ces person^ nés, d'ailleurs si respectables , s'imaginaient avoir de droit la haute main sur ce qui concernait Port-Royal et y taillaient à l'aise comme dans un héritage dévolu. On aune lettre curieuse de M* Tronchai, du 21 octobre 1731: « On m'a envoyé à revoir, dit-il, l'Histoire des n Solitaires de Port-Royal par M. Fontain^ que j'ai « connu. Ce n'est rien moins qu'une histoire qui n'a ni « ordre, ni chronologie, ni narration suivie ^ Ce sont « des épanchements du cœur de ce bonhomme. On en « peut retrancher la moitié sans en rien ter d'intéres- « saut. En un mot, c'est nn lambeau de ses Vies des « Saints, farci de réflexions ennuyeuses et de prières « répétées jusqu'à la nausée. J'en change le titre... •
1. M. Tronchai, ancien secrétaire de M. de Tillemont, était accoutumé à Pliistoire sévère. Et puis il faut tout voir : j^ai on manuscrit des Mémoires de Fontaine sans les corrections de M. Tronchai, et je dois dire qull a été un éditeur très-utile, s*il ne 8*e8t pas montré un appréciateur très-iodulgent.
c J'allégerai tontes ses réflexions, et j'en ôterai entîère- « ment qaelques-ones^*«. » On conçoiti on approuve ce retranchement des longueurs; mais, n'en déplaise à M. Tronchai, c'est bien pourtant,, de tous les ouvrages sur Port-Royal, celui qui en donne la plus vive et la pk^ parfaite idée. Pour nous^ postérité, qui nous éloignons de plus^en plus des événements, quelques inexactitudes et quelques confusions de dates sont peu sensibles, peu importantes; mais les impressions du bon témoin noue restent parlantes et chères. Il nous en apprend plus sur le fond en .quelques pages que Bacîne en tout son élégant Abrégé. Le sentiment de ces vies solitaires y re&* pire; nous entendons causer Pascal et Saci, nous voyons d'Ândilly se lever en souriant et venir à nous le long de ses espaliers en fleurs. Ge bonhomme Fontaine (j'allais dire La Fontaine), dont il est peu question parmi les illustres du lieu, qu'on traitait même un peu légèrement peut-être, autant qu'on y pouvait traiter légèrement un ami,, et de qui l'on disait au besoin, pour l'excuser, qu'il était un peu sujet à l'éblouissement; cet humble entre les humbles, qui passa sa vie à cacher, à confondre ses écrits dans ceux de son maître, et qui^ survivant oublié, se ressouvenait au hasard, à travers ses larmes, au courant dflijsa plume et de son cœur; ce doux vieillard a eu le secret de tracer un livre inimitable, et dont rien ne peut dispei^ser quand on veut connaître ces saints personnages. U a été et il demeure leur historien et leur peintre, leur Froissart plus naïf et tout chrétien ; le Cassien imprévu de leur Thébalde.
Huet dit quelque part de madame de Motteville qu'elle ne sait pas écrire dans les règles, et noustrouvons d'elle aujourd'hui qu'elle sait mieux peindre que le docte Huet n'écrivait. De même pour Fontaine : M. Tronchai Fp jugé pitoyable en style, et nous le lisons avec charme, ce que M. Tronchai obtiendra difflcûlement. Les uns se
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croiflaiit corrects et narrent: madame de MotteriUe et Fontaine ont de Thnagination sans 7 songer, et font vivre.
Veut-il nous parler d'nn jeune soKtaire» son ami, qui mourut à Port-Royal vers ce temps et un peu avant M. Manguelen, Fontaine nous dira, dans ces aimables termes qa'<»i ne peut que transcrire :
c M. Singlin, en partant, témoigna être fort touché de la mort d'un jeune solitaire, qui venoit, depuis dix ou douze jours, de mourir dans nos bras : c'étoit M. Lindo, que tout le monde aimoit à cause de sa simplicité qui étdt admirable ; car je n'ai jamais vu personne en qui Tenfance chrétienne parût davantage. G'étoit une bonté et une ouverture de cœur à l'égard de tout le monde, qui ne se peut concevoir. Son humeur, son visage, son marcher, s'accordoient ensemble. D n'étoit occupé, en nous parlant, quli admirer les ressorts et les enchaînements dont la providence de Dieu s'étoit servie pour l'attirer à lui et lui faire luire la lumière de la vérité. Je m'ét^ds un peu en parlant de ce jeune honmie de famille ', parce que je santois pour lui une tendresse particulière. Un certain rapport et couformité d'humeur lioit entre nous deux une amitié particulière. U étoit fort simple : jel'étois aussi....
« M. Singlin l'envoya à M. Manguelen, qui, après l'avoir formé pendant près d'un an, le rendit à Dieu qui Tappela par ime mort douce que les excessives chaleurs lui avoient causée ^. Il fit précéder avant lui ce cher fils qui étoit le fruit de sa charité et de sa vigilance, et qu'il devoit, hélas! suivre de bien près. Nous regardâmes cette mort comme une grande perte. Tout le monde avouoit qu'à cause de son
1. M. Lindo était fils d'un riche marchand de Paris, de la paroisse Saint-Merry ; et en bon style do bourgeoisie et de quartier, c'était là, pour Fontaine, être rm jeune homme de iamifie par excellence.
2. Une mort douce : Homère disait de ces sortes de morts qu'Apollon et Diane avaient tué le malade de leurs douces flèches, oî; &Y«voic ^éevau Fontaine, dans sa sioi^licité, et ^ns songer à Homère, letrouve de ces tons odysséenSé
innocence, c'étoit le meilleur de tous ceux qui habitoient dans ce désert. Mais Dieu nous consoloit en même temps qu'il nous afUigeoit, en prenant pour lui ce que nous avions de meilleur, et recevant de nos mains les premiers fruits de ce désert. G'étoit un excellent innocent en un lieu où il y avoit d'excellents pénitents. >
Se peut-il peinture plus naturelle, plus particulière, et qui laisse mieux distincts et plus charmants en nous les simples traits de cette figure, — de cette douce figure d'agneau du jeune Lindo, en regard, par exemple, de ce vieux lion de La Petitière? Si Port-Royal a eu dans Champagne son peintre régulier et sévère, il a par moments dans Fontaine son Fra Bartolommeo.
Ces solitaires qui se multiplient désormais, et que bientôt on ne comptera plus, mais qui pourtant, à cette date de septembre 1646, ne passaient gnère encore une douzaine, commençaient de loin à paraître formidables et à se grossir dans les calomnies des uns en même temps que dans les admirations des autres. On dénonçait, dès 1644, Port-Royal des Champs comme un lieu d'assemblées dangereuses et un foyer d'écrits conjurés : « Il y avoit là, écrivait-on , quarante étudiants et quamnte belles plumes, lesquelles n'étoient taillées que de la main d'wn même maître. » Le sobriquet d*Amavldistes circulait. Cette rumeur sur nos Messieurs était déjà telle plu& de dix ans avant \qs Provinciales. M. Le Maître se vit plus d'une fois obligé de rappeler dans de courts mémoires imprimés l'origine et le nombre des pénitents, pour réduire à leur juste valeur ces faux bruits qui né venaient pas tous de la malveillance, bien qne la malveillance s'en autorisât. La mère Angélique écrivait à la reine de Pologne : « On fait des médisances horribles à la Reine, qui croit tout. »
Enfin M. d'Ândilly, ayant réglé ses affaires et pris congé de la reine elle-même et de la Cour, s'était venu
retirer près de ses neveux et de son fils, vers la fin de 1645 ou tout au commencement de 1646. Déjà nous le connaissons de reste, ce semble, pour Tavoir vu apparaître et se multiplier en mainte circonstance; il est pourtiyit si essentiel dans le cadre de Port-Royal par sa figure, par ses écrits, par tout un aspect propre à lai seul et qui le distingue des autres plus austères, que nous devons nous arrêter à bien assembler et à fixer dans nos esprits les traits complets de son personnage.
i:iflMires dô d'Â&dilly. — Ses débuts; ses charges. — Ses passetemps à Pomponne ; mascarade de madame de Rambouillet. — Propos divers. — Il répond à une calomnie du président de Gramond. — Son arrivée à Port-Royal. — Assainissement ; dépense. — Poires et pavies. —Visites et relations. — Littérature Louis XIII; Gomberville, Godeau.— La C(^We. — Mademoiselle à Port-Royal; — à Saint-Jean-de-Luz. — BL d'Andilly écrivain. — 11 refuse l'Académie. — Ses vers sacrés. — Sa prose ; les Pères des Déserts.
Retiré en 1646 à l'âge decînquante-sept aDs,M. d'Andilly ne mourut qu'en 1674 à Tâge de quatre-vingt-cînq ans 9 et devint ainsi par sa vieillesse prolongée et sereine^ sous sa vénérable couronne de cheveux blancs, le vrai patriarche et comme le père de famille de Port- Royal ; on ressonge à je ne sais quoi de Booz et de Noémi.
A côté et en avant de M. Le Maître le chef des terribles, on a désormais en lui un doyen souriant.
Gomme il nous a laissé sur la première moitié de sa vie d'intéressants Mémoires que chacun peut lire, je n'y prendrai que quelques détails de caractère*. Robert Ar-
1. Il avait, de plus, écrit des Journaux très-détaiUés sur les év«^nements politiques auxquels il avait assisté. M. AchiUe Halphen a
nauld d'Andilly, né à Paris en 1589» était l'alné des Sln de M. Antoine Amanld l'avocat. Son père le fit élever au logis sons nn docte maitroy le fils même du célèbre Lam< bin. Le jenne d'Ândilly eut donc une assez forte éducation^ une nourriture ijlassique de la fin du seizième siède, mais qui se fondit vite pour lui dans la politesse du monde. Fort aimé de ses oncles, dont l'un fut nommé par Henri lY, en 1605, intendant des finances, il exerça dès ce jour-là en qualité de son premier commis^ quoiqu'il n'eût que seize ans. Après la mort de Henri IV, il se trouvait, par faveur singïdière, avoir entrée dans le Conseil des finances à la suite de son onde, et il demeuraitderrièreleschaises du Roi et de la Reine-mère à voir opiner, ce qui ne lui donnait pas, a-t-il soin de nous dire, une petite connaissance des affaires. Son père le maria k yingt-quatre ans à la fille de M. Le Fèvre de La Boderie qui avait été ambassadeur à Bruxelles, à Turin, et deux fois négociateur près du roi Jacques à Londres. Il faudrait l'entendre lui-même s'étendant au long sur le mérite si extraordinaire de son beau-père , de sa belle-mère, et de tout ce qui leur attenait; car il abonde et ne tarit plus, une fois sur ce chapitre des alliances, des parentés, et des mérites de tous lés siens ^« La terre de Pomponne,
publié en 1857 un Journal inédit d*Amauld d*Ândxlly^ de 1614 à 1620, tiré des Papiers Conrart (Manuscrits de PArsenal). Un autre Journal de lui, et beaucoup plus considérable, commençant au 1*» février 1615 et s'arrêtant au 14 décembre 1632, que M. Varinavait retrouvé également dans la Bibliothèque de TArsenal, et qui ne formait paâ moins de huit volumes in-4'*, a été égaré par suite de la mort subite de ce bibliothécaire, qui avait négligé de le classer et de le ranger en son lieu. Quelque intéressants, d'ailleurs, qu'ils soient ou qu'ils eussent été pour l'histoire, ces Journaux de M. d'Andilly, qui se rapportent à son âge le plus actify restent étrangers par leur objet au point de vue particulier sous lequel nous le considérons.
1. Si l'on est curieux, on peut voir sur les La Boderie et en particulier sur le beau-père de M. d'Andilly, personnage en effet plein
qui donna nom à son fils, lui vint de sa femme. D'Andilly écrivit de bonne heure avec cette facilité d'honnête homme plus que d'homme du métier, qui souvent chez lui fut heureuse : « Ayant été marié (c'est lui qui parle) en 1613, le Roi fit Tannée suivante le voyage de Bretagne, où le Conseil des finances suivit Sa Majesté, et M. de La Boderie demeura dans le Conseil resté à Paris. Quoique je n'eusse jamais alors fait de vers, mon afiection pour M. de La Boderie mô mit dans l'esprit d'écrire sa vie en vers . J'en fis en carrosse huit cents en huit jours, que je lui envoyai de Nantes; et, dans le temps qu'il les reçut, il faisoit de son côté (sans que nous sussions rien du dessein l'un de l'autre) sa vie en vers, pour me l'envoyer. J'ai encore, écrit de sa main, ce qu'il en avoit fait, et qui montre jusqu*à quel point il auroit excellé dans la poésie, s'il eût continué à s'y exercer, comme il avoit commencé en sa jeunesse, en même temps que le cardinal Du Perron, son intime ami.... »
Huit cents vers en carrosse! Ces poètes-amateurs du lendemain du seizième siècle, et pour qui Malherbe n'était pas encore venu, n'y allaient pas de main morte. A la fin de Louis XIV on était plus sobre, on s'en tenait au quatrain.
Cet oncle intendant voulait donner à M. d'Andilly sa charge, quand il mourut subitement en octobre 1617. M. de Luines, alors tout-puissant, et qui était je ne sais pourquoi opposé à d'AndÙly, leurra celui-ci de promesses. En racontant cette mauvaise volonté du Connétable à son égard, l'auteur des Mémoires a grand soin de ne pas oublier l'affection, au contraire si obligeante, dont M. de Luines fils(etrun des amis de Port-Royal) l'honore.
En août 1620, accompagnant la Cour dans le Midi,
de mérites et de services, un travail animé et affectueux du comte de La Ferrière-Percy : Les La Boderie j Étude sur une famille normande^ 1S57.
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il vit pour la première fois à Poitiers l'abbé de Saint- Gyran dont Le Bouthillier, depuis évêque d'Aire*, lui avait bien souvent parlé. Ce dernier, qui était pour lors à Poitiers, les prenant tous deux par la main, les présenta simplement l'un à l'autre en disant : « Voilà M. d'Andilly, voilà M. de Saint-Gyran, » et les laissa aux prises. Ainsi commença cette grande et féconde amitié. Il y a eu des Jésuites dits de robe courte : M. d'Andilly fut, dès ce moment, un janséniste en habit de cour.
Dans l'automne de 1621 et au siège de Montauban, où il suivait M. de Schomberg, il tomba dangereusement malade d*une fièvre pourpre, et le bruit même de sa mort courut. Malherbe, écrivant de Gaen à son ami Peiresc (5 novembre), déplorait cette perte du ton d'un ami.
Comment M. d'Andilly fut ou crut être le bras droit de M. de Schomberg, tant que celui-ci resta Surintendant des finances; comment, après la disgrâce de Schomberg, il passa dans la petite Gour et dans la faveur de Monsieur, qui lui fit donner la charge d'intendant-général de sa maison; quelle était sa première grande liaison avec le colonel d'Omano qui finit par concevoir jalousie de lui, et se perdre, à cause de cela, du moins l'historien et ami nous l'assure ^; comme quoi le cardinal de Richelieu eut dans un temps l'idée de le faire, lui d'Andilly, secrétaire d'État; puis sa disgrâce, sa sortie de chez Monsieur, et la façon dont il fut