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Expression de Patru

UVRB DEUXIÈME. 275

manière de pasçe-temps, Mademoiselle (de Montpensier) et madame dé Motteville. Le Port-Royal selon M. d'Andilly y est trop mêlé et y entre dans une proportion je ne saurais dire laquelle, mais à un degré trop sensible, pour que nous ne suivions pas avec quelque complaisance la réverbération, H y avait du ressouvenir dans le songe.

Mademoiselle, en effet, ne recevait pas seulement des présents de pavies de M. d'Ândilly ; elle était venue de sa personne à Port-Royal des Champs. Elle a raconté cette visite en ses Mémoires (juin 1657) de la plus princière des façons, avec un entrain, une naïveté, une inexactitude légère et sincère qui est bien celle d'une fille des rois :

f Un jour, quelqu'un me dit que le Port-Royal des Champs u'étoit qu'à deux lieues de Limours; il me prit la plus grande envie du monde d'y aller. Il est bon de dire d'où procédoit cette ' curiosité, car une abbaye de l'Ordre de saint Bemayrd est une chose qui n'est pas trop extraordinaire à voir. Jansénius, évêque d'Ypres.... (et commence ici toute une petite histoire du Jansénisme à la façon de Mademoiselle).... M. Arnauld avoit quantité de filles et de sœurs en ce monastère;... il s'adonna à la dévotion avec M. d'Andilly son frère^ et M. Le Maltare son neveu. (Elle confond M. Arnauld le père aveu le docteur, mais une princesse n'y regarde pas de si près*....) J'allai donc efice. lieu ; en y arrivant, je demandai M. d'Andilly, Je le connois, ayant été secrétaire des commandementi^ de Son Altesse Royale; mais il y avoit nombre d'années que je ne l'avois vu. On me dit qu'il étoit dans sa chambre; je la voulus voir. Je jetai d'abord les yeux sur sa table; il me dit :

1. Petitot a corrigé la faute dans son édition; je la trouve dans les éditions «jidennes, notamment dans celle de 1746 (Amsterdam^ 8 vol. in-12), qui paraît faite avec soin et d'après un manuscrit. — L'excellente édition de M. Chéruel (1859), qui met à néant les précédentes , confirme cette bévue du manuscrit autographe, bien que l'éditeur ait cru devoir également la corriger dans son texte.

« Vous êtes curieuse ; vous voulez voir à quoi je m'amuse présentement : je traduis quelque chose de sainte Thérèse. • Je l'en remerciai , lui disant : f J'aime tant cette sainte, que je suis fort aise de voir ce qu'elle a fait, en bons termes; car jusqu'ici on a mal traduit ses œuvres. »

t J'entrai dans le couvent, où je trouvai une Conununauté fort nombreuse, et des religieuses d'une mine dévote, naïve, simple et sans aucune façon. Je trouvai que leur église étoit fort dévote. Je me fus promener par tout le couvent, et je regardois tout, croyant ne rien voir dans cette maison de ce que j'ai toujours vu dans les autres; je la trouvai toute pareille à toutes les abbayes réformées de l'Ordre de saint Bernard. Ces religieuses furent assez étonnées : quand Cans leurs cellules, je vis des images de Saints et de Saintes, je me récriai: c Ah! voilà des Saints et des Saintes ! » Elles n'osèrent me questionner.

« En sortant, M. d'Andilly me dit: « Eh bien! vous avez vu qu'il y a des images des Saints céans ; qu'on les prie et qu'on les révère, que nos sœurs ont des chapelets, et que l'on y voit des reliques. » Je lui dis : « 11 est. vrai que j'avois ouï dire que l'on ne faisoit pas cas de cela céans, et que je suis bien aise d'en être éclaircie. » M. d'Andilly me dit : « Vous vous en allez à la Cour, vous pourrez rendre témoignage à la Reine de ce que vous avez vu. » Je l'assurai que je leferois très-volontiers; et lui m'assura des prières de toute la Communauté et des siennes, et me dit mille belles choses pour m'obliger à être dévote. Enfin, je m'en allai fort satisfaite de ce que j'avois vu et ouï. »

Yoilà le monde en personne, le monde de haute qualité qui vient de parler dans tout Yà-peu-près et le pêlemêle selon lequel il voit les choses et les croit connaître en courant.

Madame de Motteville, bien autrement posée et sérieuse, n'était pas allée à Port-Royal comme Mademoiselle, mais elle en avait mieux jugé du fond de son cabinet. Il y a dans ses Mémoires (à Tannée 1647) deux ou trois pages- des plus sensées et des plus belles sur ces disputes du Jansénisme^ sur Timpuissance et le

néant de la raison à trancher les mystères, sur l'humilité d'adoration et de silence où il serait juste de se renfermer. Ces pages de la douce et judicieuse femme sont peut-être le plus touchant commentaire du mot inévitable : 0 Ahitiuio!

Or, vers la mi-mai de 1660, la Cour étant à Saint- Jean-de-Luz pour le mariage du Roi, madame de Motteville ne se lassait pas d'admirer cette beauté imprévue des Pyrénées qu'elle allait décrii'e en dés termes heureux et neufs où se produit un \if sentiment de la nature. Mademoiselle, à sa manière, et plus confusément, ressentait la même chose. Un jour, se rencontrant à une fenêtre de l'appartement du Cardinal d'où Ton voyait la rivière et les montagnes, madame de Motteville et elle se prirent à se communiquer leurs impressions rêveuses^ comme nous dirions aujourd'hui, et à parler de la solitude des déserts. En rentrant chez elle, Mademoiselle écrivit une longue lettre pour y fixer son plan. L'idée du sixième volume de la Cléliey qui avait paru deux ans auparavant, put bien n'y pas être étrangère. L'ancienne visite à Port-Royal y jeta son reflet; ce volume de sainte Thérèse entr'ouvert sur la table de M. d'Andilly, et publié l'année précédente, a laissé sa trace. En ce désertde fantaisie, en effet, où le mariage doit rester ignoré, où la galanterie veut régner innocente, dans le fond se voyait, à travers la verdure, un monastère de femmes selon sainte Thérèse d'Avila *.

1. • Je Youdrois que dans notre Désert il y eût un couvent de Carmélites, et qu'elles n'excédassent pas le nombre que sainte Thérèse marque dans sa règle. Son intention étoit qu'elles fussent ermites, et le séjour des ermites est dans les bois. Leur bâtiment seroit fait sur celui d'Avila qui fut le premier. La vie d'ermite nous empêcheroit d'avoir un commerce trop fréquent avec elles : mais, plus elles seroient retirées du monde, plus nous aurions de vénération pour elles. Ce seroit dans leur église qu'on iroit prier Dieu. Comme il y auroit d'habiles docteurs dans notre Désert, on ne

Jq ne prétends pas dire que ce christianisme d'idylle et de bergerie n'aurait pas eu sa mode alors sans M. d'Ândilly et sans ce coin de Port-Royal adouci; mais il n'aurait peut-être pas eu son expression aussi nette, aussi singulière. M. d'Ândilly l'appelait, le provoquait en quelque sorte, et en faisait naître l'idée. Madame de Sévigné ne nous montre-t-elle pas cette folle de la Mor' rans allant se confesser à lui en bergère du Lignon» comme s'il eût été le druide Adamas?

De même que M. d'Andilly nous apparaît de beaucoup le plus affable et le mieux tenu des solitaires, celui auquel s'adressaient, comme d'office, tous les gens de monde et de cour qu'une curiosité à demi dévote attirait^ il est aussi, comme écrivain, le plus académisle\ le plus beau diseur et le plus littérateur des Messieurs de Port- Royal. Et d'abord il aurait été de l'Académie s'il l'avait voulu. On lit chez Segrais un détail, en partie inexact^ mais qui doit être vrai pour le fond : « M. d'Andilly n'ayant pas voulu accepter une place vacante dans l'Aca-

manqueroit pai d'excellents sermons. Ceux qui les aimeroient iroient plus souvent, les autres moins, sans être contrariés dans leur dévotion (Fais ce que voudras, c'est comme dans l'abbaye d& .Thélème)... Enfin, je voudrois que rien ne nous manquât pour . mener une vie parfaitement morale et chrétienne de laquelle les plaisirs innocents ne soient pas bannis. » Mademoiselle n'avait pas encore remarqué dans M. de Lauzun ce million de singularités qui, de son aveu, la ravirent, et elle insistait beaucoup pour que le mariage n'eût aucun accès dans ce plan de félicité imaginaire; madame de Motteville la contredisait sur ce point avec sa justesse > ourlante. — A ce même moment, à la date précisément du 20 mai 1660, le secrétaire de Mademoiselle, M. de Préfontaine, écrivait de Saint-Jean-de-Luz à M. d'AndiUy pour lui faire, par ordre de Son Altesse, des compliments sur le mariage de M^ de Pomponné (Papiers de la famille Arnauld, tome II, n" 317); tant il est vrai que Mademoiselle pensait alors au bonhomme d'Andilly en son cadre de Port-Royal.

1. Expression de M. de Saint-Cyran à son égard : Voiu autres Aeadémisies,

demie françoise qui lui fut offerte, le cardinal de Richelieu fit insérer dans les Statuts Tarticle qui porte que personne n'y sera admis s'il ne le demande. » La raison que donne Segrais du mécontentement de d'Andilly (Mmtre le Cardinal, qui lui aurait refusé l'agrément de la chaîne d'Intendant de la maison de Monsieur^ ne parait pas fondée ; car ce fut de Monsieur que partit la disgrâce de d'Andilly, et non du Cardinal. Quoi qu'il en soit, ce dut être vers le commencement de 1634 que d'Andilly, alors retiré à Pomponne, et apparemment boudeur, refusa l'Académie naissante, alléguant qu'il désirait passer une grande partie de sa vie aux champs : on voit dans l'Histoire de V Académie que le statut en question date de ce temps-là. Il renouvela plus tard ce refas aux ouvertures académiques qui lui furent faites une seconde fois, à ce qu'il paraît, lorsqu'il eut publié sa traduction des Confessions de saint Augustin (1649). Vigneul-Marville a confondu leçi deux temps*.

Littérairement, M. d'Andilly a rendu de vrais services à la langue. Gomme témoignage bien honorable de son autorité en telle matière, il suffirait de rappeler (d'après Segrais) que M. de La Rochefoucauld lui envoyait une copie de ses Mémoires, pour obtenir de- lui des corrections, particulièrement sur la pureté du style'. Venu un peu tard à la pratique, et presque en amateur^ il coopéra, aussi largement que personne, et d'une façon très-saine, à l'œuvre d'épuration et d'élégance de Balzac et de Vaugelas.

On aurait à considérer M. d'AndiUy écrivain, dans

1. Mélanges d'Histoire et de Littérature^ tome I, pçi^e 170 (4* édition).

2. Ce fut même ce qui amena la divulgation des Mémoires, M. d'Andilly n'ayant pas su les refuser à Brienne, ce personnage si peu sûr, qui, sous prétexte de les lire, se mit à les faire im* primer.

ses Poésies chrétiennes et dans ses traductions en prose. Ses Poésies sont trop souvent ce qu'on peut attendre d'un homme qui faisait huit cents vers en huit jours et en carrosse. Son Poème en stances sur la Vie et la Mort de Jésus-Ghrist (1634) n'offre qu'une suite de paraphrases faciles, assez harmonieuses et très-monotones, des principales scènes évangéliques. Son Ode sur la 50litudé (l^k.2) a plus d'élan et atteint quelquefois à l'ex* pression plus ferme. U dit en parlant de Tambitieux :

Son aveuglement déplorable

Lui met la gloire à si haut prix

Qu'il l'achète par le mépris ,

Et croit ce mépris honorable :

De la Fortune seule il reconnaît les lois; Autant de favoris lui sont autant de Rois, Lui sont autant de Dieux dont il est idolâtre : La Cour sert de Dédale à ses égarements,

Et sur cet inconstant théâtre Il espère ou s'afOige à tous les changements.

Dans les Stances qu'il a composées au nombre de deux cent cinquante-huit sur diverses Vérités chrétiennes,'d'Andilly a surtout réussi, et il mérite de garder une place parmi les gnomiques sacrés, à côté de Corneille, traducteur de l'Imitation, Gravons bien ce qui suit dans notre^mémoire :

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