‹ Port-RoyalChapitre 66 sur 94 · Mémoires, Voir aussi ceux de Du Fossé^ p · texte numérisé non relu

Mémoires, Voir aussi ceux de Du Fossé^ p

sag0 et aussi peu altéra par la joie: qp'il Tamipeuété un moment auparayaut par réloignemrait de* sa.déli*> yzanœ*

M. de Sad, mouté eiicarrofise» alla tout droit.d!aboid à Téglise Notre-Dame rendre grftcet.à Dieu. M. de Pomponne le mena ensuite chez rarchevèque Péréfine, qm fxd bon homme ; M^ de Saci lui ayant demandé sa bënédictiouy il répondit en Tembrassant : « C'est à moi de voua demander la vôtre. » M. de Pomponne voyant le cœur paterne du prélat attendri : «Monseigneur, dit-il^ cesont de méchante» gens, mais aveo tout cela, f espèce que vous les aimerez. » — « Mais^ répliqua M. de Paris, m'assurez^ous qu'ils m'aimeront? » — On promit tout de bon cœur. De chez l'andievéque on se rendit à rhôtel de Longueville. Quelques jours après, M. de Saci fut conduit par M. l'archevêque au Louvi» *, et présenté, oonune Arnauld lavait déjà été,, au roi, qui le reçut obligeamment et dit en se tournantvers M. de Pomponne: « Eh. bien 1 vous voilà bien aise 1 »

Le secrétaire d'État (depuis chancelier) Le TelUer vit souvent M. de Saci dans ces premi^s mois; il.le fit sonder pour lui offrir des bénéfices : c'était mal oonnaitre œi absolu désintéressement. L'homme de charité ne profita de son accès près du ministre que pour lui pader en faveur de quelques malheureux prisonniers de la Bastille. Les devoirs payées à la naGonnai8sance,>il ne songea* qu!k ressaisir sa vie recueillie. Il continua, dans le.moisiqui suivit, à s'abstenir de Uautel et des sacrements,, àv cause des distractions inévitables*. Il n'aimait point à causer

1. Varet, dans sai Relation de la Paix dePÉglise (tome 11^ p. 860), dit que ce fut au palais des Tuileries..

2. Fontaine fait durer, cette abstinence quelque» mois; il a un peu exagéré rintervalle. M. de Saci^ sorti de prison le 31 octobre, veille de la Toussaint, recommença de célébrer, pour la première iblS| la messe à Pomponne, le jour de SaintrAndré,, 30 novembre.

de sa prison , et pria même Fontaine de contribuer à étouffer tout cela : « N'imitons point, lui disait-il, ceux qui reviennent d'un grand voyage, et qui ne savent plus ensuite que parler à tout le monde de ce qu'ils ont vu. » L'expansif Fontaine obéit de son mieux, et prit, nous ditil, la résolution qu'il a gardée depuis, de se faire à luimême, par la retraite intérieure, une sorte de Bastille pour le reste de ses jours.

M. de Saci passa les quinze années qui lui restaient de vie, soit à Pomponne, soit à Port-Royal des Champs, . soit à Paris, tout occupé de la direction des consciences, de l'impression de sa Bible, et des Éclaircissements qu'il y ajoutait. La charge des âmes au désert, jusqu'à la nouvelle persécution de 1679, roula presque toute sur lui. Les plus illustres pénitents vivaient de ses conseils ; la plupart mouraient entre ses mains. Les nouveaux Messieurs, qui venaient encore s'agréger à ce Port-Royal si battu (M. Le Tourneux par exemple), y venaient par M. de Saci. Il était la porte d'entrée de ceux du dehors, le foyer et la lampe du dedans.

Mais, sur les ordres de l'archevêque, alorfi M. de Harlay, M. de Saci dut quitter Port-Royal des Champs le 12 juin 1679, et il se retira décidément à Pomponne. Séparé des religieuses dont il était le père et comme le dernier Saint-Cyran, il ne communiqua plus avec elles que par lettres, et aussi par cette publication excellente des Éclaircissements de la Bible, auxquels il consacra ce qui lui restait de vie. De temps en temps, un nouveau volume traduit, avec explication^ sortait de cette retraite de Pomponne, et, en le lisant , on avait tout M. de Saci.

Cet immense travail sur la Bible, ces explications qu'il poussa très-avant, et cette traduction complète qui avait précédé, c'est là le grand et spécial monument de M. de Saci, à titre d'écrivain, et comme la mission sin-

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golière qu'il eut à remplir. Il faut se bien représenter quelle était la situation générale des esprits catholiques en France par rapport aux Saintes Écritures, quand Port-Royal, par M. de Saci principalement, entreprit de les traduire et de les divulguer. Les traductions faites par les Protestants ne comptaient pas pour les Catholiques, et demeuraient suspectes d'interprétation non orthodoxe. Les traductions surannées et gauloises étaient imparfaites, difficiles d'ailleurs et de peu d'usage, à cause du grand changement survenu dans la langue, et de cette nouveauté d'élégance à laquelle l'époque de Louis XIY s'était aussitôt accoutumée etcommeasservie*.

1. On peut voir dans la Bibliothèque sacrée du Père Le Long (article Bihlia gallica) tout l'historique de ces traductions françaises des Bibles, depuis celles de Guîart Des Moulins à la fin du treizième siècle, et de Raoul de Presles, sous Charles V, au quatorzième, jusqu'à celle dite d'Anvers (1530) et celle de Louvain (1550 et 1578). Cette Bible de Louvain avait servi de principale base aux traductions subséquentes qui n'en étaient guère que des éditions révisées et rajeunies (ainsi celle de Pierre de Besse, 1608; celle de Pierre Frizon, 1621). Mais la Bible de Louvain elle-même avait été précédée de la traduction de la Bible protestante, par d'Olivétan, aidé de Calvin (1535), de même qu'au Moyen-Age la Bible de Guïart Des Moulins n'était venue qu'après la Bible des Vaudois : fâcheuse coïncidence I La Bible de René Benoist (1566) encourut la censure, comme n'étant au fond que celle d'Olivétan, qu'on n'avait pas assez corrigée. On citait encore la Bible de Jacques Corbin (1643) ; la Bible dite de Richelieu (non achevée), que le Cardinal commanda à quatre docteurs pour être distribuée aux Calvinistes (1642) : « J'ai pour ma tâche de translater les PsaUmes, 9 disait im de ces gothiques docteurs. Les Nouveaux-Testaments traduits n'étaient pas moins nombreux, depuis le premier, celui de Jacques Lefebvre d'Ëtaples (1523), qui avait été censuré par la Faculté de Paris, jusqu'à celui, non incriminé, de l'abbé de MaroUes (1649). La Bible de cet abbé ne fut censurée que plus tard et à cause des notes qu'on y joignit. Le Père Amelotte, dont le Nouveau-Testament parut en 1666, s'était fort aMé de la Version de Mons dont il avait surpris une copie par l'indiscrétion de Brienne, qu'on retrouve aisément dans toutes les affaires d'infidélité. Depuis le Moyen-Age jusqu'à Port-Royal, on suit donc une

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Port-Roydl maintint d'abord le droit et le devoirqu^ont leBifidèle» de lire î^riture Sainte en langue vulgaire. M. Amauld eilt à soutenir toute une polémique^ et cette fois bien indispensable et légitime, à ise sujet. 'Qnn'tLyàit Tien dit; on du moins on ne disait plus rien eontre les anciennes traductions que personne ne lisait; mais, dès que Port-Royal «'avisa de traduire, il eut à conquérir pour son tJom]f)te, à^mâintenirisans trêve ce droit et cette obligation/ qu'on se mit à lui conteëter avec acbamement. Le Missel, le Bréviaire romain^ surtout la Bible, ne fixrent traduits de nouveau qu'au milieu de contî* nuelles entraves. Oui, jusque dans la traduction du Bréviaire et du Missel, il y eut à lutter ; le droit de comprendre était en cause. Ils représentaient le bon sens et la raison vigilante au sein du Christianisme, ces humbles hommes persécutés ou tracafiséa, Saoi, Le Toumeux^ Mésenguy '.

série non interrompue de Bibles oatholiquœ traduites en l^ionoais^ et qui ont côtoyé les traductions' vulgaires des hérétiques , des Vaudois, et, à partir du seizième siècle^ des. Protestants. Ces Bibles traduites, sans être jamais formellement interdites, avaient été pourtant, fort surTeillées, souvent censurées, et avaient donné une inquiétude manifeste -aux xhe£s de TÊglise romaine. C'est dans cette voie difficile, étroite, sur cette marge périlleuse et mal définie, à grand'peine laissée par Rome et par la Sorbonne à la tiaduction des Écritures, que Port^Royal s'engagea. Précaution, circonspection, sagesse n'y firent rien d'abord. Le Nouveau-Testament de Mons resta toujours sous le coup de l'assaut qu'il avait suscité. Pourtant, dans sa grande Bible, on il le refondit, M. de Saci, à force de prudence et de discrète lumiène, arriva à Ixmne fin sans encombre, et accomplit sous des yeux jaloux son œuvre irréprochable. Vers le même temps où il réussissait à mener et à contenir de la sorte traduction et explications sur la ligne rigoureuse, le &meux Richard Simon ouvrait hardiment la voie de ce qu'on appelle Exégèse, Spinosa y entrait également. On a déjà tous les degrés.

2. L'abbé Le Camus, avant d'être évoque, disait un jour spiritusllement à son ami l'abbé de Pontchâteau : « C'est une cliose singulière : les Huguenots disent que TËcriture est très-claire, et

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TJa^ailîe de'laBîble pnWiëe la première, et comme BOUS le nom de Nouveau, Testament de Mons, parce qu'on y mit le nom de cette ville , porta le premier poids Se Passant; elle ne put être imprimée à Paris. Le chancelier Séguier, ayant consulte des docteurs prévenus ou intéressés (tels que le Père Amelotte), refusa son approbation, et la version dut s^imprimer en Hdllanctey à Amsterdam : M. de Pontchâteau fit un vojrago expias pour en surveiller l'impression*. Dès qu'elle parut, le Père Maimbourg, alors jésuite, prêcha contre (rue Siîit- Antoine) dans une série de sermons à perdre haleine, où il renouvela les violences du Père Nouet contre la Fréquente Communion; il se donnait cyniquement luimême pour le bon chien de chasse, qui fait lever le gi^ hier. 11 y eut des Mandements d'archevêques et d'évêques et même un Bref du pape Clément ÏX, lancés coirtre cette Version; mais tout cela irrégnlier, plus ou moins contestable, galUcanement parlant. Lors de la Paix de rÉglise, Amauld et Messieurs de Port-Royal, qui avaient désiré et obtenu Bossuet pour censeur et arMtre équitable dans la publication du livre de la Perpétuité de la Foi, lui voulurent encore soumettre leur Version de Mons : il s'agissait de la relever des préventions injustes dont on l'avait frappée. L'archevêque Péréfixê consentit. Bossuet était favorable en général aux traduotions en langue vulgaire, sauf examen et approbation des évêques. Il pensait du bien de la Version de Mons; les seuls défauts essentiels qu'il y trouvât, c'était un tour trop recherché, trop d'industrie de paroles, une affectation de politesse et d'agrément, que le SainP-Esprit

. ils travaillent inoessamment à l'expliquer : les Catholiques disent qu'elle est très-obscure, et jamais ils ne rexpliquent! » Nos amis eurent à cœur de faire cesser cette contradiction.

1. On la mit sous le nom de Gaspard Migeot, libraire de Mons, qui se chargea du débit.

avait dédaignée dans ^original. Des conférences eurent lieu à rhôtel de LongueyiUe entre Bossnet^ Arnauld, Nicole^ Lalane, et Saci, le principal auteur de cette Version. On commença par les Épîtres de saint Paul, et par rÉpitre aux Romains, comme la plus difficile. Les traducteurs se soumettaient avec docilité aux lumières de Bossuet et à son sens si modéré, quand la mort de Tarchevéque Péréfixe et Tayénement de M. de Harlay rompirent le travail.

M. de Saciy qui semblait n'être entré à la Bastille que pour y achever la traduction de la Bible par celle de l'Ancien-Testament, et qui s'était vu délivrer le lendemain du jour même où il en avait écrit Tentière ébaucbe, n'obtint le Privilège pour publier qu'à une condition que l'abbé de Saint-Luc, examinateur, y mit ; c'était que l'auteur ajouterait des Explications à la suite de diaque partie traduite. Heureuse nécessité qu'on lui fit, et d'où est sorti au complet l'excellent ouvrage !

La publication de cette Bible eut lieu successivement, et par portions, de 1672 jusque vers la fin du siècle, c'est-à-dire jusque bien après la mort de M. de Sad. Il n'avait lui-même donné les Explications que pour la Genèse, l'Éxode, le Lévitique..., jusqu'aux Douze petits Prophètes inclusivement : M. Du Fossé continua après lui et poussa jusqu'aux Actes des .Apêtres ce commentaire explicatif, que M. Huré, de concert avec M. de Beaubrun, termina.

La traduction de la Bible par Saci est devenue la base de bien d'autres traductions, explications» paraphrases, qui ont été faites en France depuis; delà version qui se trouve dans la Bible de Dom Galmet, par exemple. En laissant aux personnes compétentes le droit de prononcer un avis, et en ne me tenant qu'à une considération comme extérieure, je dirai que, Bossuet et Pascal à part, il n'y avait guère personne qui fût à même alors

de traduire l'Écriture Sainte plus convenablement et mieux que M. de Saci n'a fait pour Tensemble. On raconte que, dans les conférences de Yaumurier au sujet du * Nouveau-Testament, les premiers essais qu'y lut M. de Saci parurent d'un style trop élevé; il avait cru que la dignité de la parole de Dieu le demandait ainsi. On lui allégua pour l'Évangile la simplicité si essentielle, et qu'il négligeait. Il recommença donc son essai ; mais cette fois, cherchant la simplicité surtout, il; parut trop bas et trop humble de ton à ces Messieurs ; de sorte qu'il lui fallut trouver une troisième voie et un style mitoyen. Pascal était présent à ces épreuves, et son avis, entre tous, compta.

Eh bienl ce style mitoyen, le plus conforme à sa nature, M. de Saci Ta suivi à plus forte raison, quand il a travaillé seul et plus libre dans son choix. Il ne savait pas rhébreu^; il se tenait volontiers à la Yulgate; au besoin il recourait aux notes de Yatable. Le sens moral l'occupait principalement. L'uniformité, qui faisait sa loi la plus chère, il l'a sans doute un peu trop portée dans toutes les parties du saint Livre.

Ce système d'élégance continue, que Bossuet trouvait souvent contraire à la simplicité de l'Esprit divin, et qui lui faisait dire : « Aimons la parole de Dieu pour ellemême; que ce soit la vérité qui nous touche, et non les

1. En général, on le savait peu à Port-Royal. Il ne faut rien s'exagérer : on était savant, très-savant à Port-Royal, mais on ne rétait pas si profondément, si spécialement qu'on k croit et qu'on le répète. Richard Simon et le comte De Maistre, en étant trop sévères, ont dit du vrai là-dessus. On aurait trouvé ailleurs de plus grands érudits, de plus curieux philologues. On y savait du grec, du latin; mais on y était surtout scrupuleux, sensé, clair, à la DaunoUf à la française. Nous y insisterons à Tendroit des Écoles et des livres : c'est la méthode, le bon esprit, la morale (humaniUu), je ne sais quoi en tout de mitoyen, qui fait le principal caractère et rhonneur de cet enseignement. Les hommes de Port-Royal ont été d'excellents maîtres, de parfaits et fructueux divulgateurs.

omemeiits dont les hommes éloquents ranront parée ; » cette sorte de monotonie tempérée nom paraît àiums, anjonrd'hnî qne le goût littéraire a changé et e'est enhardi, manquer précisément du cachet littéraire qui est propre à la Kble^ et en fausser ce queimufi <en Tegarderions plus volontiers comme les ornements naturels. En un mot, la Bible traduite d'une façon qui eût sembléplus rude et tout inélégante à M. de Saoi nous semblerait, pour les Psaumes, par exemple , ou pour Job , une traduction plus véritablement poétique et une œuvreras Httéraire. Mais c'est y chercher de la littérature encore; la délicatesse seulement s'est retournée ^

A Fénelon il seyait de traduire Homère ; à Bossuet la Bible à traduire eût bien convenu. On a remarqué que les traductions fréquentes qu'il donne des versets sacrés passent dans son discoure sans le troubler, et font corps avec lui. Qu'on essaie, au hasard, de comparer la traduction de certains mots des Psaumes ou de Job par Bossuet avec celle des mêmes endroits par Saci. S agit-il de prévenir la face du Seigneur en le confessant (Bossuet) ? Saci nous dit : Hâtons-nous de nous prA' serUer devant lui powr célébrer ses louanges ^. Bossuet entre-i-il avec David dans les puissances du Seigneur f Saci se renferme dans la considération de la puissance du Seigneur '• C'est la différence de Moïse entrant dans le nuage de feu au Sinaï, et du scrupuleux interprète, né de Lévi, étudiant à l'ombre des murailles du Temple. Bossuet, au premier coup d'œil, apparaît investi de ce

1. Un homme d'un bien délicat esprit et dont j'aime à citer la parole, un des connaisseurs qui ont le plus tôt pressenti et marque le revirement du goût^ M. Joubert écrivait en 1797 : « De Saci a rasé, poudré, frisé la Bible, mais au moins il ne Ta pas fardée. » Les premiers mots sont un peu vifs; il suffirait de dire qu'il l'a peignée.

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