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Voir, si l'on veut, la Démonstration évangélique, au cluu

Vous êtes chrétien, vous êtes saint , et la charité même; mais cette afiîiabilité riante que vous avez, et qui est un don, se remplit des images qu'elle p)*oduit. Si vous parlez, si vous écrivez, tout s'anime; vous donnez de graves conseils, et les images gracieu£^s se pressent, et vous les prodiguez; elles vous sourient de plus belle, et votjs les redoublez. Votre plume involontairement s'égaie et s'amuse, et caresse sa fleur : prenez garde, aimable saint, cher saint Françds de Sales, c'^st du Montaigne.

On pourrait pousser en vingt autres sens, et ce serait faire du Montaigne, en en parlant^. Et je ne prétends pas dire, on le veut bien croire, que tous ces auteurs, €es hommes qui s'oublient à quelque goût humain, à quelque humeur personnelle, qui se prennent à Ton de ces pièges dressés en lui comme en* nous à fleur de terre, soient des impies et des anti-chrétiens : il n'y a qu'un Père Garasse pour soutenir cela; mais je prétends que, sincères et peut-être très-religieux d'ailleurs, ces hommes sont inconséquents sur ce point, qu'ils échappent par cette tangente à l'exact Christianisme, et retombent plus ou moins à la bonne loi natv/relle*^

j*tre VIII delà Proposition IV ; Apollon, Pan, e*est Moïse; Priape, Esculape, c'est Moïse; Minos, Rhadamante, Orphée, Aristée, Protée, c'est encore Moïse, vrai Protée en effet. Au chapitre XI, l'auteur nous apprend qu'aucune nation de la Grèce n'a gardé autant de rites hébraïques que les Athéniens! On ne s'y attendait guère. Passe encore quand il soutient que les Juifs et les Sp<irtiates étaient frères germains.

1, Pardon, pardon! mais ceci encore : un écrivain artiste qui se dirait : « C'a toujours été mon unique méthode : oublier, oublier dans les intervalles, et à chaque fois, sur chaque sujet, recommencer comme de plus belle, après le sommeU; recommencer l'art, la jeunesse^ la Grèce, la matinée : seul moyen d'avoir la fraîcheur et la fleur, ce que les Grecs appellent Thalia. » Pur Montaigne.

% Allons plus au fond : que veux-je faire en tout ceci? Inculquer le Jansénisme et le plaider? Ohl non pas. Mon but est surtout historique, on le sait ;^ mais il est philosophique aussi, qu'on me

Il en est, sachons-le bien, du cœur de presque chacun comme de certains pays où le Christianisme, en s'implantant , n'a guère fait que recouvrir et revêtir à la surface l'ancien culte qu'on y reconnaîtrait encore. Ainsi dans une Églogue sur Naples :

Paganisme immortel, es-tu mort? On le dit; Mais Pan tout bas s*qn moque, et la Sirène en rît.

Ce paganisme-là, immortel en ce monde jusqne sons le Christianisme et plus raffiné dès lors, plus compliqué au cœur que l'ancien, se peint et brille dans sa réflexion la plus lucide en tout Montaigne.

Montaigne est, à ma conjecture, l'homme qui a su le plus de flots. Du flux et du reflux, il ne semble en avoir cure, ni de la grande loi régulière qui enchaîne la mer aux cieux : mais les flots en détail, il en sait de toute couleur et de toute risée; il y plonge en des profondeurs diverses, et en rapporte des perles et toutes f'ortes de coquille^. Surtout il s'y berce à la surface, et s'y joue, et les fait jouer devant nous sous prétexte de se

permette de le dire, plus philosophique peut-être qu'il ne parait. Je tiens à faire ressortir et à montrer, tantôt le côté abrupt, tantôt le côté plausible du point de vue janséniste, à indiquer l'état et le remède chrétien, s'il se peut, mais au moins, mais au pis, à noter le mal humain , à démasquer la fourbe humaine et l'inconséquence presque universelle. C'est ce que je crois de plus vrai, après tout; aux moments même où j'ai le malheur de ne pas espérer la réparation et le mieux, c^est encore dans ce sens réel que m'apparaît en fait la généralité des choses. — Entre Montaigne et Pascal, serré ici que nous sommes, toute ambiguïté cesse; lâéhonsle mot : rien n'est plus voisin d'un chrétien à certains égards qu'un sceptique, mais un sceptique mélancolique et qui n'est pas sûr de son doute. J'aurais encore atteint mon but quand mon travail sur Port-Royal ne serait que l'histoire d'une génération de Chrétiens, écrite en toute droiture, par ce sceptique-là, respectueux et centriste. — Et n'était-il point un de nos pareils celui qui a dit : < Je suis assez profondément sceptique pour ne pas craindre par moments de paraître chrétien, s

mirer, jusqu'à ce qu'il en yieime un tomber juste à nos pieds, et qui soit notre propre miroir : par où il nous * *nt et nous ramène.

II y réussit mieux que tel écrivain de son temps, naturel et riche aussi, bien mieux que le très-païen Rabelais, par exemple. Mais Rabelais est une manière de poète, et un poète fumeux. Sa pensée s'enveloppe, se dérobe à tout moment dans le tourbillon montant de sa fantaisie. Il a d'ailleurs des mares trop infectes par endroits, pour que tous aillent aisément s'y mirer* Montaigne, au contraire, sauf quelques taches vilaines, est en général limpide, attrayant; le cardinal Du Perron l'appelait le Bréviaire des honnêtes gem, et il en est à toute page le miroir.

Un caractère de Port-Royal, une de ses originalités pour nous en ce moment, c'est, dans tout son cours, de n'offrir pas trace de Montaigne. On approfondira, en avançant, le cas particulier de Pascal; mais chez les autres, comme nous les connaissons déjà, dans cette suite d'hommes de Dieu, de Saint-Gyran à Saci , pas un point moral ou littéraire, pas un bout auquel on puisse rattacher de près ni de loin le nom du tentateur. M. d'Andilly au plus est effleuré. La sauvegarde ici consiste dans cette règle unique , partout appliquée : In lege Domini.,. , toute leur vie, nuit et jour, rangés et ramassés sous la Croix !

ISur un fait de méthode, sur un seul, on se surprend à relever entre eux et lui une rencontre de bon esprit et de justesse : il s'agit de l'éducation des enfants. Montaigne est un grand ennemi de la logique scolastique ; il en veut à Baroco et Baraliptony qui rendent leurs suppôts , dit-il , crottés et enfumés : c Nostre enfant est bien plus pressé ; il ne doibir au paidagogisme que les premiers quinze ou seize ans de sa vie ; le demeurant est deu à l'action. Employons un temps si court

aux instructions nécessaires. Ce sont abus : ostez tontes ces subtilitez espineuses de la dialectique, de quoy nostjk vie ne se peult amender ; prenez les simples discours delà philosophie, sçachez les choisir et traicter à poînct : ils sont plus aysez à concevoir .qu'un Conte de Boecace^... » Âmauld, le dogmatique Amauld, ausé croyant à la vérité démontrable que Montaigne l'est peu, 8 réalisé pourtant le vœu de celtd'-ci et presque répété son mot en cette même Logique, où le philosophé est si mal traité. Il ]a composa , par manière de dwertisi&fnmty pour le jeune due de CSievreuse (fils du duo de Luines) , dans la vue de lui aplanir cette étude réputée si ardue » et se faisant fort de la lui apprendre en qxmtre ou cinq jours. Est-ce k dire, comme le veut Montaigne, que la chose devienne aussi facile qu'un Conte de Boccaoe? Arnauld, quoi qu'il en soit, a comme tenu ici la gageure du gai penseur, lequel, après avoir essuyé la terrible page, est cité plus honorablement et mis à contribution au paragraphe suivant sûr les ineonvénients de Vesprit de dispute : Arnauld, pour le ton, en aurait dû mieux profiter.

A cet article de l'éducation des enfants, il est un autre endroit par où Montaigne et Port-Royal ont Tair de se toucher, mais pour se séparer aussitôt. Le principe dans les petites Écoles était d'employer le moins possible la rigueur physique; je ne sais même si on y recourait du tout; il n'y est pas question de fouet^. On renvoyait les indociles, s'il y en avait. M. de Saint-Cyran , dans une lettre écrite de Vincennes k M. de Rebours, dit : « Je croirois beaucoup faire pour eux, quand même je ne les

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