En tète de rMtioa des Œuvres de 'Pascal
pour être effleurés, et Tabbé Bossut me dispense d'en rien balbutier ici.
Un point seulement nous revient comme personnel ; dans cette discussion que souleva sa découverte, et dans laquelle il rencontra en chemin Descartes, compétiteur assez aigre S Pascal eut surtout pour contradicteurs des Jésuites, ceux de Montferrand, qui le firent accuser dans des thèses de s'être attribué les travaux des Italiens, et à Paris, le Père Noël, qui soutint dans plu-' sieurs lettres et traités le Plein du Vide ; de sorte qu'avant les Provinciales y Pascal avait déjà maille à partir avec les bons Pères. II semble même que la politique s'était d'abord mêlée à la science, et que dans ce prélude Escobar perçait déjà.
Et ceci, par rapport aux conséquences, mérite d'être développé davantage. On ne commence jamais mieux à découvrir viveàient, à détester une grande injustice générale, que du jour où l'on a été soi-même personnellement touché. Une seule piqûre à notre amour-proprenors
1. Descartes et Pascal se virent. Plusieurs de nos auteurs, l'abbé Grégoire, Tabbé Racine, Besoigne, disent que Descartes visita Pascal déjà retiré; ils oublient que Descartesmourut à Stockholm en 1650, et que Pascal ne se retira qu'à la fin de 1654. Mais, pendant un séjour de quelques mois que Pascal, déjà malade, fit à Paris avec sa sœur, en 1647, dans l'intervalle de ses premières et de ses secondes expériences sur le Vide, Descartes le vint voir. M. Libri {Journal des Savants de septembre 1839) a publié la lettre (du 25 septembre 1647) dans laquelle mademoiselle Jacqueline raconte à mcidame Périer, sa sœur, le détail de cette entrevue. Ils causèrent, entre autres sujets, des expériences commencées, et Descartes prétendit depuis avoir suggéré alors à Pascal celle du Puy-de- Dôme. Bossut, qui discute ce point, pense que Pascal devait avoir déjà naturellement conçu cette idée, et que c'est pour cela qu'il n'en tint nul compte à Descartes, un peu âpre à la revendiquer; mais lui aussi, il faut l'avouer, il fut un peu roide à la retenir. — Le Père Daniel [Voyage du Monde de Descarles) s'empare de ces discords entre grands hommes et fait son métier.
oayre bien des aperçus. Pasoali à Tégard des Jésuites, confirme la loi.
En 1647, il se trouTaitdonc fort incommodé de santé, et il était Tenu à Paris pour une consultation. Les réponses qu'il fallait faire aux longues objections que lui écrivait le Père Noël, lui causaient une extrême &• tigue. Un jour le Révérend Père Talon, en lui appor tant une dernière Lettre de son confrère, lui témoigna civilement que le Père Noël compatissait à son indisposition, qu'il craignait que la première réponse n'eût intéressé sa santé, qu'il le priait de ne pas la compromettre de nouveau par une seconde, en un mot de ne plus répondre, et d'attendre qu'on se pût éclaircir de bouche.
c J'avoue , dit Pascal dans une lettre à M. Le Pailleur qu'il met au fait du préambule de l'histoire , j'avoue que, $i cette ffroposition me fût venue d'une autre part que de ceUe de ces bons Pères, elle m'auroit été suspecte, et j'eusse craint que celui qui me l'eût faite n'eût voulu se prévaloir d'un silence où il mauroit engagé par une prière captieuse. Mais je doutai si peu de leur sincérité, que je leur promis tout sans réserve et sans crainte, avec uû soin très-particulier. C'est de là que plusieurs personnes, et même de ces Pères, qui n^étoient pas bien informés de Pintention du Père Noël , ont pris sujet de dire qu'ayant trouvé dans sa Lettre la ruine de mes sentiments, j'en ai dissimulé les beautés, de peur de découvrir ma honte ; et que ma seule foiblesse m'a empêché de lui repartir. »
Vintention du Père Noël n'était pas si opposée à la pensée de ses confrères, qu'il ne rompit bientôt la trêve et ne fit paraître son traité bizarrement intitulé : k Plein du Vide (1648); il le dédiait au prince de Conti, depuis si janséniste, mais alors fort lié avec les Jésuites qui l'avaient élevé. Yoici cette très-curieuse Dédicace ; la physique du Père Noël vaut sa rhétorique, et son
goût peut donner la mesure de son exactitude en matière d'expériences :
« MONSEIGNETIR,
c La Nature est aujourdliui accusée de Vide ( le vide du baromètre) , et j'entreprends de la justifier en présence de Votre Altesse : elle en avoitbien été auparavant soupçonnée, mais personne n^avoit encore eu la hardiesse de mettre des soupçons en fait, et de lui confronter les sens et l'expérience. 3e fais voir ici son intégrité, et montre la fausseté des faits dont elle est chargée, et les impostures des témoins qu'on lui oppose. Si elle étoit connue de chacun comme elle est de Votre Altesse, à qui elle a découvert tous ses secrets, elle n'Siuroit été accusée de personne , et on se seroit bien gardé de lui faire un procès sur de fausses dépositionSy et sur des expériences mal reconnues et encore plus mal avérées. Elle espère, Monseigneur, que vous lui ferez justice de toutes ces calomnies. Et si , pour une plus entière justification ^ il est nécessaire qu'elle paye d'expérience, et qu'elle reiuie témoin pour témoin, alléguant l'esprit de Votre Altesse qui remplit toutes ses parties, et qui pénètre les choses du monde les plus obscures et les plus cachées, il ne se trouvera personne, Monseigneur, qui ose assurer qu'au moins à l'égard de Votre Altesse, il y ait du Vide dans !a Nature..,. »
Le bonfifon de la pièce ne faisait qu'en assaisonner rinjarieux ; les choses n'en restèrent pas là, et M. Pascal père crut devoir écrire au. Père Noél une lettre de bonne encre, comme on dit, dans laquelle, {tenant en main la cause de son fils, il commence véritablement cette prochaine guerre des ProvincialeSy comme M. Arnauld l'avocat avait entamé en son temps cette même guerre contre la Société, que supportèrent et poussèrent tous les Arnauld :
c Le véritable sujet de la plainte que mon fils fait de votre procédé consiste, mon Père, en ce que par le titre de votre livret, par la Lettre dédicatoire à 3on Altesse, vous avez usé d'une fkçon d'écrire tellement injurieuse, qu'il n'y a
que vos seuls ennemis capables de l'approuver {la phrase est îonguBj mais aXU% jusqu'au bout) , pour vous accoutumer peu à peu à IHisage d'un style impropre à toutes choses , sinon à causer des déplaisirs sans noTri>re. Et certainement, mon Père, quoique je ne sois pas assez heureux pour avoir le bien de votre connoissance, je ne puis vous dissimuler que vous Pavez été beaucoup d'avoir entrepris à si bon marché de vous commettre en style d'injures contre un jeune homme çui, se voyant provoqué sans sujets je dis sans aucun sujett pouvoit^par Vamertume de Vinjure et par la témérité de son dge^ se porter à repousser vos invectives, de soi très-mal établies, en termes capables Je vous causer un éternel repentir. »
Et le prenant sur ses métaphores^ ses allégoiies et ses invectives entrelacées à des figures de rhétorique qui ne sont pas dans les règles de la grammaire^ il lui donne la leçon complète : mais j'ai tenu à dégager surtout la prophétie paternelle. Dans toute cette Lettre du père de Pascal, sons une forme un peu pesante, on entend comme un sourd écho avant-coureur des provinciales. Le Père Le Moine, ou tel autre de la Société, paya depuis pour la physique métaphorique du Père Noël*.
Quant àTacousadon portée par les Jésuites de Montferrand dans le Prologue des thèses soutenues en leur collège le 25 juin 1651, Pascal y répondit lui-même par une Lettre adressée à M. de Ribeyre, premier président à la Cour des Aides de Clermont, qui en avait reçà la dédicace ; et une copie de cette Lettre, également envoyée à M. Périer, Ait mise sous presse et publiée à l'instant sur les lieux malgré les efforts de M. de Ribeyre. La Lettre de Pascal est simple, noble, judicieuse; on y vojt pourtant une grande préoccupation du poiht d'honneur selon le monde. A cette date de 1651, Pascal pouvait être lié avec les Jansénistes quant à la passion ; il n'était pas encore converti selon l'âme; il tenait encore au monde par tons les liens réputés honorables et de considération.
Après ce petit préambule et comme cette pointe vers les Provinciales^ il nous faut un peu rétrogader. La première escarmouche a eu lieu; la grande bataille n'est pas loin.
Pascal, ses sœurs, son père^ toute cette famille en un mot était sincèrement chrétienne, bien que sans pratique extraordinaire. Avec ce goût passionné qu'il avait de questions et de recherches, le jeune homme ne s'était jamais encore porté au doute sur les matières de religion ; cet esprit si actif, si vaste, si rempli de curiosités, demeurait en même temps soumis sur ces points réservés, comme un enfanta II avait vingt-trois ans environ. Une circonstance particulière vint mettre un nouvel ordre dans ses pensées.
En janvier 1646^ son père, s'étant démis ou plus probablement cassé la cuisse dans une chute, se confia pour sa guérison aux mains de deux gentilshommes du pays qui étaient renommés en ces sortes de cures. C'étaient MM. de La Bouteillerie et Des Landes, amis de M. Guillebert, curé de Rouville, que nous connaissons. M. Des Landes ' et son ami, en traitant M. Pascal à
1. C'a été un caractère et un bonheur de Pascal, et aussi des hommes de Port-Royal en général, de revenir à la religion étroite sans pourtant s'en être jamais absolument écartés, et sans avoir eu, en aucun temps, l'âme ruinée à cet endroit. De môme pour les mœurs, si liées avec la croyance. Pascal, dans sa plus grande dissipation, n'eut pas de dérèglement fondamental, de passion sensuelle ou sentimentale déclarée : M. Le Maître non plus. Quand donc ces âmes-là revenaient et se réintégraient complètement, comme, après tout, elles s'étaient conservées toujours, il en résultait un fonds de solidité et de certitude, que d'autres âmes, longtemps perdues, peuvent certes réacquérir par un coup de Grâce, mais que nos amis de Port-Royal nuus offrent comme plus aisément (je leur en demande bien pardon) et plus conformément à leur nature même.
.2. Un des fils de M. Des Landes fut solitane à Port-Royal en 1650; il exerçait aussi la médecine et la chirurgie par charité. Ces Des Landes étaient doués d'un talent naturel pour la Chirurgie;
Ronen, et en demenrantchez lui trois moi&de soite, Ventretînrent de la renaissance religieuse dont ils étaient de vivants exemples ; ils lui prêtèrent à lui et à sa famille, les livres de Saint-Cyran, la Fréquente Conmiunionj surtout un petit Discours de Jansénius intitulé : Ikla Ré formation de C Homme intérieur ^ traduit par M.d'Ândilly, et dont les pensées (conformes à celles du chapitre vm, livrQ 11, De Statu NdtursB lapsx, de ï Augustin nus) en firent jaillir d'analogues que l'on retrouve à la trace dans Pascal.
Ainsi, par exemple, lorsque observant que les uns ont cherché la félicité dans l'austérité et l'orgueil, les autres dans les curiosités et les sciences, les autres dans les voluptés, Pascal ajoute : c Les trois Concupiscences ont fait trois sectes , et les philosophes n'ont fait autre chose que suivre une des trois. » Saint Jean l'avait dit* ; Bossuet l'a repris et développé admirablement dans son traité de la Concupiscence; mais Jansénius, en ce petit Discours, l'a le premier inculqué à Pascal, je le crois.
Ce qui, dans ce même Discours, était dit de la curiosité, dut en particulier frapper droit au cœur du jeune savant, sur qui ces remarques semblaient comme exprès dirigées. Cette page fut trop son miroir pour que nous la dérobions ici; le premier ébranlement de Pascal vient de là :
< Voilà, disait Jansénius dans ce pur langage de M. d'Andilly, après avoir parlé des sens, voilà la règle que Ton doit suivre pour savoir ce que l'on doit refuser ou accorder à «»tte première passion, qui est la plus honteuse de toutes, et que PApôtre appelle la Concupiscence de la chair; mais celui à qui Dieu aura fait la Grâce de la vaincre sera at-
ce qu'on appeHe valgairement rébtmteurt : mais ils y joignirent Pétude.