‹ Portalis, sa vie et ses œuvresChapitre 26 sur 48 · Porlalis, lococitato, tome Ier, chapiîfë ix, page · texte numérisé non relu

Porlalis, lococitato, tome Ier, chapiîfë ix, page

l'histoire, il atteste ces sublimes opprimés qui se relèvent du fond de l'infortune par le seul ascendant de la force morale; il prend à témoin l'art lui-même dans ses aspirations vers l'infinie beauté, il décrit le merveilleux penchant de l'homme, être imparfait et périssable, vers l'idéal et l'éternel, et il accable, en terminant, le matérialisme par cette saisissante peinture de nos découvertes et de nos travaux :

« Sous la main du sculpteur le marbre respire; le » peintre vivifie la toile ; par l'habileté d'un savant ar- » chitecte, un bel édifice nous offre une belle idée ; * sous la plume d'un observateur philosophe, la nature » entière n'est plus qu'une vaste et grande concep- » tion : sans cesse nous transportons hors de nous la » conscience du moi, pour l'appliquer à tout ce qui

» nous environne. Nous personnifions tout Nous

» débrouillons le chaos. Nous composons et nous dé- » composons nos idées pour les recomposer encore. A » l'image de Dieu, nous disons que la lumière se fasse, » et la lumière se fait. A notre voix, le néant même » prend un nom, et vient, pour ainsi dire, se placer à

» côté de l'être Nos sentiments, nos pensées et nos

» volontés pénètrent, changent et ébranlent le monde. » Le mouvement n'est que repos, tout est passif auprès » de notre activité. La lumière des corps n'est qu'une » ombre à côté du rayon céleste qui perce, analyse et » modifie la lumière même. Enfin l'âme humaine est » une espèce d'Olympe d'où partent, à chaque instant, » ces conceptions brillantes, ces élans sublimes, ces » volontés fortes, ces feux qui sillonnent le ciel ,

» éclairent la terre et vivifient la nature entière.

» Conçoit-on que le matérialisme puisse se refuser à > cet ensemble de choses ? Qu'il puisse regarder comme » de pures machines des êtres qui ont créé la mé- » canique et expliqué le mécanisme de l'univers? » Conçoit-on qu'au mépris de l'expérience, au mépris » de tout ce qu'il sent, de tout ce qu'il voit, de tout ce * qu'il entend, de tout ce qu'il pratique, au mépris de » la langue qu'il parle, et dont chaque expression le » dément, il puisse méconnaître l'homme dans l'homme » et ne fonder sa propre existence que sur le désaveu » perpétuel de lui-même *? »

Cette belle page clôt la partie purement métaphysique de l'ouvrage de Portalis. Sa théorie morale repose sur les mêmes bases et s'inspire du même esprit ; elle exclut l'exagération dans tous les sens. L'hypothèse d'une morale indépendante, si vivement controversée de nos jours, se rencontre déjà sous sa plume et il la discute avec autant de pénétration que d'impartialité. Il n'admet pas que la morale soit seulement une partie de la religion ; il la considère comme indépendante, en ce sens que les grandes lois morales observées par tous les peuples ne changent pas avec les variétés si nombreuses de dogmes et de pratiques religieuses qui se partagent le monde; mais, d'un autre côté, il refuse absolument de croire que l'idée morale se suffise à elle-même et qu'elle puisse conserver quelque force là où s'est éteint le sentiment religieux. Indépen-

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