Taine, Ibid., Introduction, page xv
Ces paroles n'ont pas besoin de commentaire ; elles en ont un cependant. A côté des chefs d'école que nous venons d'entendre, d'inconscients émules se chargent de traduire ces théories en faits. Ce n'est plus alors par d'innocentes conjectures philosophiques lancées du haut d'une chaire ou imprimées dans un livre que se manifeste le matérialisme ; il a pour organes la voix des hommes d'État dans les assemblées politiques et le canon sur ' le champ de bataille ; il se résume d'un mot : « La force prime le droit. » Ceux qui profèrent cette parole sinistre savent l'appliquer, et, au point de vue de la philosophie matérialiste, ils sont logiques. En effet, comme on l'a dit avec autant de sens moral que de sens politique : « Le matéria- » lisme, c'est l'irresponsabilité ; » et, s'il était vrai que l'Europe fût gagnée à l'odieuse doctrine de la force, il ne lui resterait plus qu'à s'incliner devant les guerres injustes, les spoliations, les déportations en masse et les partages de peuples. Mais la réalité est plus forte que tous les sophismes. Les nations qui acceptent les conséquences pratiques du matérialisme ne tardent pas à éprouver qu'il est une sanction à toutes les défaillances comme à toutes les usurpations : elles sentent alors que la première force d'un peuple est sa dignité morale, qu'aucun sacrifice ne doit coûter quand il s'agit de la conserver et qu'il n'y a pas de prospérité durable, là où l'on n'est pas résolu à empêcher la violation des principes de morale et de justice.
En nous exprimant ainsi, nous n'éprouvons d'autre sentiment que celui d'un ardent amour pour notre
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temps et notre pays. Nous ne serons jamais de ces esprits chagrins qui ferment systématiquement les yeux au bien, pour ne voir et ne dénoncer que le mal. Il nous est doux de penser et de dire qu'en ce siècle de transformation et de crise, de grands progrès ont été réalisés, et que, malgré d'effroyables secousses, les masses populaires ont incontestablement vu s'accroître leur instruction, leur bien-être et leur moralité» Mais il importe de se tenir sur ses gardes. Ce mouvement progressif qui date de 1789 et qui s'est continué sous l'impulsion d'une génération libérale et spiritualiste, ne saurait rencontrer de plus sérieux obstacle que les doctrines matérialistes et athées. Dès à présent, sur plus d'un point, ces doctrines faussent et compromettent la civilisation : elles la feraient reculer jusqu'à la barbarie, si jamais elles devenaient prépondérantes. Il y a là, pour les sociétés modernes, un grave péril, que tous les cœurs honnêtes et tous les esprits clairvoyants ont mission de combattre et de vaincre à force de raison, de modération et de bons exemples. On sent mieux, de jour en jour, que la lutte des doctrines morales met en cause la société entière et qu'elle est ainsi devenue l'affaire de chacun : que chacun accepte donc le combat et le soutienne dans la mesure de ses forces,, sans se laisser intimider par les menaces de certains novateurs philosophiques, plus intolérants que ne le furent jamais les plus intolérants inquisiteurs. La victoire est à ce prix.
Telle est notre conviction. Elle servira d'excuse à la longue discussion doctrinale qui précède. Malgré notre
incompétence philosophique , nous n'avons pu nous défendre d'apporter notre pierre à l'édifice ; nous nous serions reproché de ne pas signaler, en nous appuyant sur l'autorité de Portalis, l'écueil qu'il faut éviter et la voie qu'il est urgent de suivre.
gnon nq saovjs'fj euoa , 8i/on guon ; eoôibè'i é ôyk iiifi-^uqqe auon no ,iel£fl$j te«JhrôtodIi^j|IJg^TRE IV
Le 18 brumaire. — Portalis rentre en France. — Il est nommé commissaire du Gouvernement près le Conseil des Prises (3 avril); membre de la commission de rédaction du Code Civil (12 août); Conseiller d'État (22 septembre 1800). — Le Conseil d'État de l'an VIII. — Travaux préparatoires du Code Civil : Portalis, Tronchet et la commission de rédaction. — Discours préliminaire du Code. — Machine infernale : discussion des mesures à prendre contre les conspirateurs. — Portalis chargé de défendre le projet du gouvernement devant le Sénat. — Appréciation de sa conduite en cette circonstance. — Le Code Civil devant le Conseil d'État, le Tribunat, le Corps législatif et l'opinion publique. — Portalis avocat du Code Civil. — Réponse aux critiques de M. de Montlosier. — Présentation, discussion et rejet du Titre \ préliminaire au Corps législatif. — Retrait des projets déjà présentés. — Continuation des travaux préparatoires au Conseil d'État. — Le Premier Consul, Tronchet, Portalis.— Opinions de Portalis : sur le divorce, sur la liberté de tester, sur la rescision de la vente pour lésion. — Il présente au Corps législatif les titres du Mariage, de la Propriété et de la Vente. — Il est chargé de proposer, en 1804, la réunion de tous les projets de loi en un seul Code. — Appréciation de la part qu'il a prise à la rédaction du Code Civil. — Importance de cette œuvre législative.
, Tandis que Portalis partageait son temps d'exil entre l'étude et l'amitié, les événements marchaient rapidement en France. Ebranlé plutôt que raffermi par le coup d'État de fructidor, sans argent, sans autorité, sans énergie en face de la coalition victorieuse et de
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la Vendée frémissante, le Bttrcrfteiine irtpmb^it rSfi\i8|J^ poids du mépris universel, et» lfe^^r^Boiçipar^ôj revenant subitement d'Égyppfyià&mp&rmk 4^^o^y^^ le 18 brumaire. La France^qfli^naMQjjtr^HyâgfÇ lui son libérateur et son maître* l/ajaeJafmaâj ift#e$($nt]^Uj siasme, et, ratifiant le coupj^jÉiakiîéri^jy^^pulaire, lui conférait l'autorité^iikpiîêmB'^iavjeCile fàTfri$$ Premier Consul. ^èonehôqxe'J isq ëjiinjani
A la voix de Bonaparte, 'laito&tiott^embiajtrçn-flftrjfl. Sur les débris de l'ancien ré,gjn^y^uï,dc^iriftki(}ç()4ftôl^ Révolution, on vit se forméfôittngl^ng^efejY^Mff'èfP société; une ère nouvelle s'ouwri^iJwesaqpi^l^wem^p s'arrêtaient hésitantes, la Vie^^é^^J^aSto^i^ïP^Sèlep bandes de pillards et d'assaggfas ee^w^tid'iBl^^fe^ campagnes, Tordre s'introdçisjaièJi^îis fôe o&n#flfi§§, l'agiotage et la routine étaie*|(^^^%l'ja/^^çtrgtion. Chaque jour, le Mmitmm^hXmh fa§ld\%W d'exilés auxquels la sagessefdtf>'gpufteffftej$#Bt) gftH-Vjrajt les frontières; les liens du satng^tcle jlteq^ti^fceesftepjraient, la famille se reconSjtituaÂti^i^Mic^^hL^1*?»^1 même temps que la société, ;,,}apiJo-ie,(gta^ ^aç^^ejt. le siècle nouveau voyait s'ouvrir» d^fvant),}^!,^^, jpe/^pectives infinies de paix, de gf3i^^^^k[4êqW9§^l^- Moment unique dans notre» ^istpi^eJ,jA^^jjl3£Hie3 dont le seul souvenir nousai?ajvit)^pg9rek;;eti^fffice)..les fautes commises plus tard par^apol^n^QjUjL ^onç^à cette époque, aurait pu pr&v,ojr, .le^fun^es^ntr^nements auxquels le conduirait, ^'ex^^e;, pr^opjijg^.du pouvoir absolu? Qui donc, ^ilen^e^i^jfôsisçgneS; de violence qui, depuis 1792,rs)Qu^ieû^.)la]jJ|]L^y/olution,
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aurait pu s'inquiéter du silence imposé aux assemblées par le Premier Consul ou lui reprocher l'acte de vigueur qu'il avait commis, aux applaudissements de la France et de l'Europe, contre un gouvernement impuissant, corrompu, honteux, qui s'était enlevé d'avance, par ses coups d'Etat répétés, le droit de se retrancher derrière la Constitution? Aujourd'hui, sans doute, instruits par l'expérience, nous savons que l'œuvre de la force porte en elle-même un germe de mort, et qu'un pouvoir qui ne cherche pas le contrôle des assemblées délibérantes se condamne infailliblement à des désastres, quelles que puissent être sa puissance et son habileté. L'histoire de Napoléon 1er ne nous a que trop clairement démontré ces vérités, et l'enseignement qu'elle renferme est d'autant plus frappant que le génie de l'Empereur a été plus grand. Mais soyons justes pour Napoléon comme pour les hommes de son temps. Il n'a pas eu besoin de prendre le pouvoir absolu : la na>tion entière le lui a spontanément donné, par admiration, par reconnaissance, par une crainte trop justifiée <les excès de la liberté, par ignorance ou par oubli des maux qu'engendre le despotisme. Nul, plus que lui, n'a régné par la volonté du peuple; on le poussait, pour ainsi dire, de toutes parts à l'autocratie, et il en devait être ainsi, car ce n'est pas au sortir de la tempête qu'on va, de nouveau, affronter les orages de la liberté. Rien, du reste, n'avertissait ni la nation ni le Premier Consul des dangers auxquels ils s'exposaient l'un et l'autre. Tout leur réussissait, et il semblait que Bonaparte voulût, chaque jour, justifier par de nouveaux
bienfaits, par de nouveaux traits de génie, la toutepuissance que lui conférait la reconnaissance nationale.
Une cherchait pas seulement à subvenir auxbesoins urgents, à parer aux événements présents; son coup d'œil, perçant et vaste, embrassait l'avenir aussi bien que le passé, et, selon ses propres paroles, il voulait « bâtir un nouveau peuple à chaux et à sable. » Or, ce grand capitaine savait que la puissance militaire n'est pas tout pour une nation, et que les véritables fondements de l'édifice social sont les lois civiles et la foi religieuse. Aussi, dès le lendemain de Marengo, faisait-il préparer les codes destinés à régir la France moderne et l'acte mémorable qui devait relever les autels.
Pour accomplir cette œuvre immense, Bonaparte s'éclairait de toutes les lumières, faisait appel à tous les dévouements. Son génie, son patriotisme relevaient au-dessus des mesquines exclusions de l'esprit de parti. A tous ceux qui aimaient la France et désiraient la servir, il tendait la main, sans s'inquiéter de leur nom ni scruter leur passé, et les incorrigibles de tous les camps lui enviaient seuls la gloire de clore l'ère déplorable des guerres civiles. Quelques terroristes le dénonçaient bien comme le secret émissaire des Bourbons, tandis que des émigrés s'obstinaient à ne voir en lui que le continuateur du Comité de Salut Public; mais l'immense majorité des hommes modérés de tous les partis lui était profondément dévouée. Les conservateurs le remerciaient d'avoir mis un terme à l'anarchie et relevé
le prestige du pouvoir. Les libéraux sincères, ceux qui cherchent la réalité plus que le nom de la liberté et qui ne séparent pas sa cause de celle de l'ordre, saluaient en lui l'esprit supérieur qui, tout en répudiant les excès de la Révolution, en sauvegardait les légitimes conquêtes.
Partisan déclaré de l'ordre et constant défenseur des principes de 1789, Portalis salua avec bonheur l'avénement de Bonaparte. Il ne prévoyait pas un dénouement si heureux et si prompt : sa joie n'en fut que plus vive, lorsqu'il apprit le triomphe de ses idées politiques et qu'il put entrevoirie terme de son exil. Sa femme et ses amis avaient, dès le lendemain du 18 brumaire, sollicité, pour lui, l'autorisation de rentrer en France : elle lui fut accordée le 5 nivôse an VIII (27 décembre 1799), en même temps qu'à la plupart de ses collègues du Conseil des Anciens et des Cinq-Cents, Boissy d'Anglas, Siméon, Pastoret, Dumolard, Barbé- Marbois, Tronçon-Ducoudray et plusieurs autres. Mathieu Dumas et Quatremère de Quincy, qui habitaient le Holstein et dont l'exil cessait en même temps que celui de Portalis, se joignirent à lui pour rentrer en France. Ils partirent d'Emckendorff, au mois de janvier 1800, partagés entre la joie du retour et le regret de s'éloigner des hôtes incomparables dont la bonté avait adouci pour eux les amertumes de l'exil.
Le voyage fut long et rude ; cependant il réservait à Portalis la plus émouvante surprise. A Osnabrtick, pendant le relai, une voiture de poste s'arrête à côté de la sienne, un jeune homme s'élance, jette un cri et
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se précipite dans les bras de Portalis : c'était le duc de Choiseul, l'un des naufragés de Calais que l'éloquence de Portalis avait contribué à sauver de l'échafaud et à qui le gouvernement consulaire venait d'ouvrir les portes de la prison où les avait laissé languir le Directoire *.
Arrivé à Paris vers le milieu de février, après deux années d'exil, Portalis oublia bientôt, au milieu des douces émotions du retour et des joies de la vie de famille,, l'épreuve qu'il venait de traverser. Ses amis qui lui étaient restés fidèles lui firent l'accueil le plus cordial. L'un d'eux, son ancien collègue au Conseil des Anciens, Lebrun, devenu Consul de la République, le présenta au général. Bonaparte, et le résultat de l'entrevue fut la nomination de Portalis au poste de commissaire du gouvernement près le Conseil des Prises, dès le 3 avril 1800; le 12 août suivant, il était désigné pour faire partie de la commission chargée de rédiger le projet de Code Civil; et, le 22 septembre de la même année, un arrêté consulaire le nommait Conseiller d'État 2.
En acceptant ces fonctions, Portalis n'avait rien à désavouer de son passé, rien à sacrifier de ses convictions. Ses rapports avec Mallet du Pan n'avaient été ni