Mathieu Dumas, Souvenirs, tome III, page
2. Pendant son court passage au Conseil des Prises, Portalis prononça un remarquable discours d'installation (Voir Moniteur de l'an VIH, tome II, page 193), qui fut traduit en plusieurs langues et quelques réquisitoires dont les conclusions ont fait jurisprudence.
assez intimes ni assez prolongés pour l'enchaîner à la cause royaliste, et le 18 fructidor l'avait délié de son serment de fidélité à la Constitution de l'an III. Il était resté, en toute circonstance, en dehors et au-dessus des manoeuvres des partis, le défenseur des idées de justice et d'humanité : il n'avait qu'à suivre sa voie.
On sait ce qu'était alors le Conseil d'État, et de quel prestige l'entouraient l'étendue de ses attributions , le mérite de ses membres et la haute confiance du Premier Consul. Associé par la Constitution de l'an VIII à tous les actes importants de la souveraineté, rédacteur, défenseur et interprète de la loi, conseil du gouvernement, organe exclusif de sa politique devant le Corps législatif, juge de l'administration, constamment placé sous l'oeil du chef de l'État, il fut, suivant l'expression d'un ingénieux écrivain, « le confident de la pensée » impériale et la plus haute personnification du pou- » voir exécutif1. » Il n'est que juste d'ajouter qu'il se montra, dès le début, à la hauteur de sa mission. Si, plus tard, au milieu des entraînements de la toute-puissance impériale, il parut oublier que les complaisants sont les plus dangereux ennemis des gouvernements, il sut, du moins, pendant le Consulat, concilier, dans une certaine mesure, l'indépendance avec le dévouement et entourer un pouvoir essentiellement personnel d'une sorte de prestige parlementaire. Il se composait, en effet, de l'élite de cette forte génération de 1789 qui avait grandi au milieu de profondes études, mûri dans les journées