‹ Portalis, sa vie et ses œuvresChapitre 3 sur 48 · Notice de M. le comte Portalis, page · texte numérisé non relu

Notice de M. le comte Portalis, page

2. « C'était l'époque où le barreau abandonnait ses vieilles tra- » ditions oratoires pour les tendances novatrices de l'école philo- » sophique, où Voltaire plaidait, où Beaumarchais consultait, où » la philosophie, se glissant sons la toge, usurpait, pour franchir » le seuil du parlement de Paris, ta voix entraînante de Gerbier, la

magistrats opposaient, comme on peut croire, à ces idées nouvelles une résistance désespérée. Discrédités à Paris, ils dominaient encore plusieurs cours de province et tenaient, notamment, sous l'empire de la routine le Parlement et le barreau d'Aix.

Les avertissements de la vieille école ne manquèrent pas à Portalis. « Lorsque je me consacrai au » barreau, racontait-il plus tard, un ancien juriscon- » suite, auquel je parlais des Fragments de Gicéron » sur les Lois, me dit : Jeune homme, voulez-vous » devenir un avocat causé, lisez, lisez les savants com- » mentaires de Barthole; Rubseus, De testamentis ; » Mascardus, De prœsumptionibus ; Mathseus, Deaf- » fiictis , et surtout ces vieux routiers, Fachinaeus et » Farinaccius, qui ont envisagé toutes les questions » ad utramque partent : tout cela vous fera plus de » profit que les doctes rêveries du bonhomme Cicé- » ron '. »

Le jeune avocat auquel ces conseils étaient adressés avait l'esprit trop indépendant et trop éclairé pour les suivre. Ennemi de tous les préjugés, il résolut de secouer celui qui égarait ses vieux confrères, il continua de lire le bonhomme Cicéron, et son premier plaidoyer fut, par sa forme, une protestation contre l'éloquence judiciaire de son temps, comme son premier écrit avait été une réfutation des opinions philosophiques du siècle où il vivait.

» haute raison de Tronchet, l'esprit vif et subtil de Treilhard. » (Notice de M. Aubépin; Portalis avocat au parlement de Paris, page 2.) i. Notice de M. le comte Portalis, page 4.

Les magistrats se montrèrent aussi peu tolérants que les philosophes. Le compliment d'usage, que le premier président adressait aux jeunes avocats après leur première plaidoirie et que les gens du Roi requirent pour Portalis , lui fut refusé par le Parlement. « Au sortir de l'audience , un vieux pra- » ticien voulut le consoler, et lui dit : Vous avez plaidé * avec esprit ; mais il faut changer votre manière qui » n'est pas celle du barreau. — Monsieur, répondit le » jeune homme, qui avait la conscience de ses forces et » qui jugeait son siècle, c'est le barreau qui a besoin de » changer d'allure, et non pas moi *. »

Cette réplique d'un avocat de dix-neuf ans n'eût été que présomptueuse, si un talent exceptionnel ne l'avait excusée. Le jeune jurisconsulte que les magistrats traitaient, à son début, avec tant de froideur devait démentir complètement leurs pronostics. Sa raison précoce, le charme de sa parole et la douceur de son caractère lui avaient conquis, tout d'abord, de précieuses sympathies qui le consolèrent des rigueurs du Parlement. Siméon, jeune comme lui et comme lui disciple ardent de la nouvelle école juridique, lui voua, dès cette époque, une amitié qui ne se démentit jamais et que devait bientôt cimenter une étroite alliance *. Rivaux d'éloquence, ces deux jeunes et courageux lutteurs ne tardèrent pas à vaincre les préventions des anciens avocats. Les jurisconsultes les plus renommés du barreau d'Aix, Golonia, Pascal, Pazery, se déclarèrent

-1 . Notice de M. le comte Portalis, page 4.

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