Portalis épousa, peu d'années après, la sœur de Siméon
hautement leurs amis, les plaideurs affluèrent chez eux et les causes les plus importantes leur furent confiées.
Portalis surtout, infatigable, plein de science, clair et précis dans l'exposé des faits, pathétique et entraînant dans la discussion, devint, en peu d'années, l'oracle du barreau. Il le méritait par son caractère autant que par son talent. Nul n'a conçu de sa profession une plus haute idée. Le barreau est, à ses yeux, le premier degré de la magistrature, et l'avocat, véritable juge orateur, est responsable devant sa conscience de toutes les paroles qu'il prononce. Ses études ne sauraient être trop vastes, trop profondes. « Il répétait souvent » avec d'Aguesseau : Quels trésors de science, quelle » variété d'érudition, quelle sagacité de discernement» » quelle délicatesse de goût ne faudrait-il pas réunir » pour exceller dans le barreau ! Quiconque ose mettre » des bornes à la science de l'avocat, n'a jamais conçu » une parfaite idée de la vaste étendue de cette pro- » fession *. »
C'est ainsi qu'il comprenait la mission de l'avocat, et, chose plus rare, c'est ainsi qu'il la remplissait. Les causes qu'il acceptait n'étaient pas, pour lui, des thèses indifférentes, qu'il suffît d'examiner à l'audience; malgré sa merveilleuse facilité d'improvisation, il n'abordait jamais une question nouvelle sans l'étudier à fond et sans résumer par écrit son opinion . Les analyses de ses plaidoyers remplissent plus de quarante volumes manuscrits; elles fournissent, à chaque page, des
i. Notice sur S. Exe. J.-E. M. Portalis, Ministre des Cultes, etc Paris, 25 octobre 1807, page 10.
preuves frappantes de sa lucidité d'esprit, de sa science et surtout de son consciencieux travail. Ses honoraires étaient souvent d'une modicité qui ferait sourire les moindres avocats de nos jours : on lit, au dos d'une sentence arbitrale rendue par lui et son confrère Pazery, une quittance ainsi conçue : « Habui sept livres dix sous. »
Le trait suivant permet de juger de son respect pour la vérité : « M. d'Armentières-Conflans avait gagné » un procès considérable contre son proche parent, » M. de Vassault de Vareille. M. de Vareille, par » transaction sur procès, était tenu de payer annuelle- » ment 3,400 livres aux représentants d'un régisseur » de la maison d'Armentières ; MM. de Vareille et » de Conflans croyaient être libérés; M. Portalis sou- » tenait Terreur involontaire de ses clients. Dans la » chaleur de la plaidoirie, son procureur lui commu- » nique la pièce qui constate qu'ils n'ont rien payé : » M. Portalis s'arrête et lit le titre qui garantit le » triomphe de deux orphelins *. » Le premier président d'Aligre, faisant allusion à ce rare exemple d'intégrité, disait, quelques années plus tard, à Bonnières, autre avocat qui avait agi de même dans une circonstance analogue : « Si vous pouviez être remplacé à » cette barre, la Cour désirerait vous voir sur ces sièges; » votre courage vous place, avec Portalis, dans le » cœur de tous les magistrats 2. »
i. Notice sur S. Exe. J.-E. M. Portalis, Ministre des Cultes, etc. Paris, 25 octobre 1807, page 85.