DEUXIEME PARTIE
L"asie est la plus étendue, la plus peuplée et sous plusieurs rapports, la plus remarquable des trois parties denotre continent; elle est supérieure aux deux autres par la sérénité de son ciel , la fertilité de son sol, la perfection délicieuse de ses fruits, la richesse infinie de ses minéraux, la force et rintelligence de ses animaux et la beauté de la robe dont la nature les a revêtus. Cette partie du monde a été le berceau du genre humain; c'est là que les arts et les sciences ont pris naissance et que les premiers empires ont été formés; c'est encore de l'Asie que nous sont venues les quatre pricipales religions connues; la Jdive, la Païenne ou rjDOLàTRE, la Chrétienne et la Mahométane,
Nom de l'Asie. — Si, au lieu de se livrer à des conjectures, comme l'ont fait quelques savans, on s'en tient à des faits certains, le nom de I'Asie désignait, selon Homère, Hérodote et Euripide, une contrée de la Lydie qu'arrosait le Caystre, et où même les géographes d'un âge postérieur connaissaient une tribu d'AsiONEs et une ville asia. Il parait naturel, dit M. Malte-Brun, que les grecs aient étendu peu à peu ce nom, d'une seule province à toute l'Asie -mineure, et ensuite aux autres contrées orientales, à mesure qu'ils en eurent connaissance. C'est ainsi que Tancien canton d'iTALiA, resserré dans un coin de la Calabre, a donné son nom à la grande péninsule dont il ne formait qu'une portion peu considérable.
Divisiojss de l'Asie podr simplifier, l'histoire. — Si l'on tire une ligne de la mer Caspienne aux bouches du Gange, et une autre des sources de l'Indus aux rives de la mer jaune, l'Asie présente alors trois parties inégales, dont la distinction siniplilic de beaucoup son Histoire.
La première partie à gauche qui comprcni aujourd'hui I'arabie. la tcrquie, la perse et l'iNDE, est le théâtre exclusif de toute l'histoire ancienne et moderne que l'on cherche" en Asie. La seconde, en haut, la plus grande de toutes, qui comprend aujourd'hui la TARTARIE INDÉPENDANTE et ccl le vulgaircmei) t dite rlsse et chinoise, est le réservoir inépuisable d'où sont sortis tous les peuples qui ont bouleversé notre globe presqu'eutier , et ([uant à ta troisième, qui comprend la chine et la presqu'île ^au-deiA dd gange, elle nous a toujours été et nous est encore inconnue dans son territoire et étrangère dans ses relations ; nous verrons plus bas quelles sont les divisions naturelles et pOLiTiguEs de l'Asie.
L'imites de l'Asie. — L'Asie s'étend entre l'équateur et le 72.' degré de latitude N. et le 25.' degré de longitude E. et le 170.* de longitude O. Ses bornes sont au N. locéan septentrional; à ro. l'isthme de Suez, qui la fait communiquer à l'Afrique, dont la mer rouge la sépare; du même côté elle est séparée de l'Europe parla méditerranée, l'Archipel, l'Hellespont, la mer de Marmara, le Bosphore, le lleuve Oural et les montagnes du uiême nom; à l'E. elle est baignée par le grand Océan; le détroit de Behring ne laisse entr' elle et l'Amcnque qu'un médiocre espace de i5 lieues; au S. elle est bornée par l'Océan
Indien. L'Asie présente 4 ^oh plus de scrfack que l'Europe, et comprend à elle seule plus du quart de toutes les ferres du globe, on lui reconnaît environ 3, 960,000 à 4,000,000 de inyriamètrcs carrés. La plus grande longueur de ce continent, prise obliquement depuis l'isthme de suez jusqu'au détroit de behring, est de 1,188 myriamètres, sa longueup du N. an S. se mesure entre le cap comohin dan^ l'Inde et le cap cevero-voîiochnoî ou TAiMOUH, en. Sibérie, et s'élève à 682 myriamètres.
La POPULATION de l'Asie est d'environ 400 millions.
Gbograpbie PHYSIQUE DE l'Asie, kélativement aux terre». — montagnes. — De toutes ks extrémités de l'Asie le terrain s'élève constamment vers le centre où il finit par former un immense plateau, le plus vaste peut-être et le plus élevé qu'il y ait sur le globe, et qui forme le noyau de toutes les grandes chaînes qui parcourent le continent. Cette masse souvent d'un sable fin et presque mouvant se trouve presque comme encerclée et soutenue par une énorme ceinture de montagnes d'une extrême hauteur et d'une hideuse nudité. Ce plateau de l'asie centrale qui s'élève entre les So.'' et 5o.* parallèles, et s'étend de la mer Caspienne au lac Baikal, et des sources de l'Indus à la muraille de Chine, qui est connue sous le nom peu exact de plateau de tartarie, est un assemblage de montagnes nues, de rochers énormes et des plaines très élevées; il semble qu'il y ait surtout deux massifs de" montagnes qui s'élancent au-dessus même de cette région déjà si haute. L'une est formée par les montagnes du thibet, dont les hautes vallées conservent des neiges éternelles, quoique sous le âo.° degré de latitude; elles doivent probablement avoir une élévation de plus de 20,000 pieds. C'est d'ici que partent les chaînes de montagnes qui, sous les noms de moustag, de kentaïsse ou kentaich, de himmala, hindou- KOH et autres, s'étendent vers l'Hindoustan , et s'unissent dans la presqu'île à la chaîne dite des GATES, qui finit par le cap co.morin : I'emaus des anciens, aujourd'hui le mont belour S'ctent de son côté dans la Tartarie, et s'unit par les montagnes de la Perse à I'ararat au TAURTs et au caucase, noyaux de l'Asie occidentale. D'une autre côté de nombreuses charncs descendent dans la presqu'île au-delà du Gange; une d'elles se prolonge jusque dans la presqu'île de Malakka et semble delà passer dans cet immense Archipel que l'on considéra comme une 5.'-" partie du monde. Des montagnes aussi hautes, mais plus rapprochées remplissent les provinces septentrionales et occidentales de la Chine. Au nonl de ces chaînes de montagnes, il se trouve une plaine élevée , peut-être la plus haute région de tout le globe; c'est le vaste désert de kobi ou de scha.mo, qui a 5oo lieues de lorfg, 'et occupe le milieu de la Mongolie; on n'y voit que des lacs salés et de petites ri- 'vîèrcs qui se perdent dans un amas de sable et de gravier; par-ci par-là, quelques pâturages ou quelques buissons ehétit's interrompent momentanément l'effrayante monotonie et rappellent le souvenir tic la végétation. Ce plateau, qui s'étend depuis les sources de rindus et du GaTige jusqu'au delà de celles du fleuve Aniur ou Saghalien , se termine au N. par -un .Tiitre système de montagnes, les monts altaïques, dont le plus haut sommet, se- "lon Pallas, se nomme bochdo. Delà, comme d'un centre commun, partent deux chaînes de montagnes, deux moyennes et deux grandes. Celle qui va au sud, sous le nom de îiossxrt, ne parait qu'un anneau qui lie le plateau de montagnes à celui du Thibet; une semblable branche secondaire, sous le nom d'ALAK, s'écarte vers l'occident, traverse la
Tartarie indépcnJante, iiomniéineiit la Boukharie, et se rapproclie vers ip lac Aral , des monfi Ouraliens; tandis que de l'autre côté elle estliéeavec les monts beloli (monts nébuleux) qui séparent les deux Boultharies, et qui tiennent aux montagnes de la Perse orientale etdu nord de ritjdc. Ainsi vers l'occident, les deux massifs principaux sont liés en tous sens et l'on peut les regarder comme deux sommets d'un seul et même plateau. Mais retournons aux grandes chaînes du boghdo; une d'elles s'étend vers l'orient, sous le nom de kangai, ren plit la Mongolie, la Tartarie Chinoise et se termine vers la mer de Corée etdu Japon: une autre branche, l'AtTAi, se prolonge dans la Sibérie orientale: une branche semblable forme, à l'Elst du lac baïkal, les montagnes de la daourie et de nertschinsk qui s'étendent sous le nom de jablonnoï et vers le Kamtschatka et le déiroit de Behring. Tel est l'enchaincment des Alpes de l'Asie. C'est le plus vaste système de montagnes qu'on ait reconnu sur le globe. D'après les mesures du savant voyageur Anglais wef.b, il surpasserai! en élévatioa celui des Cordilliéres. Le pic le plus élevé de l'Inde, selon le voyageur, a 25,669 P'^ds de hauteur, et u) sont au-dessus de 21,000 pieds. Le système des montagnes centrales de l'Afrique semble égaler en étendue celui de l'Asie qui présente une surface de 3oo,ooo lieues carrées. Une si grande hauteur et une aussi considérable étendue isolent entièrement les parties qui les contournent; elles déterminent et classifient la pente des terrains et le cours des fleuves; elles désignent la température des saisons et modifient les caractères des peuples; enfin elles indiquent et commandent 5 graades divisions géographiques, dont nous aurons à parler plus loin, savoir, le plateau central, et les 4 GKANDES FENTES OU REVEILS corrcspondans aux quatre points cardinaux.
VoiCANS. — Quelques montagnes du Japon renferment des volcans; on en remarque un dans la province de figo, qui jette constamment des flammes, firando entre Kiusiu et les îles de Gotto, et nokisuia à l'Est de Kiphon, sont volcaniques. Les montagnes de Syrie offrent des traces de volcans; les éruptions ont cessé depuis longfems; mais les tremblciuens de terre qui en sont les entractes, se montrent encore quelques fois. On a eu dans la perse des exemples récens de semblables catastrophes. Le pic de demawend près de Téhéran jette fréquemment des flemmes. Les montagnes du ka.mischatka couvertes d'une neige perpétuelle, sont en même tems remplies de volcans. Il y a trois monts ignivores en activité; celui d'AVAicHA, celui de tolbatschick et celui de kantschatka qui est extrêmement élevé. Ces volcans se lient à ceux du Japon,
Caps. — Lés principaux caps que projettent les côtes de l'Asie au N. sont le cap gelanos au N. de la nouvelle Zembic; le cap olonei à l'E. du golfe d'Oby; le cap cevero-vostochuoi ou taimour, au N. du pays des Samoièdes; le cap proeragënia au N. E. du gouvernement de Tomsk; le cap sviatoi, sur les côtes septentrionales du gouvernement d'Jrkutsk, vis-àvis des îles Liaikhoff; le cap SCHALATSK0I , auN. du pays des Tschuktsches ; le cap nord, pai' le 69.'' degré, terme de la navigation du célèbre Cook, en 17-3 ; le cap oriental à l'est; le cap lopatka, qui forme l'extrémité, sud du Kamtschatka; au sud, le cap romania, à la pointe méridionale de la presqu'île de Malakka; le cap comorin, au midi de l'Hindoustanj le cap rasalgat et le cap macandou, au S. E. de l'Arabie.
Iles. — Voyez ci - après.
Presqu'île?. — Les moyennes sont I'anatolie, Paraeie, I'inde en -deçà, du gange, ou la
TnTSQu'iLE ORiEiNïAiF.; 13 prcsqu'ilc (le KAMTicfiATKA au N. E. de l'Asie; les petites sont
celles de c,\mbaye, dite aussi cu/.akatf, sur l;t ciVlf; occidentale de l'Hindoustaiw; de ma-
■lAKKA, dans rinde au-delà du Gange; de camboge dans la même partie de l'Indc; de
CORÉE sur les côtes de la Tartarie Chinoise.
IsTHiMEs. — l'Asie n'en ofl're qu'un seul, celui de Malakka, qui joint la presqu'île de
ce nom à l'Inde au-delà du Gange. ,'.' ; jlij'i; ;
Géographie physique de l'Asie relativement' aÏJX'ieàdk, mers et golfes. — \.° La mer, GLACikLE avec les golfes de kakscoie ou carisch, d'oBV , de jemssei ou baie de soixantedouze îles, de lÉNA et tschadnki. 2.° I.e grand océan, dont les parties sont I'ahchipel D0 NORD-, avec les golfes d'ANAoïR,. la mer d'oKHOiSK ou mer de lama, avec les golfes d'jscHiGiNSK et de i'eksghinsk; la mer de saghalien; la mer du jai-on ; les golfes de >vHANHAy ou mer jaune; la mer de corée; la mer de la chine, ■ avee les golfes de rouyuiN et de sia:ii. 5.° l'océan ixdien^ ou la mer des Indes, dont les parties sont la mer d'ARAsiE ou d'ojiAK et celle de perse, avec le golfe arabique ou la mer rodge, et le golfe persiqbe ou la mer bleue; le golfe de bengale. 4,° La mer Méditerranée, avec le golfe d'ALEXANDRETTE, Qu S- de l'Asie -mineure.
Détroits. — Celui de waigatz entre les îles de la nouvelle Zemble et la Sibérie; celui de'CooK ou de behring, entre la côte la plus orientale de l'Asie et la côte la plus occidentale de l'Amérique septentrionale, large de i3 lieues, peu profond et gelé tous les hivers, de manière à permettre d'aller de pied ferme de l'un à l'autre continent'*') ; la manche de tartarie entre l'île Saghalien et la Mantschourie. — Celui de la pérouse entre les îles de cHicHA on matsmai et de Schoka ou Saghalien; celui de malakka, entre la presqu'île de ce nom et l'île de Sumatra; celui du palk, (manar) entre l'île de Ceylanct l'Hindoustan ; celui J'ormus à l'entrée du golfe l'ersique; celui de eabel-mandeb entre la mer d'Arabie et la mer rouge; celui des Dardanelles entre la mer de Marmara et l'Archipel; celui de constantinople entre la mer de Marmara et la mer noiEe^ celui de théodosia bu de caifa entre la mer noire et la mer d'Azof. • .Lacs. — Le continent de l'Asie, étant une niasse de terres très -considérables et peu entrecoupée de. mers, doit naturellement contenir dans son intérieur de grands amas d'eau.; elle renferme même le plus grand lac connu, la mer Caspienne. En général les lacs de l'Asie, se distinguent par leurs eaux salées, saumàtres ou sulfureuses; il y en a aussi beaucoup qui n'ont point découlement Les lacs de l'Asie - mineure sont celui de TAZLA. d'une longueur très -considérable; ceux de va.m et d'ouR:MiAH, vers les parties les plus élevées de lAsic occidentale; le lac asphaltique ou la mer .morte, dans la Palestine; ses eaux bitumineuses recouvrent une étendue de Co à 70 lieues carrées (12 à i5 myriamètres carrés ). **) l'arabie entière n'a d'autre lacs que ceux qui sont formés par le
*) Behripcg , Danois au service Russe, découvrit ce détroit en 1727; ce navigiUeur fe traversa sans appercevoir la terre à l'est. L'illustre cook reconuut le tout avec beaucoup d'exactitude et ik»nna à ce d'étroit le nom du navigateur Danois, coûk et clerke , en 1778 et 1779 passi-rcnt le détroit et cherchèrent à pénétrer en Europe par le N. E, ou N. O.; mais ils y furent coustainmeiu arrêtés au cap glacé et au cap nord, (jui demeurèrent alors des barrières insurmoutables à tous les eil'orls humains. **) Il parait que le bassin de la mer morte était jadis une vallée fertile, en partie suspendue au-dessus d'un amas d'eaux souterraines, en partie composée de couches de bituiiie ; le feu du. ciel alluma ces matières combustibles; les terres fertiles s'écroulèrent dans l'abîme souterrain ; les villes de sodome et de co:uoi^R£ cl atitrcs, construites peut-être eu pierres bitumineuses, devinicat également la proie du
confluent des eaux de pluie pu de sources qui se perdent, ou s'imbibent dans le sable. Le» déserts de la perse, si semblables d'ailleurs à ceux de l'Arabie, ofFrent le un" nie genre de lacs, mais plus grands. Celui de zéré couvre une étendue de 1ï,o lieues carres.
Le penchaut occidental du plateau central est couvert de lacs salés tt sans écoulement* Lamer CASPIENNE couvre une étendue de i6,8.to lieues r^irrées ( 5i5g myriamèlres ), Le lac
ou la mer d'AKAL, de i 280 lieues carrées; le tencis, le paskal les penchants septentrion au v
DU GRAND pl\teau en offrent un grand nombre, tels que le czanv outchany, etc. Le nor-
ZAïSAN, le baikal, qui est après la mer Caspienne et celle d'Aral, un des plus grands lacs . dont
un grand nombre n'a point d'écoulement Le terkiri à 3oo lieues carrées de surface; le ka-
KONOR au N. E. du Tlilbet, lac de 2/,o lieues carrées de surface.; le lop-nor au sud du Zaisan. Les lacs de la Chine ne sont remarquables pour la géographie physique, que par leur rapprochement; ils semblent confirmer la tradition Jes Chinois, selon laquelle une partie de ce pays aurait été récemment laissée à sec par la mer, ou plutôt par les deux longs golfes formés par les deux fleuves hoang-ho et van-tse-kiang. On y remarque cependant les lacs tontin et poyan. Les deux presqu'îles des Ijides n'ont "uère de lacs remarquables.
ce vaste incendie. C'est ainsi, ilit M, Malte- Brun, que la géographie physique afime à concevoir les révolutions dont ces liéUx , selon jMoise, ont du être le théâtre.