ETHNOGRAPHIE DES HINDOUS. ( PI. LXI
Le peuple Hindou a été anciennement plus civilisé qu'aujourd'hui; c'est ce que prouvent ses monumens et ses livres. On trouve dans THindoustan et dans le Décan des temples, des palais et des pyramides qui sont des chefs-d'œuvre, sinon de goût, du moins de patience et de magnificence. La littérature est riche en beaux ouvrages de morale et de' poésie. L'intéressant drame de sokontala a été lu de toute l'Europe. Les fables de Pilpai ou Bilpaï paraissent l'original de celles de Lokman et d'Esope Si la Grèce s'honore de ses Homère, de ses Sophocle et de ses Anacréon, l'Hindoustan peut nommer avec orgueil ses pendalpak (*), ses akanenda^ ses sankari et ses kaliapas, hommes célèbres dans les sciences, les beaux -arts, l'histoire et la philosophie. — Aujourd'hui les Hindous n'excellent plus que dans quelques arts mécaniques. Livrés à leur indolence naturelle, ils n'éprouvent presque d'autre besoin que celui du repos. Sobres et modérés, leur vêtement est une simple étofife de toile ou de coton; leur habitation, une cabane de bambous recouverte de feuilles de palmier; leur principale nourriture, du riz et de l'eau; tous ils peuvent, sans beaucoup de peine, satisfaire ces premiers besoins; mais quelques riches familiarisés avec les aisances de la vie, déploicn dans leurs maisons le luxe des meubles orientaux. Toutes les classes de la société, chez les Hindous, ont l'usage de fumer du tabac et de mâcher du bétel ("*"*); c'est pour elle une fonction aussi importante que le manger et le boire. Dans toutes les maisons des personnes aisées, on trouve des terrasses ou toits plats, où elles passent une partie du jour à fumer. Le plus grand luxe des Indiens est celui des parfums et de l'opium. On ne se doute pas en Europe des effets et des avantages de cette dernière préparation. Les Indiens en font usage particulièrement après le diner, et lui doivent une heure ou deux d'un sommeil extatique qu'ils n'échangeraient pas contre une égale durée des jouissances les plus positives. Cet opium se prépare avec une égale quantité de canelle, de muscade, de cardamome et de safran qu'on pétrit avec du miel et qu'on roule ensuite
») Pendalpak vivaU 12 siècles avant que le divin Homère eut composé ses poèmes inimorlels.
* ) Le bétel ou tomboi. est une plante qui, semblable au lierre et au houblon, s'elanci? le long des arbres et des pieux et dont on mâche les feuilles a»ec les noii d'arec, des épices, de 1 ambre, du tabac, etc.
en pihile. J'ose assurer, dit W. Jouy, d'après ma pfopre expérience, que ritn ne peut donner une idée de la révolution singulière et subite que cette préparation opère sur le cerveau, et des plaisirs enchantés dont elle l'oiivre. Aussi est-il passé en proverl)e parmi les Indiens, en parlant d'un homme comblé de toutes les faveurs de la fortune de dire de lui gu'iL se noukbit d'opium.
Pour voyager, les Hiudous font usage de palanquins, dont il y a plusieurs espèces. L'hospitalité est placée par les Braniines au nombre des sacremens, et il n'y a point d'action plus agréable aux Dieux de l'Hindoustan, que celle de consacrer à la commodité de* voyageurs des choultries, ou hôtelleries publiques. Sur les fleuves et les rivières on voyage en bateaux très commodes et ordinairement fort légers.
Le culte Brahmatique est accompagné d'un grand nombre de cérémonies et de coutumes solemuelles. II y en a d'horribles, telle que la procession du Dieu Jagrenaut , dont le char pesant écrase sous ses roues les fanatiques qui, en s'y précipitant, croient trouver à la fois la mort la plus glorieuse et une éternelle félicité. Les Ablutions et les lustrations forment une partie principale du culte de Brahma, les images des divinités sont lavées solemnellement dans les fleuves et étangs sacrés.
Les funérailles présentent des coutumes remarquables. Le Bramine moribond est couché, en plein air, sur un lit formé de la graminée nommée cl'sa; on l'arrose de la sainte eau du Gange, et l'on chante sur lui des strophes des \édas. Expire-t- il , le corps est lavé, parfumé, couronné de fleurs; un tison du feu sacré sert à allumer le bûcher: on supplie le feu de purifier le corps du défunt, alin qu'il puisse s'élever aux célestes demeures. Les assistans jettent de l'eau sacrée sur les cendres, et l'on chante des hymnes funéraires. Quoique les offrandes consistent principalement en végétaux, le règne' animal n'en est pas exclus, et quelques Bramines ignorans ont encore, dans le siècle passé, toléré l'ancienne superstition populaire qui autorise, dans un cas extrême des sacrifices humains. L'usage des femmes des deux premières castes, qui s'immolent sur le tombeau de leur époux, est un reste de ces affreux sacrifices. Encore à présent, dans les épidémies et calamités publiques, les Bramines se précipitent eux-mêmes du haut d'une tour, comme offrande expiatoire. C'est au son d'une musique bruyante, et parée de ses pUis beaux habits, que la veuve Indienne va se jeter dans les flammes du bûcher. Ses enfans l'accompagnent, et dans leurs yeux brille une sainte joie, en pensant à la félicité céleste et à la gloire éternelle que leur mère va conquérir.
Les KAyuiRS de l'Inde sont une secte de mendians à laquelle la superfition à attaché une idée de sainteté, que l'ignorance et la crédulité ont maintenue et confirmée. Quoique le mot FA^ciK signifie me»\diant, il n'en faut pas inférer que ceux qui portent ce nom ne fassent autre chose que mendier. Au contraire, ils jouissent d'une grande autorité et d'une véritable puissance. Il possèdent des villages, des terres, de l'argent. 11 est vrai qu'il conservent une apparence extérieure de misère. On les voit errer de Ville en ville; plusieurs dans un état de parfaite nudité et presque tous à peine couverts de haillons. Leur vêtement ordinaire, et le seul qu'ils portent, est une petite, pièce de toile passée à la ceinture et attachée pur derrière avec une corde et un ruban. Ils oui le visage couvert des mèches de leurs cheveux, le corps peint et souillé d'ordures
et s'infligent des punissions dont la vue seule est révoltante. Mais en tout cela leur politique est fort adroite, et beaucoup au-dessus de leurs crédules admirateurs. Cette conduite les élève fort haut dans l'estime des dévots Hindous. Un disciple de Brahma , consentirait aussi aisément à blasphémer le nom du G;inge qu'à mettre à la porte un faquir qui lui demande quelque aliment.
La planche ( LXl. ) présente quelques costumes Hindous, ainsi qu'une de leurs pagodes. Sur le premier plan on voit assis à l'ombre d'un jeune humata en fleurs un I3rahmine repétant sur son chapelet des versets du livre sacré; à la gauche est posée a terre une panelle. ou vase de bois, dans lequel il fait cuire son riz. Sur le second plan à gauche est un Indien armé, voyageant sur un dromadaire; près de lui se trouvent un CHOQciDAR et un brigbasi, vêtus de l'accoulrement militaire qu'ils portent dans leurs courses; ils sont ordinairement employés à la garde des maisons et des bureaux des négocians, et surtout à porter l'argent d'une province à l'autre. Dune fidélité ,i toute épreuve, ils n'abandonnent qu'avec la vie les dépôts qui leur sont conliés. Sur le second plan à droite, on remarque, le figuier indien, ou l'arbre des banians ( ficus indica , ) qui a la propriété de se multiplier par le moyen des filamens qui tombent de ses branches, s'attachent à la terre, et y prennent racine. Cet arbre étend son ombrage sacré non-seulement sur les pagodes, sur les choultries, ou aziles des voyageurs , mais aussi sur les serpens et les insectes venimeux: emblème de l'éternelle puissance de la nature qui nourrit également les êtres bienfaisans et les êtres nuisibles. C'est une variété de l'arbre bouddha (ficus religiosa) , arbre révéré dans la péninsule du -delà du Gange. On voit une famille pauvre qui profite des bienfaits qu'offre l'établissement d'une de ces hôtelleries consacrées par l'hospitalité. L'homme reconnaissant se prosterne devant l'entrée de la Choultrie, en même tems que la femme presse contre son sein une des branches de l'arbre sacré. Plus loin on remarque un temple élevé près de tanjaor à l'idole nommé le grand taup.f.au. Ce monument par le Grandiose de son style, rappelle ceux des Grecs et des Romains. L'idole couché sur le socle, a i5 pieds de haut sur ôo de Ion". 11 est placé sur un parvis qu'entourent des galeries soutenues par des colonnes ornées de sculptures. Dans l'intérieur, des figures de lions, servent de caryatides et supportent des entablemens très élevés, enrichis d'autres figures d'animaux. Cet édifice est environné de murailles peu élevées sur lesquelles on voit de petites figures de taureaux. La grande pagode de Tanjaor occupe le fond. Cet édifice remarquable par le style particulier de sa décoration, ne l'est pas moins par son couronnement et par sa grandeur. 11 a environ 200 picQsdehaut, et est entouré de grandes murailles, dont les sommités sont de même décorées de figures de taureaux. C'est le plus beau temple de la province du Tanjaor; il est dédié au culte de Sewa, et jouit d'une grande vénération clicz l<s Hindous.
( 55 ) PAYS AU-DELÙ DU GA?CCE, liSDE-EX'lillIEUllE OU IKDO-CHINE.
ErtXDUE. — 80,000 lieues carrées. — Population. — 40 milHons;
Birmans, Malais, Chinois., Tortugais, Français, Arméniens, etc. LA RELIGION dominante est le Boudillisme; les adoraltiirs de Braluna, de Ma!:uiiict et du Christ )' sont tolérés. Les Rahans ou moines Birmans, à l'instar des bouzes chinois font usage de la couleur jaune, comme de celle qui caractérise le sacerdoce.
LE Gouvr.RNEMENT cst en grande partie monarchique.
LiNno- CHINE présente plusieurs royaumes indiqués au tableau sommaire des étais de l'Asie , page 1 3'', L'EMiini; B.iiMAN s'est formé des rù>aumes d'Ava, d'Aracan , de Tégou et d'une partie du Haut-SIam, qui ont été réunis par le célèbre alo.mi-ra, qui de simple particulier et avec un commencement de cent hommes seulement, s'é'.ova il y a un demi -siècle au rang des plus puissans monarques de Foncnt. Ce pays dont on porte la population à 17 inlllioi:s, qui s'étend dans lu ?ône torride, parait cependant devoir à son élévation un climat tempéré. La santé vigoureuse dont jouissent les Birmans atteste la salubrité de Tair qu'ils respirent. Les saisons y sont régulières; on ignore l'extrême froid, et la "rande clialcur. Le sol des pr^ivinces scplenlrionales est d'une fertilité remarquable, et donne des récoltes de riz qui ne le cèdent pas en abondance aux meilleures du Bengale. Plus au nord, le pays devient irrégulier et montagneux; mais les plaines et les vallées, surtout dans le voisinage des rivières, sont fort productives. Elles donnent du trèsbeau froment, et tous les grains et les légumes de l'Hindoustan. La canne à sucre, le tabac d'ocellente qualité, l'indigo, le colon, et tous les fruits du tropique sont indigènes sur cette Itrre. Le thé > est inférieur à celui de la Chine. 11 y a des mines d'or et d'argent près des confins de la Chine. 11 y a aussi des mines de rubis de saphirs et d'autres pierres précieuses. Les n:étaux de moindre prix, le fer, l'étaiu , le plomb, etc. se trouvent en abondance. Le commerce intérieur entre lis provinces du nord et celles du siuî est singulièrement facilité par la rivière Jrawaldy. On exporte du Birman une quar.tité de bois de construction à Madras et à Calcutta, villes qui importent dans l'Ava des draps, des verres et des quinquailleries.
De tout tems les nations de l'Inde situées à l'est du Gange ont été plus défiantes dans leurs relations avec les étrangers que celles de l'ouest. Les Cours d'Ava et de Pékin se rassemblent à plusieurs égards, et surtout par un orgueil et une vanité, qui se manifestent souvent avec une ostentation ridicuh'. Le Souverain . dans l'une comme dans l'autre, ne reconnaît point d'égal. La noblesse est caractérisée par des chaînes dont le nombre varie de trois jusqu'à douze. Le roi en porte vingt-quatre. Tout ce qui appartient à l'empereur est toujours nommé avec l'adjonction du mot choe, qui signifie or. L'empereur lui -même n'est jamais désigné qu'en ajoutant à son nom celui de ce précieux m.étal. Si un de ses sujets veut dire que telle ou telle chose est par>-euue
:i l:i connaissance du Souverain , ii dit quelle est entrée dans les oreilles d'or. L'enjpe« reur est seul propriétaire de tous les éléphaiis; le privilèjje de s'en servir comme monture ou d"en avoir à soi, n'est accordé qu'aux hommes du plus haut rani'. Dans THindoustau, on préfère les femelles, comme plus Iraitables. Dans l'Ava , c'est tout le contraire. Le caractère des Birmaos est en tout l'opposé de celui des habitans du Bengale. Ils sont vifs, curieux, actifs, irascibles, impatiens. Les femmes ne sont pas enfermées et communiquent librement avec les Européens. Quant à la figure , les Birmans rassemblent plus aux Chinois qu'aux peuples de l'Hindoustan. Les femmes sont plus blanches que les Hlndouses. mais elles ont les traits moins délicats. Les hommes ne sont pas de grande taille, mais forts et actifs. Ils sont dans l'usage de s'arracher la barbe. La langue pâli, qui est celle des livres saints de l'Ava, du Pégou et de Siam, a beaucoup d'affinité avec le sanscrit des Bramines. La religion de buddha, réputée hétérodoxe dans l'Inde est celle que suivant les Birmans: elle fut professée et enseignée par le philosophe galdma , qui, suivant les Birmans, fleurit il y a 2,5oo ans. Les sectateurs de Buddha disputent d'ancienneté avec ceux de Brah.a. Les Chingalais de Ceyian sont les buddhistes les plus purs; et les Birmans reconnaissent avoir reçu leur religion de cette île. Les moines (rahans) donnent aux enfans dans des monastères (Ivioumsj une instruction gratuite. Les Birmans aiment passionnément la poésie et la musique. Les livres de la bibliothèque royale sont rangés avec beaucoup d'ordre. On ne voit point chez les Birmans les dégoûtantes tortures, par lesquelles les Hindous croient devoir expier leurs péchés. Les prêtres sont vêtus de jaune. L'Ava est rempli de temples (praws), dont les uns tombent en ruine et les autres sout tous neufs. La raison en est que, selon l'opinion des Birmans, réparer un temple est à la vérité une action pieuse, mais moins méritoire que d'en bâtir un nouveau. Chez eux, être assis est la posture la plus respectueuse. Les maisons sont élevées de trois ou quatre pieds au-dessus du sol, sur des poteaux de bambous. Elle sont en général composées entièrement de bambous et de nattes , assez mal recouvertes. L'n petit nombre obtiennent la permission de peindre et vernir les poteaux; mais la dorure est défendue à tous. Les Birmans sont un peuple de soldats. Le roi n'a point d'armée permanente. La force militaire la plus imposante du Birman consiste dans ses barques de guerre. Chaque ville, située dans le voisinage de la rivière est tenue d'en fournir une ou plusieurs, selon sa grandeur. On peut porter jusqu'à 5oo la totalité de celles que le roi peut rassembler à volonté.
Villes principales. — Amarapouram ou Jmerapoura est la capitale de l'empire Birman et la résidence de son Souverain absolu. Cette ville parait, comme Venise sortir des eaux, étant située entre un lac au S. E. et une rivière au M. O. , accompagnée d'îles nombreuses.
Ava tombe eu ruines. Comme les maisons de cette ville ne consistaient en trèsgrande partie qu'en bois et en bambous, un ordre de l'empereur a sufli pour les faire transporter dans la nouvelle ville d'jMERAPOURA.
Arakan capitale du royaume de ce nom. L'air d'Arakan est pur, les plaines fertiles, les vallées délicieuses nourrissent de nombreux troupeaux; ou exporte de ce pays des i^léphans, des bois^ de l'ivoii-e et du plomb.
Le PÉGOu exporte en chine du colon, de l'ambre, de l'ivoire et des pierres précitubcs. La capitale du même nom a été rasée en 1767 par Alompra, fondateur de l'empire Birman.
JuTHiA (si-po-THiVA ), situéc dans une île du Me - nam , est la capitale du royaume de Siam; bâtie sur pilotis en fort bambous, elle offre une population de 11 g, 000 âmes. Le long de la côte se trouve l'arcliipel de Mergiii, dont l'île la plus connue se nomme îOULO piNANG , ou l'île du Prince de Galles. Un capitaine Anglais, en épousant la fille du roi, acquit la souveraineté de cette île, qu'il se hâta de céder à sa patrie. Les côtes de la presqu'île de Malakka ou malaya sont partagées en G royaumes Malais; dont MALAKicA et (juÉDA sont Ics plus TCmarquablcs. etc.
.ETHNOGRAPHIE DE LA COCHINCHINE ( PL LXllI. )
Cette contrée, comblée des dons delà nature, réunit aux avantages des pays chauib ceux des climats tempérés; des brises de mer modèrent la brûlante chaleur de l'été; des pluies abondantes et périodiques renouvellent continuellement la fertilité naturelle du sol, et il est assez ordinaire d'y faire jusqu'à trois récoltes de grains dans une seule année. Le riz est le principal objet de la culture. Le plat pays produit en outre des noix d'arèque, des feuilles de bétel, du tabac, de la canelle, de la soie, du colon, et surtout du sucre, qui peut être considéré comme la principale denrée de ce pays. Les inondations produisent à la Cochinchine le même effet que les débordemens périodiques du Nil ont en Egypte, et la rendent un des pays les plus fertiles du globe.
On peut considérer les Cochinchinois comme une colonie Chinoise; car il existe la plus grande analogie entre les coutumes de ces peuples voisins. Us ont les mêmes pratiques de dévotion, les mêmes superstitions; ils observent la même étiquette dans les mariages, les pompes funèbres et les processions. On retrouve de pareils rapports dans leurs arts et dans leurs productions industrieuses. Le code criminel des Cochinchinois diffère peu de celui de la Chine, et leur supplices sont les mêmes. Les caractères d'écriture des deux nations sont exactement semblables; mais leur langue diffère tellement, par la prononciation seulement, que les deux peuples ne s'entendent qu'avec peine lors qu'ils se parlent.
Celte conformité que Pon remarque entre les coutumes et les usages des deux nations -n'a plu> lieu lorsqu'on se borne a considérer leur caractère moral. Le Chinois est grave et sévère; le Cochinchinois gai, ouvert et familier. Le premier croirait s'avilir en confiant une affaire importante à une femme; le second les regarde au contraire comme particulièrement propres aux affaires. A la Chine, esclaves de l'opinion, les femmes, privées pour ainsi dire de la liberté de leurs membres, passent leurs jours dans une triste et ennuyeuse retraite. A la Cochinchine, elles jouissent d'une telle liberté, qu'elle a dégénéré en licence.
L'extérieur des Cochinchinois n'est point prévenant. Leurs femmes sont peu remarquables par leur beauté; mais elles ont de la vivacité et de la gaité. Beaucoup plus
uouibreuses que les hommes, elles s'occupent avec activité des travaux de la campagne.
L'iiabillciiieut des hommes diiTère singulièrement de celui des Chinois. Au lieu de vétemeus louds et épais, ils ne portent qu'une veste et un large caleçon, retenu par une ceinture, leurs jambes et leur pieds sont nuds. Leurs orteils acquièrent par-là une si grande facilité de se plier, que dans beaucoup de métiers, et principalement dans celui des constructeurs de canots, ils dc\icnBent. ainsi que le reste du pied, les auxiliaires de la main. Dans leurs amuscniens, surtout au jeu du volant, les agiki et inoénieux Cpchinchinois se servent de leurs pieds comme d'autres peuples se servent de leurs mains. Ils n'ont point de raquettes et ne se servent pas de leurs mains. Lorsque le volant descend vers les joueurs, ils prennent un peu de course, en faisant un saut, le frappent de la pointe du pied et le renvoient en l'air avec beaucoup de force. Il est rare qu'ils le manquent et ne lui donnent la direction qu'ils désirent. Le volant est fait d'un morceau de cuir scc , roulé en rond et lié avec un cordon. Dans ce cuir sont renfermés deux ou trois longues plumes, qui s'écarl ent vers le haut, mais qui tont si rapprochées par le bas, qu'elles passent dans des trous qui n'ont pas plus d'un quart de pouce de distance entre eux. Ces trous sont Iinjours dans le centre d'une pièce de monnoie de cuivre. Deux ou trois autres de ces pièces sont au fond du volant pour lui servir de contrepoids, et leur son fait connaître aux joueurs quand il approche d'eux. Leurs longs cheveux noirs, relevés sur le sommet de la tête, sont recouverts par une espèce de turban. Les soldats ont pour armes des sabres et des piques d'une énorme longueur, o/nés de glands de poil teint en rouge, couleur qu'excepté dans le service militaire, ou par ordre du Souverain, personne ne peut porter ni dans ses vêtemens, ni dans les équipages.
L'habillement des femmes consiste en une chemise de toile de coton, bleue ou brune, qui descend jusqu'au milieu des cuisses, et un caleçon de nankin noir. Elles ne portent ni bas ni souliers; l'usage des sandales est réservé aux femmes du premier rang.
La Cochinchine est du petit nombre des pays où l'on mange de la chair d'éléphant. Quand le roi ou quelqu'un des vice -rois fait tuer un éléphant pour sa table, il en 'envoie des morceaux aux personnes élevées en dignité, et ces présens sont regardés comme une grande marque de faveur. Les Cochinchinois préfèrent la viande de buffle à celle de bœuf. Ils ne font point usage du lait. I,e riz est d'une plus grande importance pour ce peuple, que le pain ne l'est pour les Européens, parce qu'avec ce grain, il n'a besoin que d'un peu d'épice, d'huile et de viande. Ce qu'il recherche le plus, sont les liqueurs spiritueuses , le tabac, la noix d'arèque et les feuilles de bélel. Les personnes de tout sexe et de tout état mâchent des noix d'arèque avec des feuilles de bétel, et fument du tabac. On les renferme dans un sachet de soie , pendu à la ceinture et divisé par compartimens, et ce sachet est un des principaux objets de l'habillement. Tout homme qui possède quelque fortune, se fait accompagner par un domestique, chargé de lui porter sa pipe et son tabac. 11 fient lui-même son arèque et son bétel dans un petit étui ou dans une bourse qu'il attache à un joli ruban, passé par -dessus l'épaule, et tombant jusqu'à la ceinture. (PI. LXIII) Cette plache offre le dessin d'une galère pontée, de
construction légère, alongée et propre à naviguer avec célérité, telle qu'elle est représentée et décrite dans le voyage de lord Macartney.
Le culte de buddhou ou fo, répandu dans presque tout l'orient, constitue la religion de la Cochochine. Les Cochochinois manifestent leur piété, en offrant à la Divinité les premiers nés de leurs troupeaux et les premiers de leurs fruits. Le sommet d'un arbre en est ordinairement le temple: ils y fixent une espèce de cage, et y placent l'efligie de leur dieu. Quelquefois on voit de petites boites suspendues aux branciies; elles contiennent des statues de bois ou des images peintes et dorées , en papier découpé; des inscriptions accompagnent ces objets révérés et en indiquent la destination sacrée. Souvent ils renferment dans une petite boite leur dieu favori, et la portent toujours sur eux,