TARTARIE CHINOISE
La Manlchourie, ou Tartarie Chinoise Orientale; 2". La Mongolie, ou
Tartarie Chinoise Occidentale; 5°. La Kalmoukie, subdivisée en Petit
Thibet, Petite Boukharie , Soungarie, etc.
Etisncue. — 5oo,ooo lieues carrées. — Population, 20,000,000 d'habitans.
ÉTAT PRÉSENT. — Ccttc vaste contréc nous est aujourd'hui à peine connue. Les grands traits de sa gigantesque contexture composent à peu prés tout ce dont nous sommes certains. C'est un immense plateau, d'une excessive élévation, parsemé de rochers stériles et de vastes déserts d'un sable noir et presque mouvant II est soutenu de tous côtés par des montagnes granitiques, dont la cime élevée décide des climats du grand continent de l'Asie, et forme le partage de ses eaux. En -dehors coulent tous les grands fleuves de cette partie du monde: au -dedans quantité de rivières ayant peu de pente ou point de débouchés, vont se perdre dans les sables ou alimenter des eaux stagnantes. C'est de la partie septentrionale de ce plateau qu'à l'image des grands fleuves se précipitèrent avec fracas ces hordes de barbares qui, dans le moyen âge, couvrirent la terre de calamités; les Huns, les Avares, les Eygures ou Hongrois, les Mongols, les Turcs. Il ne s'y trouve plus aujourd'hui que des peuplades trop insignifiantes pour franchir désormais leurs bornes naturelles; ce sont les soungakes, les kalmouks ou Er.F.i.'iaSf diverses branches de mongols et de mantchoux, formant des races séparées d'une même familie. Plus bas, vers les chaïues méridionales, sont des pays plus peuplés, plus riches, et plus civilisés; la petite BOL'KHAPaE, le grand et le petit thibet.
Les peuples du nord sont pasteurs et nomades ; leurs richesses consistent dans lenrs troupeaux; leurs demeures sont des tentes et leurs villes des camps, qui se transportent suivant le besoin des pâturages. Les eoukhariens sont en possession de commercer par toute l'Asie, et les tuieétains cultivent les terres avec avantages. Le plateau de l'Asie est regardé par quelques auteurs comme le berceau du genre humain , qui , du lieu le plus élevé, se serait répandu au loin de toute part. On y trouve en grande partie dans l'état sauvage, la réunion de presque tous les animaux qu'on ne possède que partiellement ailleurs. 11 en est de même des productions végétales: mais ce pays en possède en outre qui lui sont propres, tels que la rhubarbe, le tinkal ou borax brut, la chèvre à poil de schal. le chevreau porte-musc, l'yak ou vache grognante.
Tout le plateau central auquel on peut joindre le pays des Mantchoux, qui lui appartient par son élévation et la nature de ces habitans, reconnaît aujourd'hui le sceptre Chinois, qui a soumis la Mongolie v-ers la fin du 17"^. siècle; les kalmolks, les soungares et la PETITE EOUKHARiE cu 1 " 5 () ct cufin le THiEET vcrs 1780.
ÉTAT ANCIEN. — Lcs anclcns n'avaient qu'une idée confuse de l'Asie centrale. Ils lui donnaient la vague dénomination de Scythie. Au-delà de I'jmmaus au pied de cette chaîne célèbre (incontestablement la même que les monts belour d'aujourd'hui qui séparent la Tartarie de la Kalmoukie), venaient finir leurs conuaissaaces géographiques» et ils ont parlé très imparfaitement du pays des serès, de la sérique ou séricane qui est la PETITE BOUKHARIE. C'cst dans le moyen âge, par l'invasion des hcks ct les conquêtes de GENOIS -KHAN, quc Hous avoHS eu les premières notions de l'Asie centrale.
ViLiEs. — MOUKDEN, qui possèdc le mausolée de yun-chi, conquérant de la Chine (1^)44), et le chef de la race régnante.
KtEX, capitale du gouvernement de Kiren — Oula , ville située sur le Songari, rivière qui se jette dans l'Amur; tsitchicar, ville nouvellement fondée; c'est un lieu d'exil pour les Chinois. La province où se trouve cette ville se nomme Daourie Chinoise , par opposition à la Daourie russe; vajikand ville principale de la Kalmoukie, sur la rivière du même nom,
L\ssA ou BARANTOLA SUT la Burrcmpuler, ville petite, mais dont les maisons sont construites en pierre. Elles sont vertes et élexées. C'est a 7 milles de Lassa, à l'est, qu'est la fameuse montagne de pltala , sur laquelle est placé le palais du Dalai-Lama. Cet édifice bâti à l'européenne, a quatre étages et contient 10,000 chambres, un grand nombre de cours, de galeries, de portiques ct de terrasses, kalmandu ou jahe, { 5o,ooo habitans ) est la capitale du pays de >'épal. La chaîne de forteresses de la frontière méridionale a été cédée en 181 5 à la compagnie des Indes anglaise, qui a obtenu également le passage pour la Chine par iNépul et la Tartarie.
Tassisudon; ville capitale du Boutan , et la résidence du Raja-Lama. Ce souverain ji dans son palais i5oo gylougs ou moines, qui s'assemblent trois fois par jour dans un
temple dont l"idole principale sr nomme mahamona: ils s'y occupent de leurs exercices reli"ieux, se vouent au réiibal; et toute communication avec U'S femmes Ictir est interdite . sous des peines très -sévères. Les boutaniens sont moins bruns et plus robustes que les Bengaks leurs voisins; ils ont le visage plus large et les os des joues plus proéminens; ils ont tous les cheveux noirs et coupés très courts; ils portent des moustaches et plusieurs d'entre -eux ont plus de G pieds. Le thipet est séparé du Boutan par des montagnes, dont quelques-unes offrent des points de vue d'une grande beauté. On y admire la nature dans sa forme la pins gigantesque tt l,i plus sauvage. Les liabitans de ces montagnes ont un air de sanlé et de vigueur qu'on ne trouve dans aucune autre contrée de l'Asie. Ils ont tous la taille et les traits avec lesquels on représente les anriens Athlètes. Les femmes avec leurs cheveux couleur de jais, leurs yeux noirs et briilans, ont cet air de fraithonr qu'on remarque dans nos belles paysanr.cs d'Europe. Le LAMAÏSME domine au Thibet et parmi les Kalmouks, les Kalkas et la jdupart des peuples Mongols. Ils croient que le la?4a, le médiateur entre les hommes et l'être suprême, ne meurt jamais. Quand il est avancé en âge, il s'incarne de nouveau et reprend la forme d'un enfant. Toute leur confiance est dans ce grand -prêtre. Son bouclier invisible les garantit des atteintes de l'ennemi, et ils le préfèrent à des armes pour défendre leur territoire, et maintenir leurs droits. 11 est l'ame qui anime leur système civil et religieux. Les voyageu7-s Anglais attestent avoir vu des idoles de lama qui contenaient des pastilles sacrées de la garde -robe du grand - prête. Les Thibétains en mangent; et cet usage rc\oltant tient à l'idée profonde de la métempsycose: quand ils avalent ces reliques du Lama, ils imitent le jeu de la nature et de l'univers dont les parties s'absorbent sans cesse, ri passent à chaque instant les unes dans les autres. C'est le serpent qui dévore sa queue. Ces peuples disent que les arts et les sciences ont pris n::issancn dans la Aille sacrée de Bcnarès: ils la regardent comme le berceau de leur religion et de? anciens apôtres de la foi qu'ils professent. Le corps du GRAND LAMA ost couscrvé après sa mort dans un cercueil d'or massif. On brûle celui des Lamas inférieurs et on en conserve 1er. cendres dans de petites iraiiges creuses.
Nous avons donné dans la première partie de ce porte -feuille, l'énnniêration des peuples divers qui habitent l'Asie. IVous ajouterons ici quelques détails clhnographiques sur deux tribus du plateau central, les mongols et les kalmouks.
C'est au milieu âcs sioncols que le grand empii'e de Cengis Khan et de ses successeurs prit naissance, et rut son siège principal avant celui des r(!nquérans Want.-hous qui gouvernent à présent la Cliine. Les mongols sont pour la plupart de taille médiocre, mais robustes; ils ont la face large et plate, le teint basané, le nez plat, les yeux noirs et pleins, les cheveux noirs et aussi forts que le crin de leurs chevaux ; ils se les coupant assez. or:li;iair'.'nient près de la tête, et n'en conservent qu'une touffe au sommet qu'ils laissent cri.ii.-e de la longueur n;,turclle. Ces Tarlarcs qui vivent habituel-
lement pèle-mèle avec leurs animaux, exhalent une odeur insupportable. Leur costumr est à peu près le même que celui des Eleuths dont nous allons parler.
Le véritable nom des Kalmouks est celui d'ELEurus. Le premier n'est qu'un sobriquet que leur donnent par mépris les Tartares Mahométans.
Les Eleuths forment la tribu la plus considérable de la race des Mongols, après celle des Tartares de Sibérie. Le nombre des Kalmouks qui habitent actuellement la Russie ne s'élève qu'à 20,000 familles. Lors de la fameuse émigration de 1770 représentée dans la PI. LXIl. , plus de i5o,ooo hommes avec leurs nombreux troupeaux se décidèrent tout a coup à se soustraire au sceptre russe sous la conduite d'un chef vindicatif et ambitieux nommé Khan Abascha, et d"uu intrigant Lama appelé Loosang Dshaizen Aramschimba , qui réussirent à persuader à ce peuple que la Russie voulait le contraindre à embrasser la religion chrétienne, et lever des recrues pour l'armée. Les chefs furent, dit -on, massacrés par les Chinois à leur entrée sur le territoire de ce dernier peuple.
11 n'est aucune nation dont les traits caractéristiques de la physionomie soient plus saillans. Le Kalmouk a vraiment une physionomie nationale: sa tête est arrondie, son nez camus est écrasé vers le front; il a les os des pommettes très -saillans, de grosses lèvres, des yeux placés obliquement et aigus du côté du nez; ses cheveux sont noirs et ses oreilles d'une grandeur démesurée (voyezPl: XXII, Fig: II.); sa taille médiocre est bien proportionnée, sa peau est basanée. — Ce peuple est affable, hospitalier, gai et enjoué. L'habillement des Kalmouks est composé de peaux, d'un feutre grossier qu'ils fabriquent eux-mêmes, ou de draps qu'ils achètent. Sous l'habit de dessous, qui a beaucoup de rapport avec l'habit polonais, ils portent une veste entièrement boutonnée et serrée avec une ceinture. Une cliemise courte, de larges pantalons et des bottines composent le reste du vêtement. Ils portent des moustaches et un petit bouquet de poils sous la lèvre inférieure. Les vieillards et les jirétres ont seuls le droit de porter la barbe et les moustaches, — L"habilleu'.fnt des femmes, peu différent pour la forme de celui des hommes, est composé d'une étoffe plus fine et plus légère. — Les hommes ne conservent sur leur tête qu'une petite touffe de cheveux dont ils forment des nattes. Les pauvres n'en ont qu'une, et les riches en portent plusieurs. Les femmes regardent la chevelure comme leurs plus bel ornement. Les cheveux tressés des jeunes filles entourent leur tête. Les femmes mariées portent deux tresses qu'elles laissent pendre sur leurs épaules, et lors qu'elles se livrent au travail, elles les enferment dans un étui de bois pour les conserver. Comme tous les peuples nomades, les Kalmouks n'ont d'autre habitation que des tentes. La charpente de ces tentes est d'une construction légère et ingénieuse; elles sont couvertes par de grandes pièces de feutre, et leur sommet est ouvert pour livrer passage à la fumée. Un lit garni de coussins et d'oreillers de feutre en est le meuble principal. Les ustensiles de ménage consistent en quelques vases de fonte de diverses formes, des écuellcs et gobelets de bois, des outres, et quelques vaisseaux de cuir. — La chasse, le soin des troupeaux et la construction des tentes remplissent tous les inonieas que les Kalmouks ne passent point dans l'indolence et les plaisirs. Les femmes accablées de travail, négligent jusqu'aux soins de
leur parure; elles doivent traire les bestiaux, préparer les peaux et former les vêtemens. Ce sont elles aussi qui montent et déniuiitent les tentes lors des émigrations. — Les troupeaux font toute la richesse des Kalniouks. Leur bétail coniiste principalement en chevaux et en moutons. Le lait qu'ils en tirent constitue la base de leur nourriture. Ils le convertissent par la fermentation et la distillation en une liqueur spiritueuse. Pendant l'été, la chasse leur fournit abondamment de la viande. Leurs chevaux sont d'une légèreté extrême; quelques Kalniouks en possèdent jusqu'à deux mille. La lance, l'arc et les flèches sont les armes de la plupart des Kalniouks. Les riches ont ordinairement des armes à feu. Ils combattent à cheval et se revêtent d'une cotte de maille composée de petits anneaux de fer et d'acier en forme de filet. Leur casque est garni d'un filet d'anneaux de fer qui tombe par devant jusqu'aux sourcils, et couvre par derrière le dos et les épaules. Les tribus Kalmoukes, soumises à des princes héréditaires appelés NoioNs, sont divisées en petites troupes ou aimaks commandées par des nobles auxquels on donne le nom de saissang. Les subdivisions de ces aimaks se nomment KHANTOUN (chaudièrc), parce qu'elles comprennent tous les indi\idus qui mangent dans la même marmite. Chacun de ces Khantouus a son chef particulier. Le noion peut infliger une punition corporelle à ses sujets, mais il ne peut les faire mourir. Les lois des Kalmouks annoncent un peuple humain et ami de l'ordre. Leur religion est le lamaïsme. Leur cosmogonie, tissu de fables absurdes, forme un système trèséfendu et développé dans leurs livres. Ils adorent des sains nommés bourkans, qu'ils représentent sous des figures monstreuses et ridicules. Ils regardent le dalaï - lama du Thibet comme un Bourkan. Les prêtres lama ou gueli.ong sont dispersés dans les hordes KAiMOUKES; ils s'occupcut dcs soins du culte, de l'éducation de la jeunesse, et vivent des dons qu'ils reçoivent. Auprès des tentes qu'ils habitent on voit de longues perches, à l'extrémité desquelles sont attachées des banderolles flottantes sur lesquelles sont écrites des prières. Ils prétendent que les oraisons ont autant de vertu lorsque le vent les agite, que si on les récite avec ferveur. Ces prêtres font usage d'eau bénite; ils ont aussi des pillules bénites qui viennent du Thibet.
Les Kalmouks ont plusieurs manières d'enterrer les morts. Ordinairement on transporte le cadavre, dépouillé de tout vêtement, au milieu du désert, et on l'enterre la tête appuyée sur un bras et tournée vers l'ouest. Aux quatre coins de la tombe on plante des piquets; à leur extrémité flotte une banderolle de toile bleue, sur laquelle sont écrites des prières. Quelquefois les cadavres sont exposés dans un bois , ensevelis dans les eaux ou recouverts d'un monticule de pierres. Le corps des personnages qui ont vécu saintement, ceux des membres du haut clergé et des princes, sont brûlés, et leur cendre recueillie est mêlée avec des parfums et envoyée au Dalai-Lama.
rv. REVERS ORIENTAL DU GRAND PLATEAU DE L' A S I E CE A' T R A LE.
vx/XiAJ-wxrv/XAvrw ^yxr^/^rt/
LA CHINE PROPRE, LA CoREE ET LES ILES.
Etendue. — 200,000 Jieues carrées. — Population environ 200,000,000 d'habitans. — celle de 553 niillions, jiour la Chine, selon les docuuiens fournis par Tchon-ta-gin au Lord Macartney, parait exagérée.
La Chine proprement dite, située aux extrémités de l'ancien monde, présente une immense surface qui repose d'un coté au pied des hautes régions de l'Asie centrale, qui la garantissent des frimas rigoureux du noid; de l'.Tufre elle est bordée par le grand odéjn oriental, dont les exhalaisons constantes la couvrent en tout tems d'une atmosphère humide et douce. Ces circonstances réunies procurent à ce pays favorisé un des climats les plus heureux et le sol le mieux arrosé qu'on connaisse sur le globe. Peutêtre n'existe-t-il pas de plantes propres au luxe et aux nécessités de la vie, qui ne puisse croître .dans quelques uns des terrains que renferme l'empire de la Chine. Plusieurs chaînes de montagnes, d'une élévation médiocre, circulent sur cette vaste région et dessinent de légères vallées où se promènent majestueusement deux énormes fleuves grossis de plus de vingt rivières secondaires, toutes aussi grandes que nos plus beaux fleuves de France: qu'on ajoute une multitude de lacs, une quantité prodigieuse de canaux, et l'on aura la géographie physique de la Chine, qui présente dans son ensemble l'aspect le plus riant, le plus curieux et le plus varié. Là sont rassemblés tous les dons d'une nature prodigue, enrichis encore de tout ce dont peut être capable l'industrie des hommes. X^rm population immense y remplit les villes, s'agite dans les campagnes, et fourmille pour ainsi dire sur les rivières même. Ici ce sont des canaux multipliés qui serpentent dans les campagnes pour fertiliser les terres; là des arrosemens artificiels qu'on fait remonter ingénieusement jusqu'au sommet des montagnes; lesquelles sont cultivées en terrasses régulières depuis leur base jusqu'à leur sommet. Le riz, le blé ou le millet, presque tous nos végétaux, nos arbustes et la plupart de nos animaux domestiques, se trouvent en Chine ainsi que le sucre, l'indigo, le coton, la soie, mais elle possède en propre l'oranger naturalisé parmi nous, le thé qui nous est devenu si familier, le camphrier, l'arbre à suif, celui dont on fait le papier, celui qui donne le vernis, Parbre d'aloès, le bois de fer, propre à la province de Quang- tong; des animaux singuliers, des oiseaux magnifiques , des faisans d'orés et argentés, des sarcelles à double crête orangée; des uiétaux de toutes espèces, des mines de charbon, la substance de la porcelaine et des dépots de sel gemme et sa poterie inépuisable. La population, les lois, le caractère, les connaissances et Pantienneté des Chinois sont depuis loiig-tems et deviennent encore aujourd'hui un objet de dispute et de contradiction parmi les savans.
L'ambassade anglaise de lord Macartney eu lygô , a fourni des détails curieux et iutéressaus. L'empire de la Chine date son existence certaine depuis près de 4000 ans. Son his-
toire authentique et non interrompue uoninience 200 ans avant J. C. M'- de Guigne regarde les Chinois comme une colonie égyptienne, l'eut-étre l'a ut il admettre le contraire
La poudre à canon, l'imprimerie, la boussole, et l'art de faire la porcelaine, étaient connues en Chine avant que nous en fissions la découverte parmi nous. Mais d'antiques institutions, le pouvoir des mœurs et des coutumes, la tyrannie des habitudes, la politique du gouvernement, que l'on a considéré comme l'effet de la plus haute sagesse, et qui n'est peut-être que le résultat nécessaire du despotisme consolidé, toutes ces causes réunies jointes à l'innombrable quantité de signes qui composent la langue savante, tendent à rendre en Chine l'état social stationnaire , et à écarter comme des nouveautés dangereuses toute espèce de perfectionnement. ('') Les Chinois ont des travaux qui, par leur immensité, surpassent ceux des Romains, et rappellent ceux des Egyptiens avec lesquels d'ailleurs ce peuple a plusieurs autres traits d'analogie. Des ponts étonnants, des grands chemins magnifiques, des portes, des télégraphes, des canaux sans nombre, etc. Celui de Canton à Pékin a près de Coo lieues. La fameuse grande muraille en a 5oo.
Les Chinois ont au milieu d"eux trois religions. Les Lettrés suivent les lois de cokfucius, qui paraissent se réduire au théisme et à l'étude de la morale. Le peuple suit la religion de fo , moins abstraite et plus sensible aux yeux; les bOinzes en sont les prêtes. Enfin l'Empereur et les Mantchous reconnaissent le grand -lama-
Les principaux magistrats sont connus sous le nom de mandarins (nommés dans le pays yuAM-FU, ou ministres du prince). Ils sont au nombre de 53, 000, divisés en mandarins d'armes, de lettres et de justice. On dit que la chine possède environ 1672 villes murées, la plupart entourées de fossés remplis d'eau; elles sont très étendues, relativement à leur population, parce qu'elles renferment, dans leurs enceintes, des jardins très -vastes, des espaces vides, et même des champs cultivés; leurs portes s ouvrent au soleil levant et se ferment la nuit: des soldats y sont toujours postés en sentinelle, pour veiller sur ceux qui entrent et qui sortent. Les villes du premier ordre sont désignées par la finale rou. L'empire de la Chine , avec les troupeaux nombreux des peuples pasteurs de la division centrale de l'Asie, qui sont ses sujets ou ses tributaires, avec ses mines, sa florissante agriculture, ses rivières et ses mers poissonneuses, ses manufactures de tous genres, ses routes et ses canaux qui facilitent la circulation de toutes ses richesses, forme à lui seul un monde à part, qui, séparé des autres contrées du globe par l'Océan, par des déserts et par de hautes chaînes de montagnes, n'a nul besoin des autres peuples. Aussi, la chine semble - t-elle plutôt tolérer qu'autoriser le commerce que les étrangers viennent y solliciter. Ce commerce se fait presq\ie en totalité .T CANTON, qui renferme ( 2600,000 habitans ) , et parait être la capitale du midi de cet empire; elle a supplanté nankin ( 1,000,000 d'habitans) , qui dans le 1 5". siècle, servait de séjour aux empereurs, et qui se fait encore remarquer aujourd'hui par sa haute tour de porcelaine,
■) La LArîGiiE SAVAKTE OU écrite est une espèce d'IicrogI\phes ; elle ollVc une immense collection ce signes qu'on estime a plus de 80, ooo- La lakoue ohkoisc parlée se compose de monosyllabes, et à peine y a - 1 - il 35o mots diiléirns pour une oreille turtipéenue; mais les Chinois, au moyen de <|uelques inflexions de voix et de diQérences de tons , y distiugueut un nombre beaucoup plus considérables.
qui a neuf étages, et où l'on monte S84 degrés pour arriver au sommet, orné d'uitc pomme de pin d'or massif, selon les Chinois. C'est dans un quartier de canton, que les divers-s nations de l'Europe viennent échanger contre de l'argent et quelques denrées de leur pavs, une quantité énorme de l)allots de feuilles séchées d'un arbrisseau, (l'arbre à thé), dont l'Angleterre seule et les colonies consomment, dit-on, annuellement i3 millions de livres pesant. Ea 1806 l'exportation de cette marchandise a été de 43 millions de livres pesaiit. Près de Canton est macao, établissement portugais, sur une petite langue de terre qui tient à une ile. Un groupe de rochers près d'une des plus hautes éminences de la ville forme un antre appelé la grotte du cAMoè'NS, auteur du fameux poème de la lusiade. Les ports les plus importans pour Je commerce sont, après CANTON, EMONv, duns la province de foki. à l'est, d'où se font les exportations pour les Philippines, formose, les iles lioukiou ; ensuite ning-ïo, dans la province de Tche- Kiang, qui commerce avec le japon et la corée. La capitale de l'empire est pekin dans la province de Pé-tsche ly (800,000 habitans ). Son enceinte renferme I'an- C1ENNE ville habitée par les Tartares vainqueurs de la Chine, et la nouvelle nommée VILLE des chinois. Lc palais de l'Empereur, qui a deux lieues de tour, renferme trois reines et 3ooo concubines. Non loin de là, ou voit le temple de la iehre, où l'on couronne l'Empereur, qui prend, à cette auguste cérémonie un habit de laboureur et une charrue de vermeil, avec laquelle il laboure un p^u de champs qui est dans l'enclos du temple, et ennoblit ainsi le premier de tous les arts.
Kai-song-fou sur le Hoang-ho, est la capitale du ho-nan que les Chinois regardent Gomme le centre du monde, et nomment le jardin de la chine à cause de sa beauté et de sa fertilité. Cette province jadis Iiabitée par les Empereurs contient plus de 10 millions d'habitans.