ETHNOGRAPHIE
DE LA ftODVELLE-HOLLA?iDE.
(P- LXYIII. ;
La IN'ouvelle - Hollande parait offrir au moins troisvariétés indigènes d'habitans, quoique tous appartenant à la race des nègres — Océaniens. H n'y a peut-être pas de peuple sur la terre qui ait fait moins de progrès vers la civilisation. Ils sont simplement divisés par familles ou par tribus. Les traits des feiumes ne sont pas absolument désagréables. Une barbe noire et épaisse, et les 03 dont ils so parent le cartilage du nez, donnent aux hommes un aspec dégoûtant auquel se joint la puanteur de leur peau frottée d'huile de poisson, pour les défendre des injures de l'air et des moustiques, lis se colorent, la 6gure en blanc ou eu rouge. Les femmes sont distinguées par la perte des deux premières phalanges du petit doigt de la main gauche; il est vrai-semblable que cet usage, ainsi que rextraction d'une deot aux jeunes garçons, sont des épreuves destinées à leurs apprendre â supporter la douleur avec courage. Quelques-uns sont aussi noirs que les nègres d^Afrique , tandis que d'autres sont couleur de cuivre; ils ont les cheveux longs sans être laineux comme ceux des Africains; le nez aplati, les .narines larges , les yeux creux , les sourcils et les lèvres épaisses, avec une bouche d'une longueur démesurée, mais les dents blanches et égales. Lems bras, leurs jambes, leurs cuisses sont dune maigreur extrême, sans dc>ule à cause de leur mau; \aise nourriture. Ceux qui habitent les côtes ne vivent que de poissons , tandis qu'un petit nombre subsiste, dans les bois, d'animaux qu'ils peuvent attraper, ou grimpent sur les arbres pour manger le miel et prendre les écureuils volans et les oposuni. Ils font aussi une guerre active aux
grenouilles^ aux lézards et nu serpens qu'ils mangent. PeiiJant les orages fréquens qui inlcrdisent la pôclie , lors des éniigraliuns prriuiliqucs tics poissons, des famines cruelles se manifestent sur €e vaste continent : alors on voit errer les malheureux naturels ré-lnit? à un état de maigreur elTrayant , et senihiables à autant de squelettes- Des herbes sauvages sont leur principale ressource; ils rongent aussi l'érorco nouvelle des jeunes arbres; rassemblant les araignées, les fourmis elles chenilles communes dans ces climats, ils les pétrissent avec des racines de fougère réduites eo pâte, et assouvissent leur faim dévorante avec ce mets horrible. Les buttes grossièrement construites avec l'écorce d'arbre, ont la forme d'un four; le feu est placé à l'ouverture, tandis que la fumée et les ordures restent dans l'intérieur- Les javelots de 12 à 14 pieds de longueur lancés avec beaucoup d'adresse peuvent être redoutables même aux Européens. Ils tuent les poissons avec une espèce de fourche; quelques-uns tendent des filets aux kangourous, ou leur lancent leurs javelots. Leurs canots sont faits d'écorce d'arbre attachée à un châssis de bois. Une tribu nombreuse et robuste a le singulier privilège, d'arracher une dent aux jeunes gens des autres familles, seule marque de gouvernement et de subordination. Le tribut de dents semble avoir lieu tous les 4 ans. Les Notasiens n'ont qu'une foible idée d'une existence future , et croient qu'à leur mort ils retour* lient aux nuages d'où ils sont originairement descendus. Ils sont aussi esclaves de la superstition; ils croient à la magie, aux sortilèges , aux spectres. Les jeunes gens sont ensevelis ; mais les guerriers qui ont passé l'âge moyen sont brûlés. Ua horrible usage ordonne d'enterrer vivant dans la tombe de la mère l'enfant qui, étant à la mamelle, perd celle qui lui a donné le jour. La polygamie est généralement répandue parmi les Nouveaux -Hollandais. Rien de plus malheureux que le sort des femmes de ces contrées. ( PI, LXVIIL )
(24) L'île de Kiirc se trouve à l'entrée cccidenlalc du détroit de Bass , comme l'île hbtieaix à l'entrée orientale. La longueur de l'ile King est d'environ 40 milles. Il n'y avait point d'hahitans , lorsque les Français y abordèrent; mais la multitude d'amphibies qui la fréquentent l'a rendue l'objet d'im commerce intéressant- Les Wombals et les Kangourous y aI»oudent, ainsi que le Casoar.
(25) La Terre de dilmen fut découverte par Tasman qui lui donna ce nom en Ihonneur Je Vah DiÉMEA", gouverneur général des Indes Orientales. Elle est au S. de la Nouvelle- Hollande, dont elle n'est séparée que par le détroit de Bass ; on a même cru long-tems qu'elle en faisait partie. Le sol y est très élevé et diversifié d'une manière agréable. Elle est couverte d'épaisses forêts et a deux rivières principales la Derwent et l'Esk ; c'est sur cette dernière que les Anghiis ont fondé, en 1804, «ne colonie dans un lieu nommé laucestoh; depuis ils en ont établi une autre sur la Derwent , à HOBART-TOww. Lc climat est plus froJd que celui de la Nouvelle - Hollande ; mais le sol paraît plus fertile. La surface de l'île excède 3ooo lieues carrées. Les naturels sont noirs, d'une taille moyenne, et ont les chc» veux laineux. Ils peignent de rouge leur che veux, leur barbe et leur visage- Leurs cabanes ressemblent à celles des habitans de la Nouvelle-Hollande.
C26) La KOtlVELLE- CUIKÉE OU TERRE DES PAP0T7S CSt
séparée de la Nouvelle-Hollande par le détroit de Terres, Les kègres océakiehs paraissent former la grande majorité des naturels. Leurs maiîons sont construites au-dessus de l'eau, sur des pieux. Le pays est extrêmement fertile. Le cocotier s'y trouve en abondance. Elle est surtout célèbre comme la terre natale de ces charmans oiseaux de paradis, que les naturels tuent avec des flèches émoussées, ou qu'ils prennent au lasset ou à la glue, afia d'obtenir leurs précieuses plumes dans tonte leur beauté; ils les transportent ensuite à banda, où ils les échangent pour des clous, des morceaux de fcr^ et des ustensiles de ménage, ot^
ils Ic5 vendent aux Chinois, avec de l'ambre gris, de I écaille de tortue et de petites perles. Cette île a été découverte en i 528 parSaavedra, Espagnol. 11 n'v a point encore d'établissement européen. Son étendue peut égaler celle de Bornéo.
(27) Au sud- ouest de la Nouvelle - Guinée. Cet archipel parait être tr^'s peuplé. Les cùiesdes îles sont ombragées par des cocotiers et des bananiers, et l'air embaumé qu'elles exhalent,
cLarnie les navigateurs qui s'en approchent.
(28) La NOUVELLE - ZZEL4ÏÏDE cst à rextrémité S. E. de l'Australie; Tasman la découvrit en 1642, mais elle ne fut bien reconnue que par Cook en 1770. Il vérifia qu'un détroit de 5 lieues de large auquel l'on a donné .son nom la divisait en deux grandes îles; truies deux sont habitées et jouissent d'une température à peu près semblable à celle de la France, dont la Nouvelle-Zéelande forme presque les antipodes. La plus septentrionale de ces îles est appelée par les naturels du pays eaheijXOSiauwe, et la plus méridionale, tawai - poehammo. La première, quoique remplie de collines et de montagnes , olTre un sol fertile. La seconde de 200 lieues de long neprésente que des montagnes stériles et couvertes de neiges, La plus élevée des montagnes qui traversent les deux îles se nomme pic d"EG>ioniT, de 14,370 pieds de hauteur, dans Eahciuomawe ; il est couvert de neige , nu*nie en Décembre et en Janvier, qui sont les mois les plus chauds de l'année dans ces contrées. On y remarque aussi ta magnifique cascade de cURi dans la baie de Duslvv, ([ui tonibe de 900 pieds de hauteur, et offre une nappe d'eau de 3o pieds de diamètre. Le climat ne permet plus aux palmiers qu'on trouve jusqiie dans la Nouvelle-Calédonie, d'orner les îles de la Nouvelle-Zéelande, La taille du Nouveau-Zéelaudais est à peu près la même que celle de l'Européen. Son corps est bien pioportionné à l'cxceptinn de ses jambes, qui sont un peu grêles. La vigueur accompagne ses mouveniens , et la vivacité les caractérise. Son teint cstbrun ou olivàtrei ses traits mâles annoncent le courase et l'énergie. Les traits de* femmes ,
sans être desagréables, manquent de délicatesse; et leur habillement presque semblable a celui des h(.n>mes, empêcherait, quelquefois, qu'on ne le^ distinguât de ceux-ci, si rextrcme douceur de leur voix ne décelait leur sexe. ( Voyez PI. LXIX ).
Le vêlement du Nonveau-Zéclandais consiste ordinairement en line natte grossière ou un manteau formé avec les longues fibres du beau lin soyeux de la Nouvelle- Zéelande , embellies par d'élégantes bordures noires ou rouges. D'autres sont recouvertes de peaux de chiens qui, avec les rats, sont les seuls quadrupèdes du pays. Vue ceinture d'herbes nattées entoure leurs reins par - dessus le manteau, qui descend quelquefois jusqu'à mi-jambe. D'autres fois, ils portent une seconde pièce d'étoffe qui enveloppe la partie inférieure de leur corps. Leurs cheveux huilés , sont attachés sur le sommet de la tête, et garnis de plumes flottantes. Ceux des femmes sont trés-courls. Les hommes portent des morceaux de bois , des ossemens, des bouquets de plumes blanches dans leurs oreilles. Par le moyen du tatouage , coutume dont il sera parlé à l'article des îles Marquises, ils se couvrent le corps de tâches noires et ils tracent sur leur visage des lignes noires, ou plutôt des sillons contournés en spirales, qui leur donnent un aspect eflrayant. Ils se peignent en outre le curps avec de locre rouge. Leurs habitations ne sont que de misérables huttes couvertes de feuilles s'''ches, et dont la porte est si basse qu'on ne peut y entrer qii'cn rampa nt. La guerre semble être l'élément des Nouveaux- Zéelandais. Des hostilités continuelles régnent entre les diverses peuplades de celte nation leur manière do faire la guerre annonce un peuple cruel et féroce. La mort de ses ennemis n'assouvit point sa vengeance; il l'éteud jusqu'au delà du terme de la vie.
Persuadé que l'ame d'un homme dévoré par sou ennemi, est dévouée à un éternel supplice, il prend un plaisir barbare à couper par morceaux les corps palpitans de ses victimes , et il les dévore avec avidité après les avoir fait gril* 1er. L'ne coulnnie si atroce décèle un caractère éminemment vindicatif, La pèche^ outre
quelques vègêlauî, le petit nombre d'oiseaux qu'ils peuvent attraper , et la cliair des chiens^ foraient la seule ressources des habitons des côtes. Les Européens leur ont fait connaître la pomme de terre et d'autres plantes utiles. Les principes religieux des Nouveaus-Zéelandais correspondent à ceux des Otaitiens. Ils ne lèvent aucun temple à la divinité, maïs ils ont des prêtres. Ils admettent rinunorlalité de l'a me. Dans les parties scptentiiouales de la Nouvellc-Zéelande, on enteire les morts, tandis que dans les parties méridionales, ils ont la mer pour sépulture,
(29) Chatam a environ 12 lieues de long, elle est fertile et peuplée. A quelque distance se trouve l'île de BOUKTY , la terre la plus rapprochée des antipodes de Paris , dont elle n'est éloignée que d'une cinquantaine de lieues,
(3oJ Les îles pelew sont au nombre de 3o ; mais on n'en connaît que sept principales. L'île fELEW qui donne son nom à tout l'archipel , est dans la partie méridionale. La plus grande se nomme eausel -tiion-cp; entre celte île et la première sont obouloisg, où le capitaine "VVilson , qui a le niieux fait connaître ce groupe, aborda, après son naufrage de 1783, et coROURA, oii résidait alors le roi aba-thule, qui coniia aux Anglais son fils, afin qu'instruit dans les arts de lEuiope, il vint un jour en enrichir sa patrie. On s-ait que bientôt après ce jeune prince arrivé en Angletterre, y fut moissonné par une maladie cruelle. Ces lies sont d'une élévation moyenne, des bois épais, dans lesquels croissent l'éliénier, le cocotier, l'arbre à pain , les couvrent de leur ombrage ; la canne k sucre et le bambou s'y trouvent en abondance; la population de toutes les îles est d'environ 6000 hahitans. Le naufrage du paquebot l'AnTELOPE, commandé par le capitaine Wilson , nous a procuré la connaissance de ces îles. Les habitans Grent l'accueil le plus honnête et le plus amical aux malheureux naufragés : la générosité et la délit atesse caractérisèrent tous leurs procédés. Ri- n dans leurs manières n?annonçait cette barbai ie qui déshonore le nom de sauvage. Ce sont des honmies robustes et d'une taille au-dessus de la nioyennc. La couleur de leur peau est bronzée et ils ne
voilent aucune partie de leur corps. Le seul vf-tement des femmes consutait en deux tabliers ou pagnes formés de franges -épaisses. Elles portaient des boucles d'oreilles d'écaillé de tortue. Les deux sexes avoient la cloison du nezpercée, et ils y plaçaient des fleurs. Les hommes se tatouent la partie inférieure des cuisses, et ils s'arrachent la barbe. Leurs armes consistent principalement dans la lance et le dard; leurs habitations , construites avec autant de goût que de solidité, sont formées avec des pièces de bois. L'industrie de ce peuple se manifestait principalement dans leurs ustensiles. Ils connaissent l'art de fabriquer les vases de terre. Leur nourriture était cxtrcniement simple. Aux fruits du cocotier, du bananier et aux ignames, ils joignaient le poisson. Le lait de cocos était leur breuvage ordinaire. Ces îles ne contiennent d'autres quadrupèdes indigènes que des rais de bois. Le roi de Pelevr dominait aussi sur plusieurs autres îles voisines de celle* de Pelew.
Les habitans de Pelew admettent la pluralité des femmes, mais en général ils n'en ont que deux. Le roi en avait cinq, et elles vivaient séparées. Les funérailles étaient accompagnées de peu de cérémonies. Les Anglais ne virent chez ce peuple aucune trace d'un culte rendu a la divinité; cependant diverses circonstances les portèrent à croire qu'il avait des principes religieux , et qu'il croyait à rexistencc d'une être suprême.
(3i) Elles sont au nombre de i5. Les plus connues sont celles de guam , de timah et de saypak; les Espagnols ont formé un établissement dans la première, et y ont introduit la culture du coton, de l'indigo, du cacao et de la canne à sucre, tikiah est devenue célèbre par la brillante description qui en a été faite dans la relation du voyage d'Ansonj mais cette île a trompé l'espérance des navigateurs qui l'ont visitée depuis cette époqne. Le mangoustan, Tananas, la goyave, le cocotier, l'oranger, le limonier, l'arbre à pain abondent dans ces îles- Elles furent découvertes par maGellak, en i52i, et nommées par lui îles deslarboks, parceque les habitans lui parurent avoir un grand penchant à dérober, et beaucoup d'adresse dans
l'csëcution des vols quils projetaient. Le nom de :iiARiA\5ES, leur fut (îouué sous Philippe IV, en l'honneur de Marie d'Autriche- C'est à l'est de ces îles que se trouve l'énornie rocher nommé par les marins femme de loth ; il s'élève presque perpendiculairement en forme de p}. ramide à la hauteur de 3'>o pieds; il est sans cesse battu par les flots qui se Lrisent contre lui avec fureur, et se précipitent avec un bruit épourentable au fond d'une caverne creusée dans un de ses flancs qui regarde le sud - est. <3i') Voyez U note 3i.
(32) Les MCLGKATcs Ont été découvertes en 1788 par le capitaine Anglais map.shall; elles sont en très grand nombre, mais toutes fort petites et très basses ; elles produisent des cocotiers, des oranges et des choux- palmistes.
(33) Les îles SiNDwicH ont été certainement vues par les Elspagnols, avant que Cook en eut enrichi la géographie en 1778, Cet archipel situé à l'eitrémué nord de b potYrsisie, est à la fois le mieux connu, et le plus isolé de tous ceui. que renferme celte partie du globe; il se compose de 14 îles, parmi lesquelles on en compte 5 principales: leur population est d'environ 3oo, 000 âmes. owyxe, ( 100, 000 babitans) , au sud, non seulement est la plus grande de toutes les îles de cet archipel, mais encore de toute les Poljnésie; ses montagnes sont très élevées, surtout le sommet aplati de MOwuA-ROA (2575 toises de haut). Les habiians de cette île sont déjà bien familiarisés avec le Commerce de la côte N. O. d'Amérique, tama- HAUA a fait construire plusieurs navires, dont un est du port de 70 tonneaux. En 1802, il en avait déjà une vingtaine de 2.5 à 6n tonncaui, dont quelques • uns doublés de cuivre. Son palaisj bâti à l'européenne, est défendu par une batterie de 10 pièces de canon. Son arsenal contient des armes pour 2000 hommes. Il a aussi un corps de 200 soldats disciplinés , pris parmi ses sujets, qui fait nuit et jour ^un service régulier auprès de sa personne. Aujourd'hui ( i8i6> , les habitaas des îles Sandwich envoient des navires en Chine. La marche rapide de ce peuple vers la civilisation, est Téritablemeut prodigieuse.
Leshahitans des îles Sandvich paraissent tirer Ifur origine des Malais, à en juger par l'aflinilé de leur langage. Leur taille est movcune et leurs membres bien proportionnés. La couleur de leur peau est olivâtre. Les femmes sont moins brunes que les hommes, et leur figure est en général assez agréable. Ce peuple est bienveillùnl . ilcus, susceptible d'attachement et de f délité ; il c; t gai, vif, adroit et ingénieux; confiant dans ses entreprises, il les poursuit avec application. 11 est fâcheux que ces brlles qualités soirut obscurcies par son penchant au vol. Toutes les peuplades des îles Sandwich n'ont point en partage ces vertus hospitalières. Les habitaus de woAHOu ont été signalés par tous les vovageurs comme des hommes aussi féroces que perfides. Les deux sexes sont presque nuds ; Tunique \ètement des hommes consiste dans une espèce de ceinture qui suffit à peine pour voiler ce que la pudeur ordonne de cacher. La ceinture des femmes, un peu plus large, descend jusqu'au milieu des cuisses. Les cheveux de cellesci , disposés en toupet, sont recouverts d'un mélange de chaux et dhuile de cocos, et elles ornent leur front d'une guirlande de fleurs placée avec goût. Les chefs portent des manteaux décorés avec autant de goût que de richesse; les plumes de diverses couleurs qui Ie« forment sont fixées sur un réseau, et rapprochées avec un tel art, qu'elles offrent l'apparence d'un velours magnifique. Leurs bonnets, dcmt la forme est absolument semblable à celle d'un casque, sont également garnis de plumes» (vovez planche XXV., tome I.)
Le TABOO , coutume singulière de ces îles, est une espèce d'interdiction mise surun'objet quelconque; alors il devient sacré, et celui qui oserait' en approcher serait promptemenl puni de mort. Ce sont les prêtres qui imposent ordinairement le TABOO, ils entourent le lieu taboue d'une quantité de baguettes, dont le sommet est garni d'une toufié de poils de chien. C'est ainsi que l'équipage des capitaines Portt lock et Dixon virent tabouer les^ sources où ils comptaient remplir leurs futailles.
Selon Lapérouse et &1\ de Fleurieu , les îles de Sandwich étaient connues des Espagnols
tien avant le troisiômp TOyage Hp C*»f»k , qui a en pourtant la gloire de cette rîécouverti».
C'est dans l'île d'Owhihèc qui fêi it ce cclrhie navigateur. Le 14 février 1779. (Vojcz PI. LXX). Apres son débarquement, il s'était rendu avec son lieutenant et neuf soldats au village de Knwrowaj où il fut reçu avec respect, Les hubitans se prosternèrent, et lui offrirent de petits cochons. Les deux Jils du roi sy trouvaient , et le conduisirent dans la maison ou le père était couché; ils le trouvèrent encore ù moitié endormi. Le capitaine l'invita à venir passer la Journée sur le vaisseau, et il accepta, sans balancer, la proposition. Tout annonçait un heureux succès; déjà les deux fis du roi étaient dans la pinasse, déjà le mi était sur le rii>age , lors tju^ une vieille femme appela à haute voix la mère de ces jeunes princes, épouse favorite de Terrecoboo : elle s'approcha de ce chef, et le conjura, en versant des larmes , de ne pas aller au vaisseau. Deux autres chefs arriv'crenX, le retirèrent et le frent assoir. Les insulaires se rassemblaient en foule, ejfrajés des foups de canon qu'ils avaient entendus, et des préparatifs qu'ils voyaient faire. Le lieutenant des soldats de marine voyant qu'ils étaient pressés et qu'ils ne pourraient se servir de leurs armes , s'il fallait j' avoir recours, proposa de les mettre en ligne vers les rochers au bord de la mer , et le capitaine y consentit. Durant cet intervalle , le roi enrayé, assis par teire, paraissait disposé à se rendre aux instances du capitaine ; mais les chefs employèrent même la violence pour le retenir, Alors le capitaine Cook s'aperçut bien que l'alarme était trop générale pour espérer de réussir dans son projet; il dit au lieutenant que s'il s'obstinait it vouloir conduire le roi ii lo'd, il s'exposait it la nécessité de tuer beaucoup de monde, et qu'il fa/lait l'éviter. Il n'était point en danger lui -même encore; mais un accident qu'il ne pouvait prévoir l'y précipita. Les canots placés en travers de la baie, ayant tiré sur les p) rognes qui cherchaient à s'échapper , tuèrent malheureusement un chef du premier rang. Cette nouvelle arriva au village où se trouvait le capitaine, au moment qu'il venait de quitter le roi, et qu'il marchait tranquillement l'ers le rivage, La rumeur, la fermentation que cette mort excita, fum rent violentes; les hommes renvoyèrent les femmes et les enfans , se vêtirent de leur natte de combat t et s'armèrent de piques et de pierres- L'un d'eux qui tenait une pierre et un long poignard de fer , s'approcha de Cnnk, le défia en
brandissant son arme, et le menaça de lui jeter sa pierre. Le capitaine lui conseilla de cesser ses menaces; son ennemi en devint plus insolent encore, et alors il lui tira son coup de petit plomb: l'insulaire n'en fut point blessé; sa natte fit tomber le plomb mort ù ses pieds, et il en devint plus insolent et plus audacieux. Cependant on je^ tait des pierres aux soldats de marine, et l'un des Erées essaya de poignarder celui qui les commandait. Il n'y réussit pas, et reçut un coup de crosse de fusil. Le capitaine se vit dans la nécessité de se défendre ; il fit feu sur l'insulaire qui s'a prochait , et l'étendtt mort sur le carreau. Alors les insulaires formèrent une attaque générale, et les soldats de marine, les matelots leur répondirent par une décharge de mousqueterie: les insulaires n'en furent point ébranlés , ils soutinrent le feu f et se précipitèrent sur le détachement en pousant des cris et des hurlemens épouvantables , et avant que les soldats eussent le tems de recharger. Quatre soldats de marine environnés de toutes parts , péril ent sous les coups de leurs adversaires; trois furent dangereusement blessés: le lieutenant, déjà blessé entre les deux épaules, allait être /m» mole par un second coup de poignard lorsqu'il se retourna et tua son adi'ersaire. Le capitaine se trouvait alors au bord de la mer; il criait aux canots de cesser leur feu et de s'approcher du rivage, afin d'embarquer la petite troupe : aussi long- tems qu'il regarda les insulaires en face, aucun d'eux ne se permit de violence contre luimais au moment qu'il se tourna pour donner ses ordres aux canots^ il reçut un coup de pique qui le fit chanceler et tomber. Comme il se relevait, il reçut un coup de poignard sur le cou, et il tomba dans un creuX de rocher rempli d'eau y il se débattit encore ai'ec vigueur, éleiia la tête et semblait des jeux appeler du secours; les insulaiies le r eplongerent dans Veau; H éleva cependant encore la tête ; il se rapprochait du rocher quand un second coup de pique lui donna la mort. Ils traînèrent son corps sur le rivage , et s'enlevant les poignards les uns aux autres, chacun d'eux, avec une brutalité féroce , voulut lui por* ter des coups lors mente qu'il ne respirait plus. Telle fut la fin déplorable du capitaine Cook, dont les talans n'ar-aient jamais été égalés ; qui, guidé par ia philantropie , brava le brûlant équateur et les rigueurs du pôle autarctique, et excita parses travaux la noble émulation des Lapérouse , des Langle , etc, ( vot. notes 44 et 46 )»
(34) Mowi a environ 46 Iicug'î de tour; les flancs tléchirés de ses montagnes semblent attester une origine volcanique; elle surpasse toutes celles de ce groupe par sa fertilité et ses aspects enchanteurs,
(35) IToAHOu est une des îles des plus belles et les plus productives de tout cet archipel.
(36) Cet archipel qui renferme plus de cent îles, est un des plus intéres-^ans de toutes la Polynésie et un des moins connus. Elles furent nommées Carolines, en l'honneur de Charles 11^ roi d'Espagne. Elles occupent une ligne de près de 700 lieues de longueur. Les habitans de celle d'uLOA sont les plus civllisés-
{3^) Les îles de L'AMiRAfTÉ au ]V. E. de la Nouvelle-Guinée ont été découvertes et nommées ainsi par le capilauie Carterct; elles sont au nombre d'environ vingt, et jusqu'ici peu connues. La plus considcr.ible porte particulièrement le nom'd'île de I'amiradtê. Plus loin , au N. O. les îles des hebmites , les îles Basses de BocGAiNviLLE, et d'autres petits groupes dont on ne connaît encore que la position, paraissent devoir se rattacher à TArchipel de l'Amirauté.
(38) Larchipel de la Nouvelle-Bretagne comprend trois îles remarquables, la r;oi;VELLE-BRETAGT»E, qui a donné son nom à tout l'archipel- On y trouve le muscadier, le cocotier, l'igname et le gingembre. Les habitans ressemblent à cens de la Nouvelle - Guinée.
(3g) La Nouvelle- Jrlande qui a été découverte par le capitaine Carterct; les habitans appartiennent à la race "Malaic ou polynésienne. On y trouve le poivrier, l'arbre à pain et une espèce d'aréquier, dont la tige, quoique très mince, s'élève à plus de 140 pieds etc. Le centre de l'île de la nouvelle* har'ovre est très montagneux.
(^o"* On croit qu'elles ont été découvertes par l'E-pagnol ME.'ïDAMA , en iSyS, Les naturels parais-ent être de deux races , de Polynésiens cl de nègres océaniens. Bongainville , qui a reconnu cet arcliipel, l'avait iu)mnié terre r^ts Ait£ACiD£s. DE2fTR£GASTEAiJX cavo}é à la rccher-
che de rinfortuné Lapérouse, a complété la découverte de cet archipel.
(42) L "archipel des nouvELLEs-HÉBRiBES est nommé aussi TERRE DO SAIHT- ESPRIT OU DEL SPIRITU-
SAATO. La plus septentrionale de ces îles, qui porte plus spécialement le nom de terre du SAiST-ESPRiT, déploie sur la cote occidentale une chaîne continue de montagnes qui, comme de vastes murailles, s'élèvent du sein des flots à une grande hauteur. L'île de mallicolo, la seconde en grandeur de cet archipel , possède un sol fertile et de belles forêts. C'est dans l'archipel des Nouvelles- Hébrides ou du Saint- esprit, que s'est opéré le mélange de toutes les races sauvages du momde maritime.
(43) L'île de SA?iTA-cRux ou d'Egmont, détachée au S. E. des îles salowo:t, forme avec quel» ques autres îles qui l'environnent , un groupe particulier. Cette île présente des montagnes peu élevées et un sol fertile.
C44) La KocvELLE-CALÉDoriiE au S- de celles de . Salonion , fut découverte par le capitaine Coolt. Les habitans ont le teint d'un brun foncé, et ressemblent à ceux de la Nouvelle- Zéelande, Leurs cheveux ne sont point laineux et ils se rasent le visage. Leurs cabanes ont la forme d'une ruche et sont assez propres. L'antropophagie est malheureusement répandue dans cette île. On y trouve l'arbre à pain et le cocotier. La partie méridionale, qui n'est pas encore bien connue, a été explorée dans ces derniers tems par Dentrecasteaux. Les Nouveaux-Calédoniens sont peu industrieux et exposés à de fréquentes famines; ils mangent alors d'une espèce de steatite verdâtre et friable pour appaiser leur faim. L'île et défendue par une suite deirrojables ressifs, qui en rendent la navigation des plus dangereuses. Aussi quelques géographes croient, que c'e?t là où ont péri Lapérouse et ses infortunés compagnons.
(^5) LES ILES DES AMIS sont situécs à !*£, de la Nouvelle - Calédonie- Le capitaine Cook les nomma ainsi à cause de l'accueil affable que lui firent les naturels. Tasman les avait recon- Dues en 1643, et avait douué à trois d eiUrc
^ elles les noms d'AMSTERniM de «ottebdam et de MiDDELBOUBO. On en compte environ i5o. Anislerdam et Middelbourg sont aussi connues sous les noms de tohgatabod et d'EioowiE. Elles offrent l'aspect d'une brillante végétation. La nature, quoiqu'un peu moins prodigue que dans les îles de la Société, y a répandu ses richesses , et ta valeur de ses dons est encore accrue par les soins que leurs habitans apportent à la culture des terres. Dans la plupart on trouve l'arbre à pain , le cocotier et l'igname. Les habitans ont le teint basané, et à pcuprès les mêmes traits qu'à Taïti; mais ils ont plus de gravité dans leur maintien. 11 est peu de contrées sauvages où l'on trouve des traits plus rapproches de physionomie européenne qu'aui lies des amis. Leurs mœurs , leurs usages, leur religion sont les mêmes qu'à Taïti. La partie supérieure du corps des femjnes offre des formes que les sculpteurs pourraient prendre pour modèle ; mais leurs jambes et leurs pieds n'ont pas la même élégance et leurs traits manquent de délicatesse et d'agrément. (46) Au S. des îles des Amis, I'ile vasquez, et le groupe des ii.es des kermadec marquent la continuation de la chaîne sous-marine vers la partie septentrionale de la Nouvclle-Zeelande. C47) Les ILES DES HAViCATEURs Ont été découvertes par Bougainville. et sont au nombre de dix. OTIWHAÏ ou ( Poula ) est la plus grande après celle-là^ lesplus considérables sont , oahtoiiah, MAOï'KA et opouH. C'est à maoi'xa que furent massacrés de Langle , Lam.mon et quelques autres compagnons de Lapérouse. Le peuple de ces îles .sont d'une haute stature ; Les femmes y sont jolies, mais de mœurs libres dans cette île- Les villages qui se perdent dans l'épaisseur des bois de palmiers qui les entourent, sont formés par des cases disposées en cercle autour d'une vaste plaine tapissée de la plus belle verdure; ces cases sont construites avec beaucoup d'habileté et d'industrie sur un sol factice, compose de petits caillnu\ choisis, et élevé de deui pieds au-dessus de terre, pour se garantir de l'humidité: le plus habile architecte ne pourrait donner nnc courbure plus élégante ans ejtrémités de l'ellipse qui termine ces édifices champêtres; des treillages
réguliers les partagent dans rintérienr en pl«sieurs chambrcttes; le trit est couvert de feuilles de cocotier ; un rang de colonnes faites de troncs d'arbres proprcnunt travaillées, et à 5 pieds de distance, en forment le pourtour; entre elles sont des nattes Cnies. artistement recouvertes les unes par les autres, et qui s'élèvent et s'abaissent à volonté, avec des cordes, ainsi que des jalousies. L'abondance des vivre» est remarquable dans cet archipel, dont le sol est couvert d 'arbres fruitiers et de plantes de toute espèce: en peu d'heures Lapérouse se procura une qujntilé prodigieuse de fruits et de cochons, et plus de deux cents ramiers 0» perruches, tellement apprivoisés, qu'ils ne voulaient manger que dans la main.
C48) Vojez la note 47. ;
(49) Les ir.Es de la société forment un archipel de 60 ou 70 îles- La plus grande de cet archipel et la plus célèbre de toute la polt- KisiE est o-TAiTl ou CTAliiTi: elle a environ 30 lieues de circonférence, et consiste en deur grandes montagnes ou deux péninsules arrondies, réunies par un isthme de 3 milles de largeur. Elle fut découverte en 1-6; par le capitaine AVallis. Cette terre favorisée de tous les dons de la nature, produit presque sans culture une multitude de végétaux dont les fruits forment la principale nourriture des habitans. On n'v trouve, ainsi que dans la plupart des iles de la Polynésie, d'autres quadrupèdes que le chien, le cochon et le ratj mais la mer abondante en poissons , offre à ces insulaires une ressource précieuse. Plusieurs des îles de cet archipel offrent des indices évidens de volcans. La population est évalée à 16,000 âmes. Selon John Turnhull et les missionnaires Anglais, elle doit avoir diminué d'une manière effrayante; au point qu'en i8o3 on n'y comptait plus au-delà de 5ooo âmes; ce qui est bien différent de 200, 000 qui y étaient du tems du capitaine Cook. L'otaïtien est d'une taille élevée. Ses membres sont bien musclés; son teint est d'un brun clair, et ses cheveux noirs. Ses traits sont beaux. L'aisance et la vigueur accompagnent ses mouvemens. Ses manières sont nobles et généreuses sa conduite affable «t «ivile. Sa seosi-
Jailitc est extrême, mai^ elle u e^t que inoxnentanée, et un insiant suliit pour sécher les pleurs qu'excitent les moindres émotions de son arae. Un lel caraclère ne peut être vainflicatif; lotaïliea ne se souvient d'une injure que pour la pardonner. Ce caractèi-e de douceur et d'humanité qui leur est commun avec les Labitans des îles pelées ont contribué à faire eonsidérer toutes les iles de la poLvsrsii, comme le dclicienx séjour où l'on retrouverait les mœurs touchantes et laimable innocence de FàgedVir vanté prïrlcspoèles. Les femmes ne sont pas moins bien partagées de la nature. Elles se font remarquer par des formes élégantes , des traits agréaljles, des jeux pleins de feu, ou remplis d'une douce sensibilé, une belle peau, des dents blanches et bien rangées. L'habillenient des deux, se^^s est à peuples le même , et consiste en nattes ou pièces d'étoffes fabriquées avec Vccorce intérieure du plane , â.n mûrier, ou de l'arbre à pain. Le peuple de la classe inférieure va presque nu- Un simple jupon sert de vctemeni aux femmes, et une ceinture couvre seulement les reins des hom- Hies, La parure consiste moins, à O'a'iti, dans la qualité, que dans la quantité d'étoffes que l'on porte. Les hommes portent les cheveux longs et Ûottans sur leurs épaules. La coiffure des femmes consiste en une espèce de turban ou de bonnet de très bon goût; elles ornent avec art leurs cheveux d'une espèce de fleur qui ressemble à nos lis. Leurs bonnets sont faits avec de feuilles de cocotier, et varient, pour la forme et pour la couleur, de plusieurs- manières. Selon l'usage universel des Olaïtiens, elles vont nu - pieds.
Le gouvernement de cette île est une monarchie héréditaire. Les habitations du roi et des chefs resseniblenr à nos liangars, en entrant on voit toute la maison. Rien n'est plus délicieux que la situation des habitations de la masse des insulaires. Eparses dans lîle , chacune d'elles est placée au milieu d'un bocage d'arbres fruitiers. Ces édifice^ ne consistent qu'eu un toit recouvert de feuilles de palmier ou de latanier, et soutenus par trois rangs de poteaux. Quelque simple que soit cet abri, il «UÛit dans cet heureux climat. Du foia ré-
pendu swr la terre , et recouvert de n.ntics, en forme le sol, et sert de lit pendant la nuit. Assis sur un tapis de gazon, seus l'ombrage délicieux d'un groupe de bananiers ou d'arbres à pain, respirant un air parfumé par les fieiirs^ rOtaïticn passe la plus grande partie du jour dans le repos. C'est là qu'il prend un repas solitaire: car ce peuple ne mange jamais en famille; chacun mange isolément , comme si l'action de satisfaire sa faim avait quelque chos<de honteux. Certains chefs, d'un rang supérieur, croiraient déroger k leur dignité, s'iU s'aidaient de leurs mains pour satisfaire ce besoin de la nature, et ils ont recours à celle* de leurs femmes ou de leurs domestiques. Lesoccupations journalières d'un Otaitien se réduisent à bien peu de chose; il passe ses jours dans l'indolence et le repos. La possession d'un petit nombre d'arbres à pain assure s;; subsistance et celle de sa famille; en plantant quel([ue9- uns de ces arbres dans le cours de sa vie, il a pourvu à celle de sa postérité. Les voyageurs représentent les Otaïtiennes comme peu réservées à l'égard des hommes, et lesaccusent de ne point connaitre la pudeur, ce sentiment délicat, qui ailleurs ajoute un nouveau charme aur attrattsd'un sexe enchanteur. Les amusemenssont assez variés. Ils s'exercent à la danse et au pagilat; ils ont aussi des représentations dramatiques, (voy. Pi, LXXI ). Leurs instrumens de musique se réduisent à la flûte et au tambour. Celui-ci est un tronc d'arbre creusé , rectiuvcrt d'une peau de guulu de mer. Leur flûte n a qu* deux trous; ils soufflent dedan; avec une narine, tandis qu'ils se bouchent 1 autre avec le pouce, comme on le remarque dans la planche qui représente une des danses, communes aux îles PelevT, aux Carolines , aux Mariannes, exécutée au son de ces instrumens à Ulietea, une des îles de l'archipel de la Société. On remarque à l'une des danseuses le seiu paré de deux phimets noirs. Une chose bien remarquable chez les Otaïtiens c'est leur extrême propreté. Les hommes et les femmes se bat' gncnt deux ou trois fois par jour-
Le mariage à Otaïti n'est qu'une conventioa civile entre l'homme et la femme. Il n'est, ainsi que le divorce , accompagné d'aucune
cérémonie. Les parties contraclatilcs peuvent se séparer ùcs qu elles cessent de se plaire. La couluiiic singulière du tabou existe à Olaili, comme aux îles 5A^DW1CH. Le salut par l'attouchement du bout du nez à aussi Heu dans les îles de la Société; le respri-t pour les morts y est observé , et les sépulltnes se font avec pompe. Les woRiïs ou cimetières y sont des endroits de culte, ou des temples élevés à la divinité. Celui d'oBERti et d'oAMo , personnages considéiables de l'île, nous i appellent ces fameuses j'-vramides , mon u mens i'.c l'orgueil des souverains de l'Egypte. (Joiiiue le monument d'Olaïti ne leur m. il pas comparable pour la masse , sa consLrucliun dut couler de pénibles efforts à un peuple aussi peu avancé dans les arts , el dénué d'inslrnmcns de fer. 11 consiste en xiuv pvraniidc massixe^ d'enviion 44 pieds de hauteur sur 2G7 de long et O7 de large, Sl-s faces soûl i^ariiies de degrés, elle est située dans une enceinte carrée el favée de pierres plates. A peu de distance est une cs[èce de cour pavée où, sur de petites plateformes, élevées sur des (coteaux, sont déposées les ulTrandes destinées à la di\iMilc. Les Otatlleus reconnaissent un Etre-supième et sous lui un certain nombre de divinités moins puissantes. Indépendamment de ces dieux supérieurs, le peuple admet une multitude de divinités subalternes nommées t\Ti:AS. Chaque Eatua a son morai et ses pi êtes. On sacrifie communément à l'Eatua des chiens et des codions , dont les corps sont exposés sur les échafauds dont nous avons pa. lé , après que leurs entrailles , encore pal]>i*jntes , ont été consultées par les prêtres , qui en tirent divers présages. Les insulaires r.dmettenl limniortalité de l'amc , et innnolent quelquefois des victimes buniaines , mais ce ne sont ordinairement que des criminels, hn plus grande partie du revenu des prêtres consiste dans les rétributions qu'ils retirent du tatow ou tatouage et de la circoncision , cérémonies civiles qu'ils se sont appropriées, el auxquelles tous les Otaïtiens se soumettent. Le souverain de l'île nommé eaf.îe - rauie, semble jouir d'une autorité moins grande que celle dont les earées ou chefs des cantons de l'île sont revêtus dans
leurs districts. Les lUA^AU0t•KIS , ou tenanciers, cultivent les terres qu'ils tiennent des Earées , dont ilc ne sont en quelque sorte que les fermiers. Lnfin les Otaïtiens de la dernière classe, appelés tcutovs ou towtows sont chargés des travaux les plus pénibles. Les armes de ce peuj'Ie soul lu fjcnide, la javeline et la massue. Par uue sini^ularité rcmarqualde , il ne se sert de l'arc et des flèches que comme iiïijel d'amusement, et pour exercer son adresse. T( u\ leurs on! ils j>our fabriquer les pirogues, sont une hache de itierrc , un ciseau fait a\ec u» os liumcin une râpe de corail, et qui de celle minière sert de lime. Aux guerres maritimes ont succédé des combats sui- terre, tt les j irugucs otaïlicnnes ne sérient plus que de bâtimcns de transport. — Les guerres fréquentes qui se sont succédées depuis quelques années, avec les îles d'alentour, ont causé la I)erte de la plupart des animaux utiles et des végétaux de l'Eurupe, dont Cook avait enrichi l'île; c'est à celle cause, jointe à l'infanticide si connu dans l'infâme société des Arreoj,au jtcnchant des Otaïtiens au libertinage et aui funestes visilcs des Européens, qu'il faut attribuer l'cilrûvnnte diminutiuii qu'a éprouvée cette île dans sa population. Ces sources de maux menacent de faire un dcsertde celle nouvelle C^tlière doiil labcaulédesaspects, lecUmateuchanteur , et les charmes des Olaïtiennes déierminaient il j a ]'eu d années des Européens à se séparer de la socicîé civilisée et à se mêler ave^ les naturels, tic'on le récit des missionnaires d'Olaiti, la réfornialion qui a commencé en i8i3 a continué (t augmenté dcpuisj de sorte que tous les liabilans de cclt*: île ont entièrement renoncé à l'idolclrie. Les idoles et les autels sont détruits, ainsi que les sacrifices humains et les infanticides. Toutes les îles eut aujourd'hui (1817), adopté le culie du viai Dieu et les dogmes du Christianisme. A Olaïti , il y a 66 chapelles et 16 à Eimeo, Le peuple s'y assemble trois fois le jour du Seigneur. Environ 4000 personnes ont appris à lire et beaucoup savent écrire. La société des missionnaires de Londres leur a fourni une presse , et l'on imprime maintenant une partie des évangiles traduits dans la langue du pays,
C5o) Voyez la noie 49.
(5i) Uliétéa est api-cs Otaïti la plus considérable de cet archipel, mais les habitans d'un leint plus uoir, ont un caractère féroce et perfide.
(52) HoAHEiTtE, où leç fruits mûrissent quelques semaines plutôt qu"à Olaïli, a deux etcellens ports.
(53) Les habitans de BoraLora étalent redoutés dans toules les iles voisines, il v a 1 5 ou 20 ans; ils avaient conquis Cliéléa et Huateine ; mais, selon A'ancover et les missionnaires , leur puissance est tombée,
(54) L'ile de PiQrrs. Quelques auteurs croient qu'elle fut vue pour la première fois par Davis en 1686. D'autres la disent découverte par Mendana. Quoiqu'il en soit elle fut nommée ÎLE DE piQCts, parce qu'elle fut apperçuc le jour de celle solemnilé Elle est à nne grande distance des groupes que nous venons de décrire, et se rapproche de l'Amérique méridionale, à laquelle cependant il parait moins con- Tenable de l'atuibuer qu'à la Pohnésie. Elle offre des traces volcaniques, et n'a point d'eaui douces; il v croit néanmoins diverses sortes de légumes , surtout des patates et des ignames. On y trouve le bananier et le mûrier à papier. Les habitans ressemblent aui autres naturels de la Polynésie; ils sont au nombre de 2,000, et boivent de l'eau de la mer, suivant La Pérouse-
(55) Ces iles, vues en 1722 par Roggew.vn. 11 n'a été publié aucune relation completle et anlhenlique du voyage de Roggesvyn.
(56; L'arcuipel da:scerevï et celui de la mer MACViisE, situés entre les iles de la S<5ciété et les Marquises, sont composés d'une immense quantité de petites îles basses entourées de ressifs en corail, sur lesquels la mer se brise avec force. La plupart de ces îles sont couvertes de cocotiers; beaucoup sonl habitées, mais elles sont encore peu connues, quoiqu'elles aient été visitées par Cook, Roggevivn, Marchand el Bougain\ille.
(57) Les îles Marquises sont au X. E. de celles Je la Société. Découvertes en iSgS par Alvaro Mendana de Lejra, elles furent depuis recon-
nues par Cook et vi«iiécs en 1791 par Marchand, qui en a découvert 5 nouvelles. Ces navigateurs se sont accordés à dépeindre les habitans de ces îles comme la plus belle race d'hommes du Grand- Océan. Leur taille est élevée, leurs membres mus. culeux et bien proportionnés annoncent à la fois la vigueur et la souplesse. Des traiis réguliers, une physiouoiuie franche et ouverte achèvent de les caractériser. On observe dans la couleur de leurs cheveux les mêmes variétés qu'en Europe. Les diverses nuances qu'offre également la couleur de leur peau, a fait présumer à quelques observateurs que ce peuple est un mélange de plusieurs races. Cne ceinture étroite , formée avec l'écorce d'un arbre, forme le seul vêtement des hoiumes. Leur coiffure est très variée. Les uns portent leurs cheveuï lisses, les autres crêpés, les uns ont le sommet de la tête rasée, tandis que les autres rassemblent leurs cheveux sur les pariétaux, et en forment deux espèces de cornes. Tel est l'usage des Mendoçains de ÎVoukaîwa ( voyez PI. LXXII). Ils rasent la portion de barbe qui appartient au menton , et laissent croitre le reste. Plusieurs d'entre- eux la séparent par mèches, en forment des tresses auxquelles ils attachent des dents et des coquillages. Souvent ils ornent leur tète d'un diadème surmonté de plumes flottantes ou de quelque autre parure de même genre. Ils portent aussi quelquefois au cou, en forme de fraise, un grand haussecol, composé de petits morceaux de bois adhérens les uns aux autres, et revêtus de grains rouges ; ils suspendent à leurs oreilles de grandes plaques de Lois en guise de pendans d'oreilles, et ils s'affublent d'un manteau d'écorce de mûrier. Ils parent aussi leur tète, leur ceinture, leurs armes, de tresses ou de iou5eî de cheveux , et portent suspeuducs à leur bras, à leur ceinture ou sur leurs épaules une ou ^■lusieurs têtes de mort. Ce sont peut-être les trophées de la \ictoire, ou les restes d'un parent chéri.
Lue espèce d'écorce de mûrier entonre les reins des femmes, une autre jcttée négligemment sur leurs épaules ne dérobe point la vue d'un sein formé par les grâces, et voile, sans les cacher, des formes qu'un peintre pourrait emprunter pour représenter une Vénus. Leur longue chevelure flotte au gré des vents. Leur teint, qu'elles savent garantir de l'ardeur du soleil , à l'aidedune
large fouille de cocntior qu'elles tiennent en guise de painsol , est plu-î hînnc que celui des houimes. Aussi (ulici que les Européennes, leurs traits sont d'une irgularilé paiTiiile, et U duuccur de leur reg.xi 1 aunuiu-e celle du caraoi<rf. Quel doinuiag.' f{uc la pudeur ne prt'te point ses clnrmes à tant d'.Tilrails! Une des plus grrindes îlrs de cet archipel est KouKAÏWA, nommée aussi île baïix ou l'île nEWiii- «ARTiîv; elle est très fertile et cependant sujelie à de fréquentes f.iniiucs. Les cocoliers et 1rs aihres à pain s'y élèvent jn<:qu'à 25 pieds de hnulcur. Ou y tiouve des cochons et lîe la volaille doiueslique. On eslîuie à cn^îr^u 20,000 aii:es la population entière. La V(;'t|;io:i est à - peiiprès la m :' m e qu 'à O la'i tî. A ko vk \Ï wa , l'usage do se talouer, pratiqué dniii tous les arcluprls de la Polvné^ic, est poussé à un dcî;i é Je recliciche inconnue chez les sauvages de l'ancien et du nouveau monde. On le vdît pratiqué par les Furopéons policJs : les matrlots Catalans , Irlandais , Français , Il.Tliens , Maltais . connaissent cet usage, et dessinent sur leur peau des Ogures indélébiles, de crucifix, de ntadona elc- l's écrivent aussi leur propre nom ou celui de leur maîtresse : il^ piquent la peau j usqu'au vif avec une aiguille ' couvrent ensuite le deisin «[u'ils oui tracé avec de la poudre i canon impalpable, et y mritent le feu. Le dessin qui en résulte, prend une cunleur Llcue que rien ne peut eflacer. Le procédé des Indiens de la mer du .ud est dilïérent. A NoukaÏTii-a , le tatouage est coniJé .'i des personnes qu: fout de cet art leur uuiinie occupation. Elles prennent des os de l'aile iVun oiseau du tropique ( Pliaclou aethereus). Ces os triillés à l'un des bouts, comme les deuts d'un i>ei£;ne , présentent des instrnmens lanlôt en forme de croissant, tantôt de forme rcctiligne, tanlùt larges ou étroits, selon que l'artiste le juge convenable pour parvenir à son but. Ces os ainsi taillés sont enfoncés sur nn angle aigu , dans une baguette de bambou de l'épaisseur d'un doigt, sur laquelle le tatoueur frappe à petits coups avec une autre baguette, d'une manière si adroite, que les pointes ne pénètrent que répiderme. Les principaux traits des dessins sont d'abnrd tracés sur la peau avec la même couleur qu'on emploie ensuite pour frotter sur les piqûres. Dès que le sang et la lymphe ont pénétré dans les piqûres , on y frotte une
couleur épaisse préparée avec une poussière de cliaibon délayée dans l'eau. Il en résulte aux parties piquées une inflammation, puis une croûte, qui, après elie toniïîéc au bout de quelques jours, laisse à découvert Us figures soui- une teinte binaire , ou d'un bleu foncé. Lorsqu'un habitant de I\ii'.îs,aïvra entre dans l'âge de puberté, ou commence le taîouago , et c'e-^f une des circonstances les plus importa:! tes de sa vie. Le s.; la ire du lotfuieur ciirjsisie, s'don les facultés de l individu qui s'e.t f-iit tatouer, en nn certain nombre de coelnius. Ceux qui sont privés de celte ressource, et dont les moyens d'exi-^tmce se bornent au fruit de l'arbre à pain, se font tatouer par les apprentis dans 1 art du ta limage, et les plus in*li"ens , qui ne peuvent amasser de quoi fournir à la dépense d'une telle parure, ne sont point du tout tahiués. Lcî femmes ne se font tatouer que !e d<">^iis de$ mains et des pieds. La figure princip,';!e de la planche (LXXII) est celle d'un homme de ^îo ans , auquel on distingue tous les dessins du intouage. Dnns un âge plus avancé, on tatoue un dessin sur xm antre dessin , ce qui doit ue déi'itîigpr la symétrie.
Kruscr.slern a tromé ans, îles Mjrquiscs uu Anglais nommé Kobci ts et un Français appelé Jean Ciil>ii, qui résidaient dans ces îles depuis p!u^icuis ani.ées , et avaient conservé l'un contre r.iuiie leurs haines nalioaltsj il parait certain que l'.:i:c espèce de tiace de civilisation avait dispara che?, Jean Cubri; il i'élaït tatcué comme les naturels, il avait adopté leurs moeurs sauvages et leiiis habitudes féroces ; cependant il ne partageait pi(.:;t avec eux le crime d'anthropophagie! cet être si:?^u!icr dont M, Laugsdorf a fait graver le portr;ut, dans la relation de sou voyage, était natif de Bordeaux; il est revenu en Euroj-.e avec Vcxpé.lJtion Russe; il résidait^ et réside peut -cire ciKi.re à K.I onsladt,
La construction des cabanes ou des huttes de ce peuple est extrêmement simple. Etablies sur des plate -formes de pierre élevées de quelques pieds au-dessus de la surface du sol, à cause des inondations fréquentes que produisent d'abondantes pluies , leui's murailles ne sont composées que de rosenux , et leur toit est recouvert de feuilles de latanier, La plus grande propreté y règne.
La nourriture des Mendoçains est à peu près la même que celle des Otaitiens. Ils ont un acte de civilité très - remarquable; c'est celui d'offrir à leurs amis les morceau-î qu'ils ont mâchés, afin que ceux - ci n'aient que la peine de les avaler. Les arts sont infiniment moins avancés aux îles >IenJoce qu'à Otaïti. Cependant leurs outils, tout grossiers qu'ils sont, annoncent de l'intelli-
gence et de l'adresse. Le chant, la danse, la nage et la course sur des échasses, occupent loisivité de ces insulaires. Ce dernier exercice leur offre un mo}'en aussi simple qu'ingénieux de communiquer entre eux pendant les inondations qu'a même la saison des pluie?.
Le mariage est prohablcnient aux îles Mendoee une iaîtitution civile de la même nature qu'à Olaiti.