PLANCHE L V
Le retour fréquent de la pratique des purifications prescrites aux Turcs par le Coran, a produit une infinité de fontaines qu'on trouve dans les villes presque à tous les carrefours et jusque dans les campagnes sur le bord des chemins: ce sont pour la plupart des fondations pieuses, et souvent le fondateur choisit leur voisinage pour y placer le tombeau de sa famille. Dans les villes, les sultans et les grands de la cour en ont fait ériger de magnifiques, et par là se sont attiré les bénédictions du peuple. La planche LV représente la fontaine la plus remarquable qui soit connue en Turquie. Elle est située dans un des faubourgs de Constantinople, nommé thop-hanah ou tap-hane, dont elle porte le nom. Le sultan mahomet la fit construire en 1 7 3 5, autant pour pourvoir d'eau potable les habitans de ce quartier de la ville, que pour leur procurer un endroit propre aux ablutions religieuses. La partie inférieure de l’édifice est incrustée de marbre blanc, dont la surface est recouverte d'ornemens dorés et en couleurs et de passages du Coran. La religion turque interdit les images des hommes et des animaux. Sur la partie inférieure de l'édifice, laquelle a 26 pieds de hauteur, repose un balcon ou un toit de 16 pieds de large, surmonté d’une coupole entourée de 1 6 petites tours. On voit au bas de la fontaine des réservoirs qui servent aux ablutions. Des gardiens payés par le fondateur, se tiennent dans l'intérieur de l’édifice, et sont occupés continuellement à remplir d’eau fraîche les vases étamés aussi brillans que l’argent, qu'ils placent sur le bord des niches fermées d'une grille. Dans quelques circonstances on distribue gratis, auprès des mosquées, de l’Oan à la glace, et quelques dervisches chargés de l'outre de Sacca, en offrent également aux passans. Enfin l'eau est un besoin, une jouissance et un objet de luxe chez les Orientaux.
A gauche de la fontaine, sur le derrière, se remarque une mosquée (un temple) érigée dans une ville du deuxième ordre; elle diffère entièrement des mosquées de la capitale. Ces dernières ayant été construites sur le modèle de l’église de Stc. Sophie, ont conservé la forme de la croix grecque. La mosquée du sultan Achmet est la plus belle qui existe.
De^haque côté de la mosquée s’élèvent deux tours appelées minareh. C’est du haut de la galerie de ces minàtehs, qui servent de clochers, que l’on chante I’ezan ou l'annonce des heures de la prière. Voici les paroles de I’ezan : «Dieu très-haut ! j’atteste qu'il n’y a «pas de Dieu, sinon Dieu, .l’atteste que Mahomet est le prophète dé Dieu. Venez à la «prière, venez au temple du salut. Grand Dieu! il n'y a point de Dieu, sinon Dieu.» On y joint à la prière du matin: «La prière est à préférer au sommeil.»
Le muezzyn répète chacune de ces paroles plusieurs fois de suite. Il est debout, les yeux fermés, les mains ouvertes et élevées, les pouces dans les oreilles, et le visage tourné vers la Mekke. Les Mezzyns, qui annoncent la prière, excellent ordinairement dans la mélodie: et le son agréable de leur chant a quelque chose de grand et de majestueux; l'ame est doucement émue lorsque de son lit et à la lueur du crépuscule on entend ces voix mélodieuses répéter ensemble ces paroles; Venez à la prière, venez au temple du salut; la prière est à préférer au sommeil !
Dans le groupe à gauche on remarque un marchand de caïmac, qui remplace le beurre avec avantage et jouit d’une grande estime chez les Turcs, qui en font un fréquent usage. Voici la manière dont il se prépare. Après avoir rempli de lait tout nouveau un vase de cuivre peu profond, on le met sur un feu de bois clair, et l’on fait bouillir ce lait pendant vingt-quatre heures consécutives, après quoi on le laisse refroidir. Le lendemain on trouve la surface consolidée, et on enlève ce corps solide; on le coupe par morceaux et on le sert avec du miel, du sucre ou du sel. A la gauche du marchand de Caïmac se trouvent une femme turque de Constantinople et une femme de province. Le bénych ou robe longue qu’elles portent, est une espèce de redingotte ouverte par devant, que les femmes mettent par-dessus leur corset. Ordinairement elles en portent deux: une extrêmément légère, qui se boutonne par en bas en forme de jupon, l’autre à manches longues et garnies de fourrures, qu’elles laissent ouvertes. Quand elles sortent, elles ont en outre une large robe de drap fin, dans laquelle elles s’enveloppent en entier. Elles se couvrent aussi la tête et la figure avec un voile (hedjaz) de mousseline blanche, qui leur cache le front, et dont les extrémités croisées sur la bouche et le menton, sont nouées parderrière. Ce voile ne laisse apercevoir que les yeux, à moins que, par un léger artifice, il ne s’écarte un moment pour laisser voir un nez bien fait, et une bouche ornée de belles dents. Au reste, dès qu’elles arrivent dans les maisons, elles baissent ce voile sous le menton, ou se débarrassent tout-à-fait de cette importune barrière inventée par la jalousie.
A la gauche de ces femmes se trouve un saccas ou porteur d'eau. Les saccas sont au dernier rang des soldats ; ce sont eux qui fournissent l'eau bonne à boire, et celle qu’on destine aux ablutions. Ils portent l’eau dans des outres, sur des chevaux qui leur étaient fournis autrefois par les fellahs, qu’on a depuis exceptés de cette corvée. La monture de chacun d’eux porte deux outres de cuir, contenant environ i5o litres d’eau. Dans des pays aussi chauds que ceux où les Turcs font ordinairement la guerre, on sent toute l’utilité de cette institution. Les chevaux des saccas ont tous une clochette, qui avertit de loin le soldat altéré de leur approche. Le groupe placé à droite de la planche offre des Turcs dans leur costume. A côté est un officier des Janissaires, yegnytschery (nouvelles troupes),
qui ont été crées par Amurat I.cr, et n’ont conservé de leurs ancêtres dans les tems modernes que l'arrogance et l'esprit de révolte, qui les a caractérisés de tout tems. Les Janissaires sont distingués en trois corps différens, les vava, les p.eulukys et les seymens. Les derniers sont destinés à la garde des places frontières. Leurs officiers portent des bottines jaunes, et ont le droit de monter à cheval, tandis que ceux des autres corps ont des bottes rouges et sont tenus d’aller à pied. Parmi ces trois corps on lève clés curoldjys, régimens d'élite, destinés' à la garde des villes impériales, Constantinople, Andrinople et Bi eusse. Le premier officier des Janissaires est le Yénitscher Aghacy, ou l'agha des Janissaires.
A côté du Janissaire sont deux Turcs dans leur pélisse. Les vêtemens larges et flottans des Turcs forment un contraste très-piquant avec ceux des autres nations de l'Europe, et sont en quelque sorte le principal trait de leur physionomie. Ce costume, qui distingue si éminemment les Turcs et qui diffère tant du nôtre, a été cependant soumis à quelques vicissitudes; la inode a étendu son sceptre jusque sur les sérieux habitans des rives du Bosphore ; elle leur a fait adopter de nouvelles formes d’habits, et ceux qu'ils portaient il y a cent ans, seraient presque surannés. La parure n’est point interdite au musulman, mais le Coran lui prescrit la modestie. Le blanc et le noir sont les couleurs que le prophète recommande, et il proscrit le rouge et le jaune, sans en expliquer le motif; du reste, cette loi n'est pas suivie fort exactement. C’est surtout le turban qui distingue les rangs. Les Turcs de Constantinople et des provinces d'Europe entourent leurs turbans de mousseline blanche; les Arabes, les Egyptiens et les Syriens de toiles de plusieurs couleurs. Les Barbaresques emploient une étoffe soie et or; les Tartars de la Tauride portent un bonnet de drap verd, bordé de peau d’agneau d’Astrakhan. Un musulman ne prendra jamais un costume étranger; il a surtout en haine nos chapeaux, et l’on a vu le peuple, pour désigner un traître, aller clouer un chapeau à sa porte. Les Turcs se distinguent aussi à la couleur de leurs babouches ou pantouffies; elles sont toutes de maroquin jaune; il n'y a que les Ulémas (savans , lettrés) qui les portent bleues, et quelques militaires qui ont des bottes rouges.
Les Turcs ne se découvrent jamais la tête, pas même à la cour ni à la mosquée. Il est impoli à un Européen d’ôter son chapeau à un musulman, et les ambassadeurs paraissent couverts devant le sultan. Les Mahométans se font raser la tète, à l’exception d’une touffe de cheveux qu’on laisse au sommet du crâne. Ils la couvrent d’une calotte de laine rouge (fès) et ensuite du turban. Il n’y a plus que les dervisches qui aient des cheveux flottans. L’habillement des femmes grecques des différentes fies de l’Archipel est en général trèsélégant et leur sied très-bien. Celui des Grecs est à peu de chose près le même dans toutes les îles. Quant aux gens riches, leur vêtement ressemble beaucoup à celui des Turcs, avec la seule différence que la calotte rouge qui remplace le turban, est entourée de mousseline blanche, rayée, ou avec un bord de couleur. 11 leur est aussi défendu de porter des babouches jaunes.
En Turquie (i)
la reli
mais en payant r 1. droitsprescrits ' par le prince (6;.
. j démocratique (2).
le gouvernement est <
f héréditaire, en ligne masculine seulement (3).
r dominante est la mahométane, de la secte des sounites ; elle est la religion de l’état (4).
< Ç les chrétiens des différens rites grecs (5) ) n
f tolérée; toute espèce de secte, surtout) . ' 1-
(.les juils
le Visir, en qualité de lieutenant-général pour tout l’empire ottoman.
le Mufti, comme l’unique interprète de la loi civile et religieuse, dont il est le dépositaire
le Visir , )
, - . r présidens du conseil,
le Mufti, J 1 2
Iiiaya-Bey , ou grand-maréchal de la cour.
Capitan-Pacha, ou grand-amiral.
Tersané-Emini, ou inspecteur-général de la marine.
Reis-Effendi, ou ministre des affaires étrangères.
Bujne-Terskeredji, ou grand-maitre des requêtes.
Difterdar, ou ministre des finances.
Kouboubat-Nasiri, ou inspecteur-général des vivres.
TVisami-Djedit-Defterdari , ou ministre de la guerre.
Bach-Mouassébé, ou premier contrôleur des finances.
VAga des Janissaires.
r f j présidée par le grand-visir ou ses officiers.