LA SIBÉRIE OU RUSSIE D’ASIE
Etendue. — 700,000 lieues carrées. population. — 4,000,000 d’habitans.
La division septentrionale de l'Asie se trouve remplie en entier par la Russie asiatique, qu’on a nommée aussi Sibérie. Cette grande portion du continent asiatique surpasse en superficie I’f.urope entière de deux septièmes, et renferme auplus 4 millions d’habitans; elle présente 1,100 lieues de contact avec l’empire Chinois, le premier sans doute quant à la population qui est peut-être un quart de celle de toute la terre. La Sibérie s’étend des monts ouraliens à l'Océan oriental, et des bords de la glaciale aux cimes de la Chaîne altaïque. Cet immense terrain se fait surtout remarquer par les vastes déserts marécageux, couverts d’une neige presque perpétuelle, et entrecoupés par des grands fleuves, qui, sous des masses de glaces poursuivent leurs cours solitaires jusqu’à l'Océan arctique; à leur entrée dans cette division, quelques uns de ces fleuves
ont déjà acquis la grandeur du rhin et du danube et offrent une longue et facile navigation. En général, les grandes plaines du nord, entièrement nues, contrastent avec les épaisses forêts du midi, qui projettent sur les rivières un ombrage triste et sombre. Dans les steppes découverts et fertiles, errent différents peuples nomades avec leurs nombreux troupeaux. Les environs de la mer de baikal présentent des vues majestueuses et pittoresques, des champs cultivés, des jardins et toutes les traces de l'industrie humaine, qui étonnent par leur aspect enchanteur, celui qui a traversé les affreuses régions situées entre les embouchures de I’oby et du ienissei: là une boue marécageuse , presque toujours gelée, ne produit que des joncs de toute espèce, mélangés de petits buissons ou de saules rampans , de bouleaux nains à grandes feuilles, de cistes de marais, d'andromèdes , d’arbousiers des Alpes; on y voit de grands espaces entièrement nus, et couverts de tapis de mousse, sous lesquels on trouve en tout tems la glace pure. A l’extrémité orientale, la sauvage presqu’île de kamtschatka nous offre ses monts volcaniques , ses nombreuses cascades et ses sources minérales. Cependant deux villes, situées à une grande distance l’une de l’autre, s’élèvent au milieu de ces solitudes: tobolsk , la plus près de l’Europe, au confluent d’une rivière qui porte son nom, et de I’jrtich , s’annonce de loin par ses dômes et ses clochers, qui lui donnent un aspect assez magnifique; on y compte environ 17,000 âmes. A 1 6 werstes de cette ville, et sur la rivière sibircka , sont les ruines de l’antique sibir , obscure capitale d’un peuple dont l’histoire nous est inconnue, jrkoutsk, sur I’angara, non loin de la mer baïkal , est plus avantageusement située, et possède 5o, 000 habitans ; elle est le centre du commerce de la Russie asiatique avec la Chine; mais c’est à xiachta, au sud du lac baikal, et sur la frontière de ces deux grands empires, que se font les échanges. Tomsk , kholivan, Iakoutsk, ienisej.sk, tourouksansk , sont placées au rang des villes dans ces contrées; mais en Europe on ne les considère que comme des villages. La Russie, par le moyen de ces déserts, où elle a étendu sa domination sans aucun obstacle, se met au contact, pour le commerce, avec I’asie et I’amérique. Les fourrures sont les principaux objets d’exportation de ce pays. Cette communication continuelle des déserts du nord de I’asie avec une puissance Européenne, peut donner l’espérance de voir un jour policer des contrées qui semblaient vouées à une éternelle barbarie, et dont les anciens ont à peine soupçonné l’existence.