‹ Porte-feuille géographique et ethnographiqueChapitre 140 sur 167 · LES KAMTSCHADALES (PL LXIV · texte numérisé non relu

LES KAMTSCHADALES (PL LXIV

Parmi les nombreuses peuplades de la Tai'tarie Russienne, celle qui se trouve dans la prèsqu’iie du Kamtschatka nous servira iv donner une idée des autres.

Selon Monsieur Storch , la taille- des k a m t s c h a d a l e s , est de quatre à cinq pieds; ils ont les épaules fortes, la tête grosse, le visage long et plat, de petits yeux, les ^èvres minces, et peu de cheveux. La taille des femmes est mieux proportionnée; ou fait l’éloge de la finesse de leur peau et de sa douceur. Le poisson, surtout la morue, la truite, le saumon et le hareng sont les principaux alimens des Kamtschadales.. Mais le mets le plus recherché est une espèce de saumon, qu'ils enterrent dans une fausse après l’avoir pris. Ils l’oublient dans cet étrange garde-manger, jusqu’à ce qu’il ait eu le teins d’y pourrir complètement. C'est alors que le Kamtschadale se délecte à manger toute crue cette chair putréfiée. Ils mangent aussi une plante appelée herbe douce ( sroNDitiiiJi folious piNNATiFiDis linnei ) , et ils en font une eau-de-vie qu'ils appellent raka. Les Kamtschadales font fondre la graisse dans des vases de bois, par le moj*en des. pierres rougies au feu. Quand un Kamtschadale veut recevoir un ami, il commence par bien chauffer sa jourte ou cabane, et apprête les mets qu'il croit les meilleurs: il en prépare pour dix personnes. Quand le convié est entré, il se déshabille tout ns, ainsi que le maître de la maison; celui-ci lui sert, à manger, et verse du bouillon dans une grande éeuelle; il verse aussi de l’eau sur des pierres rougies au feu, pour augmenter la chaleur et la rendre insupportable. Le convié de son côté fait ses efforts pour manger ce qu’on lui a servi; mais le maître ne perd rien pendant le repas, et a la liberté de sortir de la jourte quand bon lui semble. Le convié ne le peut quiaprès qu'il s’est: avoué vaincu, et quand il a vomi pendant son repas jusqu’à dix fois. Les kamtschadales aiment à contre faire dans leurs danses les différens animaux qu’ils prennent à la chasse,, tels que la perdrix, l’ours: au commencement de l’hiver ils chassent la Zibeline. C’est la saison où son poil est le plus beau. La plus beile vient d’Jakoutsk près des bords du Lena. La blanche est très rare. L’hiver et le printems sont les saisons les plus -favorables pour la chasse des renards, dont les noirs sont les plus rares et les plus chers. La chasse des. reuads se fait pendant l’hiver; celle des argaîis (animal semblable au cerf ) dans l’automne. La chasse de l’ours se fait dans toutes les saisons, excepté lorsque la neige couvre les campagnes. L’ours du Kamtschatka est noir et fort doux. Dès qu'un Kamtschadale en aperçoit un, il le salue, et lui parle avec civilité. Si un de ces animaux approche les. femmes , c’est pour manger ce qu’elles ont dans la main. La graisse de l’ours est une nourriture très saine et de très bon goût. De la peau de cet animal , ils en font des lits, des couvertures, des bonnets, des gants et des colliers pour ies chiens qu’ils attèlent à leurs traineaux, et qui sont leur seul animal domestique. Les chiens abondent au Kamtschatka; iis sont aussi employés comme bêtes de trait par les Samoiédes Sibériens, les Tongouses et quelques hordes de Tartares Mantchous. Les chiens du Kamtschatka passent pour être les meilleurs coureurs et les plus vigoureux de toute la Sibérie. Ordinairement quatre chiens attelés à un traineau, tirent avec la plus grande légèreté un homme, avec cinquante livres de bagage. La charge ordinaire est de 5 a 6

poxds, c'est -a -dire de 200 à 240 livres. Un seul honune peut faire aisément, par de mauvais chemins , 3o ou 40 verstes ( 8 à 1 o lieues communes de France ) , et quand les chemins sont beaux, 20 à 25 lieues. On leur donne pour toute nourriture des poissons marines ou séchés. L'été, ces animaux jouissent d'une entière liberté; personne ne s’inquiele d’eux: ils vont épier le poisson sur les bords des fleuves, et savent les prendre avec beaucoup d'adresse. Ce tems de repos ne dure pour eux que jusqu’au mois d octobre. Dans l’été les Kamtschadalcs ont leurs canots; mais la première neige est pour les chiens le signal des travaux. Chaque propriétaire assemble alors les siens, et les tient à l'attache auprès de son habitation. Ces animaux diffèrent peu, pour la grosseur et la figure, des grands chiens de Russie;' iis sont hauts sur jambes, ils ont les oreilles longues, le museau pointu, la tête grosse, les reins larges et un air très -vif; iis sont d'excellens guides pendant la nuit et au milieu des orages les plus affreux. Cependant à peine cet animal a-t-il atteint l’àge où il n’est plus propre au trait, que son maître impitoyable exige sa peau; traité en esclave par son tyran pendant une vie courte et pénible, souvent il lui a communiqué sa chaleur; il faut encore qu’après sa mort il lui rende le même service. Les Kamtschadales font de grands festins lorsqu’il se fait quelque mariage, quelque grande chasse ou des pèches considérables. Ces festins consistent à manger avec avidité, à danser et à chanter. Leurs femmes sont sobres. Ceux qui sont chauves portent des perruques qui pèsent jusqu'à 10 livres; leur tête ressemble alors à une botte de foin. Us ignorent leur âge; ils comptent néanmoins jusqu’à ■cent, mais avec tant de difficulté qu’ils ne peuvent aller jusqu’à 3 sans le secours de leurs doigts. Les jeunes gens ont presque tous adopté la religion chrétienne et les costumes russes. Il y a aussi des écoles ; ainsi il y a toute apparence qu’011 parviendra bientôt à faire sortir ces peuples de leur ignorance et de leur barbarie. Les plus riches d’entr’eux construisent aujourd’hui des ibas ou maisons de bois, à la manière des Russes : elles ont absolument la même forme que les chaumières de nos paysans; elles sont divisées en 3 petites chambres; un -poêle en brique les échauffe, et y entretient une chaleur de plus de 3o degrés, insupportable aux personnes qui n’en ont pas l'habitude. Les autres passent l’hiver, comme l’été , dans des balacans ou balaganes, qui sont des espèces de colombiers de bois couverts en chaume, élevés sur des piquets de 12 à i5 pieds de hauteur, où les femmes ainsi que les hommes, montent par des échelles trèsdifficiles. Mais bientôt ces derniers bàtimens disparaîtront ; les Kamtschadales ont l’esprit imitatif, ils adoptent presque tous les usages de leurs vainqueurs; les femmes sont déjà coë'ffées et presque entièrement vêtues à la manière des Russes , dont la langue prévaut dans tous les ostrogs, c’est-à-dire villages; ce qui est fort heureux, parce que chaque village Kamtschadale avait un jargon différent, et les habitans d’un hameau n’entendaient pas ceux du hameau voisin. On peut dire à la louange des Russes, que, quoiqu'ils aient établi dans ces âpres climats, un gouvernement despotique, il est tempéré par des prin-' cipes de douceur et d’équité qui en rendent les inconvéniens nuis. L’impôt qu'ils lèvent s.ur les Kamtschadales est si léger, qu’il ne peut être considéré que comme un tribut de reconnaissance envers la Russie; et le produit d'une demi -journée de chasse acquitte l’impôt d'une année.

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