‹ Porte-feuille géographique et ethnographiqueChapitre 143 sur 167 · DE LA NOUVELLE-HOLLANDE · texte numérisé non relu

DE LA NOUVELLE-HOLLANDE

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La Nouvelle - Hollande parait offrir au moins trois variétés indigènes d’habitans, quoique tous appartenant à la race des nègres — Océaniens. Il n’y a peut-être pas de peuple sur la terre qui ait fait moins de progrès vers la civilisation. Ils sont simplement divisés par familles ou par tribus. Les traits des femmes ne sont pas absolument désagréables. Une barbe noire et épaisse, et les os dont ils se parent le cartilage du nez, donnent aux hommes un aspect dégoûtant auquel se joint la puanteur de leur peau flottée d’huile de poisson pour les défendre des injures de l’air et des moustiques, Ils se colorent la figure en blanc ou en rouge. Les femmes sont distinguées par la perte des deux premières phalanges du petit doigt de la main gauche; il est vraisemblable que cet usage „ ainsi que l’extraction d une dent aux jeunes garçons, sont des épreuves destinées à leurs apprendre à supporter la douleur avec courage. Quelques - uns sont aussi noirs que les nègres d'Afrique, tandis que d’autres sont couleur de cuivre; ils ont les cheveux longs sans être laineux comme ceux des Africains; le nez aplati , les narines larges , les yeux creux, les sourcils et les lèvres épaisses , avec une bouche d’une longueur démésurée, mais les dents blanches et éga’es. Leurs bras, leurs jambes, leurs cuisses sont d’une maigreur extrême, sans doute à cause de leur inaui vaise nourriture. Ceux qui habitent les côtes 11e vivent que de poissons , tandis qu’un petit nombre subsiste, dans les bois, d’animaux qu ils peuvent attraper, ou grimpent sur les arbres pour manger le miel et prendre les écureuils volans et les oposurn. Ils font aussi une guerre active aux

grenouilles, aux lézards et au scrpcns qu’ils mangent. Pendant les orages fréquens qui interdisent la pèche , lors des émigrations périodiques des poissons, des- famines cruelles se manifestent sur ce vaste continent ; alors on voit errer les malheureux naturels réduits à un état de maigreur effrayant, et semblables à autant de squelettes. Des herbes sauvages sont leur principale ressource; ils rongent aussi l'écorce nouvelle des jeunes arbres; rassemblant les araignées, les fourmis et les chenilles communes dans ces climats, ils les pétrissent avec des racines de fougère réduites en pâte , et assouvissent leur faim dévorante avec ce mets horrible. Les huttes grossièrement construite» avec l’écoree d'arbre , ont la forme d'un four; le feu est placé à l’ouverture, tandis que la fumée et les ordures restent dans l’intérieur. Les javelots de 12 à 14 pieds de longueur lancés avec beaucoup d’adresse peuvent être redoutables même aux Européens. Ils tuent les poissons avec une espèce de fourche; quelques-uns tendent des filets aux kangourous, ou leur lancent leurs javelots. Leurs canots sont faits d’écorce d’arbre attachée à un châssis de bois. Une tribu nombreuse et robuste a le singulier privilège, d’arracher une dent aux jeunes gens des autres familles, seule marque de gouvernement et de subordination. Le tribut de dents semble avoir lieu tous les 4 ans. Les Notasiens n’ont qu’une foible idée d’une existence future, et croient qu’à leur mort ils retournent aux nuages d’où ils sont originairement descendus. Us sont aussi esclaves de la superstition ; ils croient à la magie , aux sortilèges , aux spectres. Les jeunes gens sont ensèvelis ; mais les guerriers qui ont passé l’âge moyen sont brûlés. Un horrible usage ordonne d’enterrer vivant dans la tombe de la mère l’enfant qui, étant à la mamelle, perd celle qui lui a donné le jour. La polygamie est généralement répandue parmi les Nouveaux-Hollandais. Rien de plus malheureux que le sort des femmes de ces contrées, ( PI. LXVIII. )

(24) L’île de Ring se trouve à l’entrée occidentale du détroit de Bass , comme l’île purneaux à l’entrée orientale. La longueur de l’île King est d’environ 40 milles. Il n’y avait point d’habitans , lorsque les Français y abordèrent; mais la multitude d’amphibies qui la fréquentent l’a rendue l’objet d’un commerce intéressant. Les Wombats et les Kangourous y abondent, ainsi que le Casoar.

(25) La Terre de diémen fut découverte par Tasman qui lui donna ce nom en l’honneur de Van Diémen, gouverneur général des Indes Orientales. Elle est au S. de la Nouvelle- Hollande, dont elle n’est séparée que par le détroit de Bass; on a même cru long-tenus qu’elle en faisait partie. Le sol y est très élevé et diversifié d’une manière agréable. Elle est couverte d’épaisses forêts et a deux rivières principales la Derwent et l’Esk ; c’est sur cette dernière que les Anglais out fondé, en 1804, une colonie dans un lieu nommé lauceston ; depuis ils en ont établi une autre sur la Derwent , à hobart-town. Le climat est plus froid que celui de la Nouvelle - Hollande ; mais le sol paraît plus fertile. La surface de l’île excède 3ooo lieues carrées. Les naturels sont noirs, d’une taille moyenne, et ont les chc* veux laineux. Ils peignent de rouge leur che veux, leur barbe et leur visage. Leurs cabanes ressemblent à celles des habitans de la Nouvelle - Hollande,

(26) La NOUVELLE - GUINÉE OU TERRE DES PAPOUS est séparée de la Nouvelle. Hollande par le détroit de Torrès, Les nègres océaniens paraissent former la grande majorité des naturels. Leur» maisons sont construites au-dessus de l’eau, sur des pieux. Le pays est extrêmement fertile. Le cocotier s’y trouve en abondance. Elle est surtout célèbre comme la terre natale de ces charmans oiseaux de paradis , que les naturels tuent avec des flèches émoussées, ou qu’ils prennent au lasset ou à la glue, afin d’obtenir leurs précieuses plumes dans touto leur beauté; ils les transportent ensuite à banda , où ils les échangent pour des clous, des morceaux de fer, et des ustensiles de ménage, ou

ils les vendent aux Chinois, avec de l’ambre gris, de l'écaille de tortue et de petites perles.

Cette île a été découverte en 1 528 par Saavedra, Espagnol. 11 n’y a point encore d’établissement européen. Son étendue peut égaler celle de Bornéo.

(27) Au sud-ouest de la Nouvelle - Guinée. Cet archipel parait être très peuplé. Les cotes des îles sont ombragées par des cocotiers et des bananiers, et l’air embaumé qu’elles exhalent, charme les navigateurs qui s’en approchent.

(28) La nouvelle - zéelande est à l’extrémité S. E, de l’Australie ; Tasman la découvrit en 1 642 , mais elle ne fut bien reconnue que par Cook en 1770. Il vérifia qu’un détroit de 5 lieues de large auquel l’on a donné son nom la divisait en deux grandes îles; toutes deux sont habitées et jouissent d’une température à peu près semblable à celle de la France, dont la Nouvelle -Zéelande forme presque les antipodes.

La plus septentrionale de ces îles est appelée par les naturels du pays eaheinomauwe, et la plus méridionale, tawai- poehammo, La première, quoique remplie de collines et de montagnes , offre un sol fertile. La seconde de 200 lieues de long neprésente que des

montagnes stériles et couvertes de neiges.

i-La plus élevée des montagnes qui traversent les deux îles se nomme ne d ’egriont,

de 14,870 pieds de hauteur, dans Eahein-

omawe ; il est couvert de neige, même en ' Décembre et en Janvier, qui sont les mois les plus chauds de l’année dans ces contrées.

On y remarque aussi la magnifique cascade de cura dans la baie de Dusky, qui tombe de 900 pieds de hauteur, et offre une nappe d’eau de 3o pieds de diamètre. Le climat' ne permet plus aux palmiers qu’on trouve jusque dans la Nouvelle-Calédonie, d’orner les îles de la Nouvelle- Zéelande. La taille du Nouveau -Zéelandais est à peu près la même que celle de l’Européen. Son corps est bien proportionné à l’exception de ses jambes, qui sont un peu grêles. La vigueur accompagne ses mouvemens , et la vivacité les caractérise. Son teint est brun ou olivâtre; ses traits mâles annoncent le courage et l'énergie. Les traits des femmes ,

sans être desagréables, manquent de délicatesse; et leur habillement presque semblable à celui des hommes, empêcherait, quelquefois, qu’on ne les distinguât de ceux - ci, si l’extrême douceur de leur voix ne décelait leur sexe.

( Voyez PI. LXIX ).

Le vêtement du Nouveau-Zéelandais consiste ordinairement en une natte grossière ou un manteau formé avec les longues fibres du beau lin soyeux de la Nouvelle-.Zéelande , embellies par d’élégantes bordures noires ou rouges. D’autres sont recouvertes de peaux de chiens qui , avec les rats , sont les seuls quadrupèdes du pays. Une ceinture d’herbes nattées entoure leurs reins par-dessus le manteau, qui descend quelquefois jusqu’à mi-jambe. D’autres fois, ils portent une seconde pièce d’étoffe qui enveloppe la partie inférieure de leur corps. Leurs cheveux huilés , sont attachés sur le sommet de la tête, et garnis de plumes flottantes. Ceux des femmes sont très-courts. Les hommes portent des morceaux de bois, des ossemens, des bouquets de plumes blanches dans leurs oreilles. Par le moyen du. tatouage , coutume dont il sera parlé à l’article des îles Marquises, ils se couvrent le corps de tâches noires et ils tracent sur leur visage des lignes noires, ou plutôt des sillons contournés en spirales, qui leur donnent un aspect effrayant. Us se peignent en outre le corps avec de l’ocre rouge. Leurs habitations ne sont que de misérables huttes couvertes de feuilles sèches, et dont la porte est si basse qu’on ne peut y entrer qu’en rampant. La guerre semble être l’élément des Nouveaux- Zéelandais. Des hostilités continuelles régnent entre les diverses peuplades de cette nation leur manière de faire la guerre annonce un peuple cruel et féroce. La mort de ses ennemis n'assouvit point sa vengeance; il l'étend jusqu’au delà du terme de la vie.

Persuadé que l ame d un homme dévoré par son ennemi, est dévouée à un éternel supplice, il prend un plaisir barbare à couper par morceaux les corps palpitans de ses victimes , et il les dévore avec avidité après les avoir fait griller. Une coutume si atroce décèle un caractère éminemment vindicatif. La pèche, outre

quelques végétaux, le petit nombre d’oiseaux qu’ils peuvent attraper, et ia cliair des chiens, forment la seule ressources des habitons des côtes. Les Européens leur ont fait connaître la pomme de terre et d’autres plantes utiles.

Les principes religieux des IS’ouveaux-Zéelandais correspondent à ceux des Otaïtiens. Ils ne lèvent aucun temple à la divinité, mais ils ont des prêtres. Ils admettent l’immortalité de lame. Dans les parties septentrionales de la Nouvelle- Zéelande, on enterre les morts, tandis que dans les parties méridionales, ils ont la mer pour sépulture.

(29) Chatam a environ 1 2 lieues de long, elle est fertile et peuplée. A quelque distance se trouve l’île de boukty , la terre la plus rapprochée des antipodes de Paris , dont elle n’est éloignée que d'une cinquantaine de lieues.

(30) Les îles pelew sont au nombre de 3o ; mais on n’en connait que sept principales. L’île pile w qui donne son nom à tout l’archipel, est dans la partie méridionale. La plus grande se nomme baueel - thon - up; entre cette île et la première sont oroulong, où le capitaine "Wilson , qui a le mieux fait connaître ce groupe, aborda, après son naufrage de 1783, et coroura, où résidait alors le roi aba-thule, qui confia aux Anglais son fils, afin qu’instruit dans les arts de 1 Europe , il vint un jour en enrichir sa patrie. On sait que bientôt après ce jeune prince arrivé en Angletterre, y fut moissonné par une maladie cruelle. Ces îles sont d’une élévation moyenne, îles bois épais, dans lesquels croissent l’ébénier, le cocotier, l’arbre à pain , les couvrent de leur ombrage ; la canne à sucre et le bambou s’y trouvent en abondance; la population de toutes les îles est d’environ 6000 habitans. Le naufrage du paquebot I’antelopz, commandé par le capitaine TVilson , nous a procuré la connaissance de ces îles. Les habitans firent l’accueil le plus honnête et le plus amical aux malheureux naufragés : la générosité et la délicatesse caractérisèrent tous leurs procédés. Rien dans leurs manières n’annonçait cette barbarie qui deshonore le nom de sauvage. Ce sont des hommes robus’es et d’une taille au-dessus de la moyenne.

La couleur de leur peau est bronzée et ils ne

voilent aucune partie de leur corps. Le seul vêtement des femmes consistait en deux tablier* ou pagnes formés de franges épaisses. Elles portaient des boucles d’oreilles d’écaille de to»tue. Les deux sexes avoient la cloison du ne* percée, et ils y plaçaient des fleurs. Les hommes se tatouent la partie inférieure des cuisses, et ils s’arrachent la barbe. Leurs armes consistent principalement dans la lance et le dard ; leurs habitations , construites avec autant de goût que de solidité, sont formées avec des pièces de bois. L’industrie de ce peuple se manifestait principalement dans leurs ustensiles. Ils connaissent l’art de fabriquer les vases de terre. Leur nourriture était extrêmement simple. Aux fruits du cocotier, du bananier et aux ignames, ils joignaient le poisson. Le lait de cocos était leur breuvage ordinaire. Ces îles ne contiennent d’autres quadrupèdes indigènes que des rats de bois. Le roi de Pelew dominait aussi sur plusieurs autres îles voisines de celles de Pelew.

Les habitans de Pelew admettent la pluralité des femmes, mais en général ils n’en ont que deux. Le roi en avait cinq, et elles vivaient séparées. Les funérailles étaient accompagnées de peu de cérémonies. Les Anglais ne virent chez ce peuple aucune trace d’un culte rendu à la divinité; cependant diverses circonstances les portèrent à croire qu’il avait des principes religieux , et qu’il croyait à l’existence d’une être suprême.

(3i) Elles sont au nombre de i5. Les plus connues sont celles de guaiu , de tjman et de satfan; les Espagnols ont formé un établissement dans la première, et y ont introduit la culture du coton, de l’indigo, du cacao et de la canne à sucre. tinian est devenue célébré par la brillante description qui en a été faite dans la rélation du voyage d’Anson; mais cette île a trompé l’espérance des navigateurs qui l’ont visitée depuis cette époque. Le mangoustan,

1 ananas, la goyave, le cocotier, l’oranger, le limonier, l’arbre à pain abondent dans ces îles • Elles furent découvertes par mjgellan, en i52i, et nommées par lui îles des larrons, pareeque les habitans lui parurent avoir un grand penchant à dérober, et beaucoup d’adresse dans

l’exécution des vols quils projetaient. Le nom de mariannes, leur fut donné sous Philippe IV, en l’honneur de Marie d’Autriche. C’est à l’est de ces îles que se trouve l’énorme rocher nom itié par les marins femme de loth ; il s’élève presque perpendiculairement en forme de pyramide a la hauteur de 35o pieds; il est sans cesse battu par les flots qui se brisent contre lui avec fureur, et se précipitent avec un bruit épouventable au fond d’une caverne creusée dans un de ses flancs qui regarde le sud - est.

(3i’) Voyez la note 3u

«2) Les mulgraves ont été découvertes en 1788 par le capitaine Anglais marshall; elles sont en très grand nombre , mais toutes fort petites et très basses ; elles produisent des cocotiers, des oranges et des choux-palmistes.

(33) Les îles sandwich ont été certainement vues par les Espagnols, avant que Cook en eut enrichi la géographie en 1778. Cet archipel situé à l’extrémité nord de la Polynésie, est à la fois le mieux connu, et le plus isolé de tous ceux que renferme cette partie du globe; il se compose de 14 îles, parmi lesquelles on en compte 5 principales : leur population est d’environ 3oo, 000 âmes. owyée, ( 100, 000 liabitans), au sud, non seulement est la plus grande de toutes les îles de cet archipel , mais encore de toute les Polynésie; ses montagnes sont très élevées, surtout le sommet aplati de mowua-roa ( 2675 toises de haut ). Les babil ans de cette île sont déjà bien familiarisés avec le commerce de la côte N. O. d’Amérique, tamahama a fait construire plusieurs navires, dont un est du port de 70 tonneaux. En 1802, il en avait déjà une vingtaine de 25 à 60 tonneaux, dont quelques-uns doublés de cuivre. Son palais, bâti à l’européenne, est défendu par une batterie de îo pièces de canon. Son arsenal contient des armes pour 2000 hommes. Il a aussi un corps de 200 soldats disciplinés , pris parmi ses sujets, qui fait nuit et jour un service régulier auprès de sa personne. Aujourd’hui (1818), les habitans des îles Sandwich envoient des navires en Chine. La marche rapide de ce peuple vers la civilisation, est véritablement prodigieuse.

Les habitans des îles Sandwich paraissent tirer leur origine des Malais, à en juger par l’aflinité de leur langage. Leur taille est moyenne et leurs membres bien proportionnés. La couleur de leur peau est olivâtre. Les femmes sont moins brunes que les hommes, et leur figure est en général assez agréable. Ce peup le est bienveillant , doux, susceptible d’attachement et de fidélité; il ei t gai, vif, adroit et ingénieux; constant dans ses entreprises, il les poursuit avec application. 11 est fâcheux que ces belles qualités soient obscurcies par son penchant au vol. Toutes les peuplades des îles Sandwich n’ont point en partage ces vertus hospitalières. Les habitai:* de woahou ont été signalés par tous les voyageurs comme des hommes aussi féroces que perfides. Les deux sexes sont presque nuds ; l’unique vêtement des hommes consiste dans une espèce de ceinture qui suffit à peine pour voiler ce que la pudeur ordonne de cacher. La ceinture des femmes, un peu plus large, descend jusqu’au milieu des cuisses. Les cheveux de cellesci , disposés en toupet, sont recouverts d’un mélange de chaux et d’huile de cocos, et elles ornent leur front d’une guirlande de fleurs placée avec goût. Les chefs portent des manteaux décorés avec autant de goût que de richesse; les plumes de diverses couleurs qui les forment sont fixées sur un réseau, et rapprochées avec un tel art, qu’elles offrent l’apparence d’un velours magnifique. Leurs bonnets, dont la forme est absolument semblable à celle d’un casque, sont également garnis de plumes, (voyez planche XXV., tome I.)

Le taboo , coutume singulière de ces îles, est une espèce d’interdiction mise sur un[ objet quelconque; alors il devient sacré, et celui qui oserait' en approcher serait promptement puni de mort. Ce sont les prêtres qui imposent ordinairement le taboo, ils entourent le lieu taboué d’une quantité de baguettes, dont le sommet est garni d’une touffe de poils de chien. C’est ainsi que l’équipage des capitaines Portlock et Dixon virent tabouer les;' sources où ils comptaient remplir leurs futailles.

Selon Lapérouse et Mr. de Fleurieu, les îles de Sandwich étaient connues des Espagnols

lîien avant le troisième voyage de Cook , qui

a eu pourtant la gloire de cette découverte.

C est dans l'île d’Owhihêe qui périt ce célèbre navigateur. Le 14 février 1779. (Voyez PI. LXX). Apres son débarquement , il s'était rendu avec son lieutenant et neuf soldats au village de Kosvrosva, où il fut reru avec respect. Les habitons se prosternèrent , et lui offrirent de petits cochons.

Les deux fils du roi s’y trouvaient , et le conduisirent dans la maison où le père était couché; ils le trouvèrent encore à moitié endormi. Le capitaine l'invita à venir passer la journée sur le vaisseau , et il accepta, sans balancer , la proposition. Tout annonçait un heureux succès ; déjà les deux fils du roi étaient dans la pinasse, déjà le roi était sur le rivage, lors qu’une vieille femme appela à haute voix la mère de ces jeunes princes , épouse favorite de Terrecoboo : elle s’approcha de ce chef, et le conjura , en versant des larmes , de ne pas aller au vaisseau. Deux autres chefs arrivèrent, le retirèrent et le firent assoir. Les insulaires se rassemblaient en foule, effrayés des coups de canon qu’ils avaient entendus, et des préparatifs qu’ils voyaient faire. Le lieutenant des soldats de marine voyant qu’ils étaient pressés et qu’ils ne pourraient se servir de leurs armes , s’il fallait y avoir recours , proposa de les mettre en I ligne vers les rochers au bord de la mer , et le capitaine y consentit. Durant cet intervalle , le roi effrayé, assis par tare, paraissait disposé a se rendre aux instances du capitaine; mais les chefs employèrent meme la violence pour le retenir. Alors le capitaine Cook s’aperçut bien que l alarme était trop générale pour espérer de réussir dans son projet; il dit au lieutenant que s’il s’obstinait U vouloir conduire le roi à bord, il s’exposait à la nécessité de tuer beaucoup de monde, et qu il fallait l’éviter. Il n’était point en danger lui - même encore ; mais un accident qu’l! ne pouvait prévoir l’y précipita. Les canots placés en travers de la baie , ayant tiré sur les pyromes qui cherchaient à s’échapper , tuèrent malheureusement un chef du premier rang. Cette nouvelle arriva au village où se trouvait le capitaine , au moment qu’il venait de quitter le roi, et qu’il marchait tranquillement vers le rivage. La rumeur, la fermentation que cette mort excita, fu. rent violentes ; les hommes renvoyèrent les femmes et les enfans , sc vêtirent de leur natte de combat, et s’armèrent de piques et de pierres- L’un d’eux cjui tenait une pierre et un long poignard de fer , s’approcha de Cook, le défia en

brandissant son arme , et le menaça de lui jeter sa pierre. Le capitaine lui conseilla de cesser ses menaces ; son ennemi en devint plus insolent encore , et alors il lui tira son coup de petit plomb l’insulaire n’en fut point blessé; sa natte fit tomber le plomb mort U ses pieds , et il en devint plus insolent et plus audacieux. Cependant on jetait des pierres aux soldats de marine, et l’un des Erées essaya de poignarder celui qui les commandait. Il n’y réussit pas, et reçut un coup de crosse de fusil. Le capitaine sc vit dans la nécessité de se défendre ; il fit feu sur l’insulaire qui s’a pi ochait , et l’étendit mort sur le carreau. Alors les insulaires formèrent une attaque générale, et les soldats de marine , les matelots leur répondirent par une décharge de mousquelerie: les insulaires n’en furent point ébranlés, ils soutinrent tr feu, et se précipitèrent sur le détachement en pousant des cris et des hurlemens épouvantables , et avant que les soldats eussent le teins de recharger . Quatre soldats de marine environnés de toutes parts , périrent sous les coups de leurs adversaires trois furent dangereusement blessés : le lieutenant, déjà blessé entre les deux épaules , allait être immolé par un second coup de poignard lorsqu’il se retourna et tua son adversaire. Le capitaine se trouvait alors au bord de la mer; il criait aux canots de cesser leur feu et de s’approcher du rivage, afin d’embarquer la petite troupe : aussi long-tems qu’il regarda les insulaires en face , aucun d’eux ne se permit de violence contre lui mais au moment qu’il se tourna pour donner ses ordres aux canots, il reçut un coup de pique qui le fit chanceler et tomber. Comme il se relevait, il reçut un coup de poignard sur le cou, et il tomba dans un creux de rocher rempli d’eau • il se débattit encore avec vigueur , éleva la tête et semblait des yeux appeler du secours; les insulaires le replongèrent dans l'eau ; il éleva cependant encore la tête ; il se rapprochait du rocher quand un second coup de pique lui donna la mort. Ils tramèrent son corps sur le rivage , et s’enlevant les poignards les uns aux autres, chacun d'eux, avec une brutalité féroce , voulut lui porter des coups lors même qu’il ne respirait plus. Telle fut la fin déplorable du capitaine Cook, dont les talans n’avaient jamais été égalés ; qui, guidé par la philantropie , brava le brûlant équateur et les rigueurs du pôle autarctique , et excita parses travaux la noble émulation des Lapérouse , des Langle , etc, ( voy. notes 44 et 46 ).

(34) Mowi a environ 40 lieues Je tour; les flancs déchirés de ses montagnes semblent attester une origine volcanique; elle surpasse toutes celles de ce groupe par sa fertilité et ses aspects enchanteurs.

(35) YVoahou est une des îles des plus belles et les plus productives de tout cet archipel.

’ (36) Cet archipel qui renferme plus de cent îles, est un des plus intéressans de toutes la Polynésie et un des moins connus. Elles furent nommées Carolines, en l’honneur de Charles II, roi d’Espagne- Elles occupent une ligne de près de 700 lieues de longueur. Les habitans de celle d’utOA sont les plus civilisés-

(37) Les îles de l’amirauté au N. E. de la Nouvelle-Guinée ont été découvertes et nommées ainsi par le capitaine Carteret; elles sont au nombre d’environ vingt, et jusqu’ici peu connues. La plus considérable porte particulièrement le nom d île de I’amirauté. Plus loin , au N. O. les îles des «ermites , les îles Basses de Bougainville, et d’autres petits groupes dont on ne connait encore que la position, paraissent devoir se rattacher à l’Archipel de l’Amirauté.

(38; L’archipel de la Nouvelle-Bretagne comprend trois îles remarquables, la nouvelle-bretagne, qui a donné son nom à tout l’archipel On y trouve le muscadier, le cocotier, l’igname et le gingembre. Les habitans ressemblent à ceux de la Nouvelle - Guinée.

(3g) La Nouvelle- Irlande qui a été découverte par le capitaine Carteret; les habitans appartiennent à la race Malaie on polynésienne On y trouve le poivrier, l’arbre à pain et une espèce d’arequier, dont la tige, quoique très mince, s’élève à plus de 140 pieds etc. Le centre de l’île de la nouvelle - Hanovre est très montagneux.

(40) On croit qu’elles ont été découvertes par l’Espagnol mendana , en 1 N7 5 Les naturels paraissent être de Jeux races , de Polynésiens et de nègres océaniens. Bongainville , qui a reconnu cet archipel, l’avait nommé terre des arsacides. dentkecasteaux envoyé à la recher-

che de l’infortuné Lapérouse, a complété la découverte de cet archipel.

(42) L’archipel des nouvelles- Hébrides est nommé aussi terre du saint esprit ou del spiritusanto. La plus septentrionale de ces îles, qui porte plus spécialement le nom de tebre du saint-esprit, déploie sur la côte occidentale une chaîne continue de montagnes qui, comme de vastes murailles, s’élèvent du sein des flots à une grande hauteur. L’île de malltcolo, la seconde en grandeur de cet archipel , possède un sol fertile et de belles forêts. C’est dans l’archipel des Nouvelles- Hébrides ou du

! Saint- esprit, que s’est opéré le mélange de

toutes les races sauvages du monde maritime.

(43) L’île de santa -crux ou d’Egmont, détachée au S. E. des îles salomon, forme avec quelques autres îles qui l’environnent , un groupe particulier. Cette île présente des montagnes peu élevées et un sol fertile.

(44) La Nouvelle-Calédonie au S. de celles de Salomon , fut découverte par le capitaine Cook, Les habitans ont le teint d’un brun foncé, et ressemblent à ceux de la Nouvelle- Zéelande. Leurs cheveux ne sont point laineux et ils se rasent le visage. Leurs cabanes ont la forme d’une ruche et sont assez propres. L’antropophagie est malheureusement répandue dans cette île. On y trouve l’arbre à pain et le cocotier. La partie méridionale, qui n’est pas encore bien connue, a été explorée dans ces derniers tems par Dentrecasteaux. Les Nouveaux-Calédoniens sont peu industrieux et exposés à de fréquentes famines; ils mangent alors d’une espèce de steatite verdâtre et friable pour appaiser leur faim. L’ile et défendue par une suite d’effroyables ressifs, qui en rendent la navigation des plus dangereuses. Aussi quelques géographes croient , que c’est là où ont péri Lapérouse et ses infortunés compagnons.

(4.6) les îles des amis sont situées à ÎD. de la Nouvelle-Calédonie- Le capitaine Cook les nomma ainsi à cause de l’accueil affable que lui firent les naturels. Tasman les avait reconnues en 1643, et avait donné à trais d eutre

elles les noms «I’amsterdam de Rotterdam et de MiDDELBOURG. On en compte environ i5o. Amsterdam et Middelbourg sont aussi connues sous les noms de torgatabou et d’EAOowÉE.

Elles offrent l'aspect d’une brillante végétation.

La nature, quoiqu'un peu moins prodigue que dans les îles de la Société, y a répandu ses richesses, et la valeur de se6 dons est encore accrue par les soins que leurs habitans apportent à la culture des terres. Dans la plupart on trouve l’arbre à pain , le cocotier et l’igname. Les habitans ont le teint basané, et à peuprès les mêmes traits qu’à Taiti; mais ils ont plus de gravité dans leur maintien. Il est peu de contrées sauvages où l’on trouve des traits plus rapprochés de physionomie européenne qu’aux îles des amis. Leurs mœurs, leurs usages , leur religion sont les mêmes qu’à Taiti.

La partie supérieure du corps des femmes offre des formes que les sculpteurs pourraient prendre pour modèle ; mais leurs jambes et leurs pieds n’ont pas la même élégance et leurs traits manquent de délicatesse et d'agrément.

(46) Au S. des Iles des Amis, Pile yasquez, et le groupe des îles des kermadec marquent la continuation de la chaîne sous-marine vers la partie septentrionale de la Nouvelle-Zéelande.

(47) Les îles des ravigateurs ont été découvertes par Bougainville,, et sont au nombre de dix. otiwhaï ou -( Poula ) est la plus grande après celle-là, les plus considérables sont , oahtoüah, maoura et opour. C’est à maoura que furent massacrés de Langle, Lainanon et quelques autres compagnons de Lapérouse. Le peuple de ces îles sont d’une haute stature ; Les femmes y sont jolies, mais de mœurs libres dans celle île. Les villages qui se perdent dans l’épaisseur des bois de palmiers qui les entourent , sont formés par des cases disposées en cercle autour d’une vaste plaine tapissée de la plus belle verdure; ces cases sont construites avec beaucoup d’habileté et d’industrie sur un sol factice, composé de petits cailloux choisis, et élevé de deux pieds au-dessus de terre, pour se garantir de l’humidité: le plus habile architecte ne pourrait donner une courbure plus élégante aux extrémités de l'ellipse qui termine ces édifices champêtres; des treillages

réguliers les partagent dans l’intérieur en pin»

sieurs chambrettes; le toit est couvert de feuilles de cocotier; un rang de colonnes faites de troncs d’arbres proprement travaillées, et à 5 pieds de distance, en forment le pourtour; entre elles sont des nattes fines, artislement recouvertes les unes par les autres, et qui s’élèvent et s’abaissent à volonté, avec des cordes, ainsi que des jalousies. L’abondance des vivres est remarquable dans cet archipel, dont le sol est couvert d’arbres fruitiers et de plantes de toute espèce: en peu d’heures Lapérouse se procura une quantité prodigieuse de fruits et de cochons, et plus de deux cents ramiers ou perruches, tellement apprivoisés, qu'ils ne voulaient manger que dans la main.

(48) Voyez la note 47.

(49) Les îles de la société forment un archipel de 60 ou 70 îles- La plus grande de cet archipel et la plus célèbre de toute la polthésie est 0 -taïti ou OTAHiTi: elle a environ 3o lieues de circonférence, et consiste en deux grandes montagnes ou deux péninsules arrondies, réunies par un isthme de 3 milles de largeur. Elle fut découverte en 1767 par le capitaine Wallis. Cette terre favorisée de tous les dons de la nature, produit presque sans culture une multitude de végétaux dont les fruits forment la principale nourriture des habitans. On 11’y trouve, ainsi que dans la plupart des îles de la Polynésie, d’autres quadrupèdes que le chien, le cochon et le rat; mais la mer abondante en poissons , offre à ces insulaires une ressource précieuse. Plusieurs des îles de cet archipel offrent des indices évidens de volcans. La population est évalée à 16,000 âmes. Selon John Turnbull et les missionnaires Anglais, elle doit avoir diminué d’une manière effrayante; au point qu'en i8o3 on 11’y comptait plus au - delà de 5ooo âmes; ce qui est bien différent de 200, 000 qui y étaient du teins du capitaine Cook. L’otaïtien est d’une taille élevée. Ses membres sont bien musclés ; son teint est d’un brun clair, et ses cheveux noirs. Ses traits sont beaux. L’aisance et la vigueur accompagnent ses mouvemens. Ses manières sont nobles et généreuses sa conduite affable et civile. Sa sensi-

Jjiütu est extrême, mais elle n'est que momentanée, et un instant suffit pour sécher les pleurs qu’excitent les moindres émotions de son ame. Un tel caractère ne peut être vaindicatif ; l’otaïtieu ne se souvient d’une injure que pour la pardonner. Ce caractère de douceur et d’humanité qui leur est commun avec les habilans des îles pelevss ont contribué à faire considérer toutes les îles de la polykésie, comme le délicieux séjour où l’on retrouverait les mœurs touchantes et l'aimable innocence de ' l’âge d’or vanté par les poètes. Les femmes ne sont pas moins bien partagées de la nature. Elles se font remarquer par des formes élégantes , des traits agréables, des yeux pleins de feu, ou remplis d’une douce sensibité, une belle peau, des dents blanches et bien rangées. L’habillement des deux sexes est à peuplés le même , et consiste en nattes ou pièces d’étoffes fabriquées avec l’écorce intérieure du plane, du mûrier, ou de l’arbre à pain. Le peuple de la classe inférieure va presque nu. Un simple jupon sert de vêtement aux femmes , et une ceinture couvre seulement les reins des hommes. La parure consiste moins, à Otaili, dans la qualité, que dans la quantité d’étoffes que l’on porte. Les hommes portent les cheveux longs et flottans sur leurs épaules. La coiffure des femmes consiste en une espèce de turban ou de bonnet de très bon goût; elles ornent avec art leurs cheveux d’une espèce de Heur qui ressemble à nos lis. Leurs bonnets sont faits avec de feuilles de cocotier, et varient , pour la forme et pour la couleur , de plusieurs manières. Selon l’usage universel des Otaïtiens, elles vont nu-pieds.

Le gouvernement de cette île est une monarchie héréditaire. Les habitations du roi et des chefs ressemblent à nos hangars, en entrant on voit toute la maison. Rien n’est plus délicieux que la situation des habitations de la masse des insulaires. Eparses dans l’île , chacune d’elles est placée au milieu d’un bocage d’arbres fruitiers. Ces édifices ne consistent qu’en un toit recouvert de feuilles de palmier ou de latanier, et soutenus par trois rangs de poteaux. Quelque simple que soit cet abri, il suffit dans cet heureux climat. Du foin ré-

pendu sur la terre, et recouvert de nattes, en forme le sol, et sert de lit pendant la nuit. Assis sur un tapis de gazon, sous l’ombrage délicieux d’un groupe de bananiers ou d’arbres à pain, respirant un air parfumé par les fleurs, rOtaïticn passe la plus grande partie du jour dans le repos. C’est là qu’il prend un repas solitaire; car ce peuple ne mange jamais en famille; chacun mange isolément, comme si l’action de satisfaire sa faim avait quelque chose de honteux. Certains chefs, d’un rang supérieur, croiraient déroger à leur dignité, s’ils s’aidaient de leurs mains pour satisfaire ce besoin de la nature, et ils ont recours à celles de leurs femmes ou de leurs domestiques. Les occupations journalières d’un Otaïtien se réduisent à bien peu de chose; il passe ses jours dans l’indolence et le repos. La possession d’un petit nombre d’arbres à pain assure sà subsistance et celle de sa famille; en plantant quelques-uns de ces arbres dans le cours de sa vie, il a pourvu à celle de sa postérité. Les voyageurs représentent les OtaïlieDnescomme peu réservées à l’égard des hommes, et les accusent denepointconnaitre la pudeur, ce sentiment délicat, qui ailleurs ajoute un nouveau charme aux attraits d’un sexe enchanteur. Les amusemens sont assez variés. Us s’exercent à la danse et au pagilat; ils ont aussi des représentations dramatiques, (voy. PI. LXXI ). Leurs instrumens de musique se réduisent à la flûte et au tambour. Celui-ci est un tronc d’arbre creusé , recouvert d’une peau de goulu de mer. Leur flûte n’a que deux trous; ils soufflent dedans avec une narine, tandis qu’ils se bouchent l’autre avec le pouce, comme on le remarque dans la planche qui représente une des danses, communes aux îles Pelevv, aux Carolines , aux Mariannes, exécutée au son de ces instrumens à Ulietea, une des îles de l’archipel de la Société. On remarque à l’une des danseuses le sein paré de deux plumets noirs. Une chose bien remarquable chez les Otaïtiens c’est leur extrême propreté. Les hommes et les femmes se baignent deux ou trois fois par jour.

Le mariage à Otaïti n’est qu’une convention civile entre l’homme et la femme. Il n’est, ainsi que le divorce } accompagné d’aucune

cérémonie. Les parties contractantes peuvent se séparer dès qu’elles cessent de se plaire. La coutume singulière du tabou existe à Otaiti, comme aux îles sandwich. Le salut par l’attouchement du bout du nez à aussi lieu dans les îles de la Société; le respect pour les morts y est observé , et les sépultures se font avec pompe. Les moraÏs ou cimetières y sont des endroits de culte, ou des temples élevés à la divinité. Celui d’oBERÉA et d’oAsio, personnages considérables de File, nous rappellent ces fameuses pyramides , monumens de l’orgueil des souverains de l’Egypte. Qoique le monument d Otaiti ne leur soit pas comparable pour la masse, sa construction dut coûter de pénibles efforts à un peuple aussi peu avancé dans les arts , et dénué d’instrumens de fer. Il consiste en une pyramide massive, d’environ 44 pieds de hauteur sur 267 de long et 87 de large. Ses faces sont garnies de degrés, elle est située dans une enceinte carrée et pavée de pierres plates. À peu de distance est une espèce de cour pavée où, sur de petites plateformes, élevées sur des poteaux, sont déposées les offrandes destinées à la divinité. Les Otaïtiens reconnaissent un Etre- suprême et sous lui un certain nombre de divinités moins puissantes. Indépendamment de ces dieux supérieurs, le peuple admet une multitude de divinités subalternes nommées eatuas. Chaque Eatua a son moraï et ses prêtes. On sacrifie communément à l’Eatua des chiens et des cochons, dont les corps sont exposés sur les échafauds dont nous avons parlé, après que leurs entrailles, encore palpitantes, ont été consultées par les prêtres, qui en tirent divers présages. Les insulaires admettent l’immortalité de l’ame , et immolent quelquefois des victimes humaines , mais ce ne sont ordinairement que des criminels. La uîus grande partie du revenu des prêtres consiste dans les rétributions qu'ils retirent du tatow ou tatouage et de la circoncision , cérémonies civiles qu’ils se sont appropriées , et auxquelles tous les Otaïtiens se soumettent. Le souverain de l’ile nommé eab.ee - rabie, semble jouir d’une autorité moins grande que celle dont les earées ou chefs des cantons de l'ile sont revêtus dans

leurs districts. Les mànahouwis , ou tenanciers, cultivent les terres qu’ils tiennent des Earées, dont ils ne sont en quelque sorte que les fermiers. Enfin les Otaïtiens de la dernière classe, appelés toutous ou towtows sont chargés des travaux les plus pénibles. Les armes de ce peuple sont la fronde, la javeline et la massue. Par une singularité remarquable, il ne se sert de l’arc et des flèches que comme objet d’amusement, et pour exercer son adresse, Tous leurs outils pour fabriquer les pirogues, sont une hache de pierre, un ciseau fait avec un os humain une râpe de corail, et qui de cette manière sert de lime. Aux guerres maritimes ont succédé des combats sur terre, et les pirogues otaïtiennes ne servent plus que de bâtimens de transport, — Les guerres fréquentes qui se sont succédées depuis quelques années, avec les îles d’alentour, ont causé la perte de la plupart des animaux utiles et des végétaux de l’Europe, dont Cook avait enrichi l’ile; c’est à cette cause, jointe à l’infanticide si connu dans i’infame société des Ârreoy, au penchant des Otaïtiens au libertilfhge et aux funestes visites des Européens , qu'il faut attribuer l’effrayante diminution qu’a éprouvée cette île dans sa population. Ces sources de maux menacent de faire un désertde cette nouvelle Cythère dont la beauté des aspects, le climat enchanteur , et les charmes des Otaïtiennes déterminaient il y a peu d’années des Européens à se séparer de la société civilisée et à se mêler avec les naturels. Selon le récit des missionnaires d Otaiti, la réformation qui a commencé en i8i3 a continué et augmenté depuis; de sorte que tous les habitons de cett0 île ont entièrement renoncé à l’idolairie. Les idoles et les autels sont détruits, ainsi que les sacrifices humains et les infanticides. Toutes les îles ont aujourd’hui (1817), adopté le culte du vrai Dieu et les dogmes du Christianisme. A Otaiti, il y a 66 chapelles et 16 à Eimeo. Le peuple s y assemble trois fois le jour du Seigneur. Environ 4000 personnes ont appris à lire et beaucoup savent écrire. La société des missionnaires de Londres leur a fourni une presse , et l’on imprime maintenant une partie des évangiles traduits dans la langue du pays,

là)

(5o) Voyez la note 49.

(50 Uliétéa est après Otaïli la plus considérable de cet archipel, mais les habitans d’un teint plus noir, ont un caractère féroce et perfide.

(52) Huaheine, où les fruits mûrissent quelques | semaines plutôt qu’à Gtaïti, a deux excçlïéns ports.

(53) Les habitans de Borabora étaient redoutés dans toutes les îles voisines, il y a i5 ou 20 ans; ils avaient conquis Uliétéa et Huaheine ; mais, selon Vancover et les missionnaires , leur puissance est tombée.

(54) L’île de paques. Quelques auteurs croient qu’elle fut vue pour la première fois par Davis en 1686. D’autres la disent découverte par Mendana. Quoiqu’il en soit elle fut nommée Île de paques, parce qu’elle fut apperçue le jour de cette solemnité. Elle est à une grande distance des groupes que nous venons de décrire , et se rapproche de l’Amérique méridionale , à laquelle cependant il parait moins convenable de l’attribuer qu’à la Polynésie. Elle offre des traces volcaniques, et n’a point d’eaux douces; il y croit néanmoins diverses sortes de légumes , surtout des patates et des ignames.

O11 y trouve le bananier et le mûrier à papier.

Les habitans ressemblent aux autres naturels de la Polynésie ; ils sont au nombre de 2,000, et boivent de l’eau de la mer, suivant La Pérouse.

(55) Ces îles, vues en 1722 par Roggewyn. 11 n’a été publié aucune rélation complette et authentique du voyage de Roggewyn.

(56) L’archipel dangereux et celui de la mer mauvaise, situés entre les îles de la Société et les Marquises, sont composés d’une immense quantité de petites îles basses entourées de ressifs en corail, sur lesquels la mer se brise avec force. La plupart de ces îles sont couvertes de cocotiers; beaucoup sont habitées, mais elles sont encore peu connues, quoiqu’elles aient été visitées par Cook, Roggewyn, Marchand et Bougainville,

(57) Les îles Marquises sont au N. E. de celles de la Société. Découvertes en 1 5g5 par Alvaro Mendana de Leyra, elles furent depuis recon-

nues par Cook et visitées en 1791 par Marchand, qui en a découvert 5 nouvelles. Ces navigateurs se sont accordés à dépeindre les habitans de ces îles comme la plus belle race d’hommes du Graud- Ocean, Leur taille est élevée, leurs membres mus. culeux et bien proportionnés annoncent à la fois la vigueur et la souplesse. Des traits réguliers, une physionomie franche et ouverte achèvent de les caractériser. O11 observe dans la couleur de le urs cheveux les mêmes variétés qu’en Europe. Les diverses nuances qu’offre également la couleur de leur peau, a fait présumer à quelques observateurs que ce peuple est un mélange de plusieurs races. Une ceinture étroite , formée avec l’écorce d’un arbre, forme le seul vêtement des hommes. Leur coiffure est très variée. Les uns portent leurs cheveux lisses, les autres crêpés, les uns ont le sommet de la tête rasée, tandis que les autres rassemblent leurs cheveux sur les pariétaux, et en forment deux espèces de cornes. Tel est l’usage des Mendoçains de Noukaïwa ( voyez PI. LXXII ), Us rasent la portion de barbe qui appartient au menton , et laissent croitre le reste. Plusieurs d’entre- eux la séparent par mèches, en forment des tresses auxquelles ils attachent des dents et des coquillages. Souvent ils ornent leur tête d’un diadème surmonté de plumes flottantes ou de quelque autre parure de même genre. Us portent aussi quelquefois au cou, en forme de fraise, un grand haussecol, composé de petits morceaux de bois adhérens les uns aux autres, et revêtus de grains rouges ; ils suspendent à leurs oreilles de grandes plaques de bois en guise de pendans d’oreilles, et ils s’affublent d'un manteau d'écorce de mûrier. Us parent aussi leur tête, leur ceinture, leurs armes, de tresses ou de touffes de cheveux , et portent suspendues à leur bras, à leur ceinture ou sur leurs épaules une ou plusieurs têtes de mort. Ce sont peut-être les trophées de la victoire, ou les restes d’un parent chéri.

Une espèce d’écorce de mûrier entoure les reins des femmes , une autre jettée négligemment sur leurs épaules ne dérobe point la vue d un sein formé par les grâces, et voile, sans les cacher, des formes qu’un peintre pourrait emprunter pour représenter une Ténus. Leur longue chevelure flotte au gré des vents. Leur teint, qu’elles savent garantir de l’ardeur du soleil, àlaided’une

large feuille de cocotier qu’elles tiennent en guise de parasol, est plus blanc que celui des hommes. Aussi jolies que les Européennes, leurs traits sont d’une régularité parfaite, et la douceur de leur regard annonce celle du caractère. Quel dommage que la pudeur ne prête point ses charmes à tant d’attraits!

Une des plus grandes îles de cet archipel est noukaÏwa, nommée aussi île baux ou 1 île henri- Martin ; elle est très fertile et cependant sujette à de fréquentes famines. Les cocotiers et les a’hres à pain s’y élévent jnsqu’à 25 pieds de hauteur. On y trouve des cochons et de la volaille domestique. On estime à environ 20,000 âmes la population entière. La religion est à-peuprès la

même qu’à Otaiti. A koukaïwA, l’usage de se tatouer, rratiqué dans tous les archipels de la Polynésie, est poussé à un degré de recherche inconnue chez les sauvages de l’ancien et du nouveau monde. On le voit pratiqué par les Européens policés: les mateloLs Catalans, Irlandais, Français, Italiens, Maltais, connaissent cet usage, et dessinent sur leur peau des figures indélébiles , de crucifix, de madona etc. Ils écrivent aussi

leur propre nom ou celui de leur maîtresse : ils

piquent la peau jusqu'au vif avec une aiguille»

couvrent ensuite le dessin qu’ils ont tracé avec de la poudre à canon impalpable, et y mettent le feu. Le dessin qui en résulte , prend une couleur bleue que rien ne peut effacer. Le procédé des Indiens de la mer du ud est différent. A Noukaiwa , le tatouage est confié à des personnes qui font de cet art leur unique occupation. Elles prennent des os de l’aile d’un oiseau du tropique ( Phaelon aetbereus ). Ces os taillés à l’un des bouts, comme les dents d’un peigne, présentent des instrumens tantôt en forme de croissant, tantôt de forme rectiligne, tantôt larges ou étroits, selon que l’artiste le juge convenable pour parvenir à son but. Ces os ainsi taillés sont enfoncés sur nn angle aigu, dans une baguette de bambou de l’épaisseur d’un doigt, sur laquelle le tatoueur frappe à petits coups avec une autre baguette, d’une manière si adroite, que les pointes ne pénètrent que l’épiderme. Les principaux traits des dessins sont d’abord tracés sur la peau avec la même couleur qu’011 emploie ensuite pour frotter sur les piqûres. Dès que le sang et la lymphe ont pénétré dans les piqûres, on y frotte une

couleur épaisse préparée avec une poussière de chai bon délayée dans l’eau. Il en résulte aux pari ies piquées une inflammation , puis une croule, qui, après être tombée au hout de quelques jours, laisse à découvert les figures soue une teinte bluâtre , ou d’un bleu foncé. Lorsqu’un habitant de I\ 01 il oïvva entre dans l’âge de puberté, on commence le tatouage, et c’est une des circonstances les plus importantes de sa vie. Le salaire du tatoueur consiste, selon les facultés de 1 individu qui s’est fait tatouer, en un certain nombre de cochons. Ceux qui sont privés de cette ressource , et dont les moyens d’existence se bornent au fruit de l’arbre à pain, se font tatouer par les apprentis dans l’art du tatouage, et les plus indigens, qui 11e peuvent amasser de quoi fournir à la dépense d’une telle parure , ne sont point du tout tatoués. Les femmes ne se font tatouer que le dessus des mains et des pieds. La figure principale de la planche (LXXII) est celle d’un homme de do ans, auquel on distingue tous les dessins du tatouage. Dans un âge plus avancé, 011 tatoue un dessin sur nn autre dessin , ce qui doit ne déranger la symétrie.

RrusCnstern a trouvé aux îles Marquises un Anglais nommé Roberts et un Français appelé Jean Cabri, qui résidaient dans ces îles depuis plusieurs années, et avaient conservé l’un contre l’autre leurs haines natioalcs; il parait certain que toute espèce Je trace de civilisation avait disparu chez Jean Cabri; il s’était tatcué comme les naturels, il avait adopté leurs mœurs sauvages et leurs habitudes féroces; cependant il 11c par tageait point avec eux le crime d 'anthropophagie! cct être singulier dont M. Langsdorf a fait graver le portrait, dans la rélation de son voyage, était natif de Bordeaux; il est revenu en Europe avec l’expédition Russe; il résidait, et réside peut-être encore à Kronstadt,

La construction des cabanes ou des buttes de ce peuple est extrêmement simple. Etablies sur des plate formes de pierre élevées de quelques pieds au-dessus de la surface du sol, à cause des inondations fréquentes que produisent d’abondantes pluies , leurs murailles ne sont composées que de roseaux , et leur toit est recouvert de feuilles delatanier. La plus grande propreté y règue.

gence et de l’adresse. Le chant, la danse, la nage et la course sur des échasses, occupent l’oisivité de ces insulaires. Ce dernier exercice leur offre un moyen aussi simple qu’ingénieux de communiquer entre eux pendant les inondations qu'a même la saison des pluies.

Le mariage est probablement aux îles Mendocc une institution civile de la même nature qu’à Otaiti.

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