AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE
Situation, Étendue, sol, climat. — Cette moitié de l’Amérique qu'on nomme aussi continent septentrional , comprend toute la partie septentrionale jusqu'à l’isthme de Panama, et a plus de 2,000 lieues de largeur depuis cet isthme jusqu’au détroit de Behring dans le N. O. Comme elle est située, partie dans la zone glaciale, partie dans la zone tempérée et partie dans la zône torride, on sent qu’elle doit nécessairement présenter une grande variété de sols et de productions. En effet, la partie située audelà du 5oc parallèle n’offre, pour ainsi dire, outre des rochers, des lacs et des rivières, que des terres arides et presque entièrement stériles, à cause de la rigueur excessive du froid qui y entretient les glaces ou les neiges plus des trois quarts de l’année. Mais au-dessous de cette latitude le climat va en s’adoucissant, et devient chaud de plus en plus, à mesure qu’on approché de la zône torride, où la chaleur serait peutêtre insupportable, si elle n’était tempérée par les vents alisés des tropiques. Dans cette partie la fertilité est en général très-grande et les productions très-variées. Les principales sont les graines céréales (entr’autres le maïs, le Riz), le coton, le tabac, le sucre, le café, la cochenille, le cacao, I’indigo, la vanille et différens autres aromates; des drogues médicinales, diverses espèces de fruits délicats, bois de teinture, et quantité d’autres etc. Des mines de cuivre, d’ÉTAiN , de plomb, de fer, de mercure, de charbon fossile etc.; et dans la Nouvelle -Espagne (un des pays les plus fertiles et les plus riches de l’univers), quantité de mines d’ARGENT et plusieurs mines d’os. La Nouvelle-Espagne a plus de 5oo endroits d’exploitation d’or et d’argent. Les plus considérables sont ceux de zacatécas, où est la célèbre mine de sombrettë, de guannaxuato, où est la mine de valentiana, de catorce. Ce groupe minéral est le plus abondant de la terre; il fournit à lui seul le tiers de toute l’extraction annuelle du globe. Il y a en outre des mines de pierres précieuses dans la Floride, et l’on pêche beaucoup de perles sur les côtes, ainsi que sur celles de la Californie. Une grande partie de l’Amérique septentrionale nous est à peu-près inconnue, notamment les terres au N. et à l’E. de la baie d’Hudson, et presque toutes celles qui sont au-delà du 56e parallèle, entre le 100e degré de longitude et l’océau pacifique. Tout ce que nous savons d'un peu certain sur cette vaste étendue de pays , c’est qu’il est habité dans presque toutes ses ré-
gions par différentes peuplades ou hordes sauvages, répandues çà et là, principalement dans les environs des rivières et des lacs (voy. p. 7 1 et suiv. ire partie du Porte-feuille géographique), ne vivant que de la chasse et de la pêche, et n’ayant d’autres richesses que les peaux des animaux qu'elles tuent, dont elles font des échanges avec les Européens, pour qui ces peaux sont un objet de commerce. Les principaux de ces animaux sont le castor, la i,outre, le renne, le daim, le buffle, I’elan, Tours, le loup, le lynx, le renard, le lièvre, la marte etc. Il y a aussi différentes espèces ü’oiseaux aquatiques et autres, comme oies, canards, cygnes, grues, outardes, perdrix etc.; des aigles et autres oiseaux de proie. Les lacs et les rivières y sont pour la plûpart très-poissonneux.
Montagnes. — L’Amérique septentrionale a deux grands systèmes de montagnes , qui communiquent à ceux de l’Amérique méridionale par l’isthme de Panama, malgré leur abaissement dans le Choco et dans les provinces de Darien; ces montagnes sont formées par plusieurs rangées parallèles, qui suivent la direction de ses côtes, l'une à l’Occident, que Mr Walkenaër nomme chaînes océaniques, l'autre à l’Orient, qu’il appelle chaînes atlantiques, qui en est la continuation. Les premières, qui sont plus longues, s’étentendent sans interruption du N. au S. E. entre le cercle polaire arctique , vers l’embouchure de la rivière de makensie et le tropique du Cancer, vers la pointe sud de la Californie; mais la rangée intérieure de cette chaîne se prolonge au S. vers l’Orient jusqu’à l’isthme de panama, et partage longitudinalement le grand bras de terre du Mexique ou de la Nouvelle-Espagne. Cette chaîne, depuis le tropique jusqu’au 40e degré, porte le nom de monts pierreux ou rocheux, dont une des branches au N. O. forme le mont saint-elie. Plus au S,, en entrant dans le Nouveau -Mexique, divers groupes qui continuent cette chaîne, sont appelés sierras de las grullas ou sierra verde, sierras de mimbros, et sierra madré, que l’on peut regarder comme la bouche centrale des Andes mexicaines, qui se réunissent vers le 19e parallèle. Celle qui est à l’Orient, se nomme sierra obscura. Ces monts augmentent de hauteur vers le Sud, en pénétrant dans le Mexique, et leur nœud principal se trouve entre les 18e et 20e degré de latitude N., où le popocatepelt dans l’intendance de Puebla, et le pic d’oKizABA, deux de leurs principaux sommets, s’élèvent à plus de 2,700 toises de hauteur.
Les chaînes atlantiques, beaucoup plus courtes, commencent vers le 47e degré de latitude N., dans le Nouveau-Brunswick; elles descendent au S. O. jusqu’au 45e; elles se rencontrent vers l’Ouest, pour s’approcher du mississipi ; elles sont formées par plusieurs chaînes parallèles, qui ont souvent 70 milles de large. La rangée orientale, ou la plus rapprochée de la mer, se nomme montagnes vertes ou green mountains au N., montagnes bleues au Centre, et monts apalaches ou monts alleghanis au S. t la rangée intérieure ou intermédiaire s’appelle monts du nord , et plus au S. monts de fer ou ironmountains , et enfin la rangée la plus occidentale prend le nom de monts laurels.
Plateaux. — L’Amérique présente les plus hauts plateaux du globe. Tout l'Intérieur de la vice -royauté du Mexique et vraisemblablement encore de toute la Nouvelle- Biscaye, forme une immense surface, qui s'élève de 6,000 à 8,400 pieds au-dessus du niveau de la mer.
Volcans. — Outre ceux de fopocatepelt , dans l’Intendance de Puebla, souvent en-
flammé; d'oaiBAZA qui présente, dans ses éruptions, une échancrure qui rend le cratère visible de très-loin. On remarque encore celui de jorullo dans l’Intendance de Valladolid, qui a formé le 29 Septembre 1769 une montagne de scories et de cendres, et tout à l’entour un millier de petites collines en cônes et enflammées. La cordillière du Mexique est un groupe de montagnes volcaniques, qui offre de grandes analogies avec celui de Quito dans l’Amérique méridionale.
Caps Le cap f.akwel au S. du Groenland; le cap walsingham au S. de la terre
de Baffin; le cap schidley au N. E. du Labrador; le cap st. chaiu.es au S. E. du même pays; le cap st. jean dans l’ile de Terre-Neuve; le cap cod au N. E. des États- Unis; le cap ca a n avérai, à l’entrée du détroit des Florides; le cap sdd au midi de la presqu’île de Floride; le cap catoche à l’extrémité de la presqu’ile de Yucatan; le cap gracias a dios au N. E. de la presqu’île de Honduras; la pointe de mai.a à l’entrée du golfe de Panama; le cap cokrientes, vis-à-vis des îles Revillagigedo ; le cap st. lucas au S. de la Californie; le cap st. Augustin plus au N.; le cap mendocin au S. O. de la Nouvelle-Albion; le cap de flatterie plus au N.; la pointe d’ALASKA au N. O. de l’Amérique russe ; le cap newenham plus an N.; le cap du prince de galles dans le détroit de Behring; le cap glacé plus au N. etc.
Presqu’îles. — De la nouvelle-écosse ou d’ACAWE ; de la floride, de yucatan , de la
CALIFORNIE , d’ALASKA.
Iles. — Voyez le tableau sommaire des pays de l’Amérique septentrionale.
Lacs. — Aucune partie du globe n’offre la quantité d’eau douce ni le rassemblement de lacs qu’on remarque dans l’Amérique septentrionale ; on en rencontre une chaîne non interrompue qui conduit depuis la partie la plus occidentale jusqu’à la mer. Quelques-uns sont d’une immense étendue. Voici leur ordre de l’Ouest à l’Est: le lac du grand ours (great Bear); le lac de I’esclave; le lac des montagnes; le lac voltaston; le lac des rennes; le lac winnipig ou assiniboels; le lac des bois; le lac supérieur (1800 1. carr.) ; le lac huron (670 1. carr.) ; le lac michigan; le lac erié (600 î. carr.) ; le lac Ontario (58o 1. carr.); le lac champlain, qui forme la limite entre l’état de New-York et celui de Vermont; le lac tampari au N. E. de la vice-royauté du Mexique; le lac Nicaragua dans le Guatimala; le lac pascuaro dans l’Intendance de Valladolid, etc.
Fleuves et rivières. — L’Amérique septentrionale en contient un nombre infini. Les plus considérables sont :
Le saint- Laurent , qui sort du lac Ontario et se rend dans le golfe de son nom. Il reçoit une quantité innombrable de rivières (entre autres I’atawas) , éprouve la marée et se trouve navigable à plus de i5o lieues de son embouchure, qui a 5o lieues d’ouverture.
Le MiSiissipi , qui vient des monts chifawayes an N., reçoit un grand nombre de rivières (entre autres le missouri), qui a le cours le plus long et le plus considérable, vient des monts rocheux , et reçoit plusieurs affluents , dont le principal est la rivière plate; Fillinois, le tortueux ohio , avec la tennassée et le kentucky ses tributaires; Farkanzas, la rivière rouge, etc.
( ioS )
Lç connecticot, I’hudson, la delaware, la fotowmac, la savannah, et une foule d'autres rivières traversent les Etats-Unis et se jettent dans l’océan atlantique; elles sont, pour la plupart, très-profondes et admirables pour la navigation.
Le rio del norte, ou rivière dü nord, ou rio erava, qui prend sa source dans la Sierra Verde et se jette dans le golfe du Mexique.
Le rio Colorado, qui vient des mêmes montagnes et a son embouchure dans la mer Vermeille, après avoir reçu la rio gila.
La colombia, qui coule vers l’Est et reçoit au S. la mcult-nobiah et se jette dans le grand océan.
La rivière de cook dans l’Amérique russe ; la rivière de makensie, qui a son embouchure dans l’océan glacial ; les rivières de Churchill et de severn , qui se jettent dans la baie d’Hudson; la rivière albany, qui se décharge dans la baie de James, etc.
Cataractes ou sauts. — Il y en a plusieurs très-remarquables, mais les deux les plus renommés sont i° le saut de niagara, formé par la rivière du même nom (laquelle fait communication des lacs Erié et Ontario), où une masse énorme d’eau occupant un espace d’environ 1088 mètres (335o pieds) tombe perpendiculairement, sans rencontrer aucun obstacle, d’environ 5o mètres (plus de i5o pieds) et offre un des spectacles les plus imposans effles plus effrayans qu’on puisse imaginer. Le bruit de cette chute est tel que, quand le vent est favorable, on l’entend de plus de 12 lieues. C’est moins un fleuve qu’une mer , dont les torrens se précipitent à la bouche béante du gouffre. La cataracte se divise en deux branches, et se courbe en fer à cheval. Entre les deux chûtes s’avance une île, creusée en dessous, qui pend avec tous ses arbres sur le chaos des ondes. La masse du fleuve, qui se précipite au Midi, s’arrondit en un vaste cylindre, puis se déroule en nappe de neige, et brille au soleil de toutes les couleurs. Celle qui tombe au Levant, descend dans une ombre effrayante; on dirait une colonne d'eau du déluge. Mille arcs-en-ciel se courbent et se croisent sur l’abime. L’onde frappant le roc ébranlé, réjaillit en tourbillons d’écume, qui s’élèvent au-dessus des forêts, comme les fumées d’un vaste embrasement. Des pins, des noyers sauvages, des rochers taillés en forme de fantômes , décorent la scène. La pl. LXXX1V donne une faible idée de cette immense cataracte. Sur le premier plan sont représentés des Indiens du Canada. Leur peau est très -basanée ; mais la couleur, qui est d’un rouge brun sale , n’est pas naturelle ; elle est due à leurs fréquentes onctions. Leur habillement varie beaucoup; mais en général, il consiste en un manteau.de toile ou une peau qui passe entre les cuisses et est fixée devant et derrière; une espèce de camisole sans manches, qui descend jusqu’à la ceinture; des bas de peau qui montent jusqu’au milieu de la cuisse , et enfin un manteau qui les enveloppe. La camisole des femmes leur descend jusqu’aux genoux, et elles portent aussi une espèce de manteau. L’amour de la parure est une passion dominante chez les jeunes Indiens. Ils se peignent le visage de différentes couleurs, et ornent leur tête de plumes et d’aigrettes. Ils ne conservent de leurs cheveux qu’un petit toupet qui sert à fixer les ornemens, et ne souffrent de poil en aucune autre partie du corps. Ces peuples négligent l’agriculture , qui est abandonnée aux femmes, pour se livrer à la chasse, dans laquelle ils excellent, ainsi
qu'à la chasse qui leur fournit d'abondantes provisions. Les armes de la plupart des peuples du Canada consistent principalementdans le mosquet et le tomohawk , espèce de hache qu'ils savent lancer avec adresse lorsqu’ils poursuivent leur ennemi. Ils ont la vue, l’odorat, l’ouie, tous les sens d'une finesse, qui les avertit de loin sur leurs dangers ou leurs besoins. Leur mémoire est prodigieuse. Belle comme la nature , leur éloquence est remplie d’images et de traits de feu. Jamais peut-être aucun orateur grec ou romain ne parla avec autant de force et de sublimité qu’un chef de ces Sauvages , lorsqu’on voulait les éloigner de leur patrie. «Nous sommes, répondit-il, nés sur cette terre, nos pères y sont ensevelis. Dirons -nous aux ossemens de nos pères, levez-vous et venez avec nous dans une terre étrangère P» — 2° la cataracte ou cascade de montmorency, où les eaux de la rivière de ce nom, qui se jette dans le fleuve St. Laurent au-dessous de Québec, se précipitent de la même manière d’une hauteur d’environ 78 mètres (240 pds). Sa largeur 11’est que d’un peu plus de 16 mètres (5o pds).
Bancs de sable. — Le grand banc de Terre-Neuve , qui a 200 lieues de long sur 80 de large, où l’on fait la grande pêche de la morue, qui commence vers le 10 Mai et dure jusqu’à la fin de Septembre. Le fond s’élévant sans cesse par le dépôt des coquillages, il en résultera sans doute un jour uue île semblable à celle de Terre-Neuve.
Savannes. — Les savannes les plus remarquables de l’Amérique méridionale sont celles qui forment les riches plaines à l'ouest du Missouri qu’habitent des peuples nomades, où paissent des troupeaux de bisons et de bœufs musqués; elles sont couvertes d'herbes hautes et abondantes. (Voy. la note 64).
Golfes et baies. — La baie de baffin , celle de jacoe, celle d’HUDsoN, de st. james, le golfe de st. laurent, la baie de fundry, celle de la chesafeak, le golfe du Mexique, les baies de campêche, de Honduras, le golfe de teiiuantepec, la mer vermeille ou de Californie, la baie de bristol.
Détroits. — De davis, de cijmberland, d’HunsoN, de forbisher, de bellisle, des flo- RIDES, du CANAL DE BAHAMA, de BEHRING, etc.