DES DIVERSES ESPÈCES DE SOLS, ET DU CLIMAT PHYSIQUE
Le sol fertile de la terre, dont l’eau ne baigne ou 11’humecte pas la surface, se couvre cependant d’arbres qui, réunis en grandes masses, forment les forêts, dont les plus grandes et les plus vastes se trouvent dans le nouveau monde. Lorsque les arbres ne couvrent point une grande étendue de pays, ils ne forment point de forêts, mais des bois; et enfin quand ils sont réunis en masses encore moins considérables, ils composent des bocages, dans lesquels on pénètre plus facilement, et qu’on peut parcourir
sans s’égarer. Ce qu’on appelle steppes, dans le nord de I'asie; djencle, dans l'rriîNdoustan; karrous, en Afrique; sa vannes, lanos et pampas, dans le nouveau monde, est formé par des parties non cultivées de la surface de la terre, dont le sol, quoique productif, n’est pas propre à de grandes forêts, est dépourvu de montagnes, et s’étend en vastes plaines. Il est encore d’autres déserts peu étendus, qui prennent les noms de landes ou de bruyères; telles sont les landes du centre de I’espagne, celles de bordeaux; telles sont encore les plaines entre le rhin et le weser. . -
Il ne faut pas confondre ces déserts avec les déserts proprement dits, et ainsi nommés dans le sens stricte du mot; ceux-ci offrent d’immenses espaces stériles, où les végétaux ne peuvent croître, où les hommes et les animaux ne peuvent subsister. L’intérieur de I’afrique et de I’arabie est, en grande partie, composé de ces désolantes solitudes, sans verdure, sans eau, dévorées par un sol brûlant, n’offrant que des plaines sablonneuses, des montagnes encore plus arides, sur lesquelles l’œil s’étend et le regard se perd, sans pouvoir s’arrêter sur un seul objet. Souvent un vent embràsé souffle, suffoque les hommes et les animaux, soulève et roule des colonnes et des montagnes de sable, qui engloutissent tout sur leur passage et ensevelissent des caravannes entières, dont les routes, depuis des milliers d’années, n’ont point encore changé de direction. Celle qui va actuellement de Pafilet à Toinbuctu, c’est-à-dire, de Fezzan à Darfour, est la plus considérable de ces expéditions hardies, dont le succès repose tout entier sur l’existence du chameau, que les mythes de l’Orient nomment avec raison le vaisseau du désert. Les plaines centrales de l’Afrique occupent une surface%près de trois fois plus grande que la mer méditerranée. Au milieu de ces Océans de sable se trouvent des espaces resserrés, arrosés par de nombreuses sources, ombragés par des arbres bienfaiteurs, où la nature développe souvent avec une surprenante fécondité ses productions les plus choisies, où l’homme et les animaux habitent et séjournent avec délice. Ces terres heureuses, placées au milieu des déserts, comme les îles au milieu des mers, se nomment oasis; les plus célèbres sont celles qui se trouvent dans le grand désert africain, à l’Ouest de I’égypte. C’est dans ces oasis qu’était situé le temple de Jupiter Âmmon, célèbre par le voyage périlleux d’Aiéxandre -le - Grand , entrepris par la folle vanité de passer pour le fils de Jupiter.
Il ne faut pas confondre le mot climat , employé dans une acception physique , avec la signification indiquée à la page 58; celui-ci est purement astronomique, l’autre a rapport aux irrégularités que présentent les vents à divers degrés de latitude et dans les différentes régions; irrégularités qui sont les effets combinés des courans aériens généraux, des brises partielles, de l’élévation du lieu, de sa situation à l’égard des mers, de la direction des montagnes et de la nature du sol. Toutes ces choses influent sur le climat, puisqu’elles tendent à refroidir ou à échauffer l’air dans une région particulière du globe, indépendamment de l’action immédiate du soleil, et du degré plus ou moins grand d’éloignement où il se trouve de l’équateur. Les courans aeriens ou les vents sont produits par l’agitation presque continuelle qui règne dans l’atmosphère raréfiée ou condensée par la présence ou l’absence du soleil, et sans cesse modifiée par les fluides qui s’échappent de la terre, et par la grande masse d’eau qui s’évapore cou-
tinuellement de tous les points de sa surface, et pour d'autres causes qui nous sont inconnues. La plupart des vents proviennent de réchauffement ou du refroidissement des différentes régions de l’atmosphère, particulièrement les vents conslans et périodiques, qu’on observe sous la zône torride. Les vents constans ou alises régnent toujours entre les deux tropiques, et soufflent constamment tant dans I’océan atlantique que dans le grand, océan et dans la partie méridionale de I’océan indien. Les moussons, qui sont des vents périodiques, soufflent six mois d'un côté, et les six autres mois de l’année du côté opposé, dans plusieurs parties de la zône torride, et principalement dans la mer des Indes. Ces changemens de directions arrivent particulièrement lorsque le soleil passe d’un hémisphère dans l’autre. Outre ces vents généraux, la succession du jour et de la nuit, par le changement subit qu’elle fait éprouver à la température, produit ces vents partiels, mais périodiques, qu’on nomme brises de terre et de mer. C’est entre les tropiques que cet effet est le plus régulier. La brise de mer souffle généralement depuis six heures du matin jusqu’à six heures du soir, et la brise de terre depuis sept heures du soir jusqu’à huit heures du matin. C’est une règle assez générale, que les vents sont d’autant plus faibles et plus constans , qu’on se rapproche des régions équatoriales, et d’autant plus forts et plus variables qu’on s’en éloigne. Les vents ethésiens sont ceux que l’on observe particulièrement dans l’ancienne Grèce, la mer Egée etc., et qui s’élèvent le matin aux approches de la canicule , c’est-à-dire , à l’époque de l'année où le soleil se lève avec la belle étoile du grand Chien.
Les vents irréguliers sont ceux dont l’époque, la durée et la direction sont variables. Les plus remarquables dans nos climats sont les vents du sud-ouest, qui font baisser le baromètre, amènent la pluie et produisent une température douce: par ce que les couches d’air qu’ils apportent , ayant été en contact avec une grande partie de la surface des mers (voy. pl. IL), arrivent plus saturés d'eau que l’air qu’ils remplacent, et que s’élévant ensuite en vertu de leur moindre pesanteur spécifique, elles éprouvent une diminution de pression, qui les porte au-de-là du point de saturation, et leur fait abandonner une partie de l’eau qu’elles tiennent en dissolution. Les vents d» nord-ouest, qui font monter le baromètre, amènent le beau teins et produisent une température froide; par ce que les couches d’air qu’ils apportent, et qui n’ont été en contact qu’avec les terres du continent, ont éprouvé, en franchissant les montagnes, une diminution de pression qui leur a fait abandonner de l’eau , de manière qu'elles arrivent moins saturées et avec une faculté dissolvante, propre à rétablir la transparence de l’atmosphère. Lorsque les vents ont traversé de vastes déserts de sables fortement chauffés par la chaleur du soleil, alors l’atmosphère se trouble, une teinte de pourpre la colore, l’air perd son élasticité,- il se charge d’épaisses vapeurs, qui étendent un voile funèbre sur toute la nature. Une chaleur sèche et brûlante se manifeste; des tourbillons semblables à ceux d’une fournaise ardente, se succèdent par intervalles, accablent et suffoquent souvent les hommes et les animaux. Les plus terribles de ces vents sont ceux qui souillent de l’intérieur des déserts de sahara et de I’arabie, et qui en Afrique se nomment samoum; en Arabie samiel ; en Egypte khamsin; en Italie sirocco; en Espagne solano; et sur la côte d’Ouest d’Afrique, harmattan.
Les accidens qu’oceasionne quelquefois la violence des vents, sont compensés, bien aude-là par les avantages que nous procurent ces courans d’air. Ce sont eux qui, dans les grandes villes, font succéder un air sain à un air vicié par des émanations nuisibles. Ils transportent les nuages destinés à répandre sur la terre les pluies qui la fertilisent; ils sont les véhicules d’une multitude de graines qui, pourvues d’ailes ou d’aigrettes, voltigent de toutes parts pendant l’automne, et entretiennent entre les différens sols une circulation de richesses végétales.
La surface du globe terrestre contient environ i6,5oo,ooo lieues carrées.
L’Europe et l’Asie ...
L’Afrique
Le nouveau continent .
La Notasie ou Nouvelle-Hollande
Les îles du monde maritime, environ
3oo,ooo —
Il reste dans cette hypothèse pour la
surface
de l'Océan et des mers
quarrées , ce qui forme à peu près les trois
quarts de la surface terrestre.
Principales mesures géographiques anciennes et modernes , rapportées
à la Toise et au Mètre .
Mille romain, cité dans Pline .....
Mille de strabon , suivant Cassini ....
Stade égyptien, suivant Fréret et Leroi, et qui parait être celui de 5oo au degré .....
Le même, suivant Mr. Nouet, astronome de l’expédition française en Egypte .....
Stade des anciens romains, de 265 pieds Romains, et
Stade olympique, estimé la 8.c partie du mille romain
Stade de ptolomée, de 700 au degré
Stade, égal au io.e du mille romain
Stade de 1100 au degré ......
Schœne égyptien, estimé à 4 milles romains .
Rast des germains, valant 2 lieues gauloises, et Parasanges des perses, ou
Agash des turcs; toutes ces mesures étant évaluées à 5 milles romains, ce qui revient à peu près à 25 au degré Lieue des germains ou de Scandinavie, valant 2 rats Lieue gauloise .......
Grand mille arabique, usité au tems des croisades, mesures estimées à un mille romain et demi Lieue marine, de 20 au degré ......
Toises.
Mètres.
vrî
co
en
co
3o3o. 5go5, 6.
Toises.
Mètres.
Mille géographique ou nautique, de 60 au degré .
Lieue commune de France, de 2 5 au degré
Petite lieue des environs de paris, ou lieue de poste
Lieue d’une heure de chemin .....
Mille ou lieue d’allemagne *), contenant 2000 perches
CO
ou verges du Rhin .......
La lieue d’espagne, contenant 4 milles romains anciens ;
il faut environ 19 de ces lieues pour faire un degré.
Grande lieue d’espagne, estimée à 5 milles romains .
Mille d’Angleterre, d’environ 69 au degré
Mille romain moderne, suivant Baccowich
Mille grec moderne . . . . . . . )
Mille turc, et
Werst commun de Russie, estimé à 7 stades olympiques J
Autre werst de Russie, de 5oo sagènes
Coss de l’inde, d'environ 07 au degré
3oo3.
Lis chinois, contenant 1800 tché, suivant Pingré
Le chemin que fait une caravanne dans une heure,
est évaluée par d’Anville à environ
La journée de caravanne est estimée de 8 à 9 lieues
communes de France, ou 55 à 40 kilomètres.
Pieds.
Brasse; mesure que les marins employent dans leurs sondes 5. 1,624.
*) Assez ordinairement on compte le mille d’Allemagne sur le pied de i5 au degré, ce qui ne donnerait pour sa valeur que 38oo toises; mais sur ce pied la conversion des milles d Allemagne en lieues marines est très-facile, puisqu’il suffît d’ajouter au nombre des premières le tiers de ce nombre pour obtenir celui des secondes; ainsi 36 milles d’Allemagne équivaudraient à 48 lieues marines.
La perche ou verge dont se compose la lieue d’Allemagne indiquée ci-dessus, contient 12 pieds du Rhin; le pied du rhim est égal à 0,967 du pied français, et 4 o,3i4 du mètre, ainsi la perche du Rhin vaut 11 pieds, 6, ou 3 nu, 776.