‹ Portefeuille archéologique de la ChampagneChapitre 34 sur 82 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Il n'entre pas dans noire plan de parler des translations de reliques, et des cérémonies imposantes qui accompagnaient leur passage à travers les villes {1} ; qu'il nous suffise de rappeler que lorsque Philippe-lc-Hardi revint à Paris avec les ossements du saint Roi, son père, il voulut porter lui-même sur ses épaules, depuis Notre-Dame jusqu'à l'abbaycdc Saint-Denis, la chasse qui les contenait, cl qu'on éleva sur la route, à chaque station qu'il fit. des croix de pierre richement sculptées, dont on voyait encordes restes en 1792 (2).

Arrivons maintenant à la châsse de Ncslc-la-Reposle et faisons précéder sa description de quelques mots sur l'origine cl l'histoire de celle abbaye.

Le monastère de Neslc, dont il ne reste plus que quelques ruines, auxquelles le lemps arrache chaque jour une pierre, était situé à peu de distance au nord dp Villenauxe-la-Grandc, dans un vallon resserré entre deux collines boisées. Celle position écartée et auslère, éminemment propre à l'élude el à la v ie contemplative . l'avait fait nommer Nesle-la-Reposte, Nigelta Repotta tel abteondila. Elle était de l'ordre de saint Benoit, et sa fondation remonterait aux premiers siècles de notre histoire, si l'on en croit l'opinion de ceux qui prétendent que son église avait été construite par Clovis, à l'instigation de son épouse Clotilde, en même temps que la basilique de Sainte-Geneviève de Paris. Malheureusement celle opinion ne peut s'appuyer sur aucune aulre autorité que l'existence d'un ancien portail , bien certainement postérieur au commencement du VI* siècle. Ce portail, dont le dessin existe encore (3), était orné à gauche de la statue de saint Pierre, sous l'invocation duquel l'église avait été originairement placée, puis de deux rois portant sceptre et couronne. A droite se trouvaient les statues d'un roi cl d'un évèque, représentant soit saint Rcmy de Reims, soit sainl Loup de Troycs, soit enfin l'évéquc saint Camélien de Troyes, sous le ponliQcat duquel la tradition rcporlail la fondation de l'abbaye de Ncslc-la-Rcposte par Clovis et Clolildc. Entre ces deux slatucs se trouvait une reine, dont le pied droit ressemblait à celui d'une oie. el que. pour celte raison, on appelait la reine Pédawjve. Bien des avis contradictoires se sont produits

(i) Lntur, Mtm. conctrn. Chitt, ci». M «ecfc.. eTAuitrrt, T. t, p. 70 et wn. — Di*im, Ut. III, châui de uunl Mtrrj.

(i)Fimio,»ii.A TAtb. < v . de Sum tW — BiagnpK, ««V, T. XXXIV, p. 10J. — Viuut-Lmcc , Dict. fÂrth., T. IV, p. 434.

(J) MiiiLtol, Amuda orduû, S. Bmnlicn, T. I**, p. Sa. — Moimccoi ht Montmrntt dt h Mtnarcki* fiemr**». «••« Utfigmrn dt chaque régne que Cùt/ur* dm umpt * /pmrgntm, T. I".

à ce sujet. Etait-ce la reine Clutihlc que l'artiste avait voulu représenter, et une difformité naturelle exagérée par l'imagination populaire, mais dont aucun historien, pas même Grégoire de Tours, n'a jamais parlé, était-elle devenue un signe caractéristique de la reine Clolilde, 'quand on voyait une reine ainsi représentée au portail de Saint-Bénigne de Dijon, à Saintrpicrre de Ne vers, à Saint-Porcien en Auvergne, et à &ijnl-Germain-des-Prés. Etait-ce, au contraire, la reine de Saba, regardée comme une figure mystique de l'égliso dont Jésus-Christ est devenu le Salomon , que la passion do celle reine pour le bain avait fait comparer aux oiseaux qui passent leur vie dans l'eau, ou une bizarrerio de la statuaire , partout reproduite comme un type invariable et individuel. Le père Mabillon, et avec lui M. Bullcl, do l'Académie des inscriplions et belles-lellres (I), ont pensé que la pate d'oie donnée à la reine devait être un emblème indiquant sa prudence, d'après les qualités qu'on attribuait à l'oie dans l'antiquité. Ce qu'il y a de certain , c'est que l'abbaye de Nesle existait déjà au IX* siècle, ainsi que le prouvent le concile d'Aix-la- Chapelle de 817, qui, chargé de régler ce que chaque monastère devait fournir au roi, mil Nesle dans la première classe, comme étant une abbaye riche et puissante en hommes, et une charte de Lolhairc de l'année 841 [t].

L'abbaye de Neslc fut successivement l'objet do donations et de libéralités pieuses, en 1 1 50 par Simon, seigneur de Relhel ; en 1 1 98 par Hugues de Broyés ; en 1236 par Elisabeth de Châleau-Villain et son fds Simon, qui donnèrent à l'abbaye de Neslc cinq cents arpents de bois situés à Ncslo , encore connus sous le nom de bois de la Comtesse ; en 1 228 par Thibaut , comte de Champagne, et en 4252 par Simon de Chàteau-Villain.

En 1568, le monastère fut pillé par les calvinistes, qui l'incendièrent ensuite , c'élait la troisième fois depuis cent ans. Aussi lorsque DcsGuerrois vint, soixantequatre ans plus tard, visiter l'abbaye de Nesle, il ne trouva plus que des ruines désolées, une nef en laquelle ne restait plut que let quatre muraillet tant couverture, icelle ayant été ruinée par let calvinittet qui y exercèrent leurt pilleriet et ragei (3).

En 1672, les bénédictins de Nesle ne pouvant plus résister aux maladies causées par les broudlards qui s'élevaient continuellement autour du monastère ,

(■) Hi»iu<», Annal, erd. Smeti Htnu&L, Loc cil '

i/i 1 h* d* Trqra, p. ia{, »*.

PoruftwlU atxhiologitjtu. Oup. VII. 7

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