‹ Portefeuille archéologique de la ChampagneChapitre 35 sur 82 · Ï6 CHAPITRE TH · texte numérisé non relu

Ï6 CHAPITRE TH

obtinrent du roi et de ïévêque de Troyes l'autorisation d'abandonner leur alibayc , pour venir se ûxer à Villenauxe ; ils y arrivèrent, en effet , en 1674, emportant avec eux, comme dernier souvenir du lieu de leur fondation , l'ancien portail dont nous venons de parler.

En 4790, les bénédictins durent se disperser, après avoir dit adieu à leur nouvelle cl à leur ancienne abbaye.

En 1 79 1 on vendit tous leurs biens meubles ; leur église fut mise à l'encan, puis démolie en i 793, et les curieuses statues qui ornaient le portail de l'église de Ncsle allèrent, après avoir été mutilées, servir de marchés dans une cave de Lurcy, près de Conflans-sur-Scine, sans que leur antiquité et la vénération qu'elles devaient inspirer aient pu les protéger contre une pareille profanation {i ).

La châsse de saint Alban était, sans contredit, le monument le plus important du trésor de l'abbaye de Ncsle.

Avant d'entrer dans les détails de la châsse et d'en essayer la description, nous devons dire un mol de ce qu'elle contenait; nous y trouverons, certainement , une raison de sa splendeur. Les grandes reliques étaient au nombre de deux : c'étaient des franges de la robe de Notrc-Scigncur Jésus-Christ et des cheveux de la sainte Vierge. Puis venaient : une partie de l'os frontal de saint Jean-Baptiste avec une de ses dents ; — un os de l'épaule et une denl de saint André, apôtre ; — une dent et plusieurs reliques de saint Philippe, apôtre ; — plusieurs os avec des cheveux de saint Elienne ; — une côte de saint Laurent avec deux de ses dents ;

Le chef de saint Alban, premier martyr de la religion chrétienne dans la Grande- Bretagne ;

Une partie de l'épaule de saint Eloy ; des reliques de saint Bemy, de saint TJilaire et de saint Martin; des os de saint Bavon et do saint Phal ; des reliques de saint Thierry et do saint Théodulphe ; de saint Maur et de saint Biaise ; de la terre sainte et plusieurs autres reliques de saints et saintes, desquels on ne pouvait plus lire let noms, à cause de lantiquitè et injure du temps, dit le procès-verbal du 27 mai 1624 (2).

En l'année 1671 , Dom Amand Tiiboul et Dom Médard Gillct, visiteurs de la communauté des bénédictins do Saint-Vanne et Saint-llydulphe, du diocèse de Verdun,

(i) Auucs, fojage mrchtotag^ue Jam U drpart. de fjule, p. 77. (0 Di» Gtiiuu, Saint, ckrtst., p. 10S, t».

font ouvrir la châsse de saint Alban, autrefois couverte et ornée de lamet d'argent et de plaques de cuirre émaillé, aujourd'hui dépouillée par les hérétiques, Ifareticorum vi ac rabie jam nunc plané dirutam et expilatam, et après avoir reconnu les reliques que nous venons d'énumérer, ils réglèrent la solennité et l'époque des fêles de plusieurs sainls. parmi lesquels, dirent-ils, il y en a d'assez notables dont on ne fait assez de solennité [\).

Par quelle voie les principales de ces reliques étaient-elles arrivées à Nesle-Ia- Repostc ? Il serait bien difficile de le dire aujourd'hui , et des présomptions, incertaines comme elles le sont toutes, ne vaudront jamais des preuves.

Nous dirons seulement que leur importance et leur nombre expliquent parfaitement la magnificence de la chasse, et que la riche abbaye de Nesle avait demandé aux maîtres orfèvres du temps un reliquaire qui Ml à la hauteur du dépôt sacré qu'il était destiné à recevoir.

Des fêles magnifiques avaient été instituées à Constantinople, à Rome, à Aixle-Chapcllc, à Cologne, et partout où l'on possédait de précieuses reliques, pour célébrer l'anniversaire de leur translation dans les trésors des églises. On peut encore juger, par quelques-uns des discours prononcés dans ces solennelles circonstances, de l'enthousiasme des orateurs cl de l'empressement prodigieux des populations, souvent accourues de tous les points du globe pour les vénérer. La foi faisait lout oublier, les fatigues, les distances, les époques, pour transporter les ames par une sorte de mirage extatique au milieu des temps contemporains de la venue du Christ sur la terre, ou de l'immolation des premiers martyrs.

Nul doute que de semblables fêtes aient eu lieu à Nesle, malgré que l'histoire locale n'en ait pas conservé le souvenir. Là, comme ailleurs, on prévenait les peuples chrétiens par un décret écrit dans plusieurs langues , on décorait de tapisseries de haute lisse le chœur de l'église et la galerie de la tour, où se faisait la montre des reliques. La veille des fêles du pèlerinage, on procédait, en grande pompe, à l'ouverture de la chasse, on portail processionnellemcnt les reliques, au < hanl des hymnes cl bannières déployées, au choeur, où elles devaient être déposées dans l'intervalle des proclamations. Dès le malin, une foule immense cl bigarrée encombrait les places, les fenêtres et los toits. L'abbé de Ncslo, entouré de ses moines, paraissait sur la haute galerie, et commençait les proclamations au bruit

(0 Mimtiru Ut U SocicU tcad^M d, FA„U, Ton). XXII, p. v .

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