‹ Portefeuille archéologique de la ChampagneChapitre 37 sur 82 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

dans te cas contraire. Toutefois, avouons-le, ce ne sont là que des preuves négatives, qui sont de nature à augmenter le doute et non à le résoudre. *

Heureusement, pour notre opinion , que la cathédrale de Bamberg possède un autel portatif qu'on croit, d'après les traditions conservées dans celte église, avoir été donné par l'Empereur Henri II (1002 f 4024), mais que nous pensons être d une époque moins reculée. Ce petit monument est en bois de chêne, recouvert de plaques de cuivre doré assez épaisses, qui ont été enrichies d'émaux et de figures gravées. Le pourtour de cet autel est décoré de quatorze figures, finement gravées sur le cuivre et niellées d'un émail foncé, qui se détachent sur des fonds bleu foncé ou bleu gris, bordés d'un filet blanc. Elles reproduisent le Christ, la Vierge et les douze apôtres. Toutes les figures sont nimbées, et ce qui est frappant, c'est que chacun des apôtres, assis, comme ceux delà châsse de Nesle, sur un trône ( cathedra) , les pieds appuyés sur une espèce de tabouret, porte d'une main une épéc et de l'autre des constructions groupées, absolument semblables aux nôtres. Or, on n'en peut douter, l'artiste qui a exécuté cet autel a voulu représenter les apôtres, et non assurément les donateurs d'un monument dont les dimensions n'atteignent pas un pied (1). Puisque ce sont les apôtres qui sont figurés sur la châsse de Nesle et l'autel de Bamberg, que signifient donc ces épées et ces constructions, devenues leurs attributs T L'épée ne voudrait-elle pas dire qu ils sont morts martyrs de leur foi et de la bonne nouvelle qu'ils apportaient au monde, et les constructions qui reposent sur leurs mains, qu'ils habitent maintenant cette Jérusalem céleste qui est leur récompense et qu'ils montrent comme le but suprême de la vie aux exilés de la terre.

Les deux extrémités de la châsse n'ont conservé que les niches sans les statues, elles sont plus hautes que celles des côtés , ce qui indique qu'elles devaient contenir les personnages les plus marquants, tels que saint Alban cl le Christ, ou plutôt la sainte Vierge, sous l'invocation de laquelle l'abbaye avait été primitivement placée.

Lorsque, comme nous l'avons dit, les bénédictins de Nesle eurent été autorisés à venir se fixer à Villenauxc, ils apportèrent la chùsse de saint Alban dans leur nouvelle église, où elle resta jusqu'en 1791. A cette époque, par suite de la sup-

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pression do l'abbaye , la châsso fut transportée , en vertu de l'ordonnance des administrateurs du district de Nogenl-sur-Seino , en l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul de Villenauxe. On devait supposer qu'elle y resterait indéfiniment, quand le conseil de fabrique de la cathédrale de Troyes fut informé que l'église de VUlenauxe était disposée à aliéner cctlo chasse, qu'elle était dans l'impossibilité de faire restaurer. La cathédrale allait l'acquérir, que disons-nous? elle en était propriétaire, quand toul-à-coup elle apprit que la chasse do Ncslo, au mépris de la foi jurée, avait pris la roule de l'étranger. Informer le Ministre des cultes, arrêter les odieux trafiquants, faire réintégrer la chasse dans l'église de Villenauxe, fut l'affaire de quelques jours; puis, grâce à de hautes interventions, et surtout au Ministre des cultes , la cathédrale fut enfin miso en possession du précieux reliquaire. Ce fut un des derniers actes dont M. Fortoul honora son ministère, puisque quelques jours après avoir assuré à l'église de Troyes ce bijou de l'orfèvrerie du Xilf siècle, il quittait subitement la vie.

Nous n'avons plus rien à dire sur la châsse de Nesle, si ce n'est que la cathédrale de Troyes, dont le trésor est si riche en émaux du XII e siècle et en intailles grecques, la fait en ce moment restaurer. M. Bachelet, bien connu par ses belles reproductions de l'orfèvrerie du moyen-âge, le savant auteur du magnifique autel de la cathédrale de Clermont-Ferrand, est chargé de ce travail, sous la direction du conseil de fabrique de Saint-Pierre de Troyes, avec le concours de M. Viollet-Lcduc, dont le nom est une autorité, en même temps qu'uno garantio du soin et de l'intelligence de la restauration.

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