CIBOIRE DE LÀ CATHÉDRALE DE SE.\S
Après l'excellente dissertation de notre collaborateur et ami M. d'Arbois de Jubainville, sur Us procédés employé* pour conserver r Eucharistie au moyen-dge (1), il ne nous resterait plus rien à dire sur les ciboires , s'il lui avait plu d'en parler autrement qu'au passage. Nos lecteurs y auraient assurément gagné ; mais puisqu'il
(.) PortrftmM, Cb.p. V.
PartrfwV, «rcA^fc,/, M . Chip. VII.
34 CHAPITRE Ht.
a bien voulu nous laisser ce sujel, nous le traiterons succinctement à propos du ciboire de la cathédrale de Sens.
C'est au X' siècle seulement que l'usage du pain pour la communion fut remplacé par les hosties. Au commencement du christianisme, les fidèles communiaient sous les deux espèces ; on apportait les pains dans des linges et des corbeilles, et le vin dans des barillets d'or ou d'argent, pour prévenir toute effusion accidentelle. Lorsque l'usage exclusif des pains d'autel eut définitivement prévalu sur la forme primitive et traditionnelle de la communion, on se servit, pour conserveries hosties consacrées, de boîtes appelées pyridet, capot , qui devinrent bientôt aussi somptueuses que les calices eux-mêmes. On appelle maintenant ciboire, en France, le vase ou la boite où l'on gardo les saintes hosties. Il n'en était pas ainsi autrefois, surtout en Italie et chez les anciens chrétiens, latins et grecs, qui donnaient une autre signification au mot de »«6i«..., x.«ùt». et ciborium. 11 exprimait pour eux un édifice en forme de voûte, de tour, de dais ou de baldaquin, soutenu do six ou de quatre colonnes et d'autant d'arcades, qui servaient de couverture et d'ornement tout ensemble aux autels (1). Ce qui fait que, dans l'ordre romain, celte construction est appelée couverture d'autel, umbraculum altarit {%). Et, comme le saint sacrement était quelquefois suspendu à ces ciboires, on a donné par dérivation le nom de ciboires aux vases dont nous avons parlé (3).
Il y avait deux sortes de ciboires, comme deux sortes d'autels, les uns grands et fixes, les autres petits et portatifs. Les grands étaient à demeure dans les églises, on emportait les petits en voyage. Les petits ciboires avaient à peu près la forme de pavillons ou do petits dais qu'on déployait au-dessus des autels portatifs, sur lesquels on célébrait la messe dans les voyages, de peur qu'il ne tombât quoique ce soit qui pût profaner les saints mystères.
Quant aux ciboires fixes, ils étaient d'une grande magnificence; celui que le pape Grégoire I" fil élever à Saint-Pierre de Rome était, au dire d'Anastasc-lc-Bibliolhécaire, porlé sur des colonnes en argent massif (l).
(i) Aircim». Poérn ■ i;. Hoc <pi expie ciborium Farcolfu* fecerat Abbu. — Cibbriura quatuor columni* loonum iopr» allant tteri cura diligeriu prawpil. Viu UaML B*cali rpiacop.- Ciborium illuminatur. . . . Bumaci no», la couuctud.
(î) T»T., Ordo de adijtcand.ectlut.
( J) IVrprraro rero banc Toccm interprétai! (uni Ugotio, qui Ciborium fat este ad fer enclôt eiloi Oiiil : Groppcrui, lib.1 Je EucUar.cap. j >, ipji cibaria. Or quibu» pauim Aoaalauui, pro pjnOihu» ta quibul «tMmlur KuehirUiu «ccepit. Dcciact, i. Il, p GoC.
(4) AaWTAl , m MMU Gregorio PP. p. ({.
Léon III [795 f 816), successeur d'Adrien, avait édifié dans la basilique du Sauveur un ciborium, soutenu sur des colonnes d'argcnl très-pur couvertes de peintures en émail (Ij.
Celui de l'abbaye de Sainl-Jean-d'Angely était supporté sur six colonnes de marbre admirablement travaillées.
Il n'y a presque plus d'autels couverts de rilwircs, bien qu'autrefois ils fussent très-fréquents. Au XVII* siècle, Thiers ne comptait déjà plus que deux ciboires en France, l'un à Paris et l'autre en Normandie, dans l'église abbatiale du Bec [2). Nous ne connaissons aujourd'hui que celui du Val-de-Grûcc , élevé par les ordres de la reine Anne d'Autriche, qui est supporté par six colonnes torses de marbre noir, d'ordre composite, et dont les bases cl les chapiteaux sont de bronze doré, cl le ciboire de la cathédrale de Sens, soutenu sur quatre colonnes corinlhiennes en marbre du plus grand effet. Co ciboire, construit en 1742, d'après les dessins de Servandoni, était digne du magnifique autel d'or que l'archevêque de Sens, Sévin ou Seguin, mort en 999, avait donné à son église. Malheureusement il ne l'abrita pas longtemps, puisque ce magnifique morceau d'orfèvrerie, de plus de neuf pieds de long, enrichi de bas-reliefs dont on attribuait la confection à deux chanoines de Sens, Bernelin et Bernuin, habiles orfèvres, fut fondu par ordre de Louis XV, en U60, dans celte désastreuse année qui vit violer les dépôts publics, suspendre les paiements du trésor royal cl porter à la monnaie la vaisselle du roi , faible ressource dans une telle crise.
Tant qu'il y cul des ciboires surmontant les autels, on ne songea pas à faire des tabernacles pour recevoir les hosties. Après leur suppression, les hosties consacrées allèrent reposer sur une table près de l'autel, ou sur la table de l'autel, au moment de la messe. Dans ce cas , le vase contenant l'Eucharistie était habituellement déposé dans un sacraire ou petite sacristie voisine do l'autel, dans des armoires, dans des piliers ou derrière les autels. Ces armoires étaient ornées au dehors d'images cl peintures d'or et d'azur, selon l'ancien usage de l'Eglise (3). De là . avec le développement du luxe, ces meubles qui, sous le nom ù'umbraeulum. d'nr-
(■) Fecil in tutiltci Salrilor» ciborium eu m columui» uii» ci irgruto piliutrao, du ma drj>M<im kùloni». LU: Ponff^ T. II. p. îoo.
{ i) Tartu, Di.ttn. r«/«/.uf. tui ht auttlt. Ut juiit, rte.
{») Atf-tiimmrnixk I trcbcWquc Jcm B>|«Uu Je CoaMtnct, lu rtcuur», mm ctprJuc*. Lyoo, \0\\.
36 cniNTRE ni.
marium, de tabernaculum, devinrent si merveilleux. Les tabernacles des églises de Rouilly [1 1 cl de Sainl-André-lès-Troyes \£\, malgré la richesse de leur sculpture, ne donnent qu'une faible idée de la magnificence des anciens tabernacles ; il faut voir ceux de Louvain (3] . de Saint-Laurent et Saint-Sebald de Nuremberg, ou celui de l'hôpital Saint-Jean de Rrugcs. avec leurs galeries ajourées en dentelle, leurs innombrables pinacles , leurs clochetons élancés, leur monde d'anges et de saints, leur double escalier conduisant à une tribuno, sur laquelle brûlent jour et nuit de nombreux cierges, pour comprendre quelle importance le moyen-age attachait à la réservation du saint sacrement J4). Lorsque l'autel eut pris son importance, le tabernacle quitta le coté gauche du chœur pour s'élever au milieu même de l'autel (5), ce fut alors que les ciboires se réfugièrent dans les tabernacles, ou bien, comme étant hors d'usage, dans les trésors des sacristies.
La forme la plus ordinairement adoptée pour ces ciboires était celle d'une colombe, d'une tour, d'une custode ou d'une coupe.
Les ciboires en forme de colombe sont devenus fort rares (G). Est-ce par suito de leur antiquité, de la richesse du métal employé, de la guerre que leur ont faite les hérétiques ou de ce perpétuel besoin de changement qui agite les hommes T Nous ne saurions le dire précisément , encore que nous soupçonnions toutes ces causes d'avoir concouru à les faire disparatlrc, nous pouvons seulement affirmer que les colombes remontent aux premiers âges du Christianisme et qu'à l'origine elles étaient d'or ou d'argent. Ce ne fut que beaucoup plus tard qu'on se contenta de les faire en cuivre émaillé. Ainsi, du temps de saint Razile, qui vivait en 371 , il y avait déjà des colombes d'or sur les autels, dans lesquelles on réservait l'Eucharistie |7).
(i) Partrf. „!,■■,..;., acutpture, planch. i". (a) t "«/. arclv'il. dam U drparltmtnt dt fAutt, pl. ».
(3) Pccu./Vj • rail princi/f dt i"«rcAJÏ.cArt<«.; Bruges, iBSo, p. tjo.
(4) On lit dan* le Cirtmnnialt tpi'teap«rum, lib. I, op. XII. que 1* aaint sacrtoHnl doit occuper la place 1a plu i dans Teglue, qui doit lue gardé m aiio tttctUo, tri loco or italitumo, cum omni dccenliJ tl rtvcrtntU, et que trot» lumière» au moi» doivent brûler prrpciuclleiornl drtaM lui. Qat noua tomme» loin de ce* prrKriptiona. arec aoa i xaaclcs derant leaqucla bnIJe à peine 1a pale et tacillanle lumière d« ce* YciUeuae» qu'on a partout »ub» de la cire le plut pure.
pu à plua de deux cenla an».
(6) La mutée du Loutre n'en renferme aucun et celui de Clunj n'en a qu'un Mal, catalogue tout le c
L'an 474, Perpeluus, sixième évèque de Tours, donna par testament, au prêtre Amalarius, une colombe d'argent pour garder la sainte Eucharistie (I).
En H\ 8, les clercs et les moines d'Antioche se plaignirent au concile de Conslantinople que leur patriarche, l'hérétique Sévère, avait emporté les colombes d'or et d'argent qui étaient sur leurs autels et dans leurs baptislaires (2).
Il y avait une de ces colombes sur le tombeau et l'autel de saint Denis, évèque de Paris, car saint Grégoire de Tours raconte qu'un soldat ayant voulu l'abattre avec sa lance, mourut percé par le fer qu'il avait levé contre elle (3).
Vers la fin du XVI* siècle, on voyait un tabernacle en forme de colombe dans le monastère du Val-Dieu, près de Sèzanne, au diocèso de Troyes. Il s'en trouvait une de vermeil doré, suspendue avec des chaînes à une crosse, sur le grand autel de l'abbaye de saint Paul de Prémontré, près de Sens.
Udalric (4) parle d'une colombe d'or continuellement suspendue sur l'autel de la grande église de Cluny, dans laquelle on réservait la sainte Eucharistie. Lorsque les colombes étaient de cuivre, les ailes et la queue étaient <• maillées et parfois mobiles, pour mieux simuler la vie. Le corps était couvert d'un léger réseau gravé, figurant les plumes. Le dos se levait et laissait à découvert une petite cavité circulaire destinée à recevoir les hosties. L'oiseau symbolique reposait sur os plateau ordinairement enrichi d'émail et de pierreries ; quelquefois ce plateau était carré et bordé de tourelles cl de courtines crénelées. Le plateau servait à suspendre la colombe et à lui donner l'aplomb nécessaire quand elle était descendue sur l'autel. Le prince Soltikoû" possédait dans sa belle collection deux colombes émaillées, l une avait 21 centimètres et l'autre 22 centimètres de hauteur (5). Celle du musée de Cluny est un peu plus grande et mesure 25 centimètres (6).
Quelle noble et charmante pensée que celle qui a inspiré ces ciboires représentant le Saint-Esprit, tout en rappelant la colombe de l'arche. Mais, cette fois, elle ne
(i) Aradirio probruro l'cmurtara e» Culunbm •rgxnu*n »<3 rejwiitrrinm. .... do, lcgo. Tem S, Spiotepi
(>) Columbu niniMutnM» in Gfnram tpirilM Morti «per ditia* lmen «t ilurii >pp«e*M, un* caa dite Ai m"»!"»'". °P°"** » »P«" edumb. .piriina «kIu» «.uùiun. Aet. S.
(1) Dut» cotunib.ni torum luea quant rlidtre, luce* ia ItHM défi»» euuimte m trama*. Guoo». Tnm. Cbirt dti mmrt/rty Ht I, chip.
(5) L. not^p, M U m»:».u«, orCrw. «Kg, pl. 10.
(6) Description det objet» d'«rt du mute* de l'inkel de CIubt, p, >5J,
PwtrfmulU archMogijm. Chip. VIL 10
CUVriTBE VII.
remonte plus des vallées ténébreuses pour apporter seulement un signe de paix à la terre, elle descend du ciel avec le pain des anges (I) qui a scellé la réconciliation de Dieu avec le monde, et qui demeure l'éternel triomphe du pardon sur la faute et de la vie sur la mort.
Tliiers dit, dans ses dissertations sur les principaux autels des étjliscs, avoir vu une tour de cuivre assez ancienne dans l'église de Saint-Michel de Dijon. C'était un usage qui remontait fort loin, car saint Hemy, archevêque de Reims, ordonna par son testament que son successeur ferait faire un tabernacle ou ciboire en forme de tour, d'un vase d'or pesant dix marcs, qui lui avait été donné par le roi Clovis. Celle tour était-elle un tabernacle fixe ou un ciboire Iransportable ? Son poids, qui fait présumer ses dimensions, laisse bien supposer qu'il s'agissait d'un tabernacle mobile, c'est-à-dire complètement indépendant du rétablc cl se posant devant lui au moment de la communion des fidèles. Biais il faut reconnaître que Guillaume Durand, en parlant des tabernacles posés sur les autels, est Irop vague pour ne pas laisser d'incertitude. Toutefois Thicrs est plus explicite, cl son opinion sur les tours mobiles est appuyée sur des faits dont on ne peut contester l'authenticité. Au surplus, l'église de Reims n'admil que très-tard les tabernacles à demeure, puisque nous voyons en 1290 l'archevêque de Reims, Robert do Courlcnay, introduire dans sa cathédrale l'usage des ciboires suspendus au-dessus de l'autel , et , à cet effet , donner un ciboire d'argent dore garni de pierres el de petits saphirs et grenats , pesant, avec les chaînes et un cercle d'argent blanc. 22 marcs 1 4 onces, sur leque étaient ses armes. Dans ce ciboire était une botte d'argent doré (2). Il parait que. depuis celte époque, l'église de Reims a maintenu cet usage qui est encore suivi. Forlunal, évéque de Poitiers, loue saint Félix, archevêque de Bourges . qui assista au concile de Paris en 573. d'avoir fait faire une lour d'or très-précieuse pour mettre le corps de Notre Seigneur Jésus-Christ. Frodoard rapporte que Landon, archevèquede Reims, fil faire une tour d'or pour être mise sur l'autehle l'église Notre- Dame do Reims (3). Il y en avait une de même matière suspendue sous une croix au milieu de l'autel de Notre-Dame de Laon. On doit, dit Thicrs. regarder ces tabernacles comme d'illustres monuments de l'antiquité sacrée [4| . Celte forme de ciboire avait sa
(i) Punit aiigtticui fil païu'i /.omnium, uiot Thoma» d'Aquin.
(a) T»ik, Trémn dt, tgtùt, de Rcim; p. $5 - Xotrt Damt dt Rtùu, clup. V, p 1*5. (\) Jyud Fioduat d, Kb. I. HuL Baum. Lib. », cap. <L
(4) Tan* tom. I, p. i>»
raison d'être, la tour étant une image de l'église, suivant quelques auteurs. Nous pensons, au contraire, avec Durand de Monde, que la tour signiliail le corps do la Vierge glorieuse, dont le psalmiste a dit : Lève-toi, Seigneur, de ton repos, etc. (1), et les litanies en parlant d'elle , vas spirituale, ras honorabiie. tas imiijne decotionis, lurris dacîdica, turris eburnea. La tour était donc, à n'en pas douter, une allusion à la sainte Vierge et à l'un des plus ineffables mystères de la religion catholique, et ce qui vient à l'appui de notre opinion, c'est cette forme de ciboire préférée dans les églises dédiées à la Vierge Marie.
Dans quelques églises, on plaçait l'Eucharistie dans des tabernacles mobiles, que l'on rangeait sur les autels au rang des images et des reliques des saints. Le deuxième concile de Tours, qui s'assembla en 5G7, ordonna que l'on séparât l'Eucharistie des reliquaires et qu'on la mil en un lieu plus élevé sous une croix.
Mais pour les voyages, la chapelle portative, les courses aventureuses, le viatique, l'usage de ces ciboires devenait impossible ; on réduisit les dimensions de la tour, on la termina par un toit conique, elle devint alors la pyxis , la botte à hosties. L'église voulut que ces ciboires fussent très-porlalirs , et les actes des conciles recommandent au prêtre de ne jamais se mettre en voyage sans la pyxis (2 . lies plus anciennes pyxides étaient d'ivoire, et comme elles devaient contenir les hosties destinées aux malades ou aux infirmes, elles étaient généralement ornées de sculptures représentant soit la guérison de l'aveugle-né ou du paralytique, soit la résurrection de Lazare. Mais lorsqu'au XII* siècle l'ivoire fut devenu rare, le métal le remplaça; aussi Limoges, qui recherchait toutes les occasions d'agrandir son industrie, s'emprcssa-t-ellc do se conformer aux prescriptions de l'église, et quand elle se fut arrêtée à cette forme do tour en miniature qui lui était chère, ot qu'elle fit prévaloir du Xll'au XIV* siècle, les émailleurs limousins en fabriquèrent des quantités presque innombrables, ainsi que le prouve le nombre de celles qui, malgré la distance des temps, sont conservées dans les collections publiques et privées. Quelques-unes de ces boites à hosties sont quelquefois décorées de sujets profanes . ce qui aurait lieu d'étonner, si l'on ne savait l'extrême liberté qu'en toute circonstance le moyen-iige a su conserver. Plus heureux que pour les colombes et les tours, le Portefeuille archênhpqvc a
(i) GvOUCKl Dtu», Ratumal du di». .-fflen, T. I, p. î J.
(») flp»t»bjlcri»iM»»croclmim,io<iuV-. ï l„„rJici-, f t «lubn E«eli.ri«ii ilicubi non proficncaniur, KtJ «b>cn»- <j»c »eJ fwmito r«jii*u futriai, ad ufficium wum iuuoi ifurrniaaiar p»mi. CowL gtrm^ T. I, p. »J.
40 ClliriTBE TU.
rencontré, dans le riche cabinet de M. le chanoine Cofflnct, plusieurs custodes qu'il a reproduites dans la planche i 8 de l'émaillerie.
La custode représentée sous le numéro 2, que nous présumons être la plus ancienne, a un couvercle terminé par une croix ayant pour base un bouton ovoïde. L'ornementation, semblable sur le corps et sur le couvercle.se compose de médaillons demi-circulaires, dont le cadre se relève à l'intérieur en fleurons surmontés d'une sorte de fer de lance. Des feuilles lancéolées séparent les médaillons, quijsont, comme elles, épargnés dans le métal et se détachent sur un fond d'émail bleu-lapis, rugueux, et ne portant pas la moindre trace de polissage. Les rinceaux, l'intérieur et le revers sont dorés. Nous pensons que celte custode, qui a 10 centimètres de hauteur sur 6 centimètres et demi de diamètre , pourrait être de la fin du Xir siècle.
ta custode numéro 4 est ornée de rinceaux épargnés dans le métal et doit être du XIII* siècle. C'est un véritable bijou d'exécution ; émail de fond bleu-lapis , rinceaux se contournant en délicates arabesques complétées par le burin, qui en a gravé tous les détails , couvercle en cône légèrement évidé, reproduisant en petit les ornements de la partie inférieure, intérieur concave, polissage et dorure irréprochables, telle est celle boite à hosties dont la hauteur est de 9 centimètres et demi et le diamètre de 7 centimètres.
L'ornement de la custode numéro 3 se compose de quatre médaillons tronqués dans la partie inférieure, au milieu desquels sont épargnés dans le métal des anges nimbés, qui se détachent sur un fond d'émail bleu-lapis. Une bande d'émail blanc suit les contours des médaillons. Des nuages coupent les figures à la hauteur de la ceinture, ils sont rendus par des émaux rouges et blancs ; quant aux nimbes, ils sont vert et blanc. L'intervalle que laisse l'intersection des médaillons est rempli par une fleur de lis également épargnée dans le métal. Le couvercle reproduit trois do ces médaillons, qui sont posés de manière à les faire alterner avec ceux du bas. L'intérieur et le revers sont dorés. La hauteur est de 4 0 centimètres et demi, le diamètre de 7 centimètres.
Nous pensons que celte custode est aussi du XIII* siècle ; en effet, à mesure que se déroule cetlo grande époque, nous voyons l'orfèvre , c'esKà-dire l'artiste par excellence du moyen-age, prendre plus d'importance et remplacer peu à peu l'homme de raélier. Des yeux habitués à ces grandes lignes de l'architecture ogivale, à celte sculpture, à cetlo peinture si sérieuse et si noble, ne pouvaient
plus se conlcnlcr d'un dessin imparfait, que dissimulaient à peine les procédés du champlcvé et de l'émaillerie, quelque brillants qu'ils fussent d'ailleurs. Les orfèvres commencèrent donc à faire ressortir, sur un fond d'émail uni , leurs personnages tracés d'une pointe assurée , sous l'inspiration d'un idéal auquel la science unie au style donnait tant de caractère. L'émail ne fut bientôt plus que le cadre des figures, tout entières épargnées dans le métal et que le ci^elet du graveur complétait merveilleusement. Ln sorte que l'on peut dire que si le ÏII1" siècle, en ce milieu rayonnant où il s'est produit, au sein de ce parfait équilibre de toutes les facultés et les aspirations supérieures , n'a pu être aussi fier que le XI e siècle, ni aussi élégant que le XIV, il a été plus correct, plus suave et plus pénétrant. Nous no voulons pas insister sur le symbolisme de cette belle pyxide, nous dirons seulement que, destinée à porter le viatique, elle a traduit de la manière la plus expressive cette sublime pensée du Lnuda Sion sali alorem :
Eccè panis angclorum , Faclus cibus viatorum.
Quant à la custode numéro I", elle est ornée de médaillons circulaires alternant avec des rinceaux épargnés dans le métal, et ça et là entrecoupés de fleurons émaillés. Les médaillons renferment le monogramme du Christ, c'est-à-dire le iita de iHxorz et le cki de xhitoï , se combinant de manière à former des croix romaines ou des étoiles à six ou huit branches, rouges ou vertes. Ainsi, dans chaque médaillon de la partie inférieure, une croix latine est inscrite au milieu du chi, cl le iôla est simplement entrelacé avec le cki sur le couvercle. Par la couleur rouge employée dans les médaillons du bas, l'artiste a voulu symboliser les luttes de la terrent la mort sanglante de la croix; par la couleur verte adoptée pour ceux du haut, le ciel et ses immortelles espérances. Cette custode doit être du XIV" siècle, et mesure I i centimètres de hauteur sur 6 centimètres et demi de diamètre.
La forme des custodes n'était pourtant pas toujours à couvercle conique ; ainsi M. Failly en avait une dans sa collection dont le couvercle plat formait une boite ronde, la collection Debruge en possédait une à couvercle hémisphérique et le prince Soltikoff en conservait une qui était carrée.
Les coupes recouvertes devaient être nombreuses, parce qu'elles étaient d'un facile usage ; mais partout la richesse de la matière a conspiré contre elles aussi n'en est-il arrivé qu'un très-petit nombre jusqu'à nous. La plus belle assurément que nous connaissions est celle du musée du Louvre, qui provient de l'abbaye
PertfftmVr UtMakgifWÊ, Ui«|>. VII. • r
*2 GBAflTiÉ m.
do Honlmajour, près d'Arles, et qui porte, chose rare, le nom d'Alpais, son auteur, avec l'indication de Limoges où il travaillait (I). Ce beau ciboire est du XIII" siècle, la pureté de sa forme et l'élégance de ses ornements le disent assez, alors même que sa découverte en 1793, dans le tombeau de Bertrand de Malsang, mort abbé des bénédictins de Montmajour, eu l'année 1292, ne lui imprimerait pas une date irréfragable. Son époque est tout ce que nous voulons lui demander ; si nos lecteurs désiraient faire une plus ample connaissance avec lui, ils en trouveront la description détaillée soit dans les Annales archéologiques (2;, soit dans la notice sur les émaux du Louvre (3). auxquelles nous les renvoyons.
Le ciboire de Sens est trop semblable à celui du Louvre pour ne pas être de la même époque, c'est-à-dire du XIII e siècle. Sa forme se rapproche entièrement du ciboire d'Alpais. Dans l'un comme dans l'autre, la coupe et le couvercle se présentent avec le même profil , ils offrent tous les deux la forme d'une sphère allongée dans le premier, un peu aplatie dans le second, mais pareillement renflée au-dessus et au-dessous du grand cercle horizontal qui semble comprimer le métal. Le ciboire du Louvre a 30 centimètres de hauteur sur lo centimètres de diamètre ; celui de Sens a 30 centimètres sur 18. Pourtant, quoique d'argent doré, il est beaucoup moins riche ; des arcatures feuillagées avec des fleurons ciselés et quelques gravures, font tous les frais de son ornementation ; tandis que celui du Louvre est non-seulement doré et ciselé, mais encore émaillé et enrichi de pierres fines ; toutefois c'est la même élégance cl la même grâce dans le galbe, alliées à la plus noble simplicité de lignes. Dans les deux ciboires, le piédouchc s'évase en corolle et le pommeau terminal se rattache au couvercle par un pédoncule ou scolie finement évidéc. On voit encore dans la coupe de Sens l'anneau qui servait à la suspendre au-dessus du magnifique autel dont nous avons parlé.
Les mains du prêtre devaient facilement envelopper et saisir ces vases, et tandis que la main gauche soutenait respectueusement la coupe, la droite pouvait enlever le couvercle, en sorte qu'ici encore, le XIII' siècle a laissé sa merveilleuse empreinte, et montré une fois de plus qu'il savait admirablement unir le charme exquis de la forme à la destination la plus parfaite et la mieux appropriée.
(0Onlil<WI'inl< : ricurdelac MI «:MAGI. TEH : G: ALPAIS : ME FEC1T : LEMOVICARL'M.
(i) Annal arrfM, T. XIV, p. 5.
(î) Dï L*io»ot, fjntuu du Loutre, p. \-.
Nous ne nous étendrons pas longuement sur le mode de suspension des colombes et des coupes. Lorsque l'autel était surmonte d'un ciborium, elles étaient appendues aux voûtes au moyen de chaînes ; quand il en était privé, le rétablc était surmonté d'une crosse en vermeil, en cuivre, en pierre ou en bois, à laquelle on les suspendait. La cathédrale d'Arras a conservé un tableau du XVI' siècle représentant l'ancien matlre-autcl de cette église, on y voit, enlr'autres détails, une crosse en \ormeil surmontant l'autel, et à laquelle s'attachait un ange aux ailes déployées qui soutenait un ciboire suspendu par une petite chaîne [1). L'autel de la sainte Chapelle-Haute de Paris était à peu près dispose comme celui de la cathédrale d'Arras, la suspension du saint sacrement se faisait devant la grande chùssc au-dessus de l'autel, au moyen d'une crosse richement décorée qui soutenait un ange, paraissant descendre du ciel pour apporter le pain de vie à la terre (2). Avant la révolution, le saint sacrement était soutenu , sous le riche ciboire du Val-de-Gnlcc , par un ange tout en or, dont la robe était bordée de diamants (3). On voit encore aujourd'hui, dans la charmante église romane de Saint-Vorles de Chàtillon-sur- Seine, une crosse surmontant l'autel, mais elle a perdu sa signification; aux jours de fêtes, le saint ciboire n'y est plus suspendu, il est enfermé dans un tabernacle vulgaire, au-dessus duquel cette crosse, qui ne manque pas d'élégance, demeure comme une protestation.
En terminant, ce serait peut-être l'occasion de dire un mol des cuillères dont on se servait dans plusieurs églises catholiques pour prendre et distribuer les hosties consacrées, mais outre que ce sujet nous entraînerait trop loin, il ne peut pas entrer dans notre plan de suivre l'église dans les usages successivement adoptés et abandonnés par clic, pas plus que de parler de la grande cuillère, le cochlenr, dont les Grecs se servent encore aujourd'hui dans la distribution de l'Eucharislie.
{.) Aiuuil anhrat., T. IX, p. i.
(j) Uul. ,li la tainle chaptllc rr>. aie du yataù, pu M. S.JiiiÎM Mo.iao. Pari», i : rjo. (J) DniIM, lli,t.J< Par,,, T. V, p. 48Î.