CHAPITRE VII
Aux monstranccs à reliques succédèrent presque immédiatement les ostensoirs en fonnede tourelles percées à jour; en parlant des ciboires nous avons dit pourquoi cette figure était chère à l'Eglise, nous n'y reviendrons donc pas ici. Ainsi on a très-longtemps représenté sainte Claire, qui mourut en 1253, tenant dans ses mains une de ces tourelles transparentes.
Le trésor de la cathédrale de Néroli renferme une tourelle en cuivre doré à deux compartiments ou deux étages. Le rez-de-chaussée, si l'on peut ainsi parler, se compose d'arcs enlacés, dont les segments, qui se trouvent au-dessous du point d'intersection des cintres, forment un arc pointu qui est déjà l'ogive. L'étage supérieur est orné d'arcades à trois contre-lobes. 11 est présumablc que celle monstrance date du commencement du XIII' siècle (1).
On lit dans l'inventaire des joyaux de Louis, duc d'Anjou, dressé vers 1360 : « Un tabernacle de cristal fait par manière d'une tour et est le pié fait à piliers et « à fencslragcs csmaillcz à fueillagcs et dedenz ledit tabernacle de cristal a un « cressanl d'argent pour mettre notre Seigneur. Et poise, cristal et argent en « tout vu marcs (2). »
Il y avait dans la bibliothèque des Célcslins de Slarcoucy un très-beau missel manuscrit du XIV* siècle, cl dans ce manuscrit une miniature à la messe de la Fétc-Dicu, représentant un évèquc accompagné de deux acolytes portant le Saint- Sacrement dans une tourelle d'or percée de quatre fenêtres.
La sainte chapelle de Bourges contenait dans son trésor : « Un granl vaissel ronl « de cristal, de deux pièces pareilles faites en manière de soleil, garny d'or en façon « d'une grande coupe et sur le fretclet du couvercle y a un gros saphir, trois bail lays et trois perles |3] . »
Il y avail autrefois, dans l'église ÎVotre-Dame de Paris, un ostensoir en forme de croix d'argent doré qu'un inventaire décrivait ainsi : « item une croix d'argent doré « que soutiennent deux angcls pesant en tout 1 2 marcs, en laquelle on porte le « corps de Nolrc-Scigncur au jour du sacrement » Les Augustins de Paris en avaient aussi un en forme de croix.
(i) Lt HI III tgt " I" muftin t. III. Orfé>r«ie-
(»; loi cnl. du duc d'Anjou, »" t-x.
(J) I iiu-ui. de U labU chip, de Bourges do i,fo5.
(() lurent, deweliq., joiaui et ornent. c*Unt tu triior du IYgli«e d« Pui»d« |<J8.
ORFÈVRERIE, 'il
Nous ferons remarquer, en passant, la ressemblance frappante do l'ostensoir de Paris avec le beau reliquaire de Jaucourt \\), dans lequel la croix à cinq branches particulière aux patriarches de Constantinoplc, se combine avec les fleurs de lys du roi de France.
L'église de Sainle-Menchould possédait un ostensoir d'une forme extraordinaire, c'était une image de saint Jean-Baptiste, montrant de sa main droite un agneau qu'il portail sur son bras gauche et sur lequel était un soleil vitré où l'on exposait le Saint-Sacrement.
Les capucins exposaient l'Eucharistie dans un ostensoir tout particulier. Ils la mettaient sur une lunule d'argent, dans la coupe d'un ciboire, et ils la couvraient ensuite d'un cylindre de verre fermé par le haut.
La sainte chapelle de Paris avait un graduel où l'on voyait dans la première lettre de l'introït de la messe du Saint-Sacrement, un soleil semblable aux nôtres, porté sur les épaules de deux prêtres revêtus de soutanes rouges, de surplis et de chappes ; un roi suivait, accompagné de quelques cardinaux et évéques, et il est présumable que c'était Louis XII qu'on avait voulu figurer, puisque ce graduel étaient orné de porcs-épic, qui étaient les armes de Louis XII, et d'L et d'A couronnés, surmontés d'armoiries mi-parti de France cl de Bretagne.
On voyait encore de pareilles images de soleils vitrés dans plusieurs autres graduels manuscrits, au commencement de l'office du Saint-Sacrement.
Après avoir tenu la sainte Eucharistie longtemps et absolument voilée, on passa presque subitement à la coutume contraire, en sorte qu'à partir du XIV* siècle, l'Eucharistie fut souvent exposée, si souvent môme, que l'Eglise fut obligée d'intervenir, et conformément au précepte de saint Paul : omnia honctli et decentir, de restreindre un usige qui par sa fréquence passait toutes les bornes. Elle recommanda que le Saint-Sacrement ne fût plus exposé ni porté proccssionnellement à découvert, si ce n'est pendant la Fèle-Dieu et son octave.
Ce fut au XVI' siècle que les ostensoirs en forme de soleil commencèrent à se généraliser, on les fit aussi brillants que variés ; ainsi, dans l'ostensoir que Charles- Oui ni donna en 4520 à l'église d'Aix-la-Chapelle, lors de son couronnement, l'astre rayonnant de mille feux étincelle sous des portiques, figure do ce inonde condamné à périr dans ce jour suprême où le souverain Juge s'élancera des
(0 Pvvirf. mUêK, Orf.Trmc, pl. 3.
CUANTHK W.
anéantissements du pain eucharistique pour remonter dans sa gloire. La France et l'Italie l'ont donc adoptée comme la plus heureuse , pour encadrer l'incomparable majesté de celui qui, depuis la création, est reste comme un soleil de justice et de vraie lumière perpétuellement levé sur le monde.
S'il nous fallait passer en revue toutes les formes données à l'ostensoir pour répondre à la grandeur do son objet, nous étendrions indéfiniment notre article, nous parlerons en finissant de celui de la cathédrale d'Eichstaëdt, qui représentait l'arbre de Jcssé, dont les branches entremêlées de fleurs portaient pour fruits ces patriarches et ces rois choisis que leur dernier rejeton devait encore ennoblir, en les couronnant de l'immortel reflet de sa divinité. Au sommet, un vert rameau vient d'en sortir, il porte une fleur; ce rameau, c'est la fille des rois, la vierge immaculée ; la fleur, son divin fils. Au centre, sous un portique étincclanl de perles fines et de diamants, était un croissant supporté par un ange, destiné à recevoir la sainte Eucharistie. Puis la Vierge portant dans ses bras l'enfant Jésus, le Père Eternel avec un nimbe triangulaire, le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe, et au sommet l'étoile des mages, complétaient la composition et lui imprimaient cet admirable caractère qui est le triomphe do l'iconographie chrétienne. Tout dans ce magnifique ostensoir, exécuté en 1 G 1 0 par Jean Bayern , orfèvre d'Augsbourg, donné a sa cathédrale par le prince-évôquc Conrad de Gcmingen, n'était qu'or, émaux, pierres précieuses, perles fines, diamants, et avait coûté 453,000 florins, c'csl-à-dirc plus d'un million et demi au pouvoir actuel do l'argent. Mais bien que le pieux donateur eût pris soin de faire graver sur son pied que serait analhème celui qui y porterait une main sacrilège, il y a longtemps que l'or du monument est redevenu florin et que les brillants et les perles sont allés s'enchâsser dans des parures de femme. Est-ce que des œuvres d'une pareille richesse peuvent traverser impunément les siècles? Hélas ! quelque hautes que soient les créations de l'art et les pensées qui les ont inspirées, il n'est pas besoin du temps pour les anéantir, l'homme sullil à ce triste labeur ; c'est d'ordinaire le caprice qui commence la destruction, ce sont les révolutions qui l'achèvent.
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KHTEFE'JILLE ARCHËOLCCIQUE . CrUÉVRERIE.
CALICE EN VERMEIL CONSERVE DANS L'ÉCLiSE CE S' MACLD'J. A RAR SOR>AM.(tfît)
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MONSTKANCB EN CUIVRE DORÉ CGKSIMÉK AU TRÉSOR LE J.A CATHÉDRALE UE hEJMS./» Lt ORAHbEDH
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