CHAPITRE VIII
ne porla ces litres, quoique la voix publique les leur décernât (1) , et même, chose curieuse, imitant son mari qui s'était toujours fait appeler comte de Troyes . Blanche de Navarre , jusqu'à sa mort en 4229, se conforma le plus souvent à cet ancien usage dans la suscription de ses diplômes, tandis que son fils Thibaut IV prenait, et quelquefois dans la même pièce, le titre de comte de Champagne et de Brie.
Nous disons en quatrième lieu que nous ne voyons pas que , dans les légendes de leurs sceaux, Henri I" et ses successeurs, jusqu'à Blanche de Navarre, aient exprimé leur qualité de comte de Troyes par le nominatif Trecentis: mais partout où l'espace a permis d'employer un nombre de lettres suffisant pour préciser la lecture , on s'est servi du génitif pluriel Trecentitm.
La suscription de leurs diplômes peut donner lieu à la même remarque. Toutes les fois qu'on n'a pas employé l'abréviation Trecen., on s'est servi du mot Trecentium. Les seuls exemples contraires que j'aie vus m'ont été fournis par des chartes de la comlcssc Marie de H 94 (2). Il ne faut pas ici tenir compte des copies et des pièces imprimées.
Mais l'observation que nous faisons ici ne s'étend pas aux prédécesseurs de Henri I". On a vu plus haut que Thibaut II exprimait le Utre de comte de Troyes par les mots de Cornet Trecentit . et Hugues par ceux de Cornet Trecentit, Trecattinut , Tricatsinut ou Trecattinv civitatit, employant tantôt la nouvelle forme du nom de la ville , tantôt l'ancienne, dont n'a fait usage aucun de ses successeurs.
Nous disons en rinquième lieu que. dans la légende de leurs sceaux, Henri I" et tous ses successeurs, sauf Marie de France, ajoutent, comme Thibaut II, à leur litre de comte celui de palatin , palatinus: mais que chez eux ces deux titres sont précédés d'une désignation de fief qui manque dans la légende des sceaux de Thibaut II.
On sait que ce titre de comte palatin désignait, sous les deux premières races, les membres du tribunal supérieur de la monarchie (3).
(■) On ta troure de nombreux exemple* datu le» chroniqueurs dn XII' siècle.
(l) Arrhires de l'Aube, fonds de Monliertntej, •rchrra de* hospices de Trajet, Me.
(J) Voir, sur la cormes poisons, Dccucx, C<ouarW. r\ Comn owfetimu, et XIV Dmerui.un sur 1'Kiuo.re de Siisrt-Unm i Totr oiiui Bipiul, p. î;o et s su rentes.
SIGIU0HUM1IK. 35
Il était originairement tout personnel. Il ne se transmettait point héréditairement. On ne le Taisait précéder ou suivre du nom d'aucun fief. Il eût été illogique de qualifier quelqu'un de comte palatin de tel endroit. Le litre de comte palatin entraînait l'idée d'une juridiction générale, d'une juridiction qui ne s'appliquait pas exclusivement a (elle ou telle province, comme la juridiction du comte de Blois, du comte de Troyes ; mais qui s'étendait à toute la monarchie. On exprimait cette idée par le titre de comte palatin , pris absolument, par ceux de comte palatin des Francs, de comte des Francs ou de comte de France (I). Nais peu à peu il se fit une révolution complète.
Le titre de comte palatin devint héréditaire. A quelle époque? Nous ne le saurions dire. Ce qu'il y a de certain , c'est que . bien avant l'avènement de Hugues Capet et la réunion des comtés de Troyes et de Blois dans une môme famille, nous voyons les comtes de Troyes et de Blois qualifiés de comtes palatins (2). Bernier. dans son histoire de Blois, cite un manuscrit d'après lequel le roi Robert aurait fait premier comte de son palais, vers 4 020, Eudes I", comte de Blois et de Troyes, palalii rui printum comitien feeit (3) . Mais quel sens donner à ce passage et quelle autorité attribuer à ce manuscrit? Ce sont deux questions que nous ne trancherons pas. Depuis cette époque, le titre de comte du palais est pris par tous les chefs delà maison de Blois; mais Thibaut le Tricheur, auteur de cette maison, l'avait déjà porté (4).
Le titre de comte palatin cessa de rappeler celle idée de juridiction générale qui s'y trouvait antérieurement attachée. La juridiction du comte palatin ne s'étendit plus hors des limites du fief territorial qui lui appartenait, L'épilhète de palatin fut simplement honorifique. Nous ne pourrions déterminer la date de ce changement, qui pourtant nous semblerait remonter au-delà du XII' siècle. Il est vrai que, d'après une charte de 4 1 38, reproduite en partie par Brussel (S) , le comte palatin aurait encore été, à celte date , le chef d'un tribunal supérieur établi au palais du roi.
(l) C* dernier te Iroiev* plutôt danx Ira r lirnciiqurur*. Durangr? dit fine Henri I" prend le ùlre de Came/ palttiinm fiaitùe au arcrologc de Saint-Martin de Troje* (Canut* t, 3»g v\ en marge). Il sérail plu* ex*ct de dire qu'on le lai donne. Mata TLibaut I" l'inUtude Ç, unes Franc** palatinu* dui» un diplôme publie par Diruut, J/irej/fifï, VI, 44*}-
(?) Ponr le* comte» de Blois, »o»r ane du rie dt Ml , Bunita, flïti. de Bin* y prenves» p. IV. Tbcobeldam inclttum eoaiiusn palaiiï. — Four le* cornu* dt Troye*, voir i* dent charte* , Vnwt d* 877 et l'autre de 969, GaarouT, ï' . 1 M M. eu B 0*0*1 c*t appelé d'abord i/uigm* aWr* nottrtau* mttUfttrttUtt, entoile Carolï imptraiorù wuptlatio; «m ekart* de 8<j8, Ducauat, Preuve $ dt rhiitm af# ^««r, p. »g f S* «a* charte d* 980, CaatcuT, f" 86.
(5) M» «V M»*, p. aftn en marge ; cf. BavtML, p. S?X
(«,) Voir plu» haut, note 1.
(5) p. 5o; et 5*e>
Mi CHANTRE VIII.
Mais comment accorder celte indication avec ce que nous savons de la juridiction du grand sénéchal? Dirons-nous que les titres de grand sénéchal et de comte du palais désignaient une seule et môme fonction, une seule et même personne* Mais en 1 138 le grand sénéchal était Raoul de Vermandois, et alors Thibaut II portait le titre de comte palatin. Le seul membre de la maison de Blois qui ail été investi des fondions de grand sénéchal, est Thibaut V, comte de Blois, 1152-1190; et précisément Thibaut V n'était pas comte palatin ; c'était son frère, Henri 1" le Libéral, comte de Troyes.
A partir de Henri le Libéral, le comté de Troyes ou de Champagne resta ILxé dans la branche ainée de la Maison de Blois , et celte branche continuant à porter le litre de comte palatin, on prit l'habitude de considérer ceiie qualification comme attachée au comté de Champagne, dont elle caractérisait l'importance. Celle pro- \ ince n'avait pas le litre de duché comme la Bourgogne, sa voisine, comme l'Aquitaine et la Normandie. Le titre de palatin, pris par !e comte de Champagne, le distinguait des autres comtes ses vassaux; ce litre rappelait sa qualité de haut baron et l'élevait au-dessus de la multitude des comtes de rang inférieur. On le donna, par la même raison, aux comtes de Toulouse et de Flandres, aux évèques do Beau vais cl de Noyon « Les grands barons, • dit quelque part Guillaume Durand. « c'est- » à-dirc les comtes palatins, les ducs et les aulres semblables > i2j. Une sorte de haut baron, telle est l'idée que rév eille au XIII' siècle, et probablement dès le XII*. le titre de comte palatin.
Les comtes et les comtesses de Champagne le prennent tous dans la suscription de leurs diplômes, à l'exception de la comtesse Marie.
Trecentium cornet palalinut , Campanie et Brie cornet palalinut. Campante Brieque CMMM palalinus.de Champaigne et de Brie caent palasint, telles sont les formules uniformes qui, à partir de l'avéncmcnt de Henri 1", remplacent les titres si variés pris par les prédécesseurs de ce prince, pourquoi cette régularité? Pourquoi voit-on si rarement des exemples qui contredisent la règle que nous posons?
Henri I" avait une chancellerie. Ses successeurs curent une chancellerie. Un chancelier et un ou plusieurs notaires élaient attachés à leur personne (3).
(l) Voir Docuicr. et lnutu locù citai*.
( .) Li«i m.fcT, !»,«.«, «I.c.1 «.il» r .Uuns doc» cl .1» .ixile. ù.t im«<I..te ««11, , «»e ko.i.a Kg,, rrp. ,. .ii,u. n(n o ■MlilNata./a*, Li«.IV,P.r«k. 1U, TiL de Fendit.
M V«r G.„u*,, Mém. Uit.ei a-H.p«ur rHiu.de 77»s«,I, ifc-ifo. So» «ntil, focti-portml <h> nrtt, teuhrm*
sigillogiuphii:. 37
Ses prédécesseurs n'avaient pas de chancelier, souvent même point de nolaire. Nous voyons Thibaut I" et Hugues obligés de recourir , l'un au ministère du chancelier de l'église de Chartres, l'autre a celui du chancelier de l'église de Reims jli. Thibaut II, dont les diplômes commjncjnt à présenter une certaine uniformité au point de vue qui nous occupe , avait des chapelains et des clercs qui constituaient le rudiment d'une chancellerie [%; il était réservé à se» fils d'organiser définitivement cette institution (3].
Dés qu'elle fut établie, des traditions s'y formèrent et s'y perpétuèrent, et la régularité des formes des diplômes a conservé jusqu'à nous la trace de ces traditions (4|.
Nous disons en sixième lieu que le cri de guerre de la maison de Blois figure sur les contre-sceaux de Blanche de Navarre, de Thibaut IV, de Marguerite de Bourbon et de Thibaut V.
Ces monuments, qui datent du XIII' siècle, ne sont pas les plus anciens où ce t ri de guerre se trouve rappelé. Il en est déjà question dans le Roman de Hou de Robert Wace. qui a été écrit vers 1170, cl même dans la Cronique dei durs de Normandie, par Benoit, qui îcmonte quelques années plus haut. Nous lisons dan* le poème de Benoit les deux vers suivants :
Munjoio! esrririi li Fiant et», K : Pass'ava.nt ! Tliiifbaus lie Wci*.
dans le poème de Wacc :
Francei» crinil, Munijue !
É Norman», Dex ai»- !
FIjiudiuos rrirul Asiazf é Angevin Vulie!