‹ Portefeuille archéologique de la ChampagneChapitre 63 sur 82 · CHANTRE X · texte numérisé non relu

CHANTRE X

saintes écritures chantées au chœur, l'autre à la représentation de l'univers, qui lui aussi célèbre les louanges de Dieu: cceli enarrant glortam Dei.

A l'entrée du chœur, David tenait sa harpe, et plus loin saint Jérôme était entouré des auleurs inspirés qu'il a traduits. Du côté de l'évangile se voyaient les images du ciel, et du côté de l'épltre celles du monde inférieur. De ce dernier côté il y avait quatre grands médaillons à compartiments : dans le premier se trouvait une femme assise sur un dauphin et tenant une rame, terra, mare, au milieu des quatre deux es: Tigrit, Ettphrales, Cehon, Phiton ; le second était orné de feuillages ; dans le troisième était un homme assis près d'un fleuve : orbitlerrarvm, entre les quatre saisons : Ver, .Ettat, Autumnux, lliemt. Les arts libéraux décoraient le quatrième et étaient groupés autour de la sagesse, assise sur un trône et portant une sphère dans ln main gauche.

Dans un carré long placé en face de ïorbit lerrarum on voyait deux médaillons circulaires renfermant: le premier, les images des mois; le second, celles des signes du zodiaque. Au centre des mois était représenté Dieu assis sur son trône et tenant un ange sur ses genoux, pour figurer les premiers nés de la création. Au milieu des douze signes étaient indiquées les deux ourses ; le trône de l'aquilon envié par Satan. Au-delà se dessinaient les quatre vertus cardinales et les quatre points cardinaux.

Dans le pavé du sanctuaire, de nouveaux symboles, tels que l'échelle de Jacob , le sacrifice d'Abraham cl divers sujets empruntés à l'ancien Testament, glorifiaient le saint sacrement de l'autel.

Dom Marlot, après avoir décrit ce merveilleux carrelage, ajoute : « Au reste, l'é- ■ glise de saint Hemy n'est pas seule enrichie de cette sorte de pavé, mais encore

• celle de saint Picrrc-aux-Nonnes cl de saint Symphorian de Reims, dont la gen- » tillcssc pourrait mériter cet éloge, si on s'esloil estudié à les conserver :

.... varias ubi picta per arles

Gaudct humus, supcrantque novas asarola figuras (1).

Ces pavés étaient de véritables mosaïques, puisqu'ils « estoient assemblés de » petites pierres de marbre, les unes en leurs couleurs naturelles, et les autre»

• teinte* et etmaiUéet, si bien rangées ef mastiquées ensemble, qu'elles représentent » une infinité de figures comme faites au pinceau. » (2)

. (i) Hkloirtdt U elle «lwù»«f»M de Reims pir Dam Miiior, volume II, p. S(i — 54f • (î) Dom Mulot, lot. cit.

Cependant, dès celle époque, les sanctuaires des églises étaient trés-souvcnl pavé» de dalles ornées d'entrelacs et de rinceaux en relief, peu saillants, qui se détachaient sur un fond rempli par un ciment de couleur en quelque sorte incrusté à la surface du pavé, le département du Nord a conservé plusieurs spécimens remarquables de ces pavés romans.

Avec le XW siècle s'arrêta l'usage de la mosaïque proprement dite. Quelle en fut la cause ? nous n'en apercevons pas d'autre que cette disposition naturelle aux hommes, de toujours vouloir modifier ce qui existe depuis un certain temps, car les dalles gravées devaient dire au moins aussi dispendieuses que les mosaïques. Ce qui est démontré par les monuments, c'est que les mosaïques furent abandonnées de toutes parts et qu'elles furent remplacées d'abord par les dalles gravées, ensuite par les carreaux vernissés.

Celte nouveauté semble appartenir au XIII' siècle; aussi, en étudiant altcnthcnienl ce que les auteurs du moyen-Age désignent sous le nom de mosaïques, on voit qu'à partir du Mil siècle il ne s'agit plus que de carreaux émaillés.

A l'aspect des débris incomplets et mutilés des carrelages peints, il no faudrait pas s'imaginer qu'ils étaient de beaucoup inférieurs aux pavés-mosaïques. Le XIII* siècle fut une époque d'un goût trop pur et trop élevé pour n'avoir pas cherché, dans les pavages émaillés, l'harmonie qu'il avait déjà tentée, au moyen des verres coloriés, avec les grandes lignes de son architecture. Les artistes, en combinant les carreaux émaillés entre eux, ou avec des carreaux de marbre, arrivaient à des effets d'une beauté surprenante, ainsi qu'il nous en est resté un magnifique échantillon dans le carrelage de la cathédrale de Saint-Omer [I). Les parquets des églises] étaient donc aussi riches que variés, et concouraient puissamment par leur éclat à la décoration intérieure. Comment aurait-il pu en être autrement? Les églises étaient devenues de véritables reliquaires, de merveilleuses images de la Jérusalem céleste, dans lesquelles l'élancement des piliers, la hauteur des voûtes éloilées, les peintures murales, les stalles et les autels découpés à jour, le jour mystérieux glissant à travers les vitraux, les roses des trois portails semblables à do belles fleurs de rubis, d'or cl d'azur, les milliers de statues, les légions d'anges, le Saint des saints rayonnant au fond du sanctuaire, entre les couronnes de lumière , les chandeliers à sept branches cl des nuages d'encens, semblaient

aumnE x.

s'associer dans un admirable effort pour saisir l'homme tout entier et lui faire rejoindre le ciel.

Au XIII* siècle, certains types se reproduisaient uniformément ; ainsi les châteaux armoriés de Castille, les armes' de France, les fleurs de lis inscrites dans des cercles perlés ou soudées la pointe aux angles, se rencontrent sur un grand nombre de carreaux comme de bordures de verrières (I) appartenant aux localités les . plus diverses et les plus éloignées. D'autrefois les carreaux représentaient des armoiries, des figures d'animaux, des oiseaux affrontés, des lions rwissant, des cerfs, des aigles à deux tètes, des chimères, des léopards passant, des feuillages, des fleurons et des rinceaux qui, en se combinant, formaient des rosaces d'un très-beau style. Pour agrandir et varier le dessin on alternait les couleurs; ainsi on employait le rouge brique foncé, le jaune et le noir, en détachant tantôt les figures en jaune clair sur fond rouge ou noir, tantôt en noir ou en rouge sur fond jaune, et on disposait les carreaux en opposant les teintes de manière à obtenir des effets de tapis étendu ou de mosaïque.

Un des pavages les plus remarquables de cette époque se trouvait dans l'ancien cellier du chapitre de la cathédrale de Troycs. L'ornementation était d'une grande variété et figurait des feuillages, des fleurs do lis, des oiseaux becquetant des feuilles, des cigognes combattant des lézards, des oiseaux épluchant leurs ailes, des qnimaux fantastiques à face humaine, des chimères, des chouettes, des perroquets, des chiens avec ces mots : aient marca (en avant marche), puis une chasse avec ses meutes, ses corneurs, ses cerfs, ses sangliers poursuivis, ses chasseurs. Les fragments d'inscriptions qui se trouvent sur ces carreaux indiquent qu'il fallait plusieurs pièces pour compléter une légende. Ce curieux carrelage, qui appartient à la fin du XIII* siècle, a été recueilli avec soin et déposé au musée de la ville de Troycs ; il mériterait assurément d'être reproduit dans un travail spécial, aussi avons-nous cru être agréable à nos lecteurs en le leur indiquant au passage.

On représentait quelquefois des personnages marquants au moyen de carreaux en terre cuite, ainsi dans l'abbaye de Fontenay-sur-Orne on voyait un chevalier armé de son épéc et de sa cotte de mailles [i). Le musée d'Avranches renferme quelques fragments d'un tombeau du môme genre tiré des ruines de l'ablmye de Hambie, au diocèse de Coutances, et le musée de Troycs a aussi plusieurs car-

f • 1 l'y en > de beaux eieeoplci dans la collégiale de Saisi-Urbain de Trajet, (i) LU CtcaioaT, bullrt. nonum. |3{8, p. ^to.

ART ObUMQOK. 9

reaux indiquant qu'ils ont appartenu à un tombeau. A Jumiéges, dans la salle copilulairc , se trouvait la suite des abbés de ce célèbre monastère, il y en avait trente environ. Ces lombes en carreaux entaillés, dont les couleurs étaient disposées comme sur des vitraux, allaient en s'amincissant de la tète aux pieds, ainsi qu'il était en usage dans les tombes des XI* et XII' siècles (1).

Au XIV et au XV siècles, l'emploi des carreaux peints se généralisa. Ils devinrent la principale décoration des églises et des chapelles, et subirent naturellement les modifications de l'architecture , et, chose remarquable, ils se simplifièrent en s'éluignant de leurs commencements.

Toutefois, dès la fin du XV siècle et surtout au XVI* ils se trouvèrent en concurrence avec les carreaux en faïence, qui par l'emploi de couleurs variées produisirent des parquets non pas plus riches, mais plus éclatants. L'usage des carreaux émaillés n'en persista pas moins dans quelques provinces ; ainsi en Normandie, vers le milieu du XVII* siècle, un ouvrier de Rouen établit près de Lisieux une fabrique de carreaux vernissés. On les nommait tout simplement pavét Joachim, du nom du fabricant. Il se trouve de ces pavés au tombeau d'un évèque de Lisieux, dans le mur du croisillon de la cathédrale. Une chambre entière du château de Sainl- Hippolytc, près de Lisieux, en est carrelée [2). Dan3 le nord de la France, sur les frontières de la Belgique, on trouve encore des carreaux du XVII' siècle, ils représentent généralement un lion dans la pose héraldique.

Les quatre carreaux formant le numéro 1" de la planche première, proviennent du couvent des Dominicains connu sous le nom de Jacobins, à Troycs. Ce couvent, un des plus anciens de l'ordre de Saint-Dominique, avait été approuvé, en 1216. parlcpapellonorius III, et établi par saint Dominique lui-môme, sur la demande du comte de Champagne Thibault-le-Posthume, qui allait partir pour la Terre-Sainte. Construit sur l'emplacement d'une ancienne chapelle de saint Paul, près de la rue de ce nom, puis agrandi, en 1319, par Philippe-le-Long, qui lui avait octroyé une dérivation de la Seine et quelques maisons de tanneurs , ce couvent conserva pendant quatre siècles près de cent religieux, parmi lesquels se rencontrèrent de savants prédicateurs cl des prélats célèbres. Il est assez probable que les carreaux émaillés de notre planche furent placés dans l'église des Jacobins vers 1376.

(i) Portefeuille deGxisatiu», dsn la bibliolhr<|u« Bodl&ame, à Oxford. (.) Rue., fM rmaitU, de d/W&.

ciurrrnK I.

lorsque Pierre de Villiers, 72' évôquc de Troyes el confesseur de Charles V, fit agrandir leglise et l'enrichit d'ornements et de reliques.

Les carreaux formant les numéros 2 et 3 de la i" planche viennent de l'abbaye royale de Saint-Luup, fondée à Troyes à la fin du IX* siècle, successivement agrandie et enrichie par les comtes de Champagne et notamment par le comte Henri 1". La petite dimension de ces carreaux, qui sont reproduits au quart de grandeur, les entrelacs qui les décorent, le dessin romande leur bordure . nous font supposer qu'ils appartiennent aux premiers temps des pavages émaillés . c'est-à-dire au commencement du XIII* siècle.

Quant aux carreaux compris sous les numéros 1 , 3 et 4 de la planche deuxième, el qui sont conservés aux archives de l'Aube, nou9 ne saurions en déterminer l'origine. D'où viennent-ils? quels sont les évérements qui les ont arrachés à leur sanctuaire pour les apporter dans ce dépôt ? Nul ne le sait maintenant, nous pouvons seulement dire que ces oiseaux affrontés, ce griffon et ce lion passant sont de la fin du XIII' siècle.

Le beau carrelage fleurdelisé, numéro 2 de la deuxième planche, a une origine bien connue. Il vient du couvent des Cordeliers de Troyes. Nous le croyons du XIII' siècle, époque à laquelle les fleurs-de-lis, cet ornement tout français, étaient fort usitées. Leur forme d'ailleurs annonce cette époque, et elles ne diffèrent en rien de • celles qu'on retrouve dans les bordures des vitraux, les sceaux ou les monuments du XIII* siècle 11). C'est en 1237 que Thibault IV, comte de Champagne, établit les Cordeliers près de la porte de César, appelée depuis porte de Comporté et plus récemment de Preize (2). U comte Thibault V, vers l'année 1238. leur donna un autre local dans l'intérieur de la \ ille, sur l'emplacement occupé actuellement par la prison. C'est là qu'en 1239, sous la protection du pape Alexandre IV, qui leur oclroya à cet effet une bulle, les Cordeliers commencèrent leur église ; quatre ans après, elle était terminée cl dédiée sous les vocables de saint Jean l'évangéliste et de sainte Madeleine. Il n'existo pas la moindre incertitude sur ces dates, puisqu'avant la destruction de l'église, qui eut lieu en 1793, on voyait, dans la partie du cloître qui était du roté de l'église, un tableau appendu au mur contenant en vers l'histoire abrégée de l'ordre des Cordeliers. Celle histoire commençait ainsi :

10 R". ""'»"» <*» àrcytou ti <Ut ùuifntt Jt ht moiurchie Frmf *>«• . pl. i, Sç.C.- rt 8 PI u, tt;;. >5. Pl. m, lig. a5 tt iS.

(?) Ci....... fit luui, Mtmaùtt «*r Ui ttwitu tt /••rltfitaùaiu Je /.« ,-iUt Ht Trmn,

ART CÉRAMIQUE

Au lecteur chrétien, salut !

Si des frères mineurs lu veux l'ordre connaître, L'an mil deux cent et huit, saint François le fil naître.

En l'an mil deux cent avec cinquante-huit 1 258.

Saint Louis leur bâtit un beau temple à Paris.

Ainsi fit en ce lieu dit la brosse aux Juifs,

Son gendre Thibault Quint, comle Palalinois

De Champagne et Brie, aussi roi Navarrois,

Oui mil les Cordeliers loger dans la cité,

Laissant leur vieil couvent nommé la Trinité.

Lors l'évôque de Troycs, soixante et qaatrième,

Nicolas par décrcl d'Alexandre quatrième

Au fondement ouvert mil la première pierre,

Neuf ans devant qu'il eut bierre au chœur de Saint-Pierre.

Puis l'église et couvent le comte édifia ; ' 239.

Jusqu'au mur de la tour aussi l'amplifia, < 263.

El très bien l'affranchit de toutes redevances,

Donnant aux demandeurs très amples récompenses. C'est dans cette chapelle que se trouvaient les tombeaux de plusieurs personnages marquants de la Champagne, et entre autres ceux de Pierre et de François Pilhou.

.Nous avons dit qu'au XV" siècle il se produisit un nouvel élément de décoration dans le pavage des édifices, par la découverte de la faïence. C'était en effet un arl nouveau que le llorcntin Luca délia Robbia venait de révéler à l'Italie. On sait qu'élève de Ghibeiti, le célèbre auteur des portes du baptistère de Florence, et supportant impatiemment le maniement laborieux du marbre cl du bronze, dont la rigidité arrêtait les élans de son imagination {{}, il chercha un enduit qui pût donner à l'argile, qui se prélail plus facilement aux inspirations de sa pensée, l'éclat et la dureté du marbre, cl qu'après de nombreux essais il avait découvert le vernis d etain, et par suite la faïence, qui devait recevoir de si brillantes et si nombreuses applications un jour.

( i ; Micb, | An(;c Amjt : J. UliU le m.ih.r rn court" <|»i me dViobc m* IUWC. — Lt maibrc tremble devint moi, pou» «tu» tôt U pWcr, coiriit aa oj.i.i.lrc LouToi».

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