‹ Portefeuille de mil huit cent treizeChapitre 17 sur 49 · Tome IT · texte numérisé non relu

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de pays qui s'étend de Tolède jusqu'à la Biscaye. On leur lit prendre des cantonnemens , où ils restèrent pendant deux mois jusqu'à la fin de mai. Wellington eut le temps de profiter du système d'impéritie qui affectait les opérations de l'armée royale ; il se plaça très-militairement à Ciudad - Rodrigo , et dans l'étrange sécurité où s'endormit la ligne immense de l'armée royale , il forma le plan de se porter sur sa droite , et de couper ses communications avec les Pyrénées. L'armée anglo-hispano-portugaise était du double plus forte que l'armée française , qui comptait plusieurs régimens espagnols. Lord Wellington pouvait mettre en ligne contre l'armée du roi Joseph cent trente mille hommes , dont soixante mille Anglais.

Les armées d'Aragon et de Catalogne, qui ne recevaient pas leur impulsion de la royauté chancelante de Madrid , ne tardèrent pas à reprendre les hostilités contre la Vendée espagnole, soutenue ou plutôt dirigée par la guerre britannique. Affaiblies comme les autres armées par le départ de plusieurs corps et d'un grand nombre d'ofliciers, elles s'efforcent de suppléer par leur action et par leur valeur aux pertes qu'elles ont faites. Sur tous les points de la Navarre, de l' Aragon , de la Catalogne et du royaume de Valence, elles soutiennent vigoureusement la lutte contre un ennemi doutant plus acharné, que

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les succès si long-temps attendus du prudent Wellington ont plus que jamais exalté l'impatiente audace des Catalans et des Aragonais. Ces ennemis brûlans de toute l'ardeur de la vengeance méridionale , ces armées alors si nationales qui renaissaient sans cesse de leurs défaites pour reconquérir le sol de la patrie, avaient reçu encore une nouvelle effervescence de l'effroyable catastrophe qui avait frappé , sous le ciel glacé de la Russie, le conquérant de l'Espagne. La perfidie anglaise en exagérait encore les résultats. La destruction de la grande armée de Napoléon par les élémens, fatiguait la haine des Espagnols par le sentiment dune rivalité qu'ils désespéraient de pouvoir satisfaire.

Cependant les généraux Lamarque dans la haute Catalogne , Maurice Mathieu en avant et loin de Barcelonne , Bertoletti autour de Tarragone, dont il était gouverneur, Severoli dans l'Aragon , Paris sur les frontières de la Navarre, Pannelier vers la Vieille-Castille, Montmarie dans les environs de Sagonte, enfin Henriotdans la plaine de Lérida, se signalaient par un grand nombre d'expéditions glorieuses.

Depuis près d'un an, l'armée d'Élio et celle des Anglais étaient inactives dans leurs positions respectives autour d'Alicante; elles avaient fait seulement quelques pas en avant pour se rapprocher de nos camps au commencement d'avril.

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Les Espagnols se trouvaient à Villéna et Yécla , et les Anglais à Biar et Castalla. Il était probable que l'armée anglo-espagnole ainsi placée ne tarderait pas à agir oiFensivement. Renforcée par des troupes récemment arrivées de la Sicile et de l'intérieur de la péninsule, elle était en état de reconquérir le royaume de Valence.

Malgré l'avantage des positions occupées par cette armée, le maréchal Suchet prit la résolution de prévenir ses mouvemens offensifs; il réunit à cet effet, par des marches rapides, dans la journée du 22 avril, ses divisions actives autour de Puente-la-Higuéra. La division Harispe rencontra, le même jour, près d'Yécla, la plus grande partie du corps d'Élio, le battit complètement et lui fit neuf cents prisonniers. Le lendemain 12, la même division attaqua les Espagnols à Villéna, et après un combat assez opiniâtre, les mit en déroute. La garnison qu'ils avaient imprudemment jetée dans le fort de Villéna mit bas les armes et Fut prisonnière. Les positions escarpées de Biar, défendues par la brigade du colonel anglais Adams, furent emportées. Après ces deux échecs, où l'ennemi perdit trois mille prisonniers, un général, cent soixantequinze officiers, deux drapeaux et quelques canons de montagnes, lord Murray porta son armée sur les hautes montagnes qui dominent Castalla , et un peu en arriére du champ de bataille

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illustré l'année précédente par la brigade du général Delort. La position des ennemis était inexpugnable, leur position de première ligne était dominée par une seconde ligne, où, en cas d'échec , ils étaient sûrs de trouver un point d'appui.

Le maréchal Suehet,. entraîné par ses généraux , ordonna l'attaque. Les compagnies d'élite des divisions Habert et Robert l'exécutèrent avec une audacieuse intrépidité ; mais elles furent foudroyées par les Anglais. Le maréchal ne renouvela point l'attaque, il effectua sa retraite sur Biar et Villéna. Les Anglais n'osèrent pas l'inquiéter. Cette tentative fut utile, malgré son peu de succès. Le maréchal Suchet avait atteint son but ; il avait reconnu les forces générales de l'armée anglo-espagnole. «Les armées française et anglo-espagnole reprirent les positions qu'elles occupaient précédemment, et, dans les combats d'avant -poste, l'avantage demeura toujours .à l'armée d'Aragon. Le général anglais, avec des forces bien supérieures à celles du maréchal Suchet , ne fit pas la moindre opération pour gagner du terrain. Des ordres supérieurs, tenant à un plan offensif et général pour toute la péninsule, lui assignèrent subitement une autre destination; il retira ses troupes, et les fit embarquer à Alicante pour aller assiéger Tarragone, devant laquelle il se trouva le 2 de juin.

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Mais pour obliger le maréchal Suchet à ne rien détacher de ses forces au secours de cette ville, le duc del Parque venait de joindre Élio avec un renfort de quinze cents hommes, et avait remplacé les Anglais dans le camp retranché de Castalla. Cette jonction empêchait le maréchal de détacher une partie de ses forces pour défendre Tarragone ; car le général espagnol eût nécessairement attaqué, et avec succès, les faibles ligues du Xucar, et il se serait emparé de l'importante ville de Valence, dépôt central de toutes les munitions et de tous les approvisionemens. Les opérations des deux armées anglaise et espagnole paraissaient bien combinées , mais elles embrassaient une étendue de plus de quatre-vingts lieues, sur laquelle le maréchal était loin de pouvoir opposer une utile résistance. Les deux armées, dont les opérations étaient coïncidentes, pouvaient attaquer à volonté l'armée française aux deux extrémités et au centre de sa ligne, se porter sur ses derrières, sur ses flancs, et intercepter ses communications. Si les Anglais étaient battus sur un point, il leur était facile, à l'aide de leur flotte, de se porter sur un autre. L'opération qu'ils avaient combinée était réalisée peut-être par un seul combat avantageux. La position du maréchal Suchet était déjà devenue d'autant plus critique que le fort Saint-Philippe qui domine la seule route praticable pour les voi-

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tares entre Valence et Tarragone, investi aussitôt après le débarquement des Anglais devant cette dernière ville, était tombé le 7 juin en leur pouvoir; l'explosion du magasin à poudre en avait décidé la reddition. Cependant, informé de rembarquement des Anglais, et devinant leur dessein, le maréchal était parti à marches forcées au secours de Tarragone, emmenant avec lui la division du général Musnier , la brigade Pannetier et la réserve de cavalerie d'Aigremont. ïl avait marché rapidement par Perello, Valdellos et Monroïg, malgré des chemins impraticables. Les dragons anglais sont culbutés par les chevaulégers westphaliens près de Valdellos. Un bataillon du cinquième léger fait, à lui seul, replier cinq bataillons anglais jusqu'à l'Ospitalet. Le général Maurice Mathieu arrive par Villa-Franca, et menace de couper aux Anglais leur point d'embarquement, en se portant sur Salon et l'Ospitalet. Alors des feux allumés sur toutes les montagnes environnantes avertissent la brave garnison de Tarragone qui, depuis dix jours et dix nuits, défend avec une rare intrépidité Une place démantelée et réduite à une enceinte sans fossés, que les armées de Catalogne et d'Aragon sont réunies pour la sauver. En effet, les Anglais forcés de se rembarquer précipitamment abandonnent trente pièces de gros calibre , brûlent les affûts, coupent les jarrets à beaucoup de ehe-

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vaux, fout sauter le fort de Ballaguer, et laissent encore d'immenses provisions sur le rivage. A Alicante , dix -huit bàtimens de transport échouent à l'embouchure de l'Ebre, et une frégate de quarante-quatre canons devant le port de Murviédro.

Pendant cette brillante expédition , le général Harispe à la tête des deuxième et troisième divisions, et de la cavalerie du généra Delort, arrêtait sur le Xucar les armées réunies d'Élio et du duc del Parque. Dès le 1 1 juin , le général Harispe avait replié ses postes pour occuper les positions garnies de retranchemens sur la rive gauche du Xucar , où il avait ordre de s'établir pendant l'absence du maréchal. Élio suivait avec une nombreuse cavalerie ce mouvement rétrograde qui s'opérait avec ordre; il fut chargé par le général Mesclop , qui fit prisonnier le colonel irlandais O'nonam , chef de l'état-major du général Élio. Le i5, l'armée ennemie, forte de vingt-cinq mille hommes , s'avançait sûr deux colonnes par les routes d'Albérique et d'Alcira. Les hauteurs qui dominent le Xucar étaient occupées par Élio. Cinquante voltigeurs postés dans une maison crénelée, qui défendaient le passage du fleuve, avaient résisté pendant six heures à trois mille hommes et à plusieurs pièces de canon. Cette belle défense avait donné au général Harispe le temps de repasser sur la rive droite, de délivrer ces bravas

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et de présenter le combat à l'ennemi avec des forces très-inférieures. Une forte canonnade s'engagea des deux côtés. Le général Delort culbuta quelques escadrons dans la plaine; mais les Espagnols restèrent en bataille sur les hauteurs escarpées à droite et à gauche de là route. Tandis que le général Harispe les provoque inutilement au combat , le général Habert sort d'Alcira à la tête des quatorzième et seizième régimens et d'un escadron de hussards , attaque le duc del Parque dans Carcavente , lui tue cinq cents hommes, fait six cent quarante prisonniers , dont trente officiers , prend un drapeau et deux mille fusils. Cependant une partie du corps d'Elio menaçait Valence par la route de Requenna ; mais le générai Delort avec deus. escadrons de cuirassiers , le vingt-quatrième de dragons , les cent seizième et cent dix-septième régimens, se porte à Bunol , Chira , Cheste , et contient les Espagnols. Ainsi les projets de l'ennemi avaient échoué sur une étendue de quatre-vingts lieues, malgré l'immense supériorité de ses forces. Le 2/j juin, les troupes envoyées au secours deTarragone, rentraient déjà dans Valence. La rapidité de cette marche , les manœuvres du général Maurice Mathieu , la vigueur des deuxième et troisième divisions , enfin l'énergique résistance du général Bertoletti, gouverneur de Tarragone avaient confondu sur tous' les points les projets des armées combinées.

Cependant le maréchal se détermina à profiter de l'absence du corps anglais pour attaquer le 26 le duc del Parque dans son camp, sur la rive droite duXucar. L'ennemi refusa le combat et abandonna les hauteurs où il était retranché. Il fut poursuivi par les divisions Ilarispe et Habert, qui entrèrent à Saint - Philippe ; mais, au col d'Olîéria, son arrière-garde opposa de la résistance. Brusquer ment abordé à la baïonnette, il fut repoussé jusqu'à son camp fortifié de Castalla, où il attendit que les Anglais vinssent se joindre à lui pour reprendre l'offensive. Les deuxième et troisième divisions s'établirent l'une à Saint-Philippe, l'autre à la même hauteur sur la route royale, et quittèrent les positions malsaines de la rive gauche du Xucar. Il ne reste plus au maréchal , pour compléter ses brillantes opérations et dégager son flanc droit , qu'à rejeter le général Élio au delà de Requena ; en conséquence , le général Musnier marcha sur cette ville. Le château se rendit le 27 juin, sans tirer un coup de canon.

Cependant l'armée anglaise de sir John Murray, dès qu'elle avait été réunie à celle du général Lascy , qui commandait l'insurrection en Catalogne , et qu'elle se vit soutenue par de nombreuses bandes de miquelets , avait des forces plus que suffisantes pour hasarder une bataille générale; d'ailleurs, depuis l'occupation du fort de Saint-Philippe, elle pouvait aisément empêcher

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la jonction du maréchal Suchet avec le général Maurice Mathieu. De plus, les troupes d'Aragon et de Catalogne , réunies devant Tarragone , ne montaient pas à plus de douze mille hommes. Enfin , rien n'avait pu obliger le général anglais à brusquer son embarquement au point d'enclouer sa grosse artillerie et de brûler ses munitions sur le rivage; aussi lord Murray perdit son commandement, et fut livré a un conseil de guerre.

Le plan du généralisssime Wellington , qui avait détaché sir Murray de sa grande armée , n'était pas borné à la prise de Tarragone. Le 25 juin , une escadre de quinze vaisseaux de ligne , donthuit à trois ponts , et des bâtimens de transport , parurent devant Palamos , tandis que les insurgés aux ordres du baron d'Éroles descendaient les montagnes pour favoriser leur débarquement et reconquérir avec eux tout le Lampourdan. Déjà le fort de Banoles était assiégé. Le général Lamarque , avec les vingt-troisième et soixante-troisième de ligne , et un escadron du vingt-neuvième de chasseurs , marcha contre le baron d'Éroles , dont la division , forte de cinq mille hommes , occupait les fortes positions de Banoles. Après un combat très-acharné , l'ennemi fut chassé de la ville et de ses positions avec une perte de six cents hommes. Le brigadier général Coxa , commandant de la cavalerie espagnole , fut tué.

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Pendant que le maréchal Suchet et ses habiles généraux soutenaient avec tant de gloire l'honneur militaire de la France , et ajoutaient , au moment de quitter l'Espagne , le souvenir glorieux d'une dernière défense aux souvenirs de la première conquête, le roi Joseph avait enfin obéi à l'ordre impérial de Paris. Il avait, vers la fin de mars, quitté pour la troisième fois, et pour ne la revoir jamais, la capitale de l'Espagne, et il avait lentement transporto sa cour et son quartier général à Valladolid. L'armée du centre qu'il commande en personne est concentrée entre Valladolid et Salamanque. La division Levai , le dernier corps de l'armée du midi , n'a quitté Madrid que le 27 mai. Wellington suit le mouvement de son ennemi , et poursuit l'exécution du plan qu'il a formé. Il a été trois fois rejeté en Portugal , et il se voit, par la retraite des Français , libre enfin de reprendre en Espagne une attitude offensive, et de soutenir, par la présence de sa nombreuse armée , les efforts jusqu'alors impuissans Je l'insurrection des cortès. Il fait jeter des ponts sur le Ducro , entre Lamego et la frontière d'Espagne , et il marche à la fois sur Zamora et sur Salamanque. A présent qu'il n'a plus la retraite à craindre pour lui-même, même après ses succès comme après sa victoire des Aropiles, il va mettre un peu plus d'activité à poursuivre qu'il n'a mis de lenteur à attaquer. Surpris à

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Salamanque , le général Villatte n'a que le temps de détruire les ponts et de se reployer sur Valladolid ainsi que le général Pécheux, qui occupait Avila avec la division Levai et la cavalerie légère du général Soult. Ces troupes arrivent le •>. juin à Valladolid, où Ton n'a rien, prévu pendant un repos de deux mois, pas même la poursuite de l'ennemi. Enfin Valladolid est dépassée, et la retraite se dirige sur Burgos. Cette ville est occupée par les armées du centre et du midi. On voudrait bien encore s'y arrêter et planter le pavillon royal sur les illustres remparts que, six mois auparavant, le général Dubreton a si héroïquement défendus et conservés avec dix-huit cents hommes contre ce même Wellington, qui poursuit le roi Joseph et son armée. Mais, deux jours après, le général Reille étant forcé avec ses dix mille hommes par des forces supérieures, dans la position de lasHermosas et d'Estapas, qui défendent les avenues de Burgos, l'évacuation de la capitale de la vieille Castille est décidée. Cependant on pourrait, on devrait arrêter encore devant le château de Burgos le circonspect Wellington ; mais il ne faut pas laisser à l'ennemi ce qu'on ne veut pas conserver, et par une précipitation qui semble déjà ôter à la marche du roi l'air d'une retraite bien combinée, onmetle feu à tout ce que le château renferme de boulets, de bombes d'obus, de cartouches, de munitions, d'artillerie, l'armée qui défile dans la plaine avec sécurité, sous

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les haiururs de la ville, est mitrailh'e par l'éruption de son propre arsenal , et plus de cent Français sont foudroyés. Tels furent les adieux de l'armée à Burgos : elle perdit plus de braves à l'évacuer, que Dubreton n'en avait perdu à la défendre. Ce fut sous ces tristes auspices que l'armée continua sa retraite. Elle était embarrassée dans sa marche par les nombreux équipages qui transportaient en France tout le bagage royal de Madrid , par la foule des habitans des deux sexes qui , pour se soustraire aux vengeances nationales enrégimentées sous le drapeau anglais , suivaient la fortune du dernier souverain ; enfin , par l'immense matériel des armées réunies , et par cette masse de voitures de luxe et de voyage, inconnues des belliqueux états-majors de la république. Un corps de troupes était attaché à la garde de cet immense convoi, chargé des pénates de la conquête de l'Espagne et de la royauté de Joseph , et de ceux de tant de familles dévouées à la cause des Français.

On a dépassé sans obstacle Birbiesca. Trois cents hommes sont placés à la garde du défilé de Pancorbo et en occupent le fort. L'armée amis l'Ebre entre elle et l'ennemi ; elle est à Mîranda , où elle se croit à l'abri de toute poursuite; mais Wellington a suivi son plan : il a fait passer l'Ebre à San-Martino et à Fuente-de-Arenas , et , maître de la rive droite, il envoie ses partis sur la route

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de Bilbao à Vitîoria, nom fatal, dont l'illustration va retentir d'une manière bien différente à Dresde où est Napoléon, à Prague où sont ses ennemis.

C'est le général Graham qui commande la gauche de l'armée ennemie; il marche sur le général Reille, qui veut en vain défendre les positions de Espejo et de Puente-de-Larra. Le 18, il est débordé à Osma : les confédérés sont déjà maîtres des débouchés de la Biscaye. Ses rapports jettent enfin l'alarme au quartier-général royal : un conseil de guerre est convoqué. Le maréchal Jourdan ouvre le seul avis qu'il faut suivre; il est appuyé par les généraux : c'est de descendre l'Ebre et de se retirer sur Sarragosse, où on ralliera l'armée du général Clausel qui commande vingtcinq mille hommes à Logrogno, et d'où l'on communiquera avec les places de Saint-Sébastien, Santona, Bilbao et Pampelune. Le général Foy, après avoir enlevé de vive force la ville de Castro dans le golfe de Biscaye, assure, avec dix mille hommes, les communications de cette province avec la France. Une position inexpugnable, celle des hauteurs de Salinas et de Mont-Dragon , est à trois lieues en arrière : là se ferait la combinaison d'opérations avec le général Foy et le général Clausel, et on doit aussi espérer d'y arrêter l'armée de Wellington. De plus les mouvemens de retraite des armées de Valence et de Catalogne s'o-

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purent simultanément , et la barrière des Pyrénées doit être fermée à l'invasion ennemie. D'ailleurs l'armée du roi ne compte que quarante-cinq mille baïonnettes avec une immense artillerie, il est vrai ; tandis que l'armée de Wellington , quoi qu'elle soit diminuée du corps de sirJohnMurray qu'il avait fait embarquer pour l'expédition de Tarragone , est de quatre-vingt-cinq mille hommes. Tels sont les motifs qui sont fortement présentés dans le conseil , pour ne pas attendre l'ennemi sur les bords de la Zadorra, en avant de Vittoria. Les bagages ont joué un rôle bien fatal dans la guerre d'Espagne , et leur conservation a deux fois perdu Tannée , la première , par la honteuse capitulation de Baylen, la seconde, par la défaite de Vittoria. Maiscette défaite perdait la France, et donnait au congrès de Prague le signal de la ruine de l'empire. Plusieurs mille hommes , toute la division du général Maucune, si regrettable la veille d'une bataille décisive, sont détachés de l'armée pour convoyer des voitures privilégiées; d'autres troupes sont chargées de défendre les bagages qui ne seront pas partis le 20; car le roi a refusé de suivre l'avis de celui qui avait, il y a vingt ans , gagné la bataille de Fleurus sur l'armée autrichienne , alors la première de l'Europe. Joseph, qui n'a jamais eu pour étoile que la fortune de Napoléon , s'obstine à vouloir ajouter le désastre d'une bataille rangée à la retraite que

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fait sa royauté devant lord Wellington. L'ordre de la bataille est donné, pour le lendemain 21 , par ordonnance royale ! Wellington en est aussi surpris que les généraux français. Mais il fallait qu'un trône tel que celui de Napoléon fût détruit par des moyens extraordinaires , et que les Pyrénées ne fussent plus des remparts sufïisans à protéger l'intégrité de la vieille France , défendue qu'elles pouvaient être quinze jours plus tard par cent trente mille Français commandés par les maréchaux Jourdan et Suchet , par les généraux Clausel, Reiïle, Decaen , Foy , Harispe , Delort, Drouet d'Erlon, Gazan , etc. Si Napoléon succomba en Russie par l'espoir de la paix, qui le retint à Moscou, Joseph va succomber en Espagne par Vespoir plus insensé d'un premier triomphe dans une guerre, dont une belle retraite est devenue la seule gloire , en même temps qu'elle est un avantage incalculable pour les destinées de la mère-patrie.

Le 21 , de grand matin , commença cette fatale échauffourée , qui ne mérite le nom de bataille que par ses résultats. La bravoure française y soutint jusqu'au dernier moment toute sa renommée; elle ne céda qu'au nombre, au désavantage du terrain , dominée que fut constamment l'armée, sur sa gauche, par les forces toujours renaissantes de ses nombreux ennemis. Cette armée méritait un autre chef et une autre fortune. Le

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