Tome II
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général Hill avait commencé l'attaque; il emporta les hauteurs après la plus vigoureuse résistance , et un acharnement qui annonçait que c'était un dernier combat : les hauteurs furent prises et reprises plusieurs fois. Une partie de l'armée du centre y fut envoyée. Celle-ci, se trouvant affaiblie de plusieurs divisions, soutint le choc avec intrépidité, et maintint long-temps un feu égal sur sa ligne ; mais à midi parurent tout à coup de nouvelles tètes de colonnes sur la droite de l'armée, sur la route de Yittoria à Bilbao, à Aranjuès , à Gamarra-Mayor. Le général Pveille se porta vivement à leur rencontre à la tète de sept mille hommes qui lui restaient de l'armée de Portugal, et se trouva vis-à-vis de vingt-cinq mille hommes commandés par Graham. Il était une heure. Le roi ordonna de se rallier sur le plateau de Zuaza , où il y avait quarante-cinq canons en batterie, mais il n'était plus temps. Le général Reille , malgré l'infériorité numérique de ses troupes, sait tenir encore en échec l'armée de Graham. Des prodiges de valeur signalent ce combat inégal. Le général de di vison Sarrut y est blessé à mort. Les Français ont l'honneur de rester maîtres du champ de bataille. A la (in , ils sont débordés par les masses ennemies, et la retraite est ordonnée par Salvatierra sur Pampelune. Ce qui fut combat fut glorieux pour nos armes. Les pertes furent à peu près égales entre
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les deux armées ; mais l'heure de la retraite fut celle des plus grands malheurs : rien n'avait été prévu pour l'opérer. Les passages pour tant de bagages, pour des parcs d'artillerie aussi considérables, n'avaient point été reconnus; ils furent bientôt obstrués par l'encombrement des milliers de voitures qui portaient les trésors de l'armée, les familles espagnoles attachées à la cour de Joseph , toutes les richesses du roi et la fortune de ses officiers. Des cris de désolation sortent de ces voitures , d'où s'éiancent des femmes, des enfans, des cris de fureur de la part de ceux qui les attaquent. Le pillage devient commun aux amis et aux ennemis sous le ciel brûlant de Vittoria , comme sous le ciel glacé de Wilna. Les soldats de toutes armes se pressent en foule sur la route de Pampelune , et parviennent àSalvatierra; mais ces immenses bagages , qui leur sont étrangers, les laissent arriver sans leur précieux matériel , sans leur formidable artillerie ; elle est restée toute entière au pouvoir de l'ennemi , au nombre de cent cinquante et une pièces, et de quatre cent quinze caissons. Elle n'a pu franchir les passages encombrés par tant de voitures ; il a fallu dételer les pièces. Les Anglais , qui firent depuis un trophée à Londres de la voiture de Napoléon , prise sur le champ de bataille de Waterloo, y montrèrent alors la dépouille de Joseph et le bâton du maréchal Jourdan. Le 22, l'armée
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se réorganisa à l'embranchement des routes de Vittoria et de Pampclune à Tolosa, et le lendemain le général Foy , à la tète de seize mille hommes, arrête à Tolosa l'armée victorieuse. Le 27, il ne reste plus de Français dans l'Espagne occidentale que ceux qui défendent Santona, Saint-Sébastien et Pampelune; mais l'armée s'est placée militairement sur les Pyrénées , et l'ennemi est obligé de s'arrêter. Le général Fov carde la Bi-
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dassoa ; il établit sur la rive droiîe une défense habile, qui retarde l'invasion de son pavs : il a devant lui l'aile gauche de l'ennemi. Le général Clausel est opposé à l'aile droite : il rentre en France par Jaca. Le gros de l'armée se retire par la vallée de Roncevaux, où ia vieille histoire des paladins français lui rappelle, sous le règne d'un autre Charlemagne, de tristes souvenirs. Les sièges de Santona , de Saint-Sébastien et de Pampelunevont occuper 1 armée anglaise.*En continuant la retraite sous les mursdePampelune on entendit des généraux regretter de ne pas s'arrêter dans la Navarre, pays de défense, disaient-ils, que l'on pouvait conserver , et où du moins il était facile de retarder long-temps cette nouvelle invasion qui menaçait la France.
L'empereur apprit à Dresde, le ier. juillet, la perte de la bataille de Vittoria, et il jugea que cette nouvelle, dont les quartiers-généraux de Reichembach et de Gittschin seraient prompte-
ment informés par leurs alliés d'Angleterre , changeait entièrement la position politique sur laquelle ses armes victorieuses lui permettaient de s'appuyer au congrès. Dès ce moment, il se sentit dévoué aux ressent imens britanniques , dont la voix avait été si persuasive aux conférences de Trachemberg ; il apprécia, avec toute la sévérité de sa justice, la conduite de son frère. Mais, dans l'espoir de conjurer encore le fléau du Midi, qui, de concert avec le fléau du Nord, allait graviter sur la France, si sa marche n'était promptement arrêtée, il fit appeler le duc de Dalmatie qu'il se repentait d'avoir retiré d'Espagne il y avait trois mois, et le chargea d'aller réparer les désastres de la retraite de Madrid et de la défaite de Vittoria. L'ordre que Napoléon dicta pour ce maréchal mérite une attention particulière :
« Mon cousin, vous partirez aujourd'hui avant dix heures du soir; vous voyagerez incognito, en prenant le nom d'un de vos aides-de-camp ; vous arriverez le /+h. Paris, où vous descendrez chez le ministre de la guerre. Vous irez avec lui chez l'archichancelier; il vous mettra au fait de la dernière situation des choses : vous ne resterez pas plus de douze heures à Paris. De là, vous continuerez votre route pour aller prendre le commandement de mes armées en Espagne : vous m'écrirez de Paris. Pour éviter toutes les difficultés, je vous ai nommé mon lteutenant-géivéral , com-
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MANDANT MES ARMÉES EN ESPAGNE ET SUR LES PïRÉ-
jsées. Mon intention n'en est pas moins que vous receviez les ordres de la régence, et que vous écriviez et rendiez compte au ministre de la guerre de tout ce qui concerne votre commandement ; vos rapports me parviendront par le ministre. Les gardes et toutes les troupes espagnoles seront sous vos ordres. Fous prendrez toutes les mesures pour rétablir mes affaires en Espagne > et pour conserver Pampelune , Saint- Sébastien et Pancorbo , et toutes celles que les circonstances demanderont. Mon intention est que tous les généraux ou ofiiciers que vous jugerez convenable de renvoyer en France restent à Bayonne , et qu'aucun d'eux ne puisse aller à Paris sans un ordre du ministre de la guerre. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
» Napoléon.
» Dresde le icr. juillet i8i3. »
Cet ordre exprimait énergiquement toute la pensée de Napoléon sur l'importance qu'il attachait à reprendre en Espagne, au moins l'influence militaire qu'il y avait laissée; il était impossible à ce prince d'investir un de ses maréchaux d'un commandement plus élevé et plus étendu , puisqu'il le déclarait son lieutenant-général , commandant toutes ses armées en Espagne et sur les Pyrénées. Ainsi, toutes les armées de la péninsule , celle que
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commandait le roi , et ceiie que commandait le maréchal Suchet, étaient placées sous l'obéissance du duc de Dalmatie, qui pouvait à sa volonté renvoyer les généraux et les officiers. Ainsi le maréchal se trouvait revêtu de la puissance de l'empereur sur les armées françaises, et de celle du roi sur les gardes et sur les troupes espagnoles.
Le nom du roi était à dessein omis dans cette lettre. Ce qui concernait ce prince était une confidence d'une autre nature, dont l'archichancelier était le dépositaire. C'était aussi à ce grand dignitaire que Napoléon renvoyait le maréchal pour être instruit de ce qu'il lui importait de savoir. Aussi l'empereur fait-il connaître, sans aucune réticence, à l'archichancelier son opinion et sa volonté au sujet du roi son frère.
Ju prince arehichancelier.
« Mon cousin, je reçois des lettres du ministre de la guerre , dan s lesquelles se trouve celle du général Foy du 22 ; je réponds au ministre de la guerre qui vous fera connaître mes intentions : j'envoie le duc de Dalmatie avec le titre de mon lieutenant-général en Espagne. Il sera cependant sous les ordres de la régence et rendra compte au ministre de la guerre. Quant au roi d'Espagne, mon intention est qu'il demeure à Pampelune , Saint-Sébastien ou Bayonne, et qu'il y attende mes
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ordres. Dans tous les cas, mon intention est qu'il fie vienne pas à Paris et qu'aucun grand dignitaire, aucun ministre , sénateur ou conseille!' détat ne le voie , jusqu'à ce que j'aie fait connaître mes intentions. S'il avait dépassé la Loire, vous vous concerteriez avec les ministres de la guerre et de la police pour faire ce qui serait plus convenable, sans affliger l'impératrice de ces détails. Le roi ne doit pas passer la Loire sans mon ordre. Mais enfin s'il l'avait passée , il devra: t se rendre clans le plus grand incognito à Jlorjontaine, d'où il serait convenable que ni lui ni aucun officier de sa maison ne vint à Paris inquiéter l'administration de la régence. Vous verrez avec le ministre de la police qui l'on pourrait charger de faire connaître mes intentions au roi. On pourrait faire choix de Rœderer , ou de tous autres dont le roi aurait l'habitude. Mais, quoi qu'il en soit , vous devez employer même la force s'il est nécessaire, pour l'exécution de mes ordres. En général, je désire que toute communication à faire au roi d'Espagne lui soit faite, non par le canal du ministre de la guerre, mais par celui du ministre de la police. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
» Napoléon.
» Dresde le i.'. juillet i8i3. »
» Premier P. S. Vous trouverez ci-jointe ir. ta
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lettre au ministre de la guerre; -j°. copié du décret qui nomme le duc de Dalmatie commandant en Espagne. Cette pièce vous servira en cas que l'expédition du comte Daru vienne à se perdre; 5°. la lettre que j'écris au ministre de la police. Au reçu de la présente vous ferez appeler chez vous les ministres de la guerre et de la police , et vous leur remettrez leurs lettres, en leur recommandant sur le tout le plus profond silence. Si le roi avait repris l'avantage et qu'on réoccupàt Vittoria, vous y mettriez d'autant plus de ménagement. Je suppose que le sénateur Rœderer ou tout autre ayant la confiance du roi pourrait lui être envoyé, pour lui faire sentir que, d'après l'opinion que j'ai de ses talens militaires, je suis obligé, dans ces circonstances, de donner le commandement de l'armée à un général ayant ma confiance. Je vous envoie aussi une lettre pour ie roi d'Espagne. Vous ne la remettrez au duc de Dalmatie qu'autant que cela paraîtrait nécessaire au ministre de la guerre. Je désire que le duc de Dalmatie ne la remette qu'autant qu'on ne pourrait faire autrement. Il me semble qu'une ampliation du décret et une lettre du ministre seront suffisantes.
» Deuxième P. S. Veillez à ce que le ministre de la police ne se mêle de rien que de surveiller. Le ministre de la euerre ne doit écrire au roi d'Es-
pagne que ce que les circonstances exigent qu'il
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sache. Veillez enfin à ce que tout se fasse aTec le plus de modération possible, u
A l ' archichancrficr
(( Mon cousin, je vous ai écrit il y a deux heures relativement à l'Espagne, je vous ai envoyé ouvertes toutes les lettres que j'écris pour que vous puissiez diriger cette affaire selon les circonstances. La question se renferme dans ces deux hypothèses : ou le roi a été battu, ou les affaires ont pu se rétablir; si le roi a été battu, qu'il ne puisse plus rester à Pampelune, et qu'il y ait crainte de le voir revenir, c'est le cas de lui envoyer quelqu'un à qui vous ne devez pas dissimuler que, vu le mauvais esprit qu'il a montré en Espagne y je craindrais que sa. présence ne semât le trouble relativement a la régence. Si le roi était parvenu à, rétablir les affaires, mon intentoin serait toujours la même. Je désirerais toujours qu'il quittât le commandement dont il est absolument incapable , qu'il le remit au duc de Dalmatie , et qu'il restât à Yittoria ou à Pampelune. Sur ce , je prie Dieu qu'il vous ait en sa
sainte et digne garde.
)> Napoléon.
» Dresde le iPr. juillet 1 8 1 5. »
Le 12 juillet, ie maréchal duc de Dalmatie était arrivé à Bayonne. Il était porteur de la let-
tre de l'empereur pour le roi. Cette lettre, que le maréchal n'avait ordre de remettre qu'à toute extrémité, ne fut pas remise. Le roi s'était soumis aux volontés de l'empereur, après quelques hésitations : la lettre fut rendue à Napoléon. Le premier soin du maréchal est d'organiser son armée. Il la divise en trois corps. Il donne l'aile gauche au général Clausel, le centre au général Drouet d'Erlon, et la droite au général Reille. Chacun de ces corps est de trois divisions. Le général Villatte commande une division de réserve. L'armée a trois divisions de cavalerie. Elle est forte de soixante mille hommes. Le général Gazan est chef d'état-major-général. Tous ces noms sont historiques dans les fastes de la gloire militaire de la France.
L'armée anglaise est à Irun. Elle occupe la Haute-Navarre, elle couvre le siégé de Saint-Sébastien , dont le général Graham est chargé avec l'armée de Galice, et celui de Pampelune, qui est confié au comte de l'Abisbal, commandant l'armée d'Andalousie.
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