CHAPITRE X
Prolongation de l'armistice. — ( Correspondance diverse. — Départ de Napoléon pour Mayence. — Retour à Dresde — Du i 'r. juillet au 5 août.
L' article quatrième de la convention de la médiation signée le 3o juin à Dresde par le duc de Bassano et le comte de Metternich était ainsi conçu :
a Vu l'insuffisance du temps qui reste à courir jusqu'au 20 juillet, terme fixé pour l'expiration de l'armistice par la convention signée à Plesswitz le 4 jum j S. M. l'empereur des Français s'engage à ne pas dénoncer ledit armistice avant le 10 août, et S. M. l'empereur d'Autriche se réserve de faire agréer le même engagement à la Russie et à la Prusse. »
Cette convention ne devant pas être rendue publique, Napoléon , qui ne perdait pas de vue l'intérêt d'une guerre , que la nouvelle de la perte de la bataille de Vittoria lui présentait comme inévitable , surtout après la connaissance qu'il venait d'obtenir des engagemens contractés par l'Autriche à Reichembach et à Trachemberg , écrivit le lendemain même au prince d'Eckmùhl :
DE MIL HUIT CENT TREIZE. .jr
« Mon cousin , il serait possible que l'armistice fût prolongé jusqu'au i5 août. Si je me décide à cette mesure , ce sera spécialement pour Hambourg, puisque cela nous ferait près d'un mois de gain : ce qui nous donnerait moyen d'achever l'armement et les ouvrages de Hambourg et de mettre cette place et Haarbourg en meilleur état. Des bataillons de la troisième division bis auraient aussi le temps d'arriver et la cinquantième division se compléterait à seize mille hommes. Tenez cette nouvelle secrète : mais agissez toujours comme si les hostilités devaient recommencer au 20 juillet. Sur ce , etc.
» Dresde, ier. juillet i8i5. »
La correspondance de l'empereur avec le prince d'Eckmùlh pendant le mois de juillet renferme quelques autres lettres d'un grand intérêt pour les militaires. Elles motivent les ordres généraux et les ordres de détails qu'il donne au maréchal , par le retour perpétuel de cette brillante combinaison qu'il avait conçue dès son retour à Dresde, d'opérer, par l'envoi d'une nombreuse armée sur Berlin et par la jonction de cette armée à celle du prince d'Eckmùlh , une diversion puissante contre les alliés. Dans toutes ces lettres il parie au maréchal de la marche combinée sur la capitale de la Prusse. Le prince de Suède sera tourné
»4a LE PORTEFEUILLE
par cette armée. Une campagne dans le nord de l'Allemagne doit nécesairement illustrer ses armes, pendant qu'il occupera lui-même en Silésie et sur l'Elbe supérieur les forces des souverains. Ses regards se portent même avec confiance jusqu'à la "\ istule, où les armées de Hambourg et de Berlin triomphantes , iront rallier l'armée qui est enfermée à Dantzick et les garnisons des autres places et mettront ainsi entre deux feux les armées confédérées. Le traité négocié à Dresde avec le Danemarck porte expressément que les troupes danoises pourront être employées jusqu'à la Vistule. Napoléon ne voit dans la prolongation de l'armistice que l'avantage de donner le temps aux forces de la trente - deuxième division militaire de s'organiser et de pouvoir opérer ce grand miracle de la campagne prochaine. En cela Napoléon pense et agit comme l'Autriche , à qui cette prolongation donne aussi le temps de compléter les arméniens pour lesquels l'Angleterre, dans les conférences du complot de Trachemberg, lui a assuré d'immenses subsides. Mais c'est pour mieux établir la position de la trente-deuxiè me dvision militaire et accroître tout à coup les moyens du prince d'Eckmùlh, que le duc de Bassano a ouvert à Dresde avec M. de Kaas , envoyé extraordinaire de Danemarck , une négociation que M. Alquier va terminer à Copenhague par un traité : aussi, le 7 juillet, l'empereur écrit au maréchal :
DE MIL HUIT CEINT TREIZE. i/,5
u Mon cousin, je réponds à votre lettre du 4* Je pense qu'il ne faut faire aucuns travaux à Lubeck ; on peut seulement augmenter ceux de Travemonde. Je vous ai fait connaître que, quelques jours avant la reprise des hostilités , vous devrez concentrer les troupes françaises sur Hambourg, et réunir les troupes danoises sur votre gauche ; mais il est probable que , d'ici à ce temps, il aura été conclu un traité avec le roi de Danemarck , de sorte que nous saurons à quoi nous en tenir. La réunion de la quarantième division à Werben vous mettra à môme de garder toute la rive «auche de l'Elbe. Le deuxième et le cinquième bataillon du troisième de ligne seront le 7 à Wésel ; ils seront donc arrivés avant le ier. août à Hambourg. Un bataillon du trente-troisième léger, fort de neuf cents hommes , doit partir de Flessingue ; un deuxième bataillon se complète au moyen de conscrits réfracta ires à Wésel, et un troisième bataillon se rend en droite ligne à Hambourg. J'espère donc qu'avant le 1e1. août, la cinquantième division sera forte de dix à douze mille hommes. Vous aurez besoin d'habilîemens , mais j'ai recommandé que tous ces soldats partissent de France bien armés. J'ai ordonné cependant, en outre, que trois mille fusils et six mille baïonnettes fussent envoyés à Hambourg. Les détachemens du vingt-huitième de chasseurs sont en marche pour se rendre à Hambourg; les cinq escadrons,
forts de efôuze cents hommes, seront réunis au i". août à Hambourg ; prenez des mesures pour les y monter. Les trois régimens provisoires de cuirassiers, composés de douze quatrièmes escadrons, faisant deux mille quatre cents hommes, arriveront à Hambourg avant le 10 août : c'est à vous à prendre des mesures pour les monter. Le décret que j'ai rendu , et ia lettre que je vous ai écrite ce matin là-dessus, vous mettront au fait de tout ce qui concerne ces régimens. Si, au moment de la rupture de l'armistice, une partie de ces quatre mille hommes de cavalerie n'était pas montée , vous pourrez en tirer parti pour le service de la place ; ils ont des carabines ou des mousquetons , et vous les feriez exercer au service du canon. J'espère donc que la cinquantième division, la cavalerie, la gendarmerie, les douaniers et les marins , formeront à Hambourg et à Haarbour^ une parnison de dix-huir à vin^t mille hommes , pendant que vous aurez disponibles la troisième division et la quarantième, ainsi que les Danois. "\ ous entrerez alors, selon les circonstances , dans le Mecklembourg, ou bien vous prendrez position en avant de Hambourg , ou bien enfin , si cela était nécessaire, vous repasseriez l'Elbe pour couvrir la rive gauche. Occupez-vous des ateliers d'habillement, et établissez solidement les ateliers et la comptabilité des troisième , vingt-neuvième et cent cinquième de ligne, tren-
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te-troisième léger et vingt-huitième de chasseurs; ces cinq corps doivent avoir leurs dépôts à Hambourg, et ils doivent suivre le sort de cette place. L'artillerie est en marche sur Hambourg , de Magdebourg , de Wésel et de Groningue. Ayez soin que vos poudres soient placées dans trois points différens , afin que si vous perdiez un magasin, il vous en restât deux. Veillez à ce que les trois réduits soient établis, et les mortiers mis en batterie contre la ville. J'attends les six millions que vous m'annoncez pour compléter les dix premiers. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
» Dresde, ce 7 jujllet 1 8 1 3. »
Le 1 7 , une autre lettre de l'empereur appuie encore plus fortement sur la combinaison de la marche sur Berlin, et présente cette double opération comme d'un succès immanquable avec la coopération danoise dont le maréchal peut aussi disposer, afin de contenir les Suédois et les alliés, et de les empêcher de se concentrer sur la capitale de la Prusse.
« Mon cousin , mon officier d'ordonnance , qui était allé à Groningue, arrive; il m'assure que tout ce que j'ai prescrit d'expédier pour Hambourg est parti , même les batteries de réserve , et que le premier convoi doit être arrivé aujourd'hui 17.