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CHAPITRE XVII

Batailles de Wachau et de Leipsick.

Le i5 octobre au matin, le roi de Naples vint à Reudnitz rendre compte à l'empereur du malheureux combat du 14 , et de la position qu'il avait fait prendre à son armée pour couvrir Leipsick. A midi ils montèrent à chevalet se rendirent à Liébertwolkowitz. A droite , en arrière de ce village, est une hauteur , sur laquelle est placée une maison isolée, nommée la Bergerie deMensdorf. Cette hauteur s'abaisse en pente douce presque jusqu'au lit de la Pleiss à Dœlitz. Ce fut de cette hauteur que Napoléon examina le terrain , et prépara ses dispositions pour le combat du lendemain. La vue s'étend au loin , les vedettes des deux armées sont en présence à une portée de fusil ; tout est tranquille , mais de ce calme présage de la tempête. En avant de cette hauteur l'on découvre le village de Gossa et la Bergerie d'Auenheim , et l'on voit s'établir à l'entour des corps russes et prussiens ; dans le bas, adroite, de l'autre côté du cours de la Pleiss , sont les marais de l'Elster, et l'on aperçoit dans le lointain la tête des colonnes autrichiennes. Après le pre-

niier coup d'œil , Napoléon voulut connaître les détails de la position. Il se rendit à Dœlitz où était le prince Poniatowski avec le huitième corps, formant l'extrême droite et bordant la Pîeiss de Markleeberg à Connewitz. En parcourant cette position il examine les ponts de Connewitz , de Lossnig et Dœlitz, et les points où l'ennemi peut en jeter d'autres. Il continue sa reconnaissance par la gauche, et trouve sur le versant du coteau entre Wachau et Dosen le corps du maréchal Augereau. C'était la première foisque Napoléon le voyait depuis son arrivée à l'armée. Il le passe en revue, et trois régimens reçoivent leurs aigles. Cette cérémonie , qui se faisait toujours avec une solennité imposante, remplit d'enthousiasme ces jeunes soldats. Us jurent de mourir plutôt que de les abandonner. Ils ont tenu leur serment. Le maréchal Augereau est chargé de coopérer, avec le prince Poniatowski, à la défense de la droite. En suivant les contours de la colline , Napoléon arrive aux villages qui forment le centre du front de son armée. Le duc de Bellune avec le deuxième corps occupe Wachau. Le général Lauristo-n , avec le cinquième corps, est posté près de Liébertwolkowitz , faisant un coude dans la direction de Holzhausen ; ce dernier village doit être occupé par le maréchal Macdonal avec le onzième corps. Les premier et deuxième de cavalerie sont à la

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gauche en arrière du cinquième corps. Napoléon

rentre à son quartier-général.

Le 16, de grand matin , l'empereur retourne sur la hauteur de Liébertwolkowitz ; il ne change rien aux dispositions de la veille. L'infanterie et la cavalerie de la garde sont placées en réserve, en avant, du côté de Probsteyde.

Au nord de la villede Leipsick, était l'aile gauche. Cette partie de l'armée, destinée à être opposée au général Biùcher, est mise sous les ordres du maréchal Ney ; il a avec lui le duc de Raguse, avec le sixième corps , et deux divisions du troisième, ïl prend position sur la Partha , entre Moëkern , Eutritsch et Gross-Wetteritzch. La division Delmas , du troisième corps, arrive par la roule de Dùben , avec l'artillerie de ce corps. Le troisième de cavalerie est en avant de Gohlis. Le septième corps est en marche d'Eilemburg sur Taucha , mais il ne put joindre que le 17. Le général Bertrand avec le quatrième corps est à Lindenau , destiné à protéger le passage de l'Elster , et à rouvrir nos communications avec le chemin de la France.

Le prince de Schwartzenberg s'était aussi décidé à l'attaquer, malgré l'éloignement où se trouvait l'armée des généraux Béningsen et Colloredo ; il espérait prendre Napoléon au dépourvu et empêcher la concentration de son armée. Il se crut assez fort, avec la coopération de l'armée de Silésie, qui

devait attaquer en même temps. Mais , trompé sans doute sur la véritable position de nos troupes, il se priva d'une partie de ses forces, en s' obstinant, malgré l'avis de ses généraux, à établir sa gauche et son centre dans des terrains marécageux, entre l'Elster et la Pleiss. Quoiqu'il en soit, son armée était ainsi placée le 16 octobre au matin. L'aile gauche, formée du corps de Giulay moins la division Murray qui s'était portée sur Weissenfels, de la division légère de Lichtenstein, et des partisans de Thielmann, occupait , sur la rive gauche de l'Elster, Klein- Zschocher ; le centre , où se trouvaient le corps autrichien de Meerfeld et la réserve du prince de Hesse-Hombourg , était entre l'Elster et la Pleiss , à Gautsh et Zobigker ; les corps de Wittgenstein et Kleist, sur la rive droite de la Pleiss entre Grobern et Gossa; le corps de Klenau, avec la division prussienne de Ziethen , à Gross-Possna ; les cosaques flanquaient l'extrême droite à Seyfartzhayn et Klein-Possna. Le corps des grenadiers russes de Ragewsky fut placé entre Magdeborn et Gohren; la réserve des gardes russes et prussiennes à la gauche de Magdeborn.

A g heures précises, trois coups de canon tirés par intervalles annoncèrent du côté des alliés le commencement de l'action. Trois fortes colonnes, formées par les corps de Wittgenstein et

de Kleist, débouchèrent, couvertes par doux cents pièces d'artillerie. Au même instant, une canonnade effroyable s'engage sur toute l'étendue des deux lignes. Jamais feu aussi terrible, aussi concentré , n'avait tonné contre les vétérans des deux armées. La colonne du général Kleist, s'avançant par Gostewitz, se porta sur M arklceberg , dont elle s'empara , et continua sa marche sur Dœlilz. Napoléon était posté sur un tertre qui dominait le plateau de Wachau ; pour arrêter le mouvement de cette colonne, il fit avancer une partie du cinquième corps de cavalerie ; mais les régimens français furent pris eux-mêmes en flanc par une division de cuirassiers russes, conduite, par le général Lewachow, et ramenés vigoureusement; deux bataillons qui les appuyaient furent entamés. Dans le même moment les batteries françaises, placées sur le plateau, faisaient un feu tellement vif, que cette cavalerie russe , ne pouvant se maintenir, fut obligée de repasser le ravin de Markieeberg. Le corps de Kleist fut arrêté par ce même feu , et le prince Poniatowski , voulant profiter de cette indécision, tenta vainement plusieurs attaques pour reprendre le terrain que l'on avait perdu. Au centre, le prince Eugène de Wurtemberg , avec la seconde colonne d'attaque, s'avançait en même temps sur Wachau, par Gossa , tandis que le général Klenau marchait avec con corps de Possna sur

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Liéberlwolkowitz. Une colonne formée par la division russe de Gorzackoff, et la division prussienne dePirsen, s'étaient ébranlées de Stormthal en arrière de Gossa, pour appuyer l'attaque de Liébertwoolkwitz; mais la distance qu'elle avait à parcourir ne lui permit pas d'arriver avant que le corps du général Klenau ne fût fortement engagé avec les troupes du général Lauriston. Contenue par le maréchal Augereau, la colonne du général Kleist resta stationnaire à Markleeberç ; tous les efforts des alliés se dirigèrent sur Wachau et Liéberlwolkowitz -, l'action fut très-vive et très-meurtrière sur ces deux points. Ces deux villages furent successivement attaqués jusqu'à six fois; tous les efforts de l'ennemi échouèrent devant l'intrépidité des corps de Bellnne et de Lauriston. Les premier, deuxième, cinquième corps de cavalerie sous les ordres des généraux Latour-Maubourg, Sébastiani et Milhaud, contribuèrent puissamment à repousser ces attaques.

Vers les onze heures , le maréchal Macdonald déboucha avec le onzième corps à la gauche du village de Liébertwolkowitz. La division Charpentier, qui était en tête de la colonne , prit l'attaque du général Klenau en flanc, et enleva une batterie ennemie,

A midi , le deuxième corps repoussait, la sixième attaque des alliés sur le centre. Napoléon crut le

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moment favorable pour faire un grand effort sur le centre ennemi , et décider la victoire ; il fit avancer sa réserve en ligne. La vieille garde marcha sur Dœlitz pour soutenir le huitième corps , que le général Meerfeld attaquait avec vigueur. Le général Kleist était engagé avec les troupes du maréchal Àugereau. Le duc de Reggio, avec deux divisions de la jeune garde , se dirigea sur Wachau, et le duc de Trévise, avec deux autres, se porta vers la gauche de Liébertwolkowilz pour appuyer le mouvement offensif du onzième corps.

Aussitôt que le maréchal Oudinof parut près de Wachau , le duc de Bellunc, avec le deuxième corps , déboucha de ce village ; sa marche fut protégée par les soixante bouches à feu de la garde, que le général Drouot avait mises en batterie. Les troupes du prince de Wurtemberg ne purent résister à des dispositions aussi vigoureuses ; elles furent culbutées et vivement poursuivies. Le centre ennemi était au moment d'être enfoncé, et la victoire n'était plus douteuse; mais le mouvement fut arrêté par la résistance opiniâtre des grenadiers de Rajewski, dont une division était postée à Gossa et l'autre à la bergerie d'Auenheim, et les troupes du prince de Wurtemberg eurent le loisir de se rallier derrière eux.

Cependant le général Lauriston , avec le cin-

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qiriême corps, après avoir si glorieusement résisté dans Liébertwolkowitz , débouchait de ce village, tandis que le onzième s'avançait sur les hauteurs qui se trouvent à gauche. Les divisions de Gorzakolf et de Pirsen sont repoussées vers Gossa. Le cinquième corps , ayant en tète la division Maison , se rend maître du bois de Gross- Possna. Le corps de Klenau , pressé de front par les troupes du maréchal Macdonald , et menacé de flanc par celles du général Lauriston, est contraint de se retirer; sa cavalerie a été vigoureusement repoussée par le général Sébastiani. Le général Klenau reployé entre Gross-Possna et Seyfartzhayn sur la route de Grimma, eut de la peine à s'y maintenir jusqu'à la nuit.

Cependant le prince de Schwartzenberg, voyant le danger que courait son centre, avait donné l'ordre à la réserve autrichienne du prince de Hesse-ÏIombourg , de passer la Pleiss, pour se porter sur la bergerie d'Auenhcim et Gossa. De son côté , Napoléon , voyant ses troupes arrêtées sur ces deux points par la résistance des grenadiers de Rajewsky, et la bataille se prolonger par une canonnade meurtrière et sans résultat, résolut de faire agir sa cavalerie par grandes masses. Entre deux et trois heures, le général Kellerman débouche par la droite de Wachau avec la cavalerie polonaise (quatrième corps) et les «ivagons dj la garde, soutenus par quelques ba-

taillons formés en carré ; il s'avance sur Goslcwitz et Grœben. En même temps, le roi de Naples, avec la cavalerie de Latour-Maubourg (premier corps), se porte par la gauche de Wachau sur Gossa , et le duc de Bellune renouvelle son attaque sur les grenadiers de Rajewski , et sur la colonne du prince Eugène de Wurtemberg.

La cavalerie polonaise culbute la division de cuirassiers russes de Le'wachow , et la poursuit , le sabre dans les reins, jusqu'à Grœbernj mais elle fut reçue par la réserve autrichienne qui venait de passer la Pleiss à Gaschwitz : le général Nostitz , avec trois régimens de cuirassiers, tombe sur le flanc de la cavalerie du général Kellerman , et cette charge suffit pour rompre le quatrième corps et le ramener sur les hauteurs de Wachau.

De son côté le roi de Naples, par une charge des plus brillantes, avait dispersé la cavalerie qui couvrait Gossa, entamé les grenadiers russes, et enfoncé le corps du prince de Wurtemberg; et en même temps le deuxième corps s'emparait de la bergerie d'Auenheim. Le centre des alliés se trouvait dans la position la plus critique : la victoire est aux Français , si rien n'arrête leur mouvement , et déjà le désordre se fait sentir jusqu'au lieu où se trouve l'empereur Alexandre. Il donne lui-même l'ordre au général Orlow-Denisow de charger à la tête des cosaques de sa

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garde. Celle troupe d'élite rencontra la cavalerie de La tour-Maii bourg au moment où , venant d'enlever une batterie de vingt-six pièces de canon, elle était dans le désordre qui suit une charge à fond. Notre cavalerie fut ramenée à son tour et perdit vingt-quatre des bouches à feu qu'elle venait d'enlever avec tant d'audace. Son brave chef, le général Latour-Maubourg, eut la cuisse emportée dans cette action. Les grenadiers de Rajewski se rallièrent et résistèrent à notre infanterie.

La réserve autrichienne ne tarda pas à entrer en ligne : une division se porta au centre pour soutenir les grenadiers de Rajewski ; les gardes russes et prussiennes marchèrent en même temps de leur position de Magdeborn sur Gossa , tandis que la division de grenadiers autrichiens du général Bianchi , relevant à Markleeberg le corps de Kieist, tournait ses batteries contre les colonnes d'attaque du deuxième corps, prenait ces troupes à revers entre Wachau et la bergerie d'Auenheim, et les forçait à rétrograder sur leur première position.

Cependant Napoléon , sentant que si la victoire lui échappait ce jour-là, il lui serait impossible de la ressaisir les jours suivans sur un ennemi qui serait renforcé par plus de cent cinquante mille hommes, résolut de tenter un dernier effort sur le centre des allies , l'objet de ses atta-

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ques de prédilection; mais il n'était plus temps , il avait laissé le temps à l'ennemi de se renforcer de ces réserves que Sehwartzenberg avait si mal disposées. Le moment de la victoire était passé. Sur les cinq heures , ayant concentré les deuxième et cinquième corps de cavalerie en arrière de Liébertwolkowitz, il les forme en colonnes d'attaque. Ces corps, soutenus par le feu d'une nombreuse artillerie , marchèrent sur Gossa, enfoncèrent le corps de Sorzakof, et enlevèrent le village. Mais la division prussienne de Pirsen les arrêta, et reprit le village. Cette division, appuyée sur deux régimens de gardes russes , et flanquée sur une batterie de quatre-vingts bouches à feu, établie sur la gauche de Gossa, fit échouer tous les efforts des Français pour réoccuper Gossa. Le général Banville fut tué dans cette attaque, et le général Maisons fut blessé. Une forte canonnade sur toute la ligne prolongea le combat jusqu'à la nuit.

Sur la droite de l'armée française le prince Poniatowski défendait avec succès le passage de la Pleiss contre tous les efforts des Autrichiens, qui avaient essayé de forcer les passages de Dœlitz et de Lessnig. Cependant, à la nuit tombante, le général Meerfeld , avec quelques troupes , parvint à passer un gué près de Dœlitz; mais à peine commenÇaient-eïleé à s'établir sur la rive droite, que la division Curial , de la vieille garde, les at-

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taqua et les culbuta dans la rivière. Le général Meerfeld fut fait prisonnier.

Sur la rive gauche de l'Elster le général Giulay avait attaqué le corps du général Bertrand; après sept heures de combat il était parvenu à s'emparer de Plagwitz, et attaquait avec vigueur Lindenau , vaillamment défendu par le général Morio-Delisle : le général Bertrand avait été forcé de se retirer derrière la petite rivière de la Luppe ; mais, frappé de la nécessité d'empêcher l'ennemi de s'emparer de Lindenau, il reprit l'offensive avec vigueur, et le repoussa jusque dans sa première position de Klein-Zschocher.

A l'aile gauche de l'armée , l'on n'avait pas soutenu avec moins d acharnement un combat encore plus inégal. L'armée de Silésie s'était mise en marche à la pointe du jour; Langeron se dirigeant sur Gross-Wetteritz , et le général York, par Lindenthal, sur Mœkern. Le général Sacken était en réserve. Cependant à neuf heures, le maréchal Ney , ne voyant point paraître l'ennemi , et entendant une forte canonnade dans la direction de Wachau , avait cru pouvoir se priver de deux divisions du troisième corps, et les avait envoyées renforcer la grande armée.

Il est à remarquer que toutes les dispositions spontanément exécutées par les îieutenans de Napoléon , dans cette campagne, furent fatales à la France. Celle qu'ordonna le maréchal Ney fut par-

LE PORTEFEUILLE ticulièrement funeste à cette journée» En effel , les deux belles divisions qu'il envoya à la grande armée passèrent tout le jour à aller d'une partie de la bataille à l'autre sans donner, le maréchal les ayant redemandées dès qu'il se vit attaqué. A midi, il avait vu déboucher l'ennemi. Le maréchal Marmont, seul avec le sixième corps et la cavalerie du duc de Padoue , se prépara à se défendre ; Langeron avec son corps attaqua Gross et Klein- Wetteritz , les prit elles perdit plusieurs fois. Pendant ce temps , le général York attaquait Mœkern : le combat se soutenait avec un égal avantage, malgré l'énorme disproportion des forces. Blùcher même , qui n'attaquait jamais sans une grande supériorité numérique, avait donné l'ordre de faire avancer sa réserve lorsque le village de Mœkern fut emporté. Les troupes qui le défendaient se retirèrent sur Eutritzch et Gohlis. La division Delmas arrivait alors par la route d'Eulemburg ; par un à droite elle se porta sur Gross- Wetteritz ; mais la perte de Mœkern rendit ce renfort inutile. Par cette manœuvre, cette division couvrit la marche du parc du troisième corps, qu'elle escortait depuis Dùben, et qui arriva sans perte. A six heures du soir le maréchal Ney fit passer la Partha, à Schœnfeld , au sixième corps et à la division Delmas. Si le matin, au lieu de s'obstiner à garder sa position ouverte de Mœkern, il eût pris cette dernière,

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défendue par la Partha sur le front, il aurait eu quelques chances de résister à des forces aussi Supérieures; Le duc de Padoue et le général Dombrowski se replièrent jusqu'à Pfaffendorf, à rentrée du faubourg de Halle. La perte du maréchal Ney, dans cette affaire, fut de deux mille hommes, tant tués que blessés ou prisonniers, et douze pièces de canon. Les généraux CompansetFrédérich , ainsi que le duc de Raguse, étaient au nombre des blessés. Mais celle de l'ennemi fut bien plus considérable; elle fut évaluée à près de dix mille hommes.

Enfin la nuit devient plus obscure, le combat cesse ; les feux de bivouac s'allument de toute part, et l'armée prend du repos : elle a son aile droite à Markleeberg, son centre à Wachau, et l'aile gauche à la redoute suédoise. Napoléon fait dresser ses tentes en avant de Probsteyde , près de la route qui conduit à Rochlitz; c'est là qu'on lui amène le général Meerfeld ; on lui rend son épée, et après une conférence assez longue avec l'empereur, il le fait conduire aux avant-postes alliés. Ce général autrichien avait été l'un des négociateurs du traité de Campo-Formio. Il avait vu commencer la gloire de Napoléon , et il le voyait succomber sous le poids de la haine européenne. Napoléon aussi se souvient de Léoben et charge le comte de Meerfeld de porter à l'emprreur d'Autriche des propositions de conciliation; niais il s'aveugle

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s'il croit ses ennemis susceptibles de cette générosité dont il a usé si souvent à leur éçard. Il ne doit recevoir la réponse à cette démarche que trois semaines plus tard , par l'entremise de M. de Saint-Aignan à Francfort.

La bataille de Waefaau fut à l'avantage des alliés; quoiqu'on puisse dire à la rigueur, stratégiquement parlant, que la victoire resta aux Français; car les alliés les attaquèrent dans leurs positions ; ils furent repoussés et obligés de reprendre celles d'où ils étaient sortis le matin; mais à l'armée de Silésie le succès fut en leur faveur. Dans cette journée, la perte de l'armée française, en tués et blessés, fut très-considérable, et quoique celle des alliés le fut bien davantage , elle leur était moins sensible, en raison de la facilité qu'ils avaient de la réparer. L'indécision de l'ennemi lui-même fut funeste à Napoléon en ce qu'elle l'engagea à rester dans la même position, et prépara les catastrophes des jours suivans. La grande cause , la cause première de cette déplorable situation fut non-seulement l'obstination de Napoléon à garder la position de Dresde, après les revers de tous ses lir u'enans , mais, en raison du retard qu'il mit à la quitte]', la nécessité qui lui fut imposée d'en venir aux mains dans une position aussi resserrée , qui n'avait pour retraite que les défilés tortueux de la ville de Leipsick. La bataille du 16 était, une bataille inévitable , où la

victoire elle-même ne donnait à Napoléon qu'un avantage éphémère; car, lors même que Napoléon , au lieu de s'épuiser en efforts partiels sur le centre ennemi , aurait porté toutes ses masses disponibles sur sa gauche, pour appuyer l'attaque du maréchal Macdonald, et que le corps de Klenau, étant débordé, la droite et le centre ennemi eussent été culbutés dans la Pleiss ; malgré ce prand échec, l'armée du prince de Schwartzenberg aurait trouvé un refuge facile derrière l'Elter; elle était maîtresse de tous les passages, et, en remontant la rivière, elle se rapprochait de Collorédo. Le temps , qui ne se répare presque jamais à la guerre , avait été perdu. Si deux jours plus tôt, Napoléon avait été en mesure de livrer cette bataille, il aurait prévenu le combat du 14, où le roi de Naples s'aventura, et il eut conservé quelques lieues de terrain en avant de Leipsick. Il trouvait la grande armée de Bohème plus isolée, et sa défaite lui ouvrait au moins un passage libre; mais il était trop tard. Les renforts ennemis se pressaient de tous côtés , et investissaient à grandes masses le champ de bataille. Napoléon dut vivement regretter de n'avoir plus auprès de lui ni le maréchal Saint-Cyr, ni le comte de Lobau avec leurs trente mille hommes; de quel poids n'auraient-ils pas été dans la balance! Le 16 au soir le prince royal était à Landsberg, Benningsen à Colditz et Collorédo à Borna.

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Il ny avait pi:;s qu'un parti à prendre; Napoléon devait battre en retraite le 17. On ne comprend pasle.s motifs qui le retinrent sur le champ de bataille, qu'il devait d'autant moins espérer d'emporter que l'armée alliée grossissait à vue d'œil. Aucune disposition ne fut arrêtée , ni pour se relirer, ni pour désencombrer la ville de Lcipsick de cette quantité de bagages de toute espèce qui fermait le seul point de retraite. Aucun pont ne fut jeté sur aucune des différentes rivières que l'armée avait sur ses derrières. L'empereur se serai (-il donc abusé au point de croire, qu'après une action aussi indécise que celle de Wachau , il pourrait balancer, avec le faible corps du général Régnier , et deux divisions du troisième corps , qui n'avaient pas donné , les armées qui venaient joindre les alliés?

Quoi qu'il en soit, les deux armées restèrent stationnaires la journée du 17. Ce ne fut pas une journée de repos pour l'armée française , qui la passa sous les armes, battue par une pluie continuelle. Napoléon ne quitta pas ses tentes. Il envoya au prince Poniatowski le bâton de maréchal d'empire; dignité bien méritée par un dévouement sans exemple et. une bravoure peu commune ; mais le lieu, le temps, la position, donnaient à cette grande distinction quelque chose de funèbre.

Dans la matinée, la cavalerie du duc de Pa-

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doue eut cependant une échauftburée. Il s'était porté un peu en avant de l'infanterie, établie à à Euteritz ; le général Blùcher craignit d'être attaqué , et envoya le général Wassilczikow, avec ses cosaques et quatre régimens de hussards ; les Français, dès qu'ils les virent à portée de canon, firent jouer leur artillerie. Le général russe fit avancer ses cosaques , alors le duc de Padoue fit charger sa première ligne. Mais s'étant abandonnée à la poursuite des cosaques, elle se mit en désordre , fut chargée de nouveau par les hussards et ramenée si vigoureusement que les escadrons de la seconde ligne furent culbutés. Le duc de Padoue perdit quatre pièces de canon ; sa cavalerie ne se rallia qu'au faubourg de Leipsick , sous la protection de l'infanterie.

Le prince de Schwartzenberg voulait renouveler l'attaque à deux heures ; mais le retard qu'éprouva l'armée de Beningsen , causé par le mauvais état des routes , la lui fit différer jusqu'au lendemain. A quatre heures, le corps de Collorédo entra en ligne et s'établit à Grœbern. Le soir, Beningsen se rendit à Naunhof , et le prince royal arrivait sur les hauteurs de Breitenfeld. Le général Beynier rejoignit et prit position à Paunsdorf, laissant un bataillon à Taucha.

Ainsi , le 1 7 au soir toutes les forces des alliés étaient réunies, et le blocus de l'armée de Napoléon était consommé. Il sentit alors la nécessité

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