Tome II. uG
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de rétrécir son ordre de bataille, et en se rapprochant de Leipsick, de se lier plus fortement avec sa gauche sans laisser d'intervalle. A une heure du matin, il quitta son bivouac, et, à deux heures, il lit exécuter un changement de front, la gauche en arrière, le village de Connewitz servant de pivot. De cette manière, l'armée se trouva dans la position suivante : le maréchal prince Poniatowski, avec son corps et le quatrième de cavalerie, fixant sa droite à Connewitz, aligna sa gauche dans la direction de Probsteyde ; le maréchal Augereau suivait cette direction; le duc de Bellune occupait ce village, sa gauche appuyée par les cinquième et premier corps de cavalerie. Le maréchal Macdonald rétrograda jusqu'à Ilolszhausen formant la gauche de cette ligne. Le général Lauriston avait été placé en seconde ligne à Stœtteritz, avec le deuxième corps de cavalerie. La garde impériale était en réserve à Thonberg, divisée en quatre colonnes comme au point le plus central , d'où elle pouvait facilement porter du secours aux endroits menacés. Le maréchal Mortier, avec deux divisions de la jeune garde, occupait les débouchés deLeipsick. Des détachemens furent laissés dans les villages de Dœlitz, Dœsen, Zugelshausen , Klein-Possna et Baalsdorf , dans la bergerie de Meysdorf et dans la tuilerie, pour tromper l'ennemi et entraver sa marche. D'autres troupes occupaient les villages
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de Zweissaundorf et Mœlkau , et entretenaient la communication avec le maréchal Ney. Cette partie de l'armée était sous ses ordres immédiats, et fut placée , le corps du duc de Raguse à Schœnfeld , le troisième corps à Neutsch et Sancta- Thœla , le septième à Punsdorf , avec une avantgarde à Heiterblei ; la cavalerie du duc de Padoue et du général Dombrowski resta dans le faubourg de Halle. Napoléon s'était rendu à Reudnitz, au quartier-général du maréchal Ney. Après avoir concerté avec lui les dispositions pour le lendemain, il alla à Lindenau, où il donna l'ordre au général Bertrand de se porter avec son corps en toute hâte à Weissenfels, et de se rendre maitre du passage de la Saale , comme s'il prévoyait le besoin qu'il en aurait bientôt. Il le fit remplacer dans sa position par deux divisions de la garde. Le général Bertrand exécuta l'ordre avec ponctualité, et le même jour, à midi, il était maître du pont de Weissenfels.
Bataille de Leipsick
Napoléon était retourné à Stœtteritz, où était son quartier-général ; sur les huit heures , on lui annonce l'approche de l'ennemi de tous les côtés, et ses préparatifs pour l'attaque. En effet, le prince de Schwartzenberg , encouragé par les nombreux renforts qui l'avaient joint, s'était mis en mouvement dès la pointe du jour. Son armée et celle de Pologne formèrent trois colonnes;
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celle de droite, sous les ordres de Beningsen, était formée de son armée, du corps de Klenau et de la brigade prussienne de Ziethen ; elle eut ordre de se porter de Seyflartzhayn, et Gross-Pœhna, sur Holzhausen. La colonne du centre, commandée par le général Barclay de Tolly , où se trouvaient les corps de Kleist et de Wittgenstein , ayant les grenadiers russes et la garde russoprussienne en réserve, se réunit à Gossa , et fut dirigée sur "Wachau ; celle de gauche, aux ordres du prince de Hesse-Hombourg, consistant dans sa réserve , dans la division du prince Aloïs de Lichtenstein et dans le corps de Meerfeld , et ayant en seconde ligne celui de Collorédo, se réunit à Gostewitz et Markleeberp; : elle devait marcher sur Dœlitz et Dœsen. On laissa une division du corps de Meerfeld sur la rive gauche de la Pleiss , pour masquer le débouché de Conne- "witz. Les cosaques de Platow furent places à droite sur la route de Wurtzen, pour entretenir la communication avec le prince de Suède. Celui-ci, avec le corps de Langeron , qui, pour ce jour-là, avait été mis sous ses ordres, quitta Breitenfeld, et résolut de passer la Partha, en tournant la droite du maréchal Ney, etde faire son attaque par la route de Taucha à Leipsick. Blùcher , avec le reste de ses troupes , resta sur la droite de la Partha devant Mœkern et Eutritzsch , où il devait porter son attaque.
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À huit heures , l'armée combinée était en pleine marche, et attaqua nos avant-postes : la colonne de gauche s'avança sur Dœlitz et Dœsen, et s'en rendit maître après un combat opiniâtre. Le prince de llesse-Hombourg fut blessé à Dœsen , et fut remplacé dans son commandement par le général Bianchi ; la colonne du centre poussa en avant de Wachau, et s'empara de la bergerie de Meysdorf et de la tuilerie. Les généraux Kleist et Wittgenstein formèrent leurs lignes en face de Probsteyde. La colonne de droite se subdivisa en trois colonnes, et traversa le ruisseau de Liébertwolkwitz. A dix heures les deux armées étaient en présence , et la canonnade s'engagea sur toute la ligne. Le général Ziethen prit le village de Zugelhausen ; en môme temps , le corps de Klenau se présentait devant Holzhausen ; le général Beningsen , déjà maître de Baalsctorf , se dirigeait sur Zweinaundorf, et rejetait les faibles détachemens français sur le gros de l'armée. Le maréchal Macdonald , menacé d'être tourné sur sa gauche par cette manœuvre, reçut l'ordre de se replier sur Stœtteritz. Le cinquième corps se rapprocha de Probsteyde. Ce village devint l'angle saillant de la ligne de défense ; et là aussi le combat fut le plus remarquable. A la droite, différentes colonnes avaient abordé le corps du prince Poniatowski, et le pressaient vivement dans sa position de Connewitz. Deux divisions de la jeune
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garde conduites parle maréchal Oudinot, repoussèrent l'attaque du général Bianchi jusqu'à Dœlitz, en lui faisant essuyer une perte considérable. Le prince généralissime donna l'ordre au général Giulay, qui était à Auenhayn, de se porter au secours de Bianchi; mais déjà deux divisions du général Collorédo y étaient accourues , et avaient arivlé notre mouvement offensif. Le prince Poniafovwski , attaqué par des forces supérieures, fut obligé de se replier sur sa première position de Connewiiz ; il s'y maintint toute la journée , et les Autrichiens ne purent parvenir à déboucher de Lœssnig.
Au centre, la grande attaque commença sur les deux heures : les divisions de Pirsen et du prince Auguste de Prusse s'avancèrent pour emporter le village de Probsteyde. Ce village était occupé par le corps du duc de Bellune et celui du général Lauriston ; deux formidables batteries , établies sur ses flancs, en défendaient l'accès. Cependant l'attaque des Prussiens fut si vive qu'ils pénétrèrent jusqu'au milieu du village; une charge vigoureuse les repoussa dans le vallon ; les chefs ennemis rallient leurs troupes, les ramènent à la charge et parviennent à se loger une seconde fois dans le village. .Mais, sentant toute l'importance de ce point, Napoléon lui même ordonne la dernière attaque, qui repousse l'ennemi définitivement. Le maréchal Macdonald s'était re~
plié sur Stœtteritz , le général Ziethen marcha pour Ty attaquer, soutenu par le corps de Béningsen ; mais arrêté par un feu très-vif et par les feux de revers que la position de Probsteyde permettait de diriger contre lui, il se contenta d'engager une forte canonnade, qui n'eut d'autre résultat que d'incendier le village. A cinq heures, Napoléon fit avancer ses réserves d'artillerie, et les fit mettre en batterie sur le plateau de Probsteyde : les troupes ennemies furent foudroyées dans le vallon. Le prince de Sclrwartzenberg , dégoûté par la non réussite de ses attaques de vive force , où il avait perdu beaucoup de monde , fit retirer ses troupes et garnir le plateau opposé d'une artillerie formidable. Alors commença de part et d'autre une canonnade terrible et d'une activité extraordinaire. Toute cette ligne n'était qu'un feu continu. Les Français , foudroyés en place, montrèrent une constance admirable. Cependant ils tentèrent de déboucher de Probsteyde; mais une grêle de mitraille arrêta leurs colonnes, et les força de rentrer dans la position : là , immobiles, la mort les moissonnait; mais, inébranlables, ils gardèrent le poste qui leur avait été assigné. Ce feu épouvantable se prolongea de part et de d'autre jusqu'à la nuit. Les Français perdirent les généraux Vial et Piochambeau ; le général Vial fut tué par un boulet qui, passant devant lui, l'asphyxia sans le toucher; il était dis-
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tingué par une grande instruction, une bravoure calme, et avait rempli avec honneur et distinction des postes éminens dans la diplomatie. Il avait sollicité de quitter l'ambassade de Suisse pour prendre le commandement d'une division , et partager les périls de ses anciens compagnons d'armes.
Pendant que l'armée combinée était ainsi arrêtée par l'héroïque constance de l'armée française, le prince royal et le général Blûcher étaient aussi entrés en action. A huit heures, le prince royal avait levé son camp de Breitenfeld, et s'était mis en marche, sur trois colonnes , vers la Partha : celle de gauche, formée du corps de Bulow et de la cavalerie russe, se porta sur Taucha, elle y lit prisonnier un bataillon ; la colonne an centre passa la rivière au gué de Grasdorf ; les Suédois, formant la colonne de gauche, la traversèrent à Plaussig. Le corps de Langeron força le passage de Mockau, et, en descendant la Partha, se dirigea sur Schœnfeld. Le maréchal Ney jugea le mouvement de l'ennemi : sa droite était ma»iacée d'être tournée; il fit sur-le-champ un changement de front, l'aile droite en arrière, le sixième corps, appuyant toujours sa gauche à Schœnfeld, et sa droite se trouva rapprochée du corps de Régnier; le troisième corps vint joindre sa droite à la gauche du sixième , à Schœnfeld , se rangeant le long de la rive gauche de la Par-
tha. Ainsi , l'armée française décrivait une ligne circulaire autour de Leipsick. Cette partie de l'armée attendait, dans une attitude imposante, l'attaque de l'ennemi. La cavalerie russe, ayant dépassé Taucha , s'avança sur les hauteurs de Ileiterbîik. Là, était placée l'avant-garde du septième corps, formée d'une brigade de cavalerie saxonne et d'un bataillon de la même nation. Au lieu de combattre les Russes, cette troupe infâme alla à leur rencontre , et brigua l'honneur de faire leur avant-garde. Ce n'était que le prélude de la trahison en masse. L'ennemi s'approchait de Paunsdorf, et commençait l'atîaque, lorsque le reste des troupes saxonnes, formant, deux brigades, avec quarante pièces d'artillerie et la brigade de cavalerie wurtembergeoise , commandée par le général Normann , passèrent à l'ennemi malgré les instances de leur chef, du général Zeschau qui , fidèle à son prince et à l'honneur militaire/ resta dans nos rangs avec seulement cinq cents hommes. Le nom du général Zeschau doit être honoré par tout écrivain français qui retrace le tableau de ces terribles journées ; mais il doit dire aussi qu'avant même d'être arrivés à distance, ces traîtres dirigèrent le feu de leur artillerie sur la division Durutte qui était en ligne avec eux. Ainsi fut donné l'exemple de la plus insigne trahison. L'armée saxonne portera long-temps le poids d'une action aussi honteuse, et peut-
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être unique dans les annales des peuples civilisés. L'ennemi lui-même, à qui ce crime fut d'un si grand avantage, ne put s'empêcher d'en témoigner son indignation. Trahir le jour de la bataille, passer à 1 ennemi au milieu de l'action, et abandonner leur roi qui était dans nos rangs, tel fut le crime des soldats et surtout des olïiciers saxons. Quant à la nation saxonne, cette trahison ne lui appartient pas plus qu'à son vertueux monarque : les Français ne peuvent jamais oublier la généreuse hospitalité avec laquelle ils furent reçus par elle , lorsqu'après les désastres de la Russie ils furent traités, dans toute la Saxe, en amis et secourus en frères. La conduite de l'armée saxonne a flétri et n'a point souillé les cheveux blancs du roi; et la lovauté de leur général en chef et de cette poignée de braves qui restèrent fidèles à la France occupera à jamais une place distinguée dans la reconnaissance et l'estime nationales.
La trahison des Saxons laissa un vide dans la ligne française, et le général Régnier , dont le faible corps était réduit à moins de quatre mille hommes, fut obligé d'abandonner le village dePaunsdorf. En même temps , le général Langeron attaquait vivement Schœnfeld; la possession de ce beau village, qui est comme un faubourg de Leipsick, fut long-temps disputée. Deux fois les Russes s'en rendirent les maîtres, et deux fois le sixième corps
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prrvint à les en chasser, mais les munitions lui ,-yant manqué un moment, il fallut l'abandonner. Cependant le maréchal Ney fit relever le sixième corps par le troisième, et le village fut de nouveau attaqué et emporté; alors le général Langeron y engagea tout son corps d'armée, et après une résistance des plus opiniâtres, sur les cinq heures il resta aux Russes. Les pertes furent considérables de part et d'autre. L'ennemi y perdit un général et cinq mille hommes; les Français à peu prés autant et les colonels Forgeot et Maigrot, qui furent tués. Le maréchal Ney fut forcé de se replier sur Reudnitz, où Langeron le suivit de près.
L'armée suédoise et le corps de Wintzingerode, n'ayant devant eux que la seule division Durutte, qui malgré son extrême faiblesse faisait la meilleure contenance et disputait le terrain pied à pied, s'étaient avancés jusqu'à Kohlgœrten et s'en étaient emparés. Mais bientôt la division Delmas du troisième corps acccurut avec la brigade de cavalerie du général B^urman , et en chassa les Suédois. Mais cette poignée de braves, assaillis par plus de Dente mille hommes., fut repoussée à son tour. le dixième de hussards et les dragons badois furmt culbutés , et le général Delmas fut blessé morellement. L'ennemi, ayant dépassé Kohlgœrten, pursui vit sa marche sur Leip^ sick. Napoléon fut biailôt instruit des progrés que
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faisait l'armée du prince de Suède. Il s'y porta de sa personne avec une division de sa garde à pitj et les grenadiers à cheval. L'ennemi approchai i de Reudnitz, mais les grenadiers à cheval et une division de cuirassiers dépassèrent Kohlgœrten et le repoussèrent jusque dans la position de Schcenfeld, oùil se maintint, soutenu par une forte batterie que le prince royal y avait fait établir.
Cependant Napoléon , ayant remarqué une lacune assez considérable entre L'armée de Beningsen, et celle du prince royal, donna Tordre au général Nansouty de se jeter dans cet intervalle avec la cavalerie légère de la garde, soutenue par la division Durutte et vingt pièces de canon , et d'attaquer les Suédois par leur gauche qui se trouvait à découvert. Mais à peine le général Nansouty débouchait-il par le village de Mœlkau, que d'un côté il se trouva avoir en tète la division Bubna qui formait la droite de Beningsen , et de l'autre la division du prince Louis de Hesse- Hombourg. L'attaque des alliés fut soutenue par l'artillerie saxonne, et par une batterie anglaise, dite à la Congrève, que le prince royal avait à son service. Le général "\ansouty fut arrêté ; le général Bulow accourut arec son corps d'armée, et s'empara de vive force des villages de Stunz .et de Selserhausen, où il stmaintint tout le reste de la journée malgré les ataques réitérées des Français.
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Le général Blûcher, de son côté , avait fait attaquer par le corps de Sacken , le faubourg de Leipsick appelé Roscnthal ; mais nos troupes, favorisées par le terrain , s'y défendirent avec autant de bravoure et d'opiniâtreté, que sur tous les autres points du champ de bataille, et rendirent inutiles tous les efforts de l'ennemi. Vers le soir, Blûcher, remarquant sur la route deWeissenfelz des files de voitures qui semblaient annoncer un mouvement de retraite, détacha le corps d'York sur Halle, pour tâcher de prévenir les Français sur la rive gauche de la Saale.
La nuit seule put séparer les combattans, et faire cesser cet effrayant carnage. Ainsi se termina ïa fameuse bataille du 18 octobre. Cette terrible journée, où avec moins de cent trente mille hommes , Napoléon lutta pendant un jour entier contre plus de trois cent mille, et contre une artillerie du triple supérieure à la sienne, sera toujours un des plus beaux titres de la gloire française. Partout l'armée opposa une résistance héroïque; sur tous les points la constance, l'intrépidité des troupes, le sang-froid et la valeur personnelle des olliciers , furent au-dessus de tout éloge. Quelque pénible qu'il puisse être pour un Français de blâmer le grand capitaine qui partagea constamment tous les dangers de son armée, l'on ne peut s'empêcher de regretter que , par une obstination fatale, il se soit décidé à accepter cette
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bataille, et que le 18 au matin l'armée ne se soit pas trouvée- dans la position du 19, défendant la ville de Leipsick; intacte alors et ayant traversé les rivières sur les derrières, avec quels avantages sa retraite ne se serait-elle pas effectuée? L'élite des armées françaises fut moissonnée dans la journée-du 18, et la catastrophe du 19 en fut la suite naturelle.
Malgré tant de pertes, ce ne fut pas le courage, ce furent les munitions qui manquèrent à l'armée française. Napoléon ne balança point sur le parti qui lui restait. Depuis cinq jours , l'armée avait consommé plus de deux cent cinquante mille coups de canon ; il n'en restait que seize mille dans les caissons, quantité à peine suflisante pour entretenir le feu pendant deux heures; les réserves les plus voisines étaient à Magdebourget Erfurth. La retraite fut décidée. Dès le soir, les parcs, les équipages, l'artillerie lièrent par Lindenau sur Lutzen. Les corps de cavalerie, plusieurs d'infanterie et la garde suivirent dans la nuit. L'exécution de ce mouvement de retraite offrait de grandes difficultés, De Leipsick à Lindenau , il règne un défilé étroit d'environ deux lieues , traversé par plusieurs ponts. Nous avons déjà dit qu'aucun pont n'avait été jeté sur les différentes rivières que l'on devait traverser, pour faciliter à droite et à gauche 1 écoulement de cette masse énorme de -bagages et de
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voitures, qui obstruaient toutes les avenues. Tout devait donc passer par cette voie unique, et l'on peut facilement se figurer le désordre que pouvait causer un tel encombrement. Le jour qui devait éclairer de nouveaux désastres parut enfin , et permit de mettre un peu d'ordre dans la défense projetée de Leipsick.
Des conseillers, pour qui les droits de l'humanité ne sont pas d'une grande valeur, engagèrent, dit-on, Napoléon, à brûler les faubourgs de Leipsick, et aidé de la faible enceinte qui entoure la ville, à la défendre comme tète de défilé. Heureusement pour l'honneur français, Napoléon rejeta une pareille proposition ; il sut respecter une ville qui lui était restée fidèle , il voulut la conserver au souverain qui avait tout sacrifié pour sa cause, et qui donnait au monde un si rare exemple. Napoléon eût imité les Saxons qui venaient de le trahir, et de tirer sur ses troupes , s'il eût ordonné la destruction des faubourgs. Le conseil était militaire, il faut l'avouer; mais Napoléon préféra l'honneur de succomber comme un Français à l'exécrable avantage de se défendre comme un Attila.
La ville de Leipsick, proprement dite, est d'une médiocre étendue , et d'une forme irrégulière. Elle n'a pour enceinte qu'une vieille muraille de maçonnerie , couverte d'un fossé presque effacé, et autour règne un large boulevart,
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planté de deux rangées d'arbres. Du côté du nord, sont les portes de Ranstadt et de Halle; à lc.ient celle de Grimma ; au midi celle de Saint- Pierre ou de Dresde : la partie occidentale n'a que trois fausses portes sur les boulevarts. La ville est environnée par de vastes faubourgs, excepté du coté de l'ouest , où elle domine une plaine basse, que les eaux de la Pleiss et de l'Elster arrosent, en se divisant en plusieurs canaux.
Les faubourgs qui s'étendent au midi et à l'est sont de bonne défense. Ils sont entourés d'une muraille qui a des barrières sur les principales routes. Le faubourg de Halle, situé au nord, est couvert par la Partha , sur laquelle il y a un pont. Mais celui de Rosentbal, renfermé dans une presqu'île formée par les courbes que décrivent la Pleiss et un bras de FElster, et celui de Ranstadt, sur la route de Lutzen, sont de véritables défilés , où Ton ne peut tenir dès que l'ennemi a passé la Partba, au-dessus du confluent de la Pleiss, où qu'il est maitre du faubourg de Halle. Le faubourg de Ranstadt surtout, traversé dans toute son étendue par un long canal , n'a pour issue qu'une rue étroite, qui mène à la barrière de la route de Markranstadt, par où devait défiler toute l'armée française.
Napoléon avait résolu de défendre les faubourgs pour retarder l'ennemi et faciliter l'écoulement
des équipages d'artillerie et des diiïerens corps de l'armée. En conséquence, la division Durutte, qui restait seule du septième corps, lut placée au faubourg de Rosenthal; le sixième corps, dans celui de Halle ; le troisième occupa toute la partie entre les routes deWurtzen et de Naunhof; et de ce point, les onzième et huitième s'étendirent jusqu'à la Pleiss. Les maréchaux Macdonald et Poniatowski étaient chargés de faire l'extrême arrière-garde, et d'effectuer eux-mêmes à onze heures le passage du défdé.
Le 19 au matin, les généraux ennemis, s'étant aperçus de notre mouvement rétrograde, mirent aussitôt toutes leurs masses en marche, et s'avancèrent sur Leipsick.
L'empereur Alexandre et le roi de Prusse , qui avaient couché à Rœtha, rejoignirent l'armée, lorsqu'une députation de la ville, sortie par la porte de Peters-Thor, vint les supplier d'épargner les habitans. Cette demande fut rejetée avec dédain. Un second parlementaire, que le maréchal Macdonald hasarda de leur envoyer, pour le même objet, eut le même sort. Aveuglés par la victoire dont ils n'avaient point partagé les périls, ces souverains le furent aussi sur les maux de l'humanité, et le destin de Leipsick fut livré au hasard d'un combat. Cette ville riche et commerçante était condamnée à subir le sort d'une place prise d'assaut. Le général Blùcher, avant