Tome II
de commencer l'action, osa faire à l'armée française la ridicule sommation de poser ies armes : son parlementaire ne put pas dépasser les avantpostes du troisième corps. Ainsi, vers huit heures, les colonnes des coalisés étaient devant les faubourgs. Le général Coiiorédo avec les réserves arriva par la route de Pcgau. Les généraux K';ist, Wittgenstein et Klenau parcelle de :>aunhof, ïkilow et les Suédois, en face de la rivière de Grimma , Langeron sur la route d'Eulenburg, et Sacken au nord, sur celle de Halle.
Sacken s'approcha de la Partha pour attaquer de front le faubourg de Halle. Les troupes du sixième corps occupaient la fabrique de Pfaifendorf, à cinq cents pas du pont qui sert d'entrée au faubourg. Une première attaque de Sacken ayant échoué, le corps de Langeron s'avança pour le soutenir. Cette seconde tentative ne fut pas plus heureuse. Le régiment d'Archangel y fut presque détruit, et les Russes furent repoussés avec vigueur. Le général Langeron voulut alors essayer de tourner la fabrique; il détacha à cet effet un gros de troupes le long de la Partha; mais, foudroyé par l'artillerie, il fut forcé de renoncer à son projet. Cependant un dernier effort de ces deux corps réunis les rendit à la fin maîtres de ce poste, qui n'était plus qu'un monceau de (i eombres. Les Français se retirèrent dans le faubourg de Halle , derrière la Partha. Le pont en
fut forcé par les Russes, margré le feu et la mitraille de deux pièces de canons, qui le jonchèrent de cadavres, et l'ennemi pénétra dans la grande rue du faubourg ; mais même dans cette extrémité les Français continuèrent la défense; réfugiés dans les maisons, ils firent pleuvoir une grêle de balles sur les colonnes serrées des Russes, qui n'avançaient que lentement et avec la plus grande diOiculté.
Le prince royal, de son côté, était arrivé devant les faubourgs de lest, après avoir forcé les défdés de Reudnitz. Un combat des plus opiniâtres s'engagea aux palissades de Hinter-Thor et Kohlgarten-Thor. Les Prussiens forcèrent le passage, favorisés par la diversion que fit le général Woronzow, sur la barrière de Grimma et sur l'hôpital; mais les troupes du troisième se logèrent dans les maisons , et par un feu soutenu par les fenêtres arrêtèrent les progrès de l'ennemi. En même temps les troupes de Beningsen et les Autrichiens forçaient les barrières du midi, et acculaient les huitième et onzième corps sur les boulevarts.
Cependant Napoléon, avant de quitter Leipsick, eut la générosité d'aller consoler le roi de Saxe de la trahison de ses troupes. Les adieux de ce vieux prince furent touchans; il accompagna de tous ses vœux, pour une meilleure fortune, l'hôte illustre qui avait placé sur sa te te le
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diadème royal , et il se décida courageusement à restera Leipsick, pour partager le sort de ses sujets. Aussi confiant que Porus devant Alexandre, il cîHl pouvoir espérer d'être traité en roi, et d'atdoucir, par sa présence ^ la sévérité du vainqueur. Un bataillon saxon, qui avait été formé à Dresde, et qui marchait avec la garde impériale, fut laissé par Napoléon pour garder le palais du roi et, le préserver du premier mouvement de l'ennemi. Napoléon voulait sortir de la ville par la barrière de Ranstadl ; mais il la trouva tellement encombrée, qu'il fut obligé de longer le boulevart de l'ouest pour gagner la route de Lutzen. Dans cet instant les portes de Halle et de Grimma étaient forcées , celle de Saint Pierre livrée aux Autrichiens par les troupes badoises, et les différentes colonnes ennemies se réunissaient sur la grande place.
L'on se pressait de toute part sur la route de Lutzen, et l'encombrement et le désordre étaient à leur comble dans le faubourg de Ranstadt. Pourtant, malgré cette confusion , l'on combattait encore : la fusillade se soutenait, et les Français disputaient le terrain pied à pied. Le prince Poniatowski avait jeté quelques centaines de Polonais dans le jardin de Rucbel, à l'extrémité du boulevart de l'ouest ; ils s'y défendaient avec acharnement, et protégeaient la retraite. Il ne fallait que deux heures d'une résistance pareille
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pour sauver l'arrière-gardè, quand une explosion terrible annonça que le pont de l'Elster venait de sauter. Cet accident si funeste fut occasionë par ia précipitation du sapeur qui tenait la mèche. L'ordre était de ne détruire ce pont que lorsque l'armée aurait délité, et que les colonnes ennemies paraîtraient ; mais des tirailleurs du corps de Langeron , ayant dépassé le faubourg de Halle, s'étaient glissés, en remontant l'Elster, jusqu'auprès du pont, et tirèrent sur nos troupes qui passaient sur la route ; trompé par ces feux si rapprochés , le sapeur crut que le moment était venu d'exécuter son ordre. Les débris du pont tombaient encore lorsque, accourant de toutes parts sur la rive opposée, les troupes de l'arrière-garcle française trouvèrent détruite cette porte de salut. Ceux qui étaient déjà passés partagèrent leur désespoir : ils s'efforcèrent vainement de les secourir avec des planches et avec les faibles moyens qu'ils trouvèrent sur l'autre rive! Le lit delà rivière est encaissé et bourbeux, les bords en sont marécageux : tout ce qui ne put pas nager fut englouti. Tel fut le sort du vaillant maréchal, prince Poniatowski ; blessé de deux coups de feu, il voulut traverser la rivière et s'y noya, ainsi que le général Dumontier, déjà aussi grièvement blessé. Le maréchal Macdonald la passa à la nage. De tout ce qui ne put pas passer, les plus braves vendirent chèrement leur vie, et le reste fut fait prisonnier. Vers
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deux heures, le combat avait entièrement fini dans Leipsick. La perte des Français fut de près de douze mille hommes prisonniers , soixante pièces de canon attelées, et une quantité d'équipages.
Dans la soirée, l'armée française était réunie à Markranstadt, et les débris de ses corps d'armée se ralliaient de leur mieux. La plus grande partie des alliés resta dans Leipsick. Blùeber , avec les corps de Sacken et de Langeron, se porta àSkeudnitz, York poussa jusqu'à Halle, et le corps de Giulay marcha sur Pégau.
La perte des Français , dans les quatre journées où ils combattirent sous les murs de Leipsick, s'éleva à peu près à vingt mille morts et trente mille prisonniers , y compris les malades et les blessés qu'ils durent laisser dans la ville, et qui pouvaient se monter à vin^t-deux mille hommes. Cent cinquante pièces de canon et près de cinq cents chariots tombèrent au pouvoir de l'ennemi. Le prince de la Moscowa , le duc de Raguse, les généraux Souham, Compans, Latour-^Iaubourg et Friederichs étaient au nombre des blessés. Les généraux Lauriston, Régnier, Delmas, Rotnietzki , Rajinski, le comte de Hochberg , le prince Emile de Darmstadt, les généraux de brigade Va- , Bertrand, Dorsenne, d'Etzko , Coulomy, .nikowski, Sliwowiez, Malakowski , Zautens- Uaneli et Stockkorn , presque tous blessés, furent
laits prisonniers. Le roi de Saxe aussi fut prisonnier; il fut traité comme traîïre pour n'avoir pas trahi son allié! Les ennemis eurent près de quatre-vingt mille hommes hors de combat. Ils eurent huit généraux de tués, et onze de blessés.
Le 20, l'armée française arriva à Weissenfels. La grande route était interceptée par le corps de Giulay qui , dePégau , s'était porté sur Naunburg. Napoléon fit construire dès ponts sur la Saale , pour gagner Freyburg. Le même jour, le général Wassiîezikow , avec la cavalerie du corps de Sacken, ayant passé FElster, joignit notre arrièregarde à Markranstadt, et nous fit quelques centaines de prisonniers. Le 21 , l'armée était à Freyburg; il fallait traverser l'Unstruth , rivière encaissée et d'un abord difficile : le désordre qui régnait encore dans l'armée retarda le passage et donna le temps au général York, avec son corps , d'arriver sur les hauteurs pour le troubler. Les Prussiens furent attaqués et repoussés au loin ; mais étant revenus à la charge , favorisés par leur position, ils firent beaucoup souffrir notre arrière-garde, qui perdit quelques canons et mille hommes prisonniers. Dans le même temps , le général Bertrand, avec le quatrième corps, avait une affaire très-chaude du côté de Naumburg avec les troupes de Giulay. Maîtresse du défilé de Kœsen, la seule division du général Guilleminot
suffit pour contenir L'ennemi et l'empêcher de troubler la reliai le du reste de l'armée. Dans la nuit, le général Bertrand rejoignit à Eckartzberg, où était arrivé Napoléon. Le lendemain, 22, l'armée arriva à Ollendorf. Le général Lefebvre- Desnouettes, avec les chasseurs de la garde, fut détaché sur la ville de Weynaar, où s'était rassemblé un corps de troupes légères considérable. L'hetmann Platow y était aussi avec ses cosaques et. plusieurs régimens de dragons autrichiens. Le général français dut se retirer sur Erfurt; ce qu'il fit en bon ordre. Le 23, Napoléon était dans cette ville, et son armée occupait les environs. L'intention de l'empereur était de s'y arrêter pour rallier l'armée , et avoir le temps de prendre les provisions et les munitions qui y étaient déposées ; mais la marche rapide de Blùcher, qui se portait sur Eisenach , et qui menaçait de s'emparer de la grande route, le força de quitter Erfurt le 25. L'armée arriva le même jour à Gotha. Blùeher la suivit de près; le 26, il attaqua l'arrière-garde entre Gotha et Eisenach, et fit environ deux mille prisonniers. Après ce combat, les alliés marchèrent plus lentement. L'armée vaincue put continuer tranquillement sa retraite , et après le passage de la forêt de Thuringe, elle ne fut plus poursuivie (pie par les cosaques de Platow, de Czernichew et d'Orloff Denisow, qui inquiétaient ses flancs et ramassaient les trai-
nards et les malades; ceux qui ne purent les suivre furent impitoyablement massacrés. Tout ce qui était encore resté de troupes de la confédération sous les drapeaux français avait déserté entre Leipsick et Erfurt.