CHAPITRE XYIII
Bataille deHanau. — IS'apoUon à Mayence.
Le 19 octobre, à Braunau, le prince de Reuss, commandant dix-huit mille Autrichiens, fait sa jonction avec l'armée bavaroise, et avait passé sous les ordres du comte deWrède. L'Autriche, toujours si distinguée par la recherche de ses formes , voulut donner cette marque de déférence à sa nouvelle alliée , qui n'avait consenti , après une longue persécution , à n'être plus son implacable ennemie, qu'à la condition que V Autriche lui garantirait la souveraineté pleine et entière de tous les états dont elle était actuellement en possession. Cette clause fut stipulée par l'article 11 du traité. Dans cette période de la destruction de Napoléon, il est à observer que tous les traités improvisés contre lui par ses ennemis et ses alliés, confirmèrent les royautés qu'il avait octroyées.
La nouvelle armée combinée se mit de suite en mouvement des bords del'Inn. Elle voulait se porter; à marches forcées, sur les derrières de l'ai niée, son alliée de la veille, afin de lui couper même la retraite sur la France. Elle prit sa route par Landshut , Neuburg, ïjfordlingen , Anspach , Uffen-
heiin ; et le 24 , encouragée de nouveau par le désastre de l'armée française à Leipsick, elle arriva devant Wùrzbourg, où elle eut l'honneur d'être arrêtée par douze cents Français , sous les ordres du général Tharreau , qui , fièrement , rejeta, en leur nom, toutes les sommations d'une armée de plus de cinquante mille hommes. Le général bavarois fit jouer sur la ville une batterie de dix-huit pièces, ensuite une de quatre-vingts, et se vit réduit, après avoir porté la destruction dans une ville amie, à laisser une brigade pour bloquer le brave général Tharreau et ses douze cents Français, qui se retirèrent dans la citadelle.
L'armée austro-bavaroise arriva le 27 àAschaffembourg; le 28, une de ses brigades de cavalerie légère s'établit à Hanau. Elle en fut chassée par les premiers détachemens français qui arrivèrent par la route de Gelnhausen. Le soir, une division bavaroise étant survenue, les Français durent repasser la Kintzig. Ce jour-là, Napoléon arrivait à Schultern, et il y reçut les nouvelles positives du mouvement de l'ennemi sur ses derrières.
Le 29, le général de Wréde fit marcher la brigade autrichienne du général Wolckmann , par Alten-ïïasslau sur Gelnhausen ; le gros de l'armée austro-bavaroise arriva à midi à Hanau, et s'établit dedans et derrière la ville, où arrivèrent les corps de Czernichef ( t d'Orlow-Denisow, et les
partisans autrichiens de Munsdorf. Cependant la division bavaroise du général Lamode s'était portée le malin sur la route de Gelnhàusen, et ayant rencontré une colonne française, formée des débris des corps qui avaient le plus souffert à Leipsick , il l'avait fait attaquer. Après un combat assez vif, les Français furent forcés de se replier sur Gelnhàusen , et la division ennemie s'arrêta à Langenselbold ; mais le même jour, le gros de notre armée était parti de Schlutern; la brigade autrichienne qui s'avançait sur Gelnhàusen fut culbutée sur Haiser , et forcée de laisser le passage libre. Les colonnes françaises arrivèrent à quatre heures à Langenselbold; la division Lamotte, qui s'y était établie , fut attaquée et contrainte de se retirer sur Ruckingen. Napoléon passa la nuit à Langenselbold, et s'occupa de ses dispositions pour le lendemain. Dans le dessein de dégager la route , il fit diriger sur la droite tous les bagages inutiles, dans la direction de Coblentz , protégés par le général Lefebvre-Desnouettes et le général Milhaud , qui , en même temps, devaient éclairer la droite de l'armée.
Le 5o, à sept heures du matin, le maréchal Macdonald prend le commandement de toutes les troupes disponibles, se composant des débris de son corps et de celui du duc de Bellune , de la division Friant, vieille garde , de la cavalerie du général Sébastiani, et de celle de la garde sous
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les ordres du général Nansouty. La division ennemie était postée sur les hauteurs de Ruckingen. Le sérierai Dubreton sur la gauche, et le général Charpentier sur la droite, chassent les Bavarois de leur position , et les rejettent dans le hois derrière lequel est placée leur armée. Elle est rangée sur la Kintzig , en avant de Hanau , la droite appuyée au pont de Lamhoi , son centre entre ce pont et la route de Gelnhausen , sur laquelle était établie une batterie de soixante pièces de canon , dirigées sur le débouché de la forêt, et protégeant l'aile gauche, formée de l'autre côté de la chaussée, et presque toute composée de cavalerie. Les cosaques de Czernicheff et de Denisow observaient la chaussée de Freyberg , en arrière de cette aile gauche. Un corps de réserve bordait la rive gauche de la rivière, et était lui-môme protégé par la ville de Hanau , où l'on avait laissé une brigade autrichienne. Cette armée, affaiblie par la brigade laissée devant Wurzbourg, et par la division Rechberg, que le général de Wrède avait envoyée à Francfort , ne comptait guère plus de quarante-cinq mille combattans.
Cependant l'avant-garde avait entièrement nettoyé le bois, et ses tirailleurs l'avaient traversé, lorsqu'ils aperçurent toute l'armée ennemie rangée en bataille; vainement ils essayèrent de déboucher par la grande route. Ils furent arrêtés par sa formidable artillerie. Il était midi, Napo-
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léon voulait gagner du temps afin de réunir ses troupes qui accouraient en toute hâte. Pour occuper l'ennemi, il fit garnir toute la lisière du bois de tirailleurs, qui entretinrent un feutres-vif jusqu'à trois heures après midi, où l'artillerie arriva avec le reste de l'armée; alors il ordonne l'attaque. Le général Curial , avec deux bataillons de la vieille garde, bravant le feu meurtrier de l'ennemi, débouche dans la plaine et protège l'arrivée de cinquante bouches à feu de la garde, que le général Drouot mit successivement en batterie. Cette artillerie , dirigée avec tout le talent qui distingue ce brave général, mit bientôt le désordre dans les masses ennemies , et insensiblement lit taire leur feu. Pendant ce temps, le général Nansouty faisait déboucher sa cavalerie, et. s'étendait sur la droite. Dans cet instant, la cavalerie ennemie fit une charge générale et entoura de si près l'artillerie française, que les canonniers durent défendre leurs pièces à l'arme blanche. Mais les grenadiers à cheval et les dragons de la garde, suivis des cuirassiers du général Saint-Germain, se précipitèrent à leur tour sur l'ennemi, et tout à coup l'artillerie fut dégagée. La charge s'exécuta à fond, infanterie et cavalerie tout fut culbuté'. En vain les escadrons austro-bavarois , cherchent un refuge derrière les cosaques, ceux-ci sont euxmêmes rompus et ne peuvent rétablir le combat. Écrasée par la mitraille, et chargée tour à tour
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par les dragons de la garde, par les cuirassiers et par un escadron des gardes d'honneur, qui eut sa part de gloire dans cette action , l'aile gauche de l'armée combinée fut dispersée.
Le général de Wèrde, voyant son centre découvert et prêt à être pris en flanc par la cavalerie française, ne balança plus à ordonner la retraite. Mais dans l'impossibilité où il était de protéger le passage de la Kintzigpourle reste de son armée, il résolut de faire un grand effort par sa droite. L'attaque commença avec vigueur, l'ennemi s'avança à la faveur du bois , et déjà des obus balayaient l'endroit de la route où se trouvait Napoléon. Le général Friant, avec deux bataillons de la vieille garde , arrêta bientôt cette attaque , et soutenu par les lanciers rouges du général Colbert, l'ennemi fut rejeté hors du bois et repassa en toute hâte la Kintzig dans le plus grand désordre; il ne put se rallier que la nuit sous la protection de la place de Hanau.
Ainsi se termina cette bataille que la trahison avait longuement préparée. Cette victoire fut due en grande partie au courage et au sang-froid de la garde impériale, qui soutint dans cette journée toute sa renommée. Au moins, après tant de désastres, l'armée française rentrait dans la patrie avec quelques lauriers, et lit de nobles adieux à la Germanie. Dans cette bataille, elle perdit près de trois mille hommes tués ou blessés, et un pareil
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nombre de prisonniers , presque tous soldats isolés qui, précédant en désordre l'avant-garde, furent ramassés du 28 au 3o. L'ennemi eut trois mille hommes tués ou blessés, et quatre mille prisonniers.
L'armée française passa la nuit sous les murs dellanau, s'étendant sur la route de Francfort. Le maréchal Mortier, avec deux divisions de la jeune garde et la cavalerie de Latour-Maubourg, avait été laissé le 5o àGelnhausen. Pour protéger sa jonction, le maréchal Marmont eut ordre de rester devant Hanau , avec les troisième , quatrième et sixième corps. Pendant la nuit, on fit plusieurs tentatives pour pénétrer dans la ville; l'ennemi la conserva jusqu'au jour, où un détachement de lanciers routes y entra et la trouva évacuée. Un poste bavarois, oublié sur la place, fut fait prisonnier. Le maréchal Marmont, dépassant la ville avec une partie de ses troupes , se prépara à attaquer. Le général de Wrède était posté avec toutes ses troupes derrière la route d'AschalTenbourg, gardant le pont de Lamboi. Le maréchal Marmont , après avoir forcé ce passage, tomba sur l'aile droite et l'enfonça. Les Austro-Bavarois furent poussés en désordre sur Auenheim, et acculés sur le Mein. Si ce mouvement avait été soutenu par le gros de l'armée française, l'armée ennemie, coupée d'AschalTenbourg et barrée par le Mein sur ses derrières, au-
rait pu être entièrement détruite; mais le maréchal Marmont n'avait d'autre but que d'assurer le passage de l' arrière-garde, et d'empêcher l'ennemi de prendre l'offensive. Le combat finit à une heure après midi; alors, le maréchal replia ses troupes et leur fit repasser la Kintzig, laissant le quatrième corps seul devant Hanau. La division Fontanelle mit une de ses brigades au faubourg, et l'autre dans la ville. La division Guilleminot, avec la brigade sous les ordres du général Morio de l'Isle , occupa le débouché du pont deLamboi, qui avait été brûlé, et la division Morand fut tenue en réserve. Le général de Wrède, voyant le mouvement rétrograde du maréchal, crut pouvoir le suivre et rentrer dans Hanau. Il se mit en personne à la tête de deux bataillons autrichiens , l'un de grenadiers et l'autre de chasseurs , força la porte de Nuremberg, culbuta la division italienne, et la poussa sur le pont de la Kintzig, sur lequel il dirigea sa colonne; il n'en était plus qu'à cinquante pas, lorsqu'il reçut une balle dans le bas-ventre; il fut obligé de se retirer, et le mouvement de ses troupes fut arrêté en même temps par l'artillerie du général Morand, qui les prit en flanc. Les Italiens s'étant ralliés revinrent à la charge , et repoussèrent l'ennemi de l'autre côté de la ville. Du côté du pont de Lamboi, le général Guilleminot était attaqué par deux divisions enne-
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mies. Une forte canonnade s'engagea; les Français n'avaient que douze pièces de canon pour répondre à trente pièces que l'ennemi avait mises en batterie. Malgré cette infériorité, le feu se soutenait avec vigueur, lorsque douze cents Bavarois s'étant hasardés à passer sur les longerons du pont, furent reçus à la baïonnette , en partie culbutés dans la rivière où un grand nombre se noyèrent, et deux cents furent pris. Le général autrichien Fresnel , lors de la blessure du général de Wrède , avait pris le commandement de l'armée ; rendu circonspect par ces deux échecs, il attendit le lendemain pour entrer dans Hanau. Le quatrième corps évacua la ville, et sur les sept heures du soir il était en pleine marche sur la route de Francfort, sans cependant être inquiété. Le maréchal Mortier était parti de Gelnhausen , sur la fausse nouvelle que le quatrième corps avait été écrasé , et que l'ennemi était maître de la grande route; il changea de direction par sa droite, à la hauteur de Langenselbold, et arriva le 3i au soir à Hôchst.
L'empereur , avec le gros de son armée , avait continué sa route sur Francfort. La division bavaroise de Rechberg occupait la ville; mais , à l'arrivée de Napoléon, elle l'évacua, et se retirant dans le faubourg de Sachsenhausen, de l'autre côté du Mein , l'ennemi fit une coupure au pont. Sur le quai, il s'établit une fusillade assez vive
des deux côtés de la rivière, mais qui cessa bientôt. Deux pièces d'artillerie furent placées en face, et les maisons voisines furent occupées afin d'empêcher toute tentative de l'ennemi pour repasser le Mein. Dans la journée du 5i , toutes les troupes françaises arrivèrent successivement dans Francfort ; le 2 novembre , Napoléon rentra àMayence, et toute l'armée française repassa le Rhin, à l'exception du général Bertrand qui, avec le quatrième corps , occupa Cassel et Hocheim.
L'armée austro-bavaroise arriva le 4 novembre à Francfort, et ayant passé le Mein se dirigea parDarmstadt sur Manheim.Elle fut remplacée à Francfort par l'armée du prince de Schwartzenberg; le 5 novembre, l'empereur Alexandre y fit son entrée, et le même jour l'on força le passage de la Lidda, et le quartier-général du généralissime fut porté à Hochst, tandis que le général Blùcher établissait le sien à Giessen.
Le prince de Schwartzenberg ayant appris que le général Bertrand mettait beaucoup d'activité à fortifier Hocheim, résolut de ne pas lui en donner le temps, et d'enlever cette position; en conséquence, le 9, le général Giulay avec son corps d'armée attaqua Hocheim, tandis qu'une autre colonne dirigée par le prince Alois de Lichtenstein tournait la division Morand placée en réserve en venant par Massenheim. Hocheim fut
vigoureusement défendu par le général Guilleminot ; mais , forcées de céder au nombre , les troupes françaises se retirèrent sur Cassel avec perte de trois cents prisonniers coupés dans le village , et de deux pièces de canon démontées.
Ce combat fut le dernier de la campagne, et de part et d'autre Ton ne songea qu'à donner un peu de repos à ses troupes. Les armées combinées furent réparties sur la rive droite du Rhin, pour prendre des cantonnemens. L'armée de Silésie fut placée entre Coblentz et le Mein. La grande armée de Bohème occupa au centre l'intervalle entre le Mein et le Necker, et l'armée austro-bavaroise s'établit sur la rive gauche du Necker.
Après la bataille de Leipsick, le prince royal de Suède s'était dirigé sur Cassel avec son armée et celle de Beningsen. Celle-ci fut laissée dans les environs de Magdebourg pour bloquer cette place et soutenir le général Klenau , qui, de son côté , avait été en même temps envoyé devant Dresde, dans le cas où le maréchal Saint-Cyr chercherait à sortir de celte place. Le 28 octobre, le corps de Saint-Priest occupa Cassel. Le général Rigault, n'ayant avec lui que quelques bataillons, avait évacué la ville l'avant- veille, et s'était retiré sur Dusseldorf, où il repassa le Rhin, poursuivi par l'avant-garde de Wintzingerode. Bientôt tout le grand-duché de Berg fut
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occupé par les alliés. L'armée du Nord, à laquelle avait été jointe l'avant-garde de Beningsen , envahit le Hanovre, et le prince royal établit son quartier-général dans la capitale. Wintzingerode s'étendit dans l'Oldenburg et l'Ost-Frise, tandis que Bulow marchait sur la Hollande , pour y faire déclarer l'insurrection ; le 5 novembre il était à Munster.