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CHAPITRE XIX

Suite clos affaires d'Espagne et des Pyrénées.

Lord Bentinck avait remplacé sir Murray, et était débarqué à Alicante avec des renforts de la Sicile. La bataille de Vittoria et la retraite qui en avait été le résultat avaient compromis au plus haut degré la position du maréchal Suchet dans le royaume de Yalence. D'après les ordres qu'il avait reçus, l'évacuation de cette province fut décidée; mais le système qui avait laissé tant de belles garnisons depuis la Yistule jusqu'à l'Elbe lui prescrivit aussi d'en laisser dans les places qui échelonnaient sa route depuis Sagonte jusqu'à Figuières, afin de pouvoir revenir à Valence, si, par suite des opérations dont la direction venait d'être confiée au maréchal Soult, l'armée des Pyrénées occidentales reprenait l'offensive avec succès, et parvenait à reconquérir la route de Madrid. Ces espérances gigantesques dans le. Nord et dans le sud de l'Europe , après la rupture du congrès de Prague, confondent la pensée et isolent Napoléon dans une atmosphère inabordable à la raison humaine. Il avait donc, après le désastre de Moscou, espéré de reparaître en vain-

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queur 6ur le Niémen, puisqu'il avait enfermé trente mille hommes à Dantziek seulement! Après le désastre deVittoria, il n'avait donc pas renoncé à renvoyer ses aiglesdeBayonneàMadrid, et après les quatre défaites de Macdonald, de Vandamme, d'Oudinot et de Ney, forcé de donner sa grande bataille à Leipsick, il avait donc espéré aussi rentrer à Dresde, où il avait laissé trente-deux mille hommes au maréchal Saint-Cyr ! Enfin il avait donc attaché encore assez de confiance en son étoile dans les plaines de Leipsick, pour qu'il ne crût pas avoir besoin d'appeler à marches forcées le maréchal Davoust et ses quarante mille hommes sur la Hollande et sur le Rhin, et pour qu'il lui prescrivit au contraire de lui garder Hambourg! Plus de cent trente mille hommes enfermés dans les places de la Vistule, de l'Oder et de l'Elbe manquèrent à la fortune française!

Dans les premiers jours de juillet, l'armée française quitta les habitans de Valence , comme des amis qu'elle devait bientôt revoir. La reconnaissance et la vénération publique de cette grande ville furent pour le maréchal un éclatant témoignage de la bienveillance et de la loyauté qui avaient caractérisé son gouvernement. Le général Delort remit les postes à la garde nationale. Depuis St.-Philippe jusqu'en Catalogne, la marche de l'armée ne fut inquiétée par aucune hostilité, et elle arriva à Barcelonne où finit sa sécurité.

Les Catalans étaient d'autres ennemis que les Valenciens; ils secondaient avec une audacieuse opiniâtreté la guerre que les Anglais avaient portée dans leur pays. Dès le 29 juillet, lord Ben- , tinck, commandant-général des armées angloespagnoles dans la Catalogne, avait voulu réparer l'affront de son prédécesseur devant Tarragone qu'il tenait investie par terre et par mer. La chute de cette ville, toujours vaillamment défendue par le général Bertoletti , son gouverneur, paraissait inévitable. Les aqueducs avaient été coupés le 5o juillet, et l'invincible garnison allait succomber, au milieu de la canicule, à l'horrible tourment de la soif. Cependant lord Bentinck avait vainement engagé le gouverneur français à recevoir ses parlementaires. Bertoletti et sa faible garnison mettaient le comble a leur gloire en soutenant pour la seconde fois une défense opiniâtre dans une place démantelée et assiégée nuit et jour par une armée nombreuse où régnait l'abondance. Pour la seconde fois aussi, le maréchal Suchet voulut être le sauveur de la garnison de Tarragone. Le 14 août, il réunit à Yilla-Franca les divisions Harispe, Habert, Maurice Matthieu, Lamarque et Delort, et, pour masquer son opération, il dirigea sur Venderell et, Nostra Senora de Bara, au bord de la mer, deux divisions d'infanterie et toute la cavalerie. Ce mouvement réussit : les Espagnols crurent que le maréchal allait attaquer

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les hauteurs retranchées d'Attafretta. Alors le général anglais fit reployer pendant la nuit les divisions Wittingham et la Roche qui occupaient le col de San-Christina et de Roccadelleure, et dégarnit ainsi les fortes positions qu'elles occupaient sur la rive droite de la Gaya. Aussitôt que le maréchal eut connaissance du succès de son mouvement, il retira dans la nuit du 14 au i5 les troupes postées sur la grande route, et franchit rapidement les défilés de Roccadelleure, tandis que les généraux Lamarque et Maurice Matthieu débouchaient avec la même impétuosité par le col de San-Christina. Ainsi l'ennemi fut débordé tout à coup sur sa gauche, et ne put défendre que faiblement le passage de la Gaya. Le maréchal se trouva maître des hauteurs, et les divisions de l'armée de Catalogne , aux ordres du général Decaen , parurent à Walls. Cette manœuvre, aussi hardie que savante porta encore une fois à l'improviste l'armée de Valence sous les murs de Tarragne à l'insu de sa brave garnison , à la vue de la flotte immense, qui couvrait la rade et protégeait l'armée assiégeante. L'ennemi dut se retirer sur tous les points; il fut poursuivi sur Canonge par les généraux Habert et Delort. Les lanciers westphaliens poussèrent vigoureusement les dragons anglais sous les murs de Cambrillo, pendant que leurs compatriotes désertaient en Allemagne les drapeaux de Napoléon. La délivrance d'une brave garnison

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long-temps assiégée , est une gloire dont le bonheur est sans mélange et sans égal. Les défenseurs et les sauveurs de Tarragone la partagèrent avec ivresse. Glogauet Wittemberg avaient donné dans le nord le même spectacle à l'armée de Napoléon ; mais Tarragone était condamnée à ne plus être ni défendue ni attaquée, et le 18 août, trois coups de canon donnèrent le soir le signal de la destruction de ses remparts , qui s'écroulèrent en même temps au bruit d'une effroyable détonation.

Après cette glorieuse expédition, le maréchal porta son quartier-général àYilla-Franca. Malheureusement la disette de vivres l'obligea d'étendre ses cantonnemens, et la redoutable bande du chef de guérillas Manso détruisit à San-Sadurni un bataillon italien , et à Pallejat un bataillon et un escadron français. 11 fallut marcher avec la plus grande prudence dans la Catalogne, dont les localités et la population étaient également dangereuses pour l'armée française. Lord Bentinck venait de concentrer ses troupes à Yilla-Franca, et son avantgarde, commandée par le général Adams , occupait la forte position du col d'Ordel. Dans la nuit du 1 5 septembre, le maréchal mit en marche les armées d'Aragon et de Catalogne, l'une par la route royale , l'autre par les défilés de Bégas et d'Avinyonet; il menaçait ainsi le flanc droit de l'ennemi. Dans la matinée , malgré la difficulté <l<s chemins, le mouvement, des deux ailes sur le

centre fut opéré, et toutes les troupes françaises se trouvèrent devant Yilla-Franca , en face de l'armée anglo-espagnole. L'armée de Catalogne avait culbuté les corps de Manso et d'Éroles, et celle d'Aragon, dans la journée du 16, n'ayant pu décider l'armée ennemie à recevoir le combat, la poursuivit vivement dans sa retraite, après avoir emporté la nuit les positions du col d'Ordal , et tourné celle de Villa-Franca , et lui fit éprouver une perte de quatre mille hommes , dont trois mille cinq cents prisonniers. L'avant-garde de l'armée ennemie, qui fut seule engagée , était de six mille hommes et fut presque totalement détruite. Elle perdit ses bagages et son artillerie. L'affaire de Villa-Franca fut le dernier combat et la dernière victoire des Français en Espagne. Ce maréchal, qu'une suite de briîlans succès venait de porter en si peu de temps des bords de l'Ebre aux murs d'Alicante , arriva tranquillement à Gironne, où il établit son quartier-général.

L'armée des Pyrénées-Occidentales, réorganisée par le maréchal Soult , avait, à la fin de juillet, pris le nom d' année d Espagne et des Pjre'nées. Elle était forte de soixante mille hommes, formant dix divisions, dont une de réserve. Le général Reille avait le commandement de l'aile droite, le général Drouet d'Erlon celui du centre, le général Clausel celui de l'aile gaucho. Le gé-

néral Treillard commandait deux mille cinq cents dragons, et le général Soult, frère du maréchal, deux mille hussards et chasseurs. Le lieutenantgénéral Gazan était chef d'état-major-général. Les réserves étaient sous les ordres du général Villatte. Le général Tirlet commandait l'artillerie de l'armée et des places. Le général Garhé commandait le génie. L'armée ennemie, la grande armée anglo-hispano-portugaise , sous les ordres du généralissime Wellington , était forte de cent vingt mille hommes d'infanterie et de dix mille chevaux. Elle était divisée en trois corps , l'un sous les ordres du maréchal Béresford, les deux autres sous les généraux Hill et Graham; tous les soldats espagnols de cette armée étaient réunis sous les ordres du général Freyre , sous le nom de Grande armée espagnole.

L'aile droite de l'armée française occupait, ainsi que la réserve, la basse Eidassoa et la ligne en avant de Saint-Jean-de-Luz ; le centre était placé sur les hauteurs qui dominent Espolette et Ainboué. L'aile gauche était établie à Saint-Jean-Piedde-Port; la cavalerie sous Bayonne, où était le grand quartier-général et l'artillerie. Le poste français, qui avait été laissé au fort de Pancorvo par l'ordre direct.de l'empereur, se trouvant, depuis la bataille de Vittoria, séparé de trentecinq lieues de l'armée française , avait capitulé le premier juillet et s'était rendu au comte de i'Abis-

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bal , qui bloquait Pampelune avec douze mille hommes. Le petit port de Santona, sur la mer de Biscaye, avait également été abandonné à ses propres forces, ainsi que la ville de Saint-Sébastien, si importante par son port et par ses fortifications. Santona était bloquée, et Saint-Sébastien était assiégée par le général Grabam. La place de Jaca , Tune des portes des Pyrénées sur le Béarn, était menacée par l'extrême droite des alliés. Ils occupaient , de Jaca à l'Océan , les cols de Roncevaux , de Maye, de Barre, de San-Martial, ainsi que l'entrée des vallées de Baztan et de Baigorry. Le quartier-général de lord Wellington était à Tolosa.

La prise de Saint-Sébastien était une opération de la plus haute importance, pour appuver l'aile gauche de lord Wellington; celle de Pampelune complétait aussi, avec la possession de l'Espagne, son plan d'attaque sur la France. Le maréchal Soult conçut le vaste projet de forcer l'ennemi à abandonner l'investissement de ces deux places en l'attaquant par sa droite , et même de le pousser jusqu'à l'Ebre. Saint-Sébastien, vi- \ement attaqué par sir Graham, dont la nombreuse artillerie battait la place du couvent de Saint-Bartholomé et des hauteurs des dunes, était vaillamment défendu par son gouverneur, le général Rey, et par son chef d'état-major, l'adjudant-commandant Songeons. Le 22 juillet, la brè-

che étant jugée praticable , le général Iley fut sommé de se rendre , mais il renvoya le parlementaire sans l'entendre , et , à la tête de trois mille braves qui composaient sa garnison, il se disposa à soutenir l'assaut. Ce fut alors qu'il fut averti par le maréchal du grand mouvement qui allait avoir lieu sur la droite de l'ennemi. Toutes les dispositions étaient prises; le 24 juillet, l'attaque générale devait commencer; mais les Français trouvèrent aussi en Espagne la guerre des élémens : une effroyable tourmente força le maréchal de remettre l'attaque au lendemain. Ce retard est funeste. Le 25 , il marche avec la colonne du général Clausel, et chasse devant lui l'ennemi jusqu'à Roncevaux ; mais un autre retard qu'éprouve dans sa marche son aile droite, qui devait arriver à Linduo, contrarie encore son opération. Au centre, pendant cette journée, tout a été forcé. Le général Drouet d'Erlon a fait perdre au général Hill trois fortes positions, s'est emparé du corde Maye, a pris deux mille hommes et quatre pièces de canon; mais au lieu de continuer sa marche , le général Drouet passe sur le col de Maye la nuit du i5 au 26, et n'a pas fait sa jonction avec la gauche de l'armée, qui doit, à marches forcées, se diriger sur Pampelune. L'ennemi est en retraite sur cette place, où il va se concentrer pour en couvrir le blocus. Une grande précipitation dans l'abandon de plusieurs

de ses positions prouve son inquiétude. Il évacue Zubiri le 27. Le même jour les Français occupent la ville d'Iros, et le lendemain, le quartier-général du maréchal est porté à Gabaldica. Ce fut ce jour-là aussi que paraît Wellington; il a connu le plan d'attaque du maréchal, il a fait porter en ligne toutes ses forces ; il est lui-môme à la droite de son armée, qu'il a placée sur les hauteurs qui descendent sur Pampelune , la gauche à Villalba, la droite à Iïuerta , le centre sur la montagne d'Oricain , au pied de laquelle les Français occupent depuis la veille le village de Sorauren. Ainsi, l'occupation par toutes les troupes ennemies des montagnes qui défendent Pampelune est le résultat des retards qu'ont éprouvés les ordres du maréchal. Il n'est pas plus heureux dans les Pyrénées, sous ce rapport, que l'empereur ne l'est en Allemagne. Ainsi, cette grande combinaison, dont le succès était tout entier dans l'exactitude des mouvemens prescrits jour par jour, non-seulement se trouve totalement manquée, mais l'éveil que le défaut d'obéissance aux ordres du maréchal a donné à l'armée ennemie l'a appelée toute entière sur l'armée française qui parvient avec peine, au travers des plus grands périls, dominée qu'elle est perpétuellement dans sa retraite par le feu de l'ennemi, à arriver le 3i àSan-Estevan. Le 2 août, l'armée est rentrée en France. Mais la grande expédition, dont le débîoquement de Pampelune et

de Saint-Sébastien devait être le premier trophée, n'a pas été sans résultats pour ces places; car le 27, où les troupes du blocus ont été appelées en ligne par le généralissime Wellington, elles ont fait d'heureuses sorties, et leur ravitaillement, qui était un des principaux motifs de l'expédition du maréchal, avait été complètement opéré.

Le siège de Saint-Sébastien se poussait toujours avec la plus grande vigueur. Deux nouvelles brèches avaient été ouvertes les 23 et 24 juillet; l'incendie s'était manifesté dans plusieurs parties de la ville; l'éloignement de nos troupes, alors en marche sur Pampelune, décide encore le général Graham à tenter un assaut définitif; mais la garnison lui oppose une défense héroïque, et refoule les assiégeans dans la tranchée. Ceux qui ont envahi le chemin couvert sont acculés aux palissades et détruits à la baïonnette. Sur deux mille Anglo-Portugais qui ont paru sur les brèches de Saint-Sébastien, la moitié est tuée, blessée, ou prisonnière. Deux jours après, c'est la victorieuse garnison qui va attaquer l'ennemi. Elle ne peut atteindre que son arrière-garde; sir Graham a dû se 1 porter sur la basse Bidassoa pour y remplacer les troupes appelées sur Pampelune; le colonel Songeons commande cette brillante sortie et rentre avec des trophées à Saint- Sébastien.

Le 5 août , la position de la Croix des Bouquets

et la basse Bidassoa , jusqu'aux hauteurs de Sainte-Barbe , le camp de la Bayonnette , le camp de Suraïde, Urdach , sont occupés par les troupes françaises. Le général Foy est à Saint-Jean-Piedde-Port avec sa division; le passage d'Oleron est gardé. Jura et le fort de Lourdes ont reçu une garnison; Bayonne, Saint-Jean-Pied-de-Port , Navarreins, Soccoa, Lourdes, sont déclarés en état de siège. Le quartier-général du maréchal Soult est porté à Saint-Jean-de-Luz. Le mois d'août se passe à s'observer mutuellement et à se fortifier. Les deux armées retrouvent et rétablissent à l'envi les retranchemens qui ont été construits il y a vingt ans; Saint-Sébastien aussi a réparé ses ouvrages , a relevé les brèches qui ont vu rentrer sa garnison triomphante. Le maréchal a pu compter ses ennemis et ses soldats , et, trop faible pour reprendre une nouvelle attaque , paraît s'être décidé à défendre les Basses-Pyrénées de l'invasion qui les menace. Mais au moment où l'armée s'y attend le moins, le 5o août , elle est mise en mouvement, 11 s'agit encore de débloquer Saint- Sébastien et d'enlever la position de Saint-Martial. Le 3 1 , les divisions sont en marche ; la Bidassoa est franchie; une position voisine de Saint-Martial est enlevée; mais Wellington , malgré le secret de cette opération, continue à être toujours si bien instruit des desseins du maréchal, qu'à trois heures du matin, dans la nuit du 3o au 3i août, il a fait

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