CHAPITRE III
Conférences de Plesswitz — ier. et n juin.
Les conférences furent reprises le même jour à Plesswitz , sur les propositions de l'empereur Napoléon. Le duc de Vicence écrivit à ce prince dans la nuit du ifr. au a juin : « Les plénipotentiaires alliés avaient persisté dans tous leurs refus. La division de l'armistice en trois points n'avait point été adoptée. Ce que les alliés nous donnaient au delà de l'Elbe et en Saxe était plus considérable que ce qu'ils nous demandaient en Silésie. Ce qu'ils nous offraient était derrière nous; ils prouvaient par-là qu'ils voulaient un armistice pour arriver à la paix , plutôt qu'une position militaire pour recommencer la guerre. Ils ne croyaient point à nos succès prochains pour la prise de Hambourg ; ils consentaient seulement à ce que cette ville , ou la partie de la trentedeuxième division militaire qui serait occupée par nos troupes le lendemain , 3 juin , avant midi , nous restât, etc. Ils alléguaient que le roi de Prusse ne serait pas déshonoré parce que nous occupions une partie de la Silésie ; ainsi , que l'empereur ne ferait rien d'humiliant en consentant à un ar-
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mistice qui ne comprît pas Hambourg , puisque ses troupes ne pouvaient y être... » Cette réponse des alliés exprimait et voulait exprimer une réciprocité désagréable entre le roi de Prusse et Napoléon , qui n'était pas sans doute disposé, surtout depuis ses nouveaux s\iccès , à vouloir sitôt traiter d'égal à égal avec un souverain qui venait, de déserter ses drapeaux, et à qui il avait fait grâce à Tilsitt.
Enfin , il résultait de la dépêche du duc de Vicence , que les alliés refusaient également et la division de l'armistice pour les différens corps, et le stationnement d'aucune de nos troupes au delà de l'Oder, indépendamment de ce qu'ils rejetaient la proposition d'arrêter l'armistice au delà de la trente-deuxième division militaire , et celle de la remise de Breslau en compensation de Hambourg. L'empereur de Russie disait lui-même sa pensée sur ces propositions dans la lettre que le comte de Nesselrode écrivit au comte de Schouwaloff.
« Monsieur le comte ,
» Leurs majestés ont examiné et mûrement pesé les propositions que votre excellence a été chargée de leur transmettre relativement à la manière dérégler les différentes applications à faire de l'armistice.
» La division entre parties implique par ellemême des questions qui fourniraient infaillible-
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ment matière à des inconvéniens très-graves , et le premier se présente déjà de fait , puisque l'on ne parle que des corps qui ont leurs communications, qui tireraient une ligne sur la position où ils se trouvent; et jamais on n'a parlé des communications d'un corps volant , quoique son organisation la lui assure à quelque distance qu'il se trouve, et qu'il soit principalement destiné à agir sur celles de l'ennemi.
» Leurs majestés sont donc d'avis qu'il est beaucoup plus simple de s'en tenir à cet égard à ce qui est contenu dans les premières instructions données à messieurs les plénipotentiaires prussien et russe. Il en est de même pour tous les autres points. Le statu quo définit suffisamment la chose, et la ligne de démarcation tracée , chacun se retire du côté qui lui appartient. Ce principe s'applique également au Bas-Elbe. La rive gauche sera évacuée. Leurs majestés pensent que cette marche est trop claire et trop simple pour n'être pas adoptée. Quant à l'occupation de Breslau , leurs majestés n'y consentiront pas, et cet article est conditionnel de l'armistice, comme votre excellence la vu par ses instructions.
» Agréez , etc.
» Le comte de Nesselrode. »
D'après celte lettre, qui renfermait le plénipotentiaire russe dans les limites rigoureuses des
premières instructions , et dont l'esprit devint une loi pour ces négociations , il était difficile au duc de Vicence de tenter auprès de lui l'ouverture dont l'empereur Napoléon l'avait chargé. Cependant il fut au moment de s'y trouver encouragé parlecomtedeSchouwaloff, qui, l'ayant pris à part, lui dit : Terminons l'armistice : nous ne sommes pas si loin de nous entendre si on acquiert la conviction que l'empereur Napoléon le veut franchement. Le duc de Vicence le pressa de s'expliquer davantage , et le comte de Schouwaloff s'était contenté de lui répondre, qu'il n'avancerait pas une chose dont il ne fût pas sûr. Il n'y avait rien dans cette confidence du plénipoîenliaire russe, qui ne fut en même temps prussien et autrichien : car il ne pouvait être douteux pour M. de Schouwaloff que l'empereur Napoléon, qui avait provoqué et renouvelé la demande de l'armistice ne voulût le conclure , bien qu'il cherchât, comme les alliés, à se le rendre le plus favorable ; et il ne pouvait échapper à l'empereur Napoléon , en lisant cette partie de la dépèche de son plénipotentiaire, que c'était l'Autriche qui , pour se donner le temps de terminer ses arméniens , avait décidé les alliés à se mettre en négociation sous sa direction pour cet armistice. Napoléon s'était vainement flatté que l'intermédiaire du duc de Vicence , longtemps honoré àPétersbourg, pendant son ambassade , de la bienveillance particulière de Tempe-
rcur Alexandre, pourrait devenir, entre ce prince
et lui , un moyen de conciliation.
Malgré les mauvaises nouvelles que le duc de Vicence venait de donner à l'empereur du résultat de la conférence de Plesswitz, Napoléon fut loin de se regarder comme battu, et il dicta au prince major-général la lettre suivante , où il reprenait , malgré sa défaite diplomatique , la négociation d'aussi haut qu'il l'avait conçue.
Le major-gcnc'rnl à M. le duc de Vicence . « Neumarck, 2 juin 18 13.
» L'empereur , monsieur le duc , me charge de répondre à votre lettre de ce jour à 4 heures du matin.
» Les difficultés sont au nombre de trois ; i°. Hambourg et la trente-deuxième division militaire que nous voulons avoir et qu'ils ne veulent pas donner; i°. Breslau que nous avons , et que nous désirons garder et qu'ils veulent avoir aussi; 5°. la durée de l'armistice que nous voulons pour deux mois et qu'ils ne veulent que pour un.
» Vous devez, monsieur le duc, leur faire cette récapitulation , et leur proposer pour ultimatum de partager le différent: qu'ils cèdent sur un point, nous céderons sur un autre.
» Je parlerai d'abord de la durée de l'armistice.
» Les deux empereurs étaient à Tilsitt en personne. Ils se voyaient trois fois par jour. La
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question était bien plus simple, et cependant ils ne purent finir le traité qu'en dix-huit jours. L'empereur estime donc que l'armistice doit durer jusqu'au 20 juillet, temps indispensable pour pouvoir négocier, conclure et signer la paix , sans se trouver embarrassé par l'incident d'un prolongement d'armistice. L'empereur est aussi pressé que les alliés d'en finir , et certes si on n'est pas d'accord au 20 juillet, les négociations pourront se continuer, si on le veut , en même temps qu'on reprendra les hostilités, ou les négociations seront rompues, parce qu'il ne sera pas possible de s'accorder. Quant à la condition de se prévenir de six jours, cela paraît convenable. S'ils veulent mettre dix jours , de manière que les troupes puissent se disséminer davantage, ce qui soulagerait le pays, vous le proposeriez , de sorte que les hostilités ne pourraient être reprises que le ier. août. C'est aujourd'hui le 2 , nous serons au 4 avant que l'armistice ait été signé et échangé; nous serons au 10 avant qu'on ait pu s'entendre pour l'ouverture des négociations. Vous voyez donc que de là au 20 juillet il n'y a que quarante jours. Si les alliés se refusaient à cela , vous leur feriez connaître que l'empereur n'a pas autant d'intérêt à l'armistice qu'ils veulent bien le croire, mais qu'accoutumé à se rendre responsable de tout ce qu'il signe , il faut qu'il fasse une chose raisonnable , et que la France , où l'on raisonne
LE PORTEFEUILLE beaucoup , pourrait trouver extraordinaire qu'on eût l'espoir dans un mois, de commencer, de suivre et de mener à bien une négociation qui , tomme un drame, a ses divers actes, son exposition , son nœud et son dénoûment.
m La fixation de l'expiration de l'armistice au 20 juillet parait de la plus haute importance pour que cela n'ait pas l'air d'une capitulation ou d'une affaire mal réfléchie. Cette affaire étant faite entre souverains, l'empereur y est pour quelque chose ; et dans la situation où il se trouve , il en a moralement la principale responsabilité.
» Une fois que les alliés auront cédé sur cela, vous leur ferez connaître que l'empereur cédera sur Hambourg, mais avec des ménagemens dans la rédaction. L'empereur ne peut pas prendre l'engagement d'évacuer une portion du territoire, français que nos troupes occuperaient. Il faut donc dire que la ligne d'armistice sera l'Elbe , en laissant à l'armée française les îles qu'elle occupe; mais que si au moment où les deux officiers français et russe arriveront à Hambourg l'armée française et danoise avait cerné la ville ou s'en était emparé , rien ne rétrograderait ; que si la ville de Hambourg était assiégée, elle serait traitée comme une ville assiégée, par exemple comme Dantzick; que si nos troupes en sont maîtresses, elles y resteront, et que les commandans
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respectifs conviendront d'une ligne, qui serait celle où se trouveraient, nos avant-postes.
» Quant à la question de Breslau , si les deux premières modifications étaient admises, l'empereur admettrait que tout le pays entre Breslau et la Katzbaeh serait neutre , que Breslau , Streigau, seraient aussi neutres. On aurait huit jours pour évacuer Breslau, et rentrer dans la ligne qu'on devrait occuper; qu'aucun quartier-général, aucune troupe des deux armées, n'entreraient dans Breslau , ni dans le pays neutralisé ; que la ville et le pays seraient gardés par leurs gardes bourgeoises, et qu'ils ne seraient tenus à aucune prestation de vivres pour l'une ni pour l'autre armée.
» Vous aurez soin de déterminer qu'il y ait une lieue réservée autour de Leignitz, de Lowemberg et de Goldberg , afin que tout ce qui est position militaire, ainsi que le couvent où vous avez conféré avec les plénipotentiaires soit de notre côté.
» Il sera avantageux qu'il y ait aussi entre les deux armées un pays intermédiaire de quelques lieues.
» Il est un autre article important, c'est d'ajouter que le Danemarck sera compris dans ledit armistice , soit pour la Norvvége , soit pour le Holstein.
» Vous ne devez pas manquer de faire connaî-
tre à ces messieurs que s'ils avaient des corps sur la rive droite de l'Elbe, c'est ce qu'il y aurait de plus heureux pour nous, puisque nous avons un corps français considérable qui se réunit à Leipsick , et que par-là ils affaibliraient d'autant le corps de Bulow ; que s'ils ont une armée russe et suédoise combinée à Hambourg , nous y avons une armée combinée danoise et française , et qu'enfin plus ils auront de forces prés des limites de la France , mieux cela sera pour nous : que dans le fait , c'est l'empereur qui fait tous les sacrifices , que ce n'est pas eux qui nous ont donné nos communications avec Glogau, tandis que c'est l'empereur qui évacue Breslau et queux ne cèdent rien.
» Vous leur ferez connaître que c'est dans l'espérance de la paix, que l'empereur désire au moins autant qu'ils peuvent la désirer, que les concessions sont accordées, et que si l'armistice ne devait être que d'un mois , comme l'empereur est convaincu que dans cet espace de temps il est impossible de mener bien la négociation , sa majesté n'y verrait plus qu'un moyen de l'armée russe pour sortir de la fausse position où elle s'est placée en nous laissant maîtres de Breslau et des ponts de l'Oder; ce qui est le résultat de l'événement de la bataille , et que dans ce cas l'empereur perdrait ses avantages sans pouvoir espérer ceux de la paix.
» Je n'ai pas besoin de vous dire que ceci est l'ultimatum; que vous devez faire l'impossible pour conserver Breslau , en proposant d'abord de ne le faire garder que par deux bataillons, aûn de s'en servir pour en tirer des vivres. Enfin, on conçoit bien que Breslau est d'une grande importance, et que les alliés mettront de l'intérêt à ce que nous le quittions. Mais pourquoi perdrionsnous Jaùer? Tachez de garder du moins cette petite ville qui flanque l'ennemi.
» En résumé, ce n'est que lorsque vous verrez que toute autre proposition est impossible , que vous offrirez l'ultimatum.
» Recevez , monsieur le duc, l'assurance de ma plus haute considération ,
» Le vice-connétable,
» Alexandre. »
Non content de cette longue dépêche qu'il venait de dicter, l'empereur voulut écrire lui-même à son plénipotentiaire , afin de préciser encore mieux ses intentions.
« Monsieur le duc de Vicence , le prince de Neufchâtel a été chargé de vous faire connaître mes intentions. J'espère que vous finirez enfin cette nuit. Faites en sorte que le pays neutre comprenne non-seulement ce que nous occupons , mais aussi quelque chose de ce qu'occupent les armées russes. Il faut stipuler que l'on nommera