‹ Portefeuille de mil huit cent treizeChapitre 5 sur 49 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

des commissaires de part et d'autre pour veilier à l'exécution des stipulations. Ayez soin de comprendre bien mes principes , et de vous montrer très-scrupuleux dans la rédaction de ce qui est relatif à Hambourg. Cela a pour but de faire sentir l'importance que j'attache ace qui est constitutionnellement réuni à l'empire. Faites aussi en sorte que la notification de l'armistice aux places de Dantzick , Modlin , Zamosc , Stettin et Custrin , soit envoyée par un officier français et un officier russe ; que l'officier puisse entrer dans la place , y donner des nouvelles , en recevoir qui me mettent bien au fait de la situation de la place, et veiller à l'exécution des stipulations. Faites connaître que les vivres doivent être donnés par l'ennemi , sauf le compte de paiement qui en sera fait par liquidation au quartier-général français. Ne stipulez point qu'on ne fera pas de travaux dans les places , cela serait absurde , et nous obligerait à recevoir dans nos places un inspecteur russe , ce qui est impossible. Il est tout simple qu'une place fasse ce qu'elle peut pour se mettre en état; il est tout simple également que, pendant l'armistice, on ne fasse point de travaux sous le canon des places. Tl vaudrait mieux ne pas parler de cette circonstance de faire des travaux, s'il devait en résulter qu'on n'en ferait pas dans les places. N'oubliez pas qu'il soit nommé une commission pour veiller à

l'exécution de l'armistice. Cette commission pourrait se tenir à Breslau , on y enverrait de part et d'autre les plaintes qu'on pourrait avoir à former sur la non-exécution des articles convenus, et sur tous les différens qui seraient survenus.

» Surtout , soignez bien la ligne de démarcation aux environs de Liegnitz.

» Sur ce , je prie Dieu qu'il vous ait en sa

sainte garde.

» Napoléon.

» Neumarck , ce 2 juin i8i5.

» P. S. Je vous ai mandé de rectifier la ligne, en conservant Jaûer , et de manière à nous donner Hirschberg, qui est une bonne ville ; faites comprendre Strigau dans le pays neutre. Faites en sorte qu'avant minuit je sache à quoi m'en tenir : la suspension d'armes en ce moment est toute en faveur de l'ennemi. »

Ainsi, loin d'être découragé par les refus opiniâtres des alliés à ses propositions, Napoléon exprimait encore de nouvelles prétentions, en demandant que le pays neutre comprit non-seulement ce qu'il occupait, mais aussi quelque chose de ce qu'occupaient les ennemis. Il avait cependant fait une concession , en consentant que les villes de Breslau et de Strigau restassent neutres, ainsi que le pays jusqu'à la Katzbach. Mais, fidèle à son amitié pour le Danemarck, et en raison du retour de cette puissance à son

alliance, il demandait encore que ce royaume fût compris dans l'armistice , soit pour la Norvège , soit pour le Holstein , qui étaient également menacés. Il argumentait contre les alliés pour le mois d'armistice dans le même sens où ils argumentaient contre lui pour les deux mois; il savait manier toutes les armes, persuadé qu'il rendait redoutables toutes celles dont il daignait se servir, s'embarrassant peu si la nature de son attaque était en proportion, soit avec la dignité, soit avec la force de son ennemi. L'exercice de la supériorité lui était naturel , comme à un gladiateur celui de la force. L'habitude d'être le maître chez lui et chez les autres, lui avait rendu la subtilité méprisable. Ainsi il ne cherchait pas à être adroit, ni délié dans cette négociation, la première qu'il eût encore traitée d'égal à égal : et il s'y montrait aussi positif que dans les autres, comme si il eut encore été l'arbitre du traité. Il était impénétrable et absolu par caractère, et ceux avec qui il traitait étaient subtiles et opiniâtres par position : aussi le reflet de mépris qui caractérisait ses argumentations aurait pu être pour les alliés une preuve bien sensible de la conviction qu'il avait de sa supériorité sur eux.

La suspension d'armes , disait Napoléon , est dans ce moment toute en faveur de l'ennemi. C'était leur dire , qu'ils seraient battus , s'il pouvait les attaquer. Mais ce n'était pas en ce mo-

ment seulement, c'était pendant les deux mois qu'il demandait pour l'armistice, que tout serait en leur faveur. Il fallait donc qu'il rompit la négociation , si d'après la nouvelle position de son armée, et l'occupation de Glogau et de Breslau, il croyait, ce qui était vrai , que l'armistice fût tout en faveur des alliés. On aura remarqué aussi dans les lettres si originales , écrites pendant cette campagne , avec quelle facilité Napoléon savait descendre des plus hautes régions de la politique et des plus grandes combinaisons de la guerre , jusque dans les moindres détails des choses qui l'occupaient. Il fallait que ces choses inaperçues pour les autres, devinssent grandes quand il les touchait. De là, cette foule de questions, de raisonnemens , d'arguties ; cette dispute de mois, de jours et d'heures, dont cette négociation d'armistice est remplie. De là, cette importance dont il honorait tout à coup des bourgs , de simples villages, qu'il voulait avoir dans sa ligne, ou faire neutraliser. Napoléon avait un sentiment de propriété sur tout ce qu'il croyait devoir lui convenir, et dans les affaires mêmes où intervenaient les plus hautes parties , il se persuadait qu'il ne s'agissait que des siennes.

Cependant, dans la soirée du même jour, le duc de Vicence écrivit à l'empereur et au prince major-général , que les plénipotentiaires se retranchaient irrévocablement sur la ligne de leurs

instructions, et lui avaient adressé une réponse absolument négative à la note qu'il leur avait communiquée, et enfin que toute proposition relative aune autre ligne de démarcation était inadmissible. Le comte de Schouwaloff s'était même rendu cbez le duc de Vicence , dans la persuasion que la négociation n'irait pas plus loin , pour demander, qu'aux trente-six heures convenues pour la suspension d'armes , il en fût ajouté deux aux douze d'avertissement, afin de compenser le temps nécessaire à se rendre au quartier-général de chaque armée; ce que le duc de Vicence avait accepté. En rendant compte de cette petite convention au prince major-général , le grand-écuyer lui parlait de la nouvelle répandue de la jonction opérée la veille d'une partie des réserves de Labanoffet du corps du général Sacken. L'armistice était donc déjà au bout de trois jours tout en faveur des alliés.

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