CHAPITRE XXI
Napoléon à Paris.
Le 2 novembre , Napoléon est rentré à Mayence avec les drapeaux que son invincible garde vient de conquérir à Hanau sur les Bavarois. Ces adieux à l'Allemagne jettent un dernier éclat sur les vainqueurs de Lutzen, de Bautzen, de Wiïrschen, de Dresde, sur les braves trahis à Leipsick, sur les vengeurs de la déloyauté du général de Wrède. Mais Napoléon refuse tout de cette dernière gloire qui s'exile avec lui de la terre germanique. Ce n'est qu'à regret qu'il a porté des armes vengeresses contre les bataillons qui depuis tant d'années étaient si heureux et si fiers de marcher sous son commandement. Il les a reconnus à Hanau; ce sont les mêmes au milieu desquels confiant alors dans la loyauté allemande, seul, avec une escorte de dragons de la garde , il alla placer son aigle, en 1809, contre ces mêmes Autrichiens qu'il vient de combattre dans les rangs bavarois. Ce sont les mêmes avec lesquels il a fait tomber le 25 avril les murs de Ratisbonne, avec lesquels il a rendu la Bavière à leur souverain qu'il avait fait roi , avec lesquels il a pris Vienne pour la se-
conde fois! Il a revu sur leurs poitrines, sur celle de leur général, la décoration de l'honneur, dont à Friedland, le 1 4 juin 1807 contre les Russes ; et à Ratisbonne le 25 avril 1809 contre les Autrichiens , il dota à pleines mains leur hravoure et leur fidélité. En 1809, la Russie marchait aussi avec lui contre l'Autriche ! Il est vrai que l'année précédente l'Autriche marchait avec lui contre la Russie, que trois mois plus tôt seulement elle traitait avec lui comme alliée , et qu'encore à présent où cette cour, qui est sa famille, le dévoue à la proscription sous la solde britannique , il sépare au nom de l'impératrice et du roi de Rome les senlimens qu'il suppose à son beau-père , des intérêts qui arment contre lui la politique de l'empereur d'Autriche. Obsédé de ces funestes rapprochemens , Napoléon jette des regards plus douloureux sur l'armée mutilée qui se presse autour de lui à Mayence , et il les détourne de ces drapeaux flétris autrichiens et bavarois dont pour elle et pour lui il dédaigne le trophée!
Les six jours que Napoléon passe «à Mayence sont consacrés à une nouvelle organisation de son armée : le duc de Tarente est chargé de défendre le Rhin à Cologne ; le duc de Raguse commande les forces rassemblées à Mayence; le duc de Rellune part pour Strasbourg ; le duc de Valmy va prendre à Metz le commandement des réserves. Le général Bertrand qui , le lendemain de la ba-
taille de Hanau , a livré aux Allemands le dernier combat sur les bords de la Kintzig , est placé en première ligne pour couvrir la frontière provisoire du Rliin à Hockeim , en avant de cette fameuse tête de pont de Casscl , inexpugnable boulevart de la ville de Mayence. Un camp retrancbé va s'ouvrir dans cette position avancée, sur les hauteurs où le quatrième corps a arrêté sa retraite victorieuse. Tout le reste de l'armée est rentré dans cette grande limite que la nature et la république avaient donnée à la patrie française , et Napoléon va la réclamer hautement, dans la fallacieuse négociation que la peur du sol français médite à Francfort. Le g , Napoléon est arrivé au palais de Saint-Cloud.
La campagne s'était ouverte par l'arrestation, contre le droit des gens , d'un secrétaire de légation du baron de Saint-Aignan , ministre de France près les cours ducales de Saxe. Elle se terminait par la même violation sur la personne de ce ministre , dont le droit de la force venait de faire un prisonnier de guerre. On l'emmenait à sa destination en Russie, quand il fut subitement appelé par le comte de Metternich , à Francfort , où se trouvaient également le comte de Nesselrode et lord Aberdeen. Le motif de la conférence qui eut lieu entre ces quatre personnages aurait pu être sans doute une réponse à faire à la dernière note du duc de Bassano , après
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la rupture de Prague. Mais la négociation dont Napoléon avait chargé lui-même le comte de Meerfeld , son prisonnier à l'affaire de Wachau , événement qu'un reste de pudeur ne pouvait condamner à l'oubli, parut aux ministres de la coalition un moyen plus capable de voiler aux yeux de l'Europe l'exécution des projets arrêtés contre Napoléon.
La note du baron de Saint-Aignan éclaircit suffisamment cette iniquité mystérieuse , improvisée , à l'aspect du sol redoutable de la France , sur une démarche toute généreuse confiée sur le champ de bataille par la loyauté du vainqueur à la loyauté de son prisonnier.
Note écrite à Francfort , le C) novembre 1 8 1 3 , par M. le baron de Saint-Aignan.
« M. le comte de Metternich m'a dit que la circonstance qui m'a amené au quartier- général de l'empereur d'Autriche pouvait rendre convenable de me charger de porter à S. M. l'empereur la réponse aux propositions qu'elle a fait faire par M. de Meerfeld; en conséquence, M. de Metternich et le comte de Nesselrode m'ont demandé de rapporter à sa majesté :
» Que les puissances coalisées étaient engagées par des liens indissolubles qui faisaient leur force, et dont elles ne dévieraient jamais;
» Que les engagcmens réciproques qu'elles avaient contractés leur avaient fait rendre la résolution de ne faire qu'une paix générale ;
» Que lors du congrès de Prague, on avait pu penser à une paix continentale, parce que les circonstances n'auraient pas donné le temps de s'entendre pour traiter autrement; mais que, depuis, les intentions de toutes les puissances et celles de l'Angleterre étaient connues; qu'ainsi il était inutile de penser soit à un armistice, soit à une négociation qui n'eût pas pour principe une paix générale ;
» Que les souverains coalisés étaient unanimement d'accord sur la puissance et la prépondérance que la France doit conserver dans son intégrité, et en se renfermant dans ses limites naturelles, qui sont le Rhin , les Alpes et les Pyrénées;
» Que le principe de l'indépendance de l'Allemagne était une condition sine qud non; qu'ainsi la France devait renoncer, non pas à l'influence que tout grand état exerce naturellement sur un état de force inférieure, mais à toute souveraineté sur l'Allemagne; que d'ailleurs c'était un principe que sa majesté avait posé elle-même, en disant qu'il était convenable que les grandes puissances fussent séparées par des états plus faibles ;
)) Que du côté des Pyrénées, l'indépendance de l'Espagne et le rétablissement de l'ancienne dynastie étaient également une condition sine qud non;