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qu'en Italie , l'Autriche devait avoir une frontière qui serait un objet de négociation; que le Piémont offrait plusieurs lignes que l'on pourrait discuter, ainsi que l'état de l'Italie , pourvu toutefois qu'elle fût, comme l'Allemagne, gouvernée d'une manière indépendante de la France, ou de toute autre puissance prépondérante ;
» Que de même, l'état de la Hollande serait un ohjet de négociation , en partant toujours du principe qu'elle devait être indépendante;
m Que l'Angleterre était prête à faire les plus grands sacrifices pour la paix, fondée sur ces hases, et à reconnaître la liberté du commerce et de la navigation à laquelle la France a droit de prétendre ;
» Que si ces principes d'une pacification générale étaient agréés par sa majesté, on pourrait neutraliser sur la rive droite du Rhin tel lieu qu'on jugerait convenable, où les plénipotentiaires de toutes les puissances belligérantes se rendraient sur-le-champ , sans cependant que les négociations suspendissent le cours des opérations militaires.
» Le baron de Saint-Aioaiv.
» Francfort, le g novembre i8i5. »
Cette note fut remise par le baron de Saint-Aignan au duc de Bassano qui, dans sa dépêche du if) du même mois , proposa au comte deMettcrnich
l'ouverture d'un congrès à Manheim , « pour y discuter la paix sur les bases de l'indépendance de toutes les nations , tant sous le point de vue continental que sous le point de vue maritime, h
Le comte de Metternich répondit, le 25 , que ce principe y wi peu vague, ne pouvait remplacer les bases générales et sommaires confiées à M. de Saint-Aignan. Et, tout à coup, le duc de Bassano fut remplacé par le duc de Vicence. Ce changement imprévu dut frapper l'attention publique.
La nomination du duc de Vicence , beau-frère de M. de Saint-Aignan , parut une garantie et une sorte d'avance de la part de Napoléon à la nouvelle négociation ouverte par M. de Metternich. Il n'y eut pas de temps perdu. Le 2 décembre , M. de Vicence écrivit à M. de Metternich « que l'empereur adhérait aux bases générales et sommaires . » Le 10 suivant, M. de Metternich répliqua : «Les souverains réunis à Francfort ont reconnu avec satisfaction que l'empereur des Français avait adopté des bases essentielles au rétablissement d'un état d'équilibre et à la tranquillité future de l'Europe; en voulant que cette note fût portée sans délai à la connaissance de leurs alliés, ils ne doutaient point qu'après la réception de leurs réponses les négociations ne pussent s'ouvrir. »
Par cette étrange réponse, il devint impossible à l'empereur Napoléon et à son cabinet de se méprendre sur la nature de la négociation de
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Francfort ; car la note du baron de Saint-Aignan , écrite sous la dictée de M. de Metlernich en présence de M. de Nesselrode et de lord Aberdeen , énonçait formellement que les intentions des puissances ainsi, que de l'Angleterre étaient connues , et M. de Metternieh répondait de Francfort qu'il allait porter la note de M. le duc de Vicence à la connaissance des alliés ! Quels étaient donc ces alliés, puisque les empereurs de Russie et d'Autriche, le roi de Prusse, étaient à Francfort avec les chefs de leurs cabinets, MM. de Nesselrode, de Metternieh, de Hardenberg? Lord Aberdeen y représentait si bien lord Castelreagh , lequel n'était point arrivé, qu'il avait fait partie de la conférence de Francfort, où M. de Saint-Aignan avait été appelé. Ainsi, il n'était plus, il ne pouvait plus être douteux pour Napoléon que la négociation de Francfort n'eût été un piège, puisqu'il était éconduit quand il acceptait sans restriction les bases imposées par les alliés. Il en eût infailliblement été de même à Prague, si de part et d'autre la première négociation avait été portée à ce point de maturité. Certainement, en admettant un moment une supposition , dont nous croyons avoir démontré toute l'erreur, c'est-à-dire que Napoléon ait pu faire la paix à Prague, au moins est-il impossible de nier que ce prince voulût Bien positivement faire la paix au mois de décembre i8i5, quand il voyait la France assiégée par
un million d'hommes, et la conspiration européenne représentée à Paris par une foule d'oppositions françaises. La paix n'était plus un devoir pour Napoléon , elle était un besoin , une nécessité, une loi de la fortune. A cette époque, il n'y avait que la coalition qui fût assez forte pour la refuser, et elle ne tarda pas à en instruire l'Europe; car ce fut dans ce court intervalle de la réplique de M. de Metternich à la première note du duc de Vicence , que parut la fameuse déclaration de Francfort.
Cette déclaration, avec celle de l'Autriche du 12 août, suffisent pour éclairer la ténébreuse machination ourdie aux conférences de Reichenbach, de Trachemberg et de Peterswald, pendant le fatal armistice de Plesswitz, dont la convention ne fut que le prélude de la déclaration de guerre de la cour de Vienne, comme la conférence de Francfort avec M. de Saint-Aignan fut celui de la déclaration du ier. décembre des puissances alliées. De même M. de Metternich éconduisait à Francfort l'adhésion de Napoléon si clairement exprimée par le duc de Vicence , comme il avait éconduit à Prague la note du 18 août du duc de Bassano , où il était dit : « Le .soussigné propose de neutraliser un point sur la frontière pour le lieu des conférences; de réunir les plénipotentiaires de la France, de rAutriche, de la Piussie , de la Prusse, de la Saxe, de convoquer tous ceux des
puissances belligérantes, et de commencer dans cette auguste assemblée l'œuvre de la paix si vivement désirée par toute l'Europe, etc., etc. » L'Autriche avait pris son parti quand elle se fit médiatrice , mais il lui fallait du temps pour armer sa médiation. La coalition avait pris aussi son parti de détruire Napoléon et l'empire français , mais elle avait besoin aussi de gagner du temps pour se faire ouvrir les portes de la France.
Déclaration de Francfort du Ier. décembre i8i3.
« Le gouvernement français vient d'arrêter une nouvelle levée de trois cent mille conscrits : les motifs du sénatus-consulte renferment une provocation aux puissances alliés. Elles se trouvent appelées à promulguer de nouveau , à la face du monde , les vues qui les guident dans la présente p-uerre, les principes qui font la base de leur conduite, leurs vœux et leurs déterminations.
» Les puissances alliées ne font point guerre à la France, mais à cette prépondérance hautement annoncée, à cette prépondérance que, pour le malheur de l'Europe et de la France , l'empereur Napoléon a trop long-temps exercée hors des limites de son empire.
» La victoire a conduit les armées alliées sur le Rhin. Le premier usage que LL. MM. impériales et royales ont fait de la victoire, a été d'offrir la paix à S. M. l'empereur des Français.
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Une altitude renforcée par l'accession de tous les souverains et princes de F Allemagne n'a pas eu d'influence sur les conditions de la paix. Ces conditions sont fondées sur l'indépendance de l'empire français, comme sur l'indépendance des autres états de l'Europe. Les vues des puissances sont justes dans leur objet, généreuses et libérales dans leur application , rassurantes poui tous, honorables pour chacun.
» Les souverains alliés désirent que la France soit grande, forte et heureuse, parce que la puissance française grande et forte est une des bases de l'édifice social. Ils désirent que la France soit heureuse ; que le commerce français renaisse ; que les arts, ces bienfaits de la paix, refleurissent, parce qu'un grand peuple ne saurait être tranquille qu'autant qu'il est heureux. Les puissances confirment à l'empire français une étendue de territoire que n'a jamais connue la France sous ses rois, parce qu'une nation valeureuse ne déchoit pas pour avoir à son tour éprouvé des revers dans une lutte opiniâtre et sanglante , où elle a combattu avec son audace accoutumée.
» Mais les puissances aussi veulent être heureuses et tranquilles ; elles veulent un état de paix qui, par une sage répartition de forées, par un juste équilibre, préserve désormais leurs peuples des calamités sans nombre qui depuis vingt ans ont pesé sur l'Europe.
» Les puissances alliées ne poseront pas les armes sans avoir atteint ce grand et bienfaisant résultat, noble objet de leurs efforts ; elles ne poseront pas les armes avant que l'état politique de l'Europe ne soit de nouveau raffermi , avant que des principes immuables n'aient repris leurs droits sur de vaines prétentions, avant que la sainteté des traités n'ait enfin assuré une paix véritable à l'Europe. «
Cette déclaration séparait par un arrêt européen le peuple français de Napoléon , au moment même où l'on venait d'ouvrir avec ce prince une négociation que l'on avait provoquée, et on le dévouait à la baine et à l'abandon de ses propres sujets! et l'on prononçait à la face du monde, au dix-neuvième siècle, la destruction d'un adversaire qui tenait dans une main le gage du combat qu'il avait du relever à Prague, et dans l'autre la négociation qu'il venait d'accepter! Napoléon, dans le temps de ses prospérités, avait conçu l'idée d'un haute cour de rois , qui aurait réglé les grands procès politiques. Ce projet se réalisait à Francfort, et il devenait justiciable d'une pensée gigantesque, dont la force, la haine, la vengeance pervertissaient l'exécution.
.Mais tandis qu'il est condamné par l'Europe à transformer la France en champ de bataille, il reçoit chaque jour les plus accablantes nouvelles de ses armées. Le maréchal Saint-Cyr, condamné,
depuis la perte de la bataille de Leipsick, à ne devoir qu'à une heureuse témérité la délivrance des trente-deux mille hommes qu'il commande à Dresde, a fait, le 1 1 novembre, une capitulation honorable avec les généraux Tolstoi et Klenau. Mais le système qui a fait trahir toutes les alliances fait trahir les capitulations; et c'est le dernier ambassadeur d'Autriche en France , c'est le prince de Schwartzenberg, qui refuse de ratifier la convention signée par ses lieutenans! Le corps du maréchal était déjà en marche vers la France. C'est dans sa route, sur la foi du traité le plus sacré de la guerre , qu'il est investi , arrêté , désarmé et conduit prisonnier en Autriche! Le premier janvier 1814 verra le même attentat commis sur l'héroïque garnison de Dantzick, autre armée de trente mille hommes , pour lesquels le général Rapp aura capitulé , après un an de combats et de blocus , avec le duc de Wurtemberg. La ratification sera refusée par l'empereur Alexandre. Le 21 novembre, Stettin, après huit mois de blocus, avait dû ouvrir ses portes. Le 24? Amsterdam se rendait au général Bulow, et proclamait l'indépendance de la Hollande et le rappel de la maison d'Orange. Le 2 décembre, Utrecht était au pouvoir de l'ennemi. Le 4 > Lubeck était prise par les Suédois. Le 10, les villes de Bréda et de Wilhemstadt s'étaient rendues; et le i5, afin qu'il ne restât plus en Europe un seul allié à la France ,
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le Dancmarck devait stipuler un armistice avei les Russes. Privés de leurs alliés, les trente-cinq mille Français que le maréchal Davoust commande à Hambourg, ceux qui étaient appelés à changer la l'ace de la guerre, si le maréchal Oudinot avait pris Berlin, sont condamnés à attendre, dans les remparts qu'ils ont rendus inexpugnables , llieure de la destruction de l'empire. Un ordre fatal les a retenus ! Ils auraient pu , dans ies mois d'août et de septembre, aller débloquer iUagdehourg , et , réunis à sa garnison , donner cinquante mille hommes à la forte place de Wesel , et ouvrir une belle campagne en Hollande et sur le bas Rhin. Ceux de Dresde, réunis à ceux de Torgau, l'ont-ils pu également? Si cela est, la France aura encore été privée de près de quarante mille défenseurs voisins du théâtre de ses périls, et la patrie aurait à jamais le droit de reprocher aux lieutenans de Napoléon d'avoir été sacrifiée à leur obéissance. Le général Durrieu était parti de Dresde le 6 octobre , emmenant le grand quartier-général auquel étaient réunis près de cinq mille hommes des armes du génie et de l'artillerie, hommes d'élite. La perte de la bataille de Leipsick l'avait forcé de se reployer de Duben sur Eulembourg et de cette ville sur Torgau , où il arriva dans la nuit du 19 au 20. A Torgau étaient réunis les dépôts des hôpitaux et de la cavalerie, et vingt-sept mille hommes s'y trouvèrent
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rassemblés par l'arrivée des troupes commandées par le général Durrieu. Le comte de Narbonne , aide-de-camp de l'empereur, et plénipotentiaire à Prague, est gouverneur de Torgau. Tant d'hommes, tant de malades entassés dans une ville qui ne compte que deux mille cinq cents habitans , bloqués, assiégés, bombardés nuit et jour, sont bientôt dévorés par une contagion qui en moissonne quatre cents par vingt -quatre heures. Blessé d'une chute de cheval , le comte de Narbonne a été emporté par ce terrible fléau. Bientôt ils ne sont plus que mille pour soutenir les travaux du siège ; tout le reste est mort , meurt ou languit dans les hôpitaux. Le général Dutaillis, qui a remplacé le comte de Narbonne , soutiendra jusqu'au dernier moment l'honneur et le malheur de ses troupes ; il n'ouvrira ses portes que quand la dernière subsistance sera épuisée. Le cimetière môme a été pris par l'ennemi. La terre pétrifiée par la gelée , ne peut plus s'ouvrir pour recevoir les innombrables victimes du typhus. Les glaces de l'Elbe sont brisées , et les abîmes du fleuve servent de sépulture. Desgenettes , qui a vu la peste à Jaffa, la retrouve sous un autre nom, mais bien plus meurtrière à Torgau. Telles sont les nouvelles que Napoléon reçoit des pays au delà du Rhin.
C'est à présent qu'il peut connaître dans toute son étendue le funeste effet des désastres éprouvés
devant Berlin par 1er, maréchaux Oudinotet Ney. Ces revers ont enlève à la France les cent soixante iniile eombattans qui, sous des chefs illustres, sont, dans les places de la Vistule, de l'Oder et de l'Elbe, les prisonniers de l'invasion étrangère. Tout a conspiré, tout conspire encore pour lui enlever les immenses ressources que le plus grand état militaire qui ait existé en Europe doit lui laisser encore. 11 a accepté, le 2 décembre, les bases de Francfort: et en témoi^na^e de la volontjé qu'il a de faire la paix qu'on lui propose, le 1 1, par le traité de Valeneay, il a rendu l'Espagne iinand. Alors les cent dix mille hommes que , depuis Bayonne jusqu'à Gironne, commandent les maréchaux Souit et Suchet , vont être rendus à la défense de la patrie ; il ne peut croire que de perfides retards, apportés par son ministre de la guerre, empêcheront ces armées de se trouver dans un mois au cœur de la France, audevant de tous ses périls.
Alors aussi , après avoir compté les ennemis étrangers, qui bloquent la France , les armées qu'il n'a plus pour les combattre , il fait le dénombrement des ennemis intérieurs, dont les intrigues et les agitations lui montrent plus profond l'abîme qui va engloutir la France et sa fortune. Ce sont les auxiliaires de l'étranger; c'est cette armée qui marche sans bannière , dont les armes sont eaciuées., dont Les mouvenn -ns sont, mapei-
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eus , dont l'attaque est perpétuelle , dont son propre palais est peut-être le quartier-général, dont sa destruction est le seul but ; c'est cette armée de coalisés domestiques , aussi différente de mœurs, de langage, de souvenirs, d'intérêts, de passions , que celle qui assiège la France et lui; c'est celle qui n'assiège réellement que lui, et qui est affectée à sa perte comme sa garde l'est à sa conservation. Il n'y a qu'un mot d'ordre pour les trois partis qui composent cette armée ; ce mot est aussi : mort al'eis.nemi commua' ! L'un de ces partis , est celui qui a fait le 18 brumaire ; il en veut un second pour le même but qui lui a fait faire le premier, pour conserver et assurer ses dignités et sa fortune de toutes les époques, et non, comme la France l'accepta alors, pour arracher la patrie à l'anarchie directoriale. Ce parti est le moins généreux : c'est encore Fouché , devenu duc d'Otrante , qui en est l'âme ; il en a été, disait-on, l'émissaire à Dresde pendant le séjour de M. de Metternich ; il veut , depuis long-temps , substituer la régence à Napoléon. Il veut, comme il la voulu depuis, comme il a eu l'orgueilleuse démence de le croire, au retour de la famille royale, être le premier ministre, le chef politique de l'empire. Les constitutionnels de 1789 , les fondateurs de la véritable liberté française , malgré leur antipathie pour cet homme éminemment révolutionnaire et contre-révolutionnaire, se sont groupés
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autour de lui dans l'espoir de rétablir sous une longue et paisible régence la pureté des principes de l'Assemblée constituante , et de faire de Napoléon II l'élève de la liberté française et peut-être le protecteur de la liberté de l'Europe. Le second parti est moins compliqué , il est le moins nombreux. C'est celui qui voulait un 9 thermidor contre le 18 brumaire ; c'est le parti des absolutistes de la république. 11 n'y a dans ses rangs ni capitalistes, ni rentiers , ni agioteurs politiques : les premiers veulent la république, plus un roi; ceux-ci veulent la république, moinsun roi. Leur doctrine est austère comme celle de la secte religieuse des indépendans qu'ils représentent dans la religion politique; mais les intérêts qu'ils pourraient éveiller reculent devant leurs souvenirs. De telles passions sont éteintes dans cette masse d'hommes sans avenir , qui seuls peuvent les recevoir et les alimenter. L'empire a doté tous les prolétaires. Il n'y a plus de prolétaires en France; ainsi, ce parti serait nul s'il ne votait pas aussi pour le renversement de Napoléon. On ne prend de lui que ce seul vote, qui, au milieu des discussionsprivées, fait enten dre sa maie énergie. Le troisième parti, le plus dangereux, le plus implacable, parce qu'il est la victime des deux autres, est le parti royaliste; il conçoit la grande idée d'être le plus fort, en prenant pour auxiliaire le million d'étrangers qui va pénétrer en France ; il se souvient de Pilnitz et de
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la Vendée; il se compose du petit nombre de grands seigneurs qui ont constamment refusé les faveurs de Napoléon, et n'ont accepté que l'amnistie de l'émigration, du grand nombre de ceux qui se sont empressés de prendre l'habit de sa cour, qui le portent encore sous ses yeux, attendant l'événement, et enfin, indépendamment de cette foule encore attachée à l'ancienne noblesse, et que l'opportunité des circonstances lui rend tout à coup, les anciens ennemis amnistiés de Napoléon, les nobles du Poitou, de la Bretagne, de l'Anjou, qui ont combattu la république et le consulat , et dont plusieurs ont pris place depuis long-temps dans les rangs de l'armée impériale. Ce parti , le seul belliqueux de ceux qui méditent la ruine de l'empire, est habile, actif, entreprenant. La Vendée est dans Paris ; elle a son organisation politique, civile et militaire; elle a la combinaison et la force des sociétés secrètes dont elle a conservé tous les élémens. Ce parti , malgré sa soumission , a toujours regardé comme un interrègne le règne de Napoléon ; il a toujours soumis au roi les traités qu'ils a faits avec l'empereur; il ne veut que le roi , et il tient ouverts , dans l'intérieur, des cadres cachés prêts à recevoir les débris de l'empire si, comme il a raison de l'espérer, Napoléon succombe sous le poids des conspirations coalisées de l'intérieur, et sous celui de
l'Europe qui attend leur signal sur la rive droite du Rhin.
Cependant encore effrayée , malgré ses succès et son innombrable armée, de la nécessité où elle est de fouler le sol de la France, la coalition attendait encore une autre garantie. Immédiatement après la bataille de Leipsick, elle avait employé près des cantons suisses les mêmes séductions qu'auprès des états de la confédération pour les réunir à sa cause. Mais les Suisses, dont la probité était la vraie politique, s'étaient justement retranchés dans le beau privilège que l'Europe avait depuis plusieurs siècles octroyé à la Suisse, celui de rester neutre dans toutes les guerres que les puissances du continent pourraient avoir entre elles. Cette résolution avait été prise le 18 octobre dans une assemblée générale de la confédération, et Napoléon s'était empressé d"v accéder. Dès ce jour sa médiation et son titre de médiateur avaient été supprimés des actes de la confédération ; mais cette neutralité n'ouvrait aux alliés ni la haute Alsace, ni la Franche- Comté, ni la Bresse, et tant que l'est de la France restait invulnérable, ils n'osaient passer le Rhin depuis la Hollande jusqu'au Brisgau. En conséquence ils employèrent avec succès d'abord sur les individus influens, ensuite sur le gouvernement, les moyens dont l'Angleterre s'était servie avec tant de succès, vis-à-vis d'eux-mêmes. Cette
négociation eut lieu au quartier-général du prince de Schwartzenberg. Le cordon de neutralité, commandé par M. de Wattewille, eut ordre de se replier dans l'intérieur, et les portes orientales de la France furent ouvertes par les Suisses à deux cent mille hommes, à qui ils livrèrent le Rhin à Baie, à Rheinfelden et à Schafïbuse. La grande armée alliée traversa la Suisse et le comte de Bubna, avec l'armée destinée à agir sur Lyon, en parcourut toute la longueur depuis Bâle jusqu'à Genève qui lui ouvrit ses portes. C'est la droite de la grande armée. Le centre s'est précipité de Bâle sur Huningue et sur Béfort; la gauche sur Colmar où elle est repoussée. La seconde armée, dite de Silésie, sous Blûcher, est destinée à agir sur la basse Alsace et sur la Lorraine par Manheim; mais Blûcher attend le succès de la violation de la neutralité helvétique par Schwartzenberg, pour tenter son passage à Manheim. La troisième armée est celle du maréchal Bernadotte; elle est composée de tous les ennemis de la France de la ligue du Nord, Suédois, Busses, Anglais, Prussiens , Hanovriens ; elle doit envahir la France par la Belgique. Le général Bulow, qui en fait partie, occupe déjà la Hollande. Mais la terreur qu'inspire si justement à Bernadotte ce sol français, qu'il a si bien défendu jadis contre la première coalition , est telle qu'il craint aussi d'y mettre le pied avec la sixième,